Les armoiries de la ville de Lyon, ancienne capitale des Gaules, reflètent l'histoire riche de la ville à travers les différentes périodes qu'elle a traversées et le pouvoir qui exerçait son autorité sur la ville. Le blason de la ville n'a été établi sous sa forme actuelle que depuis 1859 qui reprend la forme qu'elles avaient à la fin de l'Ancien Régime après avoir connu plusieurs changements.

Ce blason se lit : « De gueules au lion d'argent, au chef d'azur chargé de trois fleurs de lys d'or ».

Histoire des armoiries de Lyon Aux temps pré-héraldiques

100px|leftLa naissance héraldique et la formation des premiers blasons comme marque distinctive des individus (nobles ou pas) et d'organisations comme des villes ou des corporations ne date que du , mais on trouverait cependant des traces d'une symbolique de la ville blasonnée De gueules au chef de Bourgogne, c'est-à-dire rouge avec en bandeau en haut de l'écu les couleurs du royaume de Bourgogne qui est bandé d'or et d'azur à partir du Histoire du blason de Lyon sur @Lyon et Guichet du Savoir, Blason de Lyon.. À cette époque en effet, Lyon fait partie du royaume de Bourgogne né de la chute de l'Empire romain d'Occident et qui fait partie des trois grands royaumes francs avec l'Austrasie et la Neustrie où règnent les rois mérovingiens.

On retrouve dans ce blason original le champ de gueules (le fond rouge) qui sera le support de tous les blasons qui vont suivre.

Les comtes de Lyon

100px|right|thumb|Blason des comtes de Lyon

Au , les comtes de Lyon sont les seigneurs suzerains de la ville de Lyon qui appartient à l'époque au Royaume d'Arles puis au Saint-Empire romain germanique à partir de 1058. Ces comtes de Lyon prennent pour blason De gueules au lion d'argent. Le nom de la ville de Lyon n'a aucun lien avec le lion, puisqu'il vient de son nom latin Lugdunum dont la racine Lug- peut aussi bien être rattaché au dieu gaulois Lug, au latin Lux (la lumière) qu'au gaulois Lugos (le corbeau) est associé à dunum qui signifie la colline. Mais le rapprochement linguistique qui s'est opéré à cette époque entre l'animal et le nom de la ville a pu inspirer ces armes parlantes, c'est-à-dire dont le contenu donne un peu en rébus le nom de la ville qu'elles désignent. Au , l'archevêque de Lyon récupère le titre de comte et exerce un pouvoir temporel et spirituel sur la ville.

À cette époque la ville porte le blason des comtes de Lyon.

Le rattachement à la France

100px|left|thumb|Blason de la ville de Lyon en 1320Les relations entre les bourgeois et l'archevêque de Lyon sont tendues au début du au sujet des libertés communales. Le roi Philippe IV de France, intéressé par cette ville à la frontière de son royaume va arbitrer les conflits et finalement annexer la ville de facto et le faire confirmer au concile de Vienne en 1312. En 1320, il accorde une charte communale à la ville qui sera gouvernée par 12 consuls et en symbole de sa protection, octroyer à la ville un chef de FranceSite officiel de la ville de Lyon. à ses armes. Ce chef est dit cousu sur le blason pour éviter de déroger à la règle de l'enquerre qui exige que sur un blason, on ne puisse pas poser un élément d'émail sur un autre émail (ici azur sur gueules).

Le chef de France qui est une bande d'azur fleurdelysée est un privilège que le roi de France accorde aux « bonnes villes de France » qui lui ont été fidèles au Moyen Âge avant d'être diffusé massivement dans les armes des communes de France à la fin de l'Ancien Régime. Ces villes avaient le privilège de se faire représenter au sacre du roi. Cet ajout correspond aux armes de France. right|100px|thumb|Blason de la ville de Lyon en 1376Aussi le blason suit l'évolution des armes royales de France, qui à l'origine se trouvent être D'azur semé de fleurs de lys, c'est-à-dire bleu avec un nombre important de fleurs de lys comme semées sur l'écu. Le chef de France accordé en 1320 est donc également un semé de fleurs de lys. Mais en 1376, le roi Charles V simplifia ses armes et réduisit le semis de fleurs de lys à seulement trois lys. Les armes de Lyon virent donc également leur chef simplifié en D'azur à trois fleurs de lys d'or. Les armes ainsi modifiées sont les armes actuelles de la ville de Lyon et celles qu'elle a porté le plus longtemps dans son histoire.

On aura donc des armes de Lyon blasonnées De gueules au lion d'argent au chef d'azur semé de fleurs de lys qui est de FranceLe guichet du savoir Lyon et Lion. puis après 1376 De gueules au lion d'argent au chef d'azur chargé de trois fleurs de lys d'or qui est de France.

Révolution et Empire 165px|left

La Révolution française qui éclate en 1789 va faire disparaitre les blasons qui apparaissent comme un symbole de l'Ancien régime qui vient d'être renversé. Il n'y a donc aucun blason de Lyon pendant la première République. Les représentants de la ville vont utiliser un sceau comportant seulement une déesse de la Liberté. En 1793 à la suite du soulèvement de la ville, « Lyon n'est plus ».

Le Premier Empire rétablit la ville et lui rend ses armoiries comme à toutes les autres villes de France par décret en 1809 en changeant juste les fleurs de lys du chef par trois abeilles posées de face.. Les abeilles sont le symbole de l'Empire et vont massivement remplacer les fleurs de lys comme symbole de la France dans les différents ornements héraldiques.

Les armes de Lyon se blasonnent alors : « De gueules au lion d'argent au chef des bonnes villes de l'Empire (de gueules à trois abeilles d'or). »

Restauration et Monarchie de Juillet

right|100px|thumb|Blason de la ville de Lyon de 1819 à 1830. La Restauration en 1815 va de nouveau changer les armoiries de France et Louis XVIII va permettre aux villes de reprendre les armes qu'elles portaient avant la Révolution. On assistera donc à un retour des fleurs de lys sur le chef du blason.

Par ailleurs le roi augmenta par lettres-patentes du les armoiries de la ville d'une épée dans la patte du lion pour rappeler le siège subi par Lyon pour la cause royale en 1793 et en reconnaissance de la combativité de la cité dans la lutte armée contre la Révolution :

« À ces causes [...], nous avons, par ces présentes signées de notre main, autorisé et autorisons notre bonne ville de Lyon à porter les armoiries ci-dessus énoncées, telles qu'elles sont coloriées et figurées aux présentes, et qui seront dorénavant: De gueules à un lion d'argent tenant dans sa patte dextre une épée haute du même, et un chef d'azur à trois fleurs de lis d'or » . left|100px|thumb|Blason de la ville de Lyon en 1831.

À la suite des Trois Glorieuses en juillet 1830, la monarchie de Juillet s'installe et renonce aux armes royales traditionnelles d'azur à trois fleurs de lys d'or en 1831 pour symboliser l'adhésion de la monarchie au parlementarisme. Par souci de neutralité, les fleurs de lys des chefs de France des armes des villes de France, trop marqués par leur symbolique monarchique sont remplacés par des étoiles d'or.

De 1848 à nos jours

right|100px|thumb|Blason de la ville de Lyon en 1848. La Deuxième République ne s'occupe pas des armoiries. Sous le Second Empire, le garde des sceaux demande en 1859 au sénateur Vaïsse de reprendre les armes portant uniquement le lion et les lys, mais cette modification n'est adoptée par le conseil municipal qu'au début du . Entre-temps, sous la Troisième République, de nombreux blasons fantaisistes fleurissent, ajoutant des éléments ou changeant la position du lionGuichet du Savoir, Blason de Lyon..

La ville de Lyon porte donc au début du le blason qu'elle a porté pendant six siècles : « De gueules au lion rampant armé, lampassé d'argent au chef d'azur chargé de trois fleurs de lys d'or. »

Ornements right|150px|thumb|Blason et devise de la ville de Lyon. right|150px|thumb|Une représentation rare des grandes armes de la ville de Lyon avec deux anges en tenants, vêtus de tabars aux couleurs de la ville.

Les ornements ne font pas partie à proprement parler du blason et ne sont donc pas décrits avec le blasonnements, même si avec le temps, ils ont été codifiés. Ils se situent autour de l'écu.

La couronne murale : la couronne murale symbolise les fortifications des anciennes villes mais leur ajout sur l'écu ne date généralement que de l'Empire. L'empereur des Français Napoléon Ier accorde à la ville une couronne murale aux sept créneaux d'or, symbole des villes fortifiées de l'Antiquité.

Le cri de guerre : le cri est représenté traditionnellement sur un listel (un ruban) au-dessus de l'écu. « Il servait autrefois de signal, soit pour livrer le combat ou se reconnaître dans la mêlée, soit pour rallier les troupes et ranimer leur courage »Jouffroy d'Eschavannes, Traité complet de la Science du Blason à l'usage des Bibliophiles, Archéologues, Amateurs d'objets d'art et de curiosité, Numismates, Archivistes, Paris, 1885.. Par exemple Montjoie-Saint-Denis sera celui des rois de France, comme Notre Dame Guesclin celui du connétable Du Guesclin. Le cri de guerre de la ville de Lyon (en francoprovençal) attesté depuis 1273 est : « Avant, Avant, Lion le melhor! ». Ce cri est cependant régulièrement confondu avec la devise et est fréquemment associé au blason de la ville dans les représentations sur un listel en dessous de l'écu.

La devise : la devise est représentée traditionnellement en héraldique comme écrite sur un listel en dessous de l'écu. La devise de la ville de Lyon est traditionnellement : « Virtute duce, comite fortuna » (« Avec la chance pour compagne et le courage pour guide », paroles de Cicéron à Lucius Munatius Plancus, le fondateur de Lyon). On trouve cependant aussi d'autres devises comme Fortitudine ac (ou et) prudentia (De la force et de la prudence).

Les tenants ou soutiens : les tenants sont les animaux ou les personnages (souvent mythologique) qui soutiennent le blason. Dans les représentations anciennes, l'écu de Lyon est le plus souvent représenté seul. Il est parfois arrivé d'ajouter deux anges ou génies, mais il n'y a aucun usage constant en la matièreArchives historiques et statistiques du département du Rhône, Tome VII, ..

Les décorations : la ville de Lyon a reçu au cours du plusieurs décorations qu'elle peut porter dans ses armes. La ville s'est vu décerner la croix de chevalier de la Légion d'honneur par décret du avec la croix de Guerre et la médaille de la Résistance avec rosette par décret du Chemins de mémoire..

L'origine du lion des armoiries de Lyon

Le nom de Lyon n'a aucun rapport avec l'animal, mais provient du nom latin de la ville Lugdunum, qui a été progressivement réduit en Lyduum puis Lyon. Cette homonymie, fruit du hasard, a influencé le choix du lion comme symbole de la ville et la formation d'armes parlantes. Mais cette ressemblance n'est pas la seule origine du lion à Lyon car il est utilisé comme emblème par la cité dès l'Antiquité. Il est possible qu'il ait été adopté en l'honneur de Marc-Antoine qui l'avait adopté en symbole. Marc-Antoine avait séjourné en Gaule avec Jules César dont il avait été le trésorier de son armée pendant la guerre des Gaules, et la Gaule celtique lui était revenue lors du partage de l'Empire par le second triumvirat constitué avec Lépide et Octave. Il aurait été l'un des bienfaiteurs de la ville qui avait été fondée peu de temps auparavant. Les ateliers de monnaie de Lugdunum qui avaient le droit de frapper de la monnaie émirent dès -43 un quinaire du triumvir Marc-Antoine avec une tête de la Victoire tournée à droite et au revers un lion passant et les inscriptions LUGUDUNI A XL (Lyon, ) pour son quarantième anniversaire.

Au même titre que la louve pour Rome ou le crocodile de Nîmes, il semblerait donc que le lion ait été associé à Lyon dès l'Antiquité. Il a servi également de symbole aux bourgeois lyonnais dans leur lutte contre le pouvoir de l'archevêque.