La Pietà de Villeneuve-lès-Avignon (ou Pietà d'Avignon) est un panneau peint au , attribué à Enguerrand Quarton et actuellement conservé au musée du Louvre.
Historique La localisation d'origine du panneau est inconnue. Il est découvert en par Prosper Mérimée qui occupe alors la fonction d'inspecteur général des Monuments historiques, dans la Collégiale Notre-Dame de Villeneuve-lès-Avignon. On ne sait cependant si l’œuvre était déjà là avant la Révolution de 1789 ou si elle a été apportée après, lorsque les biens de l’Église ont été redistribués. On lui prête alors une possible origine à la Chartreuse Notre-Dame-du-Val-de-Bénédiction de Villeneuve. La Pietà est exposée au musée de Villeneuve ouvert en dans l’ancien hospiceMédiation à la collégiale de Villeneuve-lès-Avignon, Office de Tourisme de Villeneuve-lès-Avignon.
Elle est envoyée à l’exposition des Primitifs Français au Musée du Louvre d’avril à , aux côtés d'une autre œuvre villeneuvoise Le Couronnement de la Vierge d'Enguerrand Quarton. Cette exposition de très grande ampleur réunit, entre autres, des chefs d’œuvre de Jean Fouquet, Barthélémy d’Eyck ou encore Nicolas Froment. Elle met ainsi en lumière ces peintres jusqu’alors oubliés et relance les recherches sur cette période de l'histoire de l'art. La Piéta est très remarquée par le public mais également par la Société des Amis du Louvre, qui entreprend alors de longues négociations avec la commune de Villeneuve pour acquérir la Piéta et le Couronnement. Devant la somme élevée demandée par la commune, la Société ne choisit qu’un tableau, la Piéta. Les deux partis s'accordent sur la somme de et l’envoi d’une copie. Le panneau entre dans les collections du Louvre en et sa copie rejoint le musée de Villeneuve en , puis la Collégiale en .
Attribution Si Prosper Mérimée attribue ce tableau à Giovanni Bellini, d’autres historiens l’attribuent à Jean Fouquet, à Paul Véronèse ; le catalogue du musée de Villeneuve, en , l’attribue à un peintre de l’école vénitienne.
Après son exposition en , les querelles d'attribution reprennent de plus belle et certains, comme Georges Hulin de Loo ou Henri Bouchot, qui y voient une école espagnole (Bartolomé Bermejo et Nuno Gonçalvès). Le tableau acquiert alors le statut de chef d’œuvre universel de l’art et les attributions se recentrent sur les noms de peintres qui ressortent des dépouillements des archives notariales de Provence : Jean Changenet, Pierre Villate, Enguerrand Quarton, Froment. Progressivement, il apparaît acquis que la Piéta a été peinte en Provence avant . La composition se retrouve dans d’autres peintures de la région dont la Piéta de Tarascon (1457) où l’on voit repris le geste unique de saint Jean ôtant la couronne d’épines.
Charles Sterling, en 1938, crée le terme de « maître de la Pietà d'Avignon » mais à regret, dit-il alors, car il s'agit selon lui d'un simple « nom de nécessité ». La même année, un certain MarignaneM. Marignane, Le maître de la Pietà de Villeneuve, de l'Annonciation d'Aix révélé, Enguerrand Charonton éditions J.Povolozky, 1938. attribue la paternité du panneau au peintre Enguerrand Charonton, plus connu sous l'orthographe Enguerrand Quarton mais en se basant sur les résultats de la pseudo-science radiésthésique. En 1959, Sterling démontre cette attribution en se basant sur la typologie de la disposition des mains, des visages, des plis ou la structure des rochers, en comparaison avec les deux tableaux assurément de la main de Quarton, La Vierge de miséricorde de la famille Cadard et Le Couronnement de la vierge. Il étaye sa démonstration par des rapprochements de détail portant sur la morphologie des visages, la structure des rochers, les cassures des plis, la présence de grands revers d’un blanc éclatant, qu’il peut matérialiser visuellement dans sa monographie sur l’artiste parue en 1983. Surtout, il souligne la récurrence, à travers quatre grands retables, d’une même composition faite d'une . La production enluminée de Quarton, révélée en , autorise désormais de nouvelles comparaisons : le Christ en croix longiligne, à la taille étranglée, du Missel de Jean des Martins appartient à la même famille que celui qui repose sur les genoux de la Vierge dans le tableau du Louvre.
La plupart des historiens de l'art s'accordent désormais à y voir Enguerrand Quarton, seuls Albert Châtelet et Jacques Thuillier lui refusent encore la paternité de la Pietà.
Les personnages
À gauche du tableau figure le donateur, c'est-à-dire celui qui a commandé l’œuvre et qui l’a payée afin de la donner à un établissement religieux.
La scène religieuse à proprement parler comporte quatre personnages. A droite du donateur, Jean l’évangéliste, l’un des douze apôtres, puis la vierge Marie, Marie-Madelaine et au centre le Christ. Les têtes des trois premiers sont entourées d'auréoles où sont inscrits, en latin, leurs noms.
Commande Le Couronnement de la Vierge semble créé pour la Chartreuse de Villeneuve. Des ressemblances entre l’orant de la Pietà et le portrait de Jean de Montagny, commanditaire du Couronnement ont conduit à penser que la Piéta pouvait provenir de la chartreuse, bien qu'elle ne figure sur aucun de ses inventaires. Pourrait-elle alors avoir été faite pour la Collégiale ? C’est cette hypothèse que proposent les plus récents travaux s’appuyant sur plusieurs éléments :
le cadre du tableau et le support qui le surmontait reprennent exactement les dimensions et les espacements des nervures de la grande fenêtre occidentale de la Collégiale qui fait face au maître-autel, comme si l’on avait voulu harmoniser le tableau avec l’architecture préexistante de l’édifice ;
une visite pastorale de la Collégiale le décrit le retable du maître-autel comme , trois qualificatifs qui pourraient s’appliquer à la Piéta dans le contexte de l'époque ;
enfin, si l’on oublie le terme italien de Piéta donné à ce tableau par les historiens du pour lui donner le nom français de Notre-Dame de Pitié, on est en accord avec le vocable de la Collégiale dédiée à Notre-Dame. L’orant non identifié vêtu de l’habit de chœur des chanoines pourrait être le doyen du Chapitre, commanditaire de l’œuvre. Tout comme le pape Innocent VI n’est pas représenté sur le Couronnement de la Vierge, retable de la chapelle funéraire à la chartreuse, le cardinal Arnaud de Via ne serait pas représenté sur le retable de la Collégiale qu’il a fondée et où il repose. L’orant figure ici en survivance du fondateur. On se demande alors si l’inscription gravée sur le tableau n’est pas un jeu de mots avec le nom du fondateur : (). Les deux œuvres villeneuvoises d’Enguerrand Quarton, l’une face au tombeau d’Innocent VI, l’autre face à celui d'Arnaud de Via, servaient des commémorations des bienfaiteurs de l’Église et de la papauté avignonnaise.
En , les chanoines commandent un nouvel aménagement du chœur de la Collégiale : voûtes, retables, maître-autel de marbres polychromes, le goût n’est plus aux retables gothiques, le vieux retable avec son retable haut alors est remonté sans une des chapelles latérales de la Collégiale.
Postérité Suite à l'exposition des primitifs français du musée du Louvre, l’admiration suscitée par sa présentation au pavillon de Marsan ne s’est jamais démentie : citons-en pour preuve les multiples copies réalisées par des artistes de renom (Piet Mondrian, Oscar Lüthy, Alberto Giacometti) impressionnés par la force spirituelle de l’image, la rigueur de sa construction, son dessin tour à tour flexible et aigu.
Le tableau fait partie des « 105 œuvres décisives de la peinture occidentale » constituant le musée imaginaire de Michel Butor..
Notes et références
Annexes Bibliographie
Liens externes
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