thumb|Figurines de Bécassine, musée de la Poupée et du Jouet Ancien de Wambrechies Bécassine est un personnage de bande dessinée jeunesse français créé par la scénariste Jacqueline Rivière et le dessinateur Émile-Joseph-Porphyre Pinchon, qui apparaît pour la première fois dans le premier numéro de l'hebdomadaire pour jeunes filles La Semaine de Suzette le .
Dans certains albums, mais uniquement à compter de 1913, le personnage est nommé Annaïk (parfois « Annaïck ») Labornez. Elle serait née à Clocher-les-Bécasses, un village imaginaire du Finistère sud..
Le personnage a fait l'objet de plusieurs adaptations au cinéma, dont deux films et un long métrage d'animation, tous français, ce dernier s'intitulant Bécassine et le Trésor viking.
Historique de la publication Cette bande dessinée, initialement prévue pour boucher une page blanche de la revue française La Semaine de Suzette du , en raison de la défection d'un auteur malade (ou, selon une autre version, d'un annonceur publicitaire), fut écrite par la rédactrice en chef du magazine Jacqueline RivièreNée Jeanne Joséphine Spallarossa (1851-1920) épouse de J. H. Bernard de la Roche. et dessinée par Joseph Pinchon (1871-1953). Elle relate une bévue réellement commise par la servante bretonne de l'auteur. Le nom de « Bécassine » est choisi par élimination pour faire référence à cette bévue : « bêtise », « bécasse » puis « Bécassine » qui désigne une jeune fille ronde et naïve..
Le personnage de Bécassine rencontre un tel succès qu'il réapparaît en première page du pour « Le livre d'or de Bécassine » en , puis dans de nouvelles planches qui paraissent régulièrement, toujours en guise de remplissage ponctuel..
vignette|redresse|Personnage de Bécassine lors du carnaval du Bœuf gras à Nantes en 1921.
Cette naissance littéraire de Bécassine est cependant infirmée par Pinchon qui prétend que le fondateur de La Semaine de Suzette, Maurice Languereau, lui a demandé dès 1904 d'illustrer .
À partir de 1913, le personnage de Bécassine est repris par le scénariste Caumery, pseudonyme de Maurice Languereau, neveu et associé d'Henri Gautier dans la maison d'édition Gautier-Languereau, éditrice de La Semaine de Suzette. Caumery la dote d'une psychologie plus dense, et lui donne à cette occasion son vrai nom, Annaïk (parfois écrit « Annaïck ») Labornez.
De 1913 à 1952, paraissent plusieurs aventures de Bécassine, toutes dessinées par Pinchon (sauf deux, dessinées par Édouard Zier) et scénarisées par Maurice Languereau jusqu'en 1941 (année de son décès), remplacé, de 1948 à 1950, par d'autres personnes signant « Caumery ». D'autres albums et recueils sont parus après la mort de Pinchon en 1953, notamment une série dessinée par Trubert à partir de 1959.
Apparue trois ans avant la bande dessinée Les Pieds nickelés, la naissance de Bécassine marque celle de la bande dessinée moderne, la transition entre les histoires illustrées et la « vraie » bande dessinée. Son style de dessin, au trait rond, vif et moderne, inspirera une ligne graphique : la « ligne claire », dont 25 ans plus tard, la série des Tintin sera le plus beau fleuron..
Le , l'œuvre originale entre dans le domaine public, après la mort d'Émile-Joseph-Porphyre Pinchon...
Personnage Un personnage picard puis breton vignette|redresse|Le surnom « Bécassine » est inspiré de la bécasse.
Au départ, le personnage créé par l'Amiénois Joseph Pinchon en 1905 représente la bonne « provinciale », fille de ferme, telle que la voyait la bourgeoisie. Le dessinateur s'inspire des costumes selon Bernard Lehambre, Bécassine, une légende du siècle, Gautier-Languereau/Hachette Jeunesse, 2005., coiffes picardes et du nom d'oiseau Bécassine, bien connu des riverains et des visiteurs de la baie de SommeUne sculpture du personnage de Bécassine à Noyon, https://culturebox.francetvinfo.fr/livres/jeunesse/becassine-une-bretonne-aux-racines-picardes-213627...
Ce n'est qu'en 1913 que la scénariste d'origine, Jacqueline Rivière, est remplacée par Maurice Languereau (qui signe du pseudonyme Caumery), lequel fait du personnage une Finistérienne en lui donnant, en plus du surnom de « Bécassine », le nom breton d'Annaïk Labornez.
Brigitte Leblanc, directrice éditoriale des éditions Gautier-Languereau explique, au cours d'une interview publiée dans Le Figaro, l'origine (fictive) du nom du personnage. : le surnom de Bécassine vient du fait que le jour de sa naissance un vol de bécasses est passé au-dessus de Clocher-les-Bécasses. Son oncle Corentin trouvait qu'elle avait un nez tout court et tout rond, pas du tout comme le nez des bécasses. Et donc pour rire, et par plaisanterie, il a décidé de l'appeler Bécassine.
Cependant, de par la volonté des auteurs, Bécassine représente l'esprit français, bien au-delà d'une simple représentation d'une petite bonne bretonne vivant dans son propre monde. L'album Bécassine chez les Alliés, publié en 1917, donc avant la fin de la guerre, témoigne de l'attitude engagée de l'héroïne, son auteur n'hésitant pas à lui faire déclarer à la fin de l'albumExtrait de bande dessinée Bécassine chez les alliés, sur books.google.fr, consulté le . : Il m'agaçait ce gros qui pleurniche tout le temps, alors je lui ai crié "ça durera ce que ça durera, mais les Boches, on les aura !" Et tous les autres [militaires] m'ont applaudie en disant que j'avais parlé comme une vraie Française.
Particularités Physique La bouche de BécassineMarine Chassagnon, « Aviez-vous remarqué que Bécassine n'a pas de bouche ? Une dessinatrice lui redonne la parole », Le HuffPost, . ne semble généralement pas apparaître dans les différents albums , ce qui fera dire à certains militants bretons qu'il s'agissait d'empêcher le personnage de pouvoir .
On peut cependant deviner lors de certaines postures du personnage le dessin d'un point, voire d'un léger trait pour représenter la bouche. Le personnage est généralement dessiné en entier, sauf quand Bécassine baisse la tête, ce qui arrive assez souvent puisqu'il s'agit d'une bonne au service de ses maîtres. Les autres dessinateurs de la série auront tendance à faire de même..
Personnalité vignette|redresse|La Citroën B2 1925 évoque la voiture de Bécassine.
Malgré l'image d'une jeune femme un peu sotte, voire arriérée qui lui colle à la peau, plus particulièrement dans les premiers albums, le lecteur se rend compte au fur et à mesure de la sortie des albums que Bécassine sait non seulement lire et écrire puisqu'elle écrit ses mémoires dès le premier album, mais elle passe son permis de conduire afin de voyager dans sa propre automobile (de marque Excelsior, gagnée lors d'un concours) qu'elle baptise du doux nom de « Fringante » (album : L'automobile de Bécassine), fait encore peu banal pour une femme en 1927.
Peu de temps avant, elle s'était engagée personnellement pour soutenir le moral des troupes durant la Première Guerre mondiale (albums : Bécassine pendant la Guerre, Bécassine chez les Alliés, Bécassine mobilisée). Elle apprend à jouer de la pelote basque (album : Bécassine au Pays Basque) et n'hésite pas à enseigner aux enfants (album : Bécassine maîtresse d'école). Elle prend l'avion (album : Bécassine en aéroplane), le bateau (album : Bécassine en croisière) et se déplace jusqu'en Amérique (album : Bécassine voyage). Elle apprend les rudiments du ski alpin (album : Bécassine dans la neige) et semble être capable de savoir tout faire (album : Les cent métiers de Bécassine). vignette|redresse|Le métro parisien au début des années 1930. Malgré son rôle de bonne provinciale puis de nourrice, au service d'une famille aristocratique, d'origine bretonne comme elle, normalement contrainte de vivre dans un univers bourgeois et aseptisé, Bécassine adore vivre dehors où elle admire les panneaux publicitaires de style Art déco et court toutes expositions à la mode, comme celle de l'exposition coloniale de 1931. En compagnie de Loulotte, sa petite protégée - en tant que nourrice sèche, puis gouvernante -, elle arpente l'avenue des Champs-Élysées, admire le pont Alexandre III, la Rive gauche et le jardin du Luxembourg, et discute avec tout le monde, depuis la fleuriste, jusqu'à la marchande de journaux en passant par les bonimenteurs de rue et ce sergent de ville qui l'aide à traverser des rues déjà encombrées de voitures. Elle découvre le chantier de la construction du métro, puis, plus tard, elle s'engouffre dedans, dès que celui-ci est en fonctionnement. Bécassine est une femme des Années folles, intégrée dans son époqueIrène Pennacchioni, « Bécassine dans la capitale », Sociétés & Représentations, , (), , sur cairn.info, consulté le ..
Aspects politiques Selon l'historien Pascal Ory, Bécassine, à l'instar des rédacteurs (et généralement des abonnés) du journal La Semaine de Suzette, s'engage du côté de l'ordre. En 1919, elle applaudit à une grève brisée par les ingénieurs. Cependant au fil des années et des albums, le lecteur assiste à la promotion d'une jeune femme issue des classes populaires, dans le sens d'une sorte de promotion d'un prolétariat ancillaire, alors que les élites traditionnelles semblent décliner. Fidèle à l'idée de ses auteurs, Bécassine reste d'une forme de compromis entre les classes socialesCamille Renard, « Bécassine, moins raciste que Tintin », sur franceculture.fr, , publié le ..
Durant l'Occupation, les nazis interdiront la diffusion des albums de Bécassine parus à la fin des années 1930..
Études sur Bécassine De nombreux universitaires ou chercheurs ont démontré que le personnage de Bécassine tel qu'il transparaît à travers la plupart des albums témoigne de la vision négative que la bourgeoisie parisienne avait du menu peuple breton..
James Eveillard et Ronan Dantec, qui ont consacré un ouvrage à la représentation des Bretons dans la presse illustrée française, définissent Bécassine comme l'. Alain Croix et Christel Douard parlent littéralement de quant à eux..
Dans La Bretagne, ouvrage publié dans la collection « idées reçues », l'ethnologue François de Beaulieu voit dans ce personnage un Selon lui, dans les années 1970, l'image de Bécassine change en raison de divers détournements, comme sur une affiche d'Alain Le Quernec qui la présente le poing dressé, protestant contre les marées noires répétitives qui souillent alors les côtes bretonnes..
Henri Boyer, professeur en sciences du langage à l'université de Montpellier III, indique que les différents épisodes de Bécassine fondent cependant et que l'époque de la Bretagne romantique est alors révolue.
En 1995, à l'occasion des du personnage, le journal France-Soir se demande à propos de Bécassine :
Dans un ouvrage de vulgarisation paru en 2003, l'historien Jérôme Cucarull explique que l'histoire économique de la Bretagne a récemment tiré profit d'une recherche fructueuse qui a abouti notamment à rectifier nettement l'image qui prévalait jusqu',
Hommages, représentations et contestations Hommages La poste française sort en un timbre-poste à l'effigie de Bécassine à l'occasion du centenaire de la parution de sa première (més)aventure, suscitant la réprobation de plusieurs associations bretonnesSkoazell Diwan Paris, Radio Pays - Radio Bro, Bretons sans Frontières .. Quelques semaines plus tôt, un article du Nouvel Observateur évoquait « les aventures d'Annaïck Labornez, dite Bécassine, la petite Bretonne au cœur d'or, naïve ô combien ! »..
Le , à l’occasion du de sa création, le moteur de recherche Google met Bécassine à l’honneur sur sa page d’accueil française en affichant un logo spécial..
Le , l'astéroïde est nommé en son honneur.
Le terme Bécassine dans les dictionnaires