thumb|right|330px|Distribution des répartition approximative des principaux dialectes helléniques anciens à l’époque classique. durant la période classique Roger D. Woodard, « Greek dialects », dans The Ancient Languages of Europe, éd. Cambridge University Press, Cambridge, 2008, p. 51.. Groupe occidentalGroupe centralGroupe orientalIsolé :
Le dorien (Δωρὶς γλῶσσα / Dōrìs glôssa, « langue dorienne ») est un dialecte hellénique ancien. Ses différentes variétés étaient parlées dans le sud et l’est du Péloponnèse, en Crète, à Rhodes, dans plusieurs îles du sud de la mer Égée, ainsi que dans certaines cités côtières d’Asie Mineure, en Grande-Grèce, en Épire et en Macédoine.
Avec les dialectes helléniques nord-occidentaux, il constitue le « groupe occidental » des dialectes helléniques anciens à l’époque classique. À l’époque hellénistique, l’influence de la Ligue étolienne favorisa l’émergence d’une koinè achéenne-dorienne présentant de nombreuses caractéristiques communes aux variétés doriennes, ce qui ralentit la diffusion de la koinè hellénistique fondée principalement sur l’attique dans le Péloponnèse jusqu’au Carl Darling Buck, « The Source of the So-Called Achaean-Doric κοινη », The American Journal of Philology, 1900, .
Le dorien est originaire des montagnes d'Épire, L’origine et la diffusion anciennes du dorien demeurent discutées. Les traditions antiques associaient les Doriens aux régions situées au nord-ouest du monde hellénique, notamment à la Doride et aux régions voisines de l’Épire. La diffusion des parlers doriens dans le Péloponnèse et dans d’autres régions est traditionnellement mise en relation avec des mouvements de populations survenus entre la fin de l’âge du Bronze et le début de l’âge du Fer, autrefois décrits comme une « invasion dorienne ». L’existence de la Doride a également alimenté différentes hypothèses concernant l’origine septentrionale de ces populations. L’extension ancienne de ces parlers vers le nord demeure difficile à établir en raison de la rareté des témoignages épigraphiques ; en Macédoine, les attestations dialectales disponibles sont notamment illustrées par la tablette de Pella.
Variantes Dorien L'emplacement du dialecte dorien dans la classification générale des dialectes du grec ancien dépend, dans une certaine mesure, de la classification choisie ; plusieurs points de vue sont listés dans l'article « Dialectes du grec ancien ».
L'idée qui y prévaut est que le dorien serait un sous-groupe du « grec occidental » — on utilise aussi les termes de « grec septentrional » ou « grec nord-occidental ». Ces distinctions géographiques existent uniquement à des fins de classification. Elles sont de plus clairement inadaptées : le dorien a été uniquement parlé dans le sud de la zone du « grec méridional » ou du « grec sud-oriental ».
Quoi qu'il en soit, l'idée d'un groupe de « grec septentrional » repose sur l'hypothèse que les Doriens sont venus du nord et sur le fait que le dorien est proche du « grec nord-occidental ». Toutefois, on ne sait pas à quelle époque la distinction entre les deux groupes commence à avoir un sens. Il est possible que les « nordiques » aient parlé un même dialecte au moment de l'invasion dorienne, et il est certain que le dorien n'a pu se différencier davantage dans sa forme classique qu'après que les Doriens s'étaient installés dans le sud. En conséquence, « grec occidental » est le nom le plus adapté pour désigner ce groupe de dialectes à l'époque classique.
Le tsakonien, un descendant du dorien laconien (parlé à Sparte), est toujours parlé sur la côte du Péloponnèse du sud de l'Argolide, dans les préfectures modernes d'Arcadie et de Laconie. À l'heure actuelle, il intéresse considérablement les linguistes. C'est aussi une langue en danger.
Ci-dessous se trouve une liste des différents dialectes du groupe dorien.
Dialecte laconien et héracléen thumb|left|100px|L'actuel nome de Laconie.
Le « laconien » a été parlé par le peuple de Laconie dans le sud du Péloponnèse ainsi que dans ses colonies, Tarente et Héraclée en Italie du Sud. Sparte est la plus importante cité de l'ancienne Laconie.
L'existence du laconien est attestée par des inscriptions sur des poteries et de la pierre datant du : un hommage à Hélène date du deuxième quart du . Tarente a été fondée en -706, et ses fondateurs devaient déjà parler laconien.
De nombreux documents de l'État spartiate ont survécu : ses citoyens se nomment eux-mêmes Lacédémoniens, d'après le nom de la vallée dans laquelle ils vivent. Homère appelle Sparte , bien qu'il se réfère à la période pré-dorienne. Un poète spartiate du , Alcman utilise un dialecte considéré par certains comme principalement laconien. Philoxenus d'Alexandrie a écrit un traité Du dialecte laconien.
Dialecte argien vignette|Le nome moderne d'Argolide.
L'« argien » a été parlé dans le nord-est du Péloponnèse, région largement habitée, comme à Argos, Mycènes, Hermione, Trézène, Épidaure, et jusqu'à Égine, pourtant proche d'Athènes. Comme le mycénien était parlé dans cette région pendant l'âge du bronze, il est clair que les Doriens l'ont envahie sans réussir à prendre l'Attique. D'Argos, les Doriens sont allés en Crète et à Rhodes.
De nombreuses inscriptions à caractère législatif, politique et religieux existent depuis au moins le
Dialecte corinthien vignette|gauche|Le nome actuel de Corinthie.
Le « corinthien » a d'abord été parlé dans l'isthme de Corinthe, entre le Péloponnèse et la Grèce continentale. Le dialecte corinthien a été parlé dans les cités et États suivants : Corinthe, Sicyone, Cléones, Phlionte, les colonies de Corinthe en Grèce occidentale (Corcyre, Leucade, Anaktório, Ambracie et d'autres), les colonies de Grande-Grèce (Syracuse et Ancône), et les colonies de Corcyre (Dyrrachium, Apollonie). Les inscriptions les plus anciennes de Corinthe datent du début du ; elles utilisent un alphabet dit « épichorique », c'est-à-dire « local ».
L'exemple de Corinthe contredit le préjugé selon lequel les Doriens seraient des militaristes rustiques (pour les locuteurs du laconien le seraient). Située sur une route commerciale internationale, Corinthe a joué un rôle majeur dans la « re-civilisation » de la Grèce antique après les siècles de désordre et d'isolement ayant suivi la chute de la civilisation mycénienne (époque dite des « siècles obscurs »). Archimède, qui était syracusain, écrivit en dialecte dorien.
Le grec nord-occidental Caractéristiques Le groupe du « grec nord-occidental » est étroitement lié au groupe dorien, si bien qu'il n'y a parfois pas de différence entre le dorien et le grec nord-occidental.
La question de savoir s'il doit être considéré comme un élément du groupe dorien, ou inversement que le dorien en est un élément, ou encore qu'il s'agit de deux sous-groupes du grec occidental, n'est qu'une distinction de vocabulaire : les dialectes et leurs regroupements restent identiques.
Le thessalien occidental et le béotien sont nés sous une forte influence du grec nord-occidental. Les dialectes du grec nord-occidental diffèrent des dialectes du groupe dorien par les caractéristiques suivantes J. Mendez Dosuna, « The Doric dialects », dans A.-F. Christidis (éd.), A History of Ancient Greek, éd. Cambridge University Press, Cambridge, 2007, p. 451 . : datif pluriel de la troisième déclinaison en / -ois, au lieu de / -si : / pour / , « aux chevaliers acharnaniens » ; / se construit avec l'accusatif, alors qu'en attique, c'est / qui est suivi de l'accusatif : en locrien contre en attique ; / -st pour / -sth : / pour / , « devenir » ou / pour / , « salaire, paiement » ; / -ar pour / -êr : / pour / , « le jour », en attique, ou / en éléen pour / en dorien et / en attique, « travail » ; datif singulier en / -oi au lieu de / -ôi : pour en dorien ; participe moyen en / -eimenos au lieu de / -oumenos.
Dialectes Phocidien et delphien Plutarque note que les Delphiens prononcent [b] à la place de [p] ( / pour / )Plutarque, Questions grecques, n° 9 ..
Locrien Locride occidentale (ou « ozolienne »), le long de la côte nord-ouest du golfe de Corinthe, vers Amphissa (début du )IG IX,1² 3:609.. Locride orientale (ou « opontienne »), sur les côtes continentales faisant face au nord-ouest de l'Eubée, autour d'Opus.
Éléen Le dialecte d'Élis, en Olympie, est l'un des plus difficiles pour les lecteurs modernes de textes épigraphiques, après les dialectes éoliens Commentaire de Stephen Colvin sur Sophie Minon, Les inscriptions éléennes dialectale, 3 t., éd. Librairie Droz, Genève, 2007 .. Les plus anciennes datent des années 600 avant notre ère.
Koinè du grec nord-occidental C'est un dialecte hybride de l'attique et du grec nord-occidental, doté de caractéristiques doriennes.
Il est principalement associé à la confédération étolienne, et il date des Le sanctuaire de Calydon date de 600-575 av. J.-C.IG IX, 1² 1:152, a.
Épirote Oracle de Dodone, d'abord sous contrôle des Thesprotes John Potter, Archaeologia Graeca or the Antiquities of Greece, éd. Thomas Tegg, Londres, 1840, p. 258 . (vers 550-500 av. J.-C.Lamelles oraculaires 77.). Ligue molosse d'Épire Collectif, The Cambridge Ancient History, t. VI, éd. Cambridge University Press, Cambdrige, 2000, p. 434 . Sylvain Auroux, History of the Language Sciences, t. 1, éd. Walter de Gruyter, Berlin et New-York, 2000, p. 439 . (vers 370 av. J.-C.Pierre Cabanes, L'Épire de la mort de Pyrrhos à la conquête romaine, éd. Les Belles Lettres, Paris, 1976, p. 534 .).
Macédonien Il existe une école de pensée arguant que l'ancien macédonien a pu être un dialecte grec, appartenant peut-être au groupe nord-occidental pour être plus précisM. Hatzopoulos, « Le parler des anciens Macédoniens », La Macédoine : Géographie historique, langue, cultes et croyances, institutions, Paris, De Boccard, 2006, . ; Il existe une autre école de pensée arguant que cette langue devrait toutefois être classée comme un élément séparé et marginal ou déviantBrian Joseph résume : ainsi , mais avertit que — B. Joseph, « Ancient Greek », dans J. Garry et al. (éd.) Facts about the world's major languages: an encyclopedia of the world's major languages, past and present, éd. H.W. Wilson, New-York, 2001 ). De ce point de vue, plusieurs auteurs l'appellent aussi « dialecte grec déviant »..
Différences entre le dorien et la koinè attique Vocalisme Préservation du a long (alpha, ) alors que la koinè attique le transforme en un e long ouvert (êta, ), comme dans / gẫ mấtêr pour / gễ mếtêr en attique, « terre mère », ou / pour / en attique, « Athènes ». Contraction des sons ae en / ê, au lieu du / â en attique. Contractions des sons eo et ea en / io, ia dans certains dialectes doriens. Certains dialectes doriens (« dorien sévère ») utilisent / ê, ô, pour les « fausses diphtongues » / ei, ou de la koinè attique (c'est-à-dire des voyelles longues, ē, ō, dû à une contraction ou à un allongement compensatoire). Les exemples les plus marquants sont le génitif singulier : / -ô qui vaut pour / -ou ; l'accusatif pluriel : / -ôs qui vaut pour / -ous ; et l'infinitif : / -ên pour / -ein en attique. Présence d'un a bref (alpha, / a) là où la koinè utilise un e bref (epsilon, / e) dans certains mots : / hiarós, pour / en attique, « sacré », ou / Ártamis pour / , « Artémis ».
Consonantisme Préservation de / -ti là où la koinè attique utilise / -si. Les exemples les plus marquants sont : la troisième personne du singulier des verbes en : / phâti pour / phêsi(n) en koinè ; troisième personne du pluriel du présent et du subjonctif en / -nti : / légonti pour / légousi(n) en koinè ; « vingt » / wíkati pour / eíkosi(n) ; les centaines en / -katioi : / triakátioi pour triakósioi. Préservation du double sigma / -ss- avant une voyelle alors que la koinè utilise / -s-, par exemple : / méssos au lieu de / mésos en koinè, « situé au milieu ».