Le massacre de la Saint-Barthélemy est une tuerie de masse ayant débuté le , jour de la Saint-Barthélemy, et durant laquelle plusieurs milliers de protestants (huguenots) furent massacrés par des catholiques à Paris. Ce massacre se prolongea pendant plusieurs jours dans la capitale, puis s'étendit à plus d'une vingtaine d'autres villes de France durant les semaines suivantes, voire les mois suivants.
Cet événement des guerres de Religion résulta d'un enchevêtrement complexe de facteurs, aussi bien religieux et politiques que sociaux. Il fut la conséquence des déchirements de la noblesse française entre catholiques et protestants, notamment de la vendetta entre la maison de Guise, catholique, et le clan des Châtillon-Montmorency, catholiques modérés et protestants. Il intervint deux ans après la paix de Saint-Germain-en-Laye, alors que l'amiral de Coligny, chef du parti protestant, venait de réintégrer le conseil royal. Aggravé par la réaction catholique parisienne hostile à la politique royale d'apaisement, il refléta également les tensions internationales entre les royaumes de France et d'Espagne, avivées par l'insurrection anti-espagnole aux Pays-Bas.
Faute de sources, les historiens sont longtemps restés partagés sur le rôle exact de la couronne de France, et la tradition historiographique a fait du roi et de sa mère, Catherine de Médicis, les principaux responsables du massacre. Ils retiennent aujourd'hui que seuls les chefs militaires du parti protestant étaient visés par le gouvernement. Dès le matin du , Charles IX ordonne l'arrêt immédiat des tueries mais, dépassé par l'acharnement des massacreurs, il ne peut les empêcher.
Contexte Le massacre de la Saint-Barthélemy, le , est la conséquence d'une série d'événements : la troisième guerre de Religion, qui oppose pendant deux ans l'armée royale catholique à l'armée protestante ; la paix de Saint-Germain-en-Laye le , qui accorde aux protestants une liberté limitée de pratiquer leur culte ; le mariage entre le roi , prince protestant, et Marguerite de France, sœur du roi de France, le , qui rassemble à Paris tous les grands chefs de l'armée protestante ; la tentative d'assassinat de l'amiral de Coligny, le , qui résulte de la rivalité politique qui oppose les principaux clans nobiliaires de la cour.
Une paix et un mariage compromis vignette|droite|redresse|, futur de France, et Marguerite de Valois, roi et reine de Navarre (vers 1572). Miniature du livre d'heures de Catherine de Médicis.
En 1570, la paix de Saint-Germain-en-Laye met fin à trois années de terribles guerres civiles entre catholiques et protestants. Cette paix est précaire car les catholiques les plus intransigeants ne l'acceptent pas. Le retour des protestants à la cour de France les choque, mais la reine-mère Catherine de Médicis et son fils le roi sont décidés à ne pas laisser la guerre reprendre. Conscients des difficultés financières du royaume, ils défendent la paix et laissent Gaspard de Coligny, le chef des protestants, revenir dans le conseil royal.
Pour concrétiser la paix entre les deux partis religieux, Catherine de Médicis projette de marier sa fille Marguerite de Valois avec le prince protestant Henri de Navarre, futur . Le mariage princier initialement prévu pour le mois de , est repoussé au , à la suite du décès de Jeanne d'Albret, mère d'Henri de Navarre. Il n'est accepté ni par les intransigeants des deux partis, ni par le pape qui demande la conversion du fiancé, refusant ainsi d'envoyer la dispense de consanguinité.. Celui-ci et le roi d'Espagne, , condamnent vigoureusement le projet politique de la reine-mère, Catherine de Médicis.
Ville sous tension vignette|gauche|300px|Le château de Madrid, dans le bois de Boulogne, lieu de résidence de la cour pendant l'. Image tirée de l'ouvrage d'Androuet du Cerceau Les plus excellents bastiments de France.
Le mariage, célébré le , est l'occasion de festivités grandioses auxquelles sont conviés tous les grands du royaume, y compris les protestants, dans un esprit de concorde et de réconciliation.
Le mariage voit à Paris la présence d'un très grand nombre de gentilshommes protestants venus escorter leur prince. Or, Paris s'avère être une ville farouchement anti-huguenote, et les Parisiens, catholiques à l'extrême, n'acceptent pas leur présence. Du fait du martèlement des prédicateurs, capucins et dominicains au premier chef, le mariage d'une fille de France avec un protestant, fût-il prince du sang, leur fait horreur. Le peuple parisien est très mécontent : les récoltes ont été mauvaises ; la hausse des prix et le luxe déployé à l'occasion des noces royales accentuent leur colère..
La cour se trouve elle-même dans un état de tension extrême. Catherine de Médicis n'a pas obtenu l'accord du pape pour célébrer ce mariage exceptionnel. Par conséquent, les prélats français hésitent sur l'attitude à adopter. Il faut toute l'habileté de la reine-mère pour convaincre , qui est un oncle paternel du futur marié, d'unir les époux. Par ailleurs, les rivalités entre les grandes familles réapparaissent. Les Guise ne sont pas prêts à laisser la place aux Montmorency. François, duc de Montmorency et gouverneur de Paris, ne parvient pas à contrôler les troubles urbains. Cédant face au danger parisien, il préfère quitter la ville quelques jours après le mariage.
Tentative d'assassinat de Coligny vignette|gauche|200px|Gaspard de Coligny, Paris, BnF, département des estampes, vers 1560. vignette|200px|Détail d'une gravure allemande représentant l'attentat perpétré contre Coligny. Celui-ci y figure à cheval, en train de lire une missive.
Le , un attentat à l'arquebuse, attribué à un certain Maurevert, est perpétré contre Gaspard de Coligny à sa sortie du Louvre, alors qu'il se dirige vers son hôtel, rue Béthizy.
L'amiral s'en tire avec l'index de la main droite arraché et le bras gauche labouré par une balle qui y reste fichée. Les soupçons s'orientent très vite vers des proches des Guise et on désigne (probablement à tort) la complicité de la reine mère, Catherine de Médicis. Pourquoi cet attentat ? Peut-être pour saboter le processus de paix. Mais les plus exaltés y voient une punition divine. Si aujourd'hui, il est impossible de connaître l'instigateur de cet attentat, l'historiographie a retenu trois noms : Les Guise sont les suspects les plus probables : meneurs du parti catholique, le motif est de venger la mort du duc François de Guise, assassiné neuf ans auparavant, sur l'ordre de Coligny. Le coup de feu sur l'amiral de Coligny est tiré depuis une maison appartenant à un de leurs familiers. Charles de Guise, cardinal de Lorraine, le duc d'Aumale et la duchesse douairière de Guise Antoinette de Bourbon sont les membres de la famille les plus déterminés. Néanmoins, certains historiens pensent que les Guise étaient beaucoup trop soucieux de revenir en grâce auprès du roi pour commettre l'imprudence de l'irriter contre eux. Ferdinand Alvare de Tolède, duc d'Albe, gouverneur des Pays-Bas au nom du roi d'Espagne : Coligny projette d'intervenir militairement aux Pays-Bas pour les libérer du joug espagnol, suivant l'alliance qu'il avait contractée avec la maison de Nassau. Au mois de juin, il a envoyé clandestinement plusieurs troupes au secours des protestants de Mons, assiégés par le duc d'Albe. À la suite du mariage d'Henri de Navarre et de Marguerite de Valois, Coligny espère profiter de la réconciliation pour déclencher la guerre contre l'Espagne afin de renforcer l'union entre catholiques et protestants français. Aux yeux des Espagnols, l'amiral représente donc une menace. Toutefois, la correspondance de don Diégue de Zuniga, ambassadeur espagnol en France, du duc d'Albe ou de ne permet pas de prouver l'implication de la couronne espagnole dans l'attentat contre le chef huguenot. Au contraire, Don Diégue juge dans ses dépêches que la présence de l'amiral aux côtés de constitue plutôt un frein à la guerre ouverte aux Pays-Bas : selon l'ambassadeur, la couronne française ne « jetterait pas le masque » et continuerait à pratiquer une guerre « couverte » contre l'Espagne afin de ne pas renforcer inconsidérément l'influence de Coligny en le plaçant officiellement à la tête de troupes royales. Catherine de Médicis : selon la tradition, Coligny aurait acquis trop d'influence sur le jeune roi. en aurait fait son favori en l'appelant familièrement « mon père ». Inévitablement, la reine-mère en aurait conçu de la « jalousie » ainsi qu'une vive crainte de voir son fils entraîner le royaume dans une guerre aux Pays-Bas contre la puissance espagnole, conformément aux conseils politiques de l'amiral. Cependant, la plupart des historiens contemporains trouvent difficile de croire en la culpabilité de Catherine de Médicis au vu de ses efforts accomplis pour la paix intérieure et la tranquillité de l'État. Par ailleurs, il n'est pas prouvé que Coligny exerçât une influence décisive sur .
Enfin, il reste l'hypothèse d'un acte isolé, commandité – voire commis en personne – par un personnage relativement peu important, proche du milieu guisard et pro-espagnol. Le nom de Charles de Louviers, seigneur de Maurevert, est le plus fréquemment avancé à l'époque pour désigner l'auteur de l'arquebusade visant l'amiral..
Déroulement Une situation de crise La tentative d'assassinat de Coligny constitue l'événement déclencheur, le « premier acte ». de la crise qui va mener au massacre. Les protestants s'élèvent contre cet attentat visant leur chef le plus respecté et réclament vengeance. La capitale se trouve au bord de la guerre civile entre les partisans des Guise et les huguenots. Pour rassurer Coligny et les protestants, le roi vient avec sa cour au chevet du blessé et lui promet justice. Devant la reculade du roi face aux protestants, les Guise font mine de quitter la capitale, laissant le roi et la reine mère dans le plus grand désarroi. et Catherine de Médicis prennent peur de se retrouver seuls avec les protestants. Depuis la surprise de Meaux en 1567, la reine-mère a toujours eu la plus grande appréhension à l'égard des protestants. Pendant le repas de la reine-mère, des protestants viennent bruyamment lui réclamer justice.
Le soir même du , le roi aurait tenu une réunion avec ses conseillers (le « conseil étroit ») pour décider de la conduite à suivre. Se retrouvaient auprès de la reine-mère : le duc d'Anjou, le garde des Sceaux René de Birague, le maréchal de Tavannes, le baron de Retz, et le duc de Nevers.
C'est très probablement ce conseil qui décida de procéder à une « justice extraordinaire » et d'éliminer les chefs protestants (bien qu'il n'existât aucun document permettant d'affirmer avec certitude que cette décision fût prise lors de cette réunion). Il se serait agi d'assassiner les capitaines de guerre protestants tout en décidant d'épargner les jeunes princes du sang, à savoir le roi de Navarre et le prince de Condé.
La première Saint-Barthélemy
vignette|gauche|200px|Illustration juxtaposant plusieurs événements et temporalités : à gauche, la tentative ratée d'arquebusade de Coligny ; à droite, son assassinat dans l'hôtel sis rue de Béthizy. Au centre, le massacre général des huguenots parisiens. Gravure de Frans Hogenberg, . vignette|Le massacre de la Saint-Barthélemy. Fresque de la Sala Regia peinte par Giorgio Vasari à la demande du pape ., 1572-1573.
Peu de temps après cette décision, les autorités municipales de Paris furent convoquées. Il leur fut ordonné de fermer les portes de la ville et d'armer les bourgeois afin de prévenir toute tentative de soulèvement. Le commandement des opérations militaires fut confié au duc de Guise et à son oncle le duc d'Aumale. Ils ont l'appui des princes connus pour leur intransigeance au sein du cercle royal ; le duc de Nevers, le duc de Montpensier et le bâtard d'Angoulême.