Spiderland est le second et dernier album du groupe Slint, sorti en 1991 sur le label Touch and Go Records. L'album a fait l'objet de nombreuses critiques dithyrambiques et, situé au carrefour du metal et du rock, est souvent considéré comme l'élément fondateur du post-rock Philippe Robert, Rock, Pop, Un Itinéraire bis en 140 albums essentiels, Le mot et le reste, Marseille, 2006, , pp.236-237.
Malgré une modeste reconnaissance à sa sortie, l'album fut finalement vendu à plus copies et est devenu un point de repère important dans la musique alternative après la séparation du groupe. Spiderland a exercé une haute influence sur le style de nombreux groupes de post-rock et math rock et a été présenté comme un incontournable par plusieurs musiciens importants de rock indépendant. En 2007 Slint s'est réuni dans le cadre d'une tournée au cours de laquelle l'album était repris en concert dans son intégralité.
Contexte Après la sortie du premier album en 1987, produit par Steve Albini et décrit comme une combinaison de « guitares abrasives, de lignes de basse sourdes et de martellements de batterie » Chris Jackson, Slint - Tweez Review, Sputnikmusic, 16 avril 2004., le bassiste Ethan Buckler, mécontent du travail d'Albini, quitta le groupe et fut remplacé par Todd Brashear Shannon McCarthy, Slint Lyrics and Biography sur Musicianguide.com..
Le second enregistrement du groupe fut celui du EP instrumental Slint, qui ne sortit qu'en 1994 et marque une rupture par rapport au son de Tweez et une nouvelle orientation musicale pour le groupe Biographie de Slint sur le site de Southern Records..
Après la fin d'une brève tournée en promotion de Tweez la plupart des membres de Slint allèrent étudier à l'université. Vers le même moment McMahan et Walford commencèrent à écrire ensemble dans l'optique du prochain disque et composèrent six nouvelles chansons qui furent jouées par le groupe durant l'été de 1990. En août de la même année, Slint se rapprocha de River North Records pour enregistrer Spiderland. Aucun chant n'étant à l'origine prévu pour figurer dans l'album, le groupe écrivit les paroles alors qu'il se trouvait en studio. Le producteur Brian Paulson, connu pour ses techniques d'enregistrement live en studio, avec un nombre très réduit de prises se souvient de l'étonnement qu'avait suscité chez lui cet enregistrement : « je me rappelle être assis là, et quelque chose se passait. Je n'ai jamais rien entendu de semblable » Chris Parker, Brian Paulson: Studio aesthetics, Independent Weekly, 9 février 2005..
Les sessions d'enregistrement de Spiderland sont connues pour s'être avérées éprouvantes (« intenses, traumatisantes » selon Dean Carlson) pour les membres du groupe ; des rumeurs coururent soutenant par exemple qu'au moins l'un d'entre eux avait dû être examiné dans un hôpital psychiatrique. Plus tard Walford consigna ces anecdotes dans un article du magazine Select ; il y qualifia l'enregistrement de « sérieux, très intense » et « plutôt stressant ». Il fut achevé en quatre jours.
Style Spiderland a été remarqué pour ses rythmiques de guitare abruptes, ses alternances dramatiques de dynamiques et ses signatures rythmiques irrégulières. Le chant de McMahan oscille entre marmonnements de spoken word et cris intenses. Parmi les influences de l'album on peut citer Gang of Four, Black Sabbath ou encore Sonic Youth.
Will Hermes du magazine Spin décrit le son de l'album comme « un King Crimson du milieu des années 1970 contaminé par l'emo : accords de guitare stridents et somptueuses filatures mélodiques dans des instrumentaux à la rythmique étrange, le tout parsemé de mots à la fois parlés et chantés » WillHermes, "Slint - Spiderland". Spin. juillet 2005..
Description des titres La première piste de l'album, Breadcrumb Trail, décrit une journée passée dans un carnaval avec un diseur de bonne aventure. La chanson combine arrangements complexes, transitions tranchantes et une guitare fluctuant entre un riff clair et aéré dans les couplets et une forte distorsion avec des notes très aigües dans le refrain Tom Maginnis, Breadcrumb Trail: Review sur AllMusic..
La seconde piste Nosferatu Man est inspirée du film muet expressionniste Nosferatu le vampire Tom Maginnis, Nosferatu Man sur AllMusic.. Le couplet présente un riff de guitare dissonant avec des notes perçantes similaires à celles de Breadcrumb Trail et un rythme de batterie basé sur la caisse claire et les toms, sans cymbale. Le refrain, avec sa guitare tranchante et distordue et un rythme proche du thrash metal, se fond dans un long jam avant que la chanson se termine par un larsen de 30 secondes.
Don, Aman, morceau sans percussions ni batterie, énonce d'une voix parlée pendant la plus grande partie de la chanson les pensées d'une « âme isolée » avant, après et pendant une fête dans un bar Tom Maginnis, Don, Aman sur AllMusic.. Le tempo s'accélère soudainement et le morceau devient alors lourd et distordu, avant de revenir au tempo initial.
Washer, la plus longue piste de l'album, commence avec une intro tout juste audible à la guitare et aux cymbales, avant l'arrivée du reste du groupe Tom Maginnis, Washer" sur AllMusic.. La chanson monte en tension jusqu'au dernier couplet, qui inclut une lourde distorsion et est suivi d'une longue étape finale.
For Dinner... est une piste d'ambient instrumental, qui commence avec des accords à peine suggérés et occasionnellement soutenus par des toms étouffés et la grosse caisse Tom Maginnis, For Dinner... sur AllMusic.. Elle alterne phases de montée en tension et de relâchement avant de s'éteindre dans un dernier accord répété pendant la dernière minute.
La dernière chanson de l'album, Good Morning Captain, est basée sur le poème de Samuel Taylor Coleridge La Complainte du vieux marin et se structure autour de deux accords de guitare Tom Maginnis, Good Morning Captain sur AllMusic.. L'enregistrement du dernier refrain s'est avéré physiquement très éprouvant pour McMahan, qui devait crier intensément pour couvrir les guitares. David Peschek de The Guardian qualifia Good Morning Captain de « Stairway to Heaven [de Slint], s'il est possible d'imaginer Stairway to Heaven blanchi de toute son emphase »David Peschek, Slint, Camber Sands Holiday Centre, The Guardian, 28 février 2007..
Iconographie
Le nom de l'album (« terre des araignées ») a été inspiré par le jeune frère de McMahan, selon qui l'album évoquait des pattes d'araignées. La pochette noir et blanc de l'album reproduit une photographie par Will Oldham des membres du groupe en train de nager sur place dans le lac d'une carrière abandonnée. Selon Dave Segal, cette pochette contribua à conférer au groupe une sorte d'aura mystique, « telles des runes portant leurs secrets »Dave Segal, Web of Influence. The Stranger, 10 mars 2005.. Chris Gaerig du Michigan Daily a écrit à son propos : « La couverture du chef-d'œuvre de Slint Spiderland capture la crainte joyeuse et la violence de l'album si précisément qu'elle fait trembler les âmes. Le groupe submergé dans un lac jusqu'au menton avec des sourires dérangés semble être en train de vous traquer »Chris Gaerig, Cover Stories Michigan Daily, 20 septembre 2007.. Plusieurs autres images ont été tirées de la même séance de photo avec OldhamSlint Gallery, Southern Records..
La photo d'une araignée par Noel Saltzman figure sur l'arrière de l'album, en illustrant le titre. Le livret du disque contient un message demandant aux chanteuses intéressées d'écrire au 1864 douglas blvd. louisville, ky. 40205 ; McMahan a plus tard confirmé que ce message était sérieux et déclara qu'ils avaient reçu plusieurs réponses, écouté des enregistrements qu'ils avaient reçus, mais que l'idée de recruter un nouveau membre fut finalement abandonnée Antonia Simigis, , Time Out Chicago, 12 juillet 2007.. Certaines éditions du CD contiennent le message « » (« cet enregistrement est destiné à être écouté sur vinyle »), démontrant la préférence du groupe pour le matériel audio analogique Manish Agarwal, Slint - Review, Don't Look Back, mai 2007..
Réception Spiderland n'a que peu attiré l'attention des critiques à sa sortie. L'une des premières revues d'importance de l'album fut écrite par Steve Albini pour Melody Maker. Albini fut extrêmement laudateur, récompensant l'album de « dix putain d'étoiles » (« »), et affirmant : « Spiderland est un album majestueux, sublime et étrange, rendu plus brillant encore par sa simplicité et sa grâce tranquille (...) Spiderland est parfait []. L'enregistrement sec, sans fioritures, est si décharné qu'il donne parfois l'impression d'écouter aux portes. La guitare cristalline de Brian McMahan et la guitare translucide, fluide, de David Pajo semblent se suspendre dans l'espace jusque sous le nez de l'auditeur. Le jeu de batterie, incroyablement précis mais toutefois instinctif, a le même retentissement que s'il était joué dans votre salon. (...) Écoutez ce disque et mettez-vous en une si vous ne les avez jamais vus en concert » Steve Albini. "Spiderland review", Melody Maker, 30 mars 1991..
Les revues suivantes de l'album furent mitigées. Dans l'une d'entre elles, Dean Carlson le qualifie de « l'une des sorties les plus essentielles et terrifiantes de la scène post-rock naissante », tout en le considérant légèrement survalué. Carlson critiqua également le style de chant de McMahan, affirmant qu'« il évoquait trop souvent une pitié étranglée plutôt qu'une véritable empathie ». Robert Christgau attribua à l'album la note de C+, qualifiant Slint d'« art-rockers sans le courage de leurs prétentions » et se montra critique envers les paroles de l'album Robert Christgau, Slint, Village Voice..
Dans le livre The New Rolling Stone Album Guide du magazine Rolling Stone une note de 2,5/5 est attribuée à Spiderland ; si le critique Mac Randall le trouve meilleur que Tweez, « d'écoute plus facile, avec des chansons plus longues et plus développées », il écrit cependant que « l'absence de quoi que ce soit ressemblant à une mélodie est toujours gênante » Nathan Bracket et Christian Hoard, The New Rolling Stone Album Guide: Completely Revised and Updated 4th Edition, Simon & Schuster, New York, 2004 , pp. 744–745.
Héritage
Bien que largement ignoré à sa sortie, Spiderland a finalement attiré l'attention avec le temps. Cette plus grande popularité a été en partie attribuée à la présence de la chanson Good Morning Captain sur la bande originale du film Kids de 1995. Il a été vendu à plus de exemplaires Sasha Frere-Jones, You Thought I Was Backing Out, sfj.abstractdynamics.org, 25 juillet 2005., bien que Kory Grow du College Music Journal pense que l'album « a inspiré d'innombrables groupes (et donc au moins autant de fans), loin devant son chiffre au Nielsen SoundScan » Kory Grow. Review: Slint Performs Spiderland in New York, College Music Journal, 19 juillet 2007.. Spiderland est devenu un classique du rock indépendant et est considéré, avec Laughing Stock de Talk Talk, comme l'un des premiers catalyseurs des courants post-rock et math rock Post-Rock/Experimental sur AllMusic. Michael Keefe, What is Post-Rock? A Genre Profile sur About.com..
David Peschek dit de l'album qu'il s'agissait de l'« urtext de ce qui allait être connu sous le nom de post-rock, une réinvention fracturée, presque géométrique de la musique rock, vidée de son impulsion dionysiaque » David Peschek, Slint, Camber Sands Holiday Centre, The Guardian, 28 février 2007.. Rachel Devine du magazine The List qualifia Spiderland d'album « vraisemblablement le plus disproportionnellement influent dans l'histoire de la musique » Rachel Devine, 90s revival, The List, 16 août 2007..