Charles Buisine-Rigot, né Charles François Alexis Buisine à Lille le Archives du Nord, acte de mariage dressé le , vue 399 / 1130.Archives du Nord, Registre des naissances de la ville de Lille, année 1820 - registre 89 du 13 juin au 31 décembre. Acte n°1475 et mort dans la même ville le Archives du Nord, acte de décès dressé le , vue 15 / 593. est un ébéniste, sculpteur et chef d'entreprise français.
Jeune, il suit une brève formation dans le domaine artistique notamment au sein des Écoles Académiques de la ville de Lille, ancêtre de l'école des Beaux-Arts de cette même ville. Puis, il se perfectionne en autodidacte tout en travaillant dans l'atelier de menuiserie familial. Il excelle rapidement en sculpture et en ébénisterie.
En 1845, il prend la direction de l'atelier lillois de son père, lui donne une tournure plus artistique et le développe considérablement. La production de son entreprise , marqué par l'essor du néogothique, est abondante et de qualité. Ses œuvres, mobilier et sculptures destinés aux églises, sont présentes dans le monde entier mais particulièrement dans le Nord de la France. Il travaille notamment sur les chantiers de l'architecte lillois Charles Leroy.
Il meurt en 1893. Son fils Edouard, déjà précédemment associé à son père, reprend la société.
Biographie
Les Buisine et l'atelier familial de menuiserie. Charles-Alexis-François Buisine naît le à Lille au sein d'une famille catholique et royaliste. Il est le fils de Désiré Buisine, maître-menuisier, et de Catherine Lavaine. La famille Buisine est pieuse. et le père comme le grand-père de Charles sont membres de la Confrérie du Saint-Sacrement.
Au moment de sa naissance, le grand-père de Charles, Jean-François, est le doyen de la corporation des maîtres-menuisiers de la ville de Lille. Il dirige l'atelier lillois de menuiserie qui se transmet de père en fils depuis 1676.
En 1821, Désiré hérite de l'atelier de son père. Au fil des générations, cet atelier avait pris une tournure de plus en plus artistique. Néanmoins, Désiré dont les compétences en sculpture devaient être limitées, prend l'habitude de travailler avec le sculpteur lillois César Théodore Huidiez.. Les œuvres qu'il réalise sont destinées à orner des églises et des hôtels particuliers. Aujourd'hui encore, nous pouvons admirer une clôture de chapelle et une clôture de fonts baptismaux ouvragées dans l'église Saint-André., la chaire de l'église Sainte-Catherine. (dessin de Benvignat et sculptures de Huidiez) ou encore celle de l'église Saint-Étienne. (sculptures de François Rude et Huidiez).
Au début des années 1820, le destin du petit Charles semble donc déjà tout tracé : travailler comme ouvrier-menuisier pour son père puis reprendre un jour son atelier.
Des études et un apprentissage difficile
Premières écoles Le jeune Charles est d'abord placé par ses parents sous la direction des Frères de la doctrine chrétienne.. Si son premier maître semble comprendre la nature un peu de son élève et parvint à la canaliser, le second le maltraite et lui inflige des fréquentes corrections avec sa férule (ancêtre de la règle avec laquelle les instituteurs corrigeaient les élèves). Les parents décident donc de retirer leur enfant pour le placer dans une autre école dirigée par un certain Monsieur Buisine, un homonyme habitant le quartier. Une fois parvenu à un âge avancé, alors qu'il compose ses mémoires, Charles se souvient : . Le petit Buisine arrête ses études généralistes après sa première communion..
Les écoles académiques de Lille (future école des Beaux-Arts) Afin de le préparer à son futur métier de menuisier, ses parents l'inscrivent aux Écoles Académiques de la ville de Lille, ancêtre de l'école des Beaux-Arts de cette même ville. Malheureusement, Charles ne semble pas y trouver sa place. Les méthodes d'enseignement de son professeur ne lui conviennent pas et passer des l'ennuie. Il souhaiterait avancer plus vite. De plus, catholique pieux et royaliste, il est victime des moqueries et brimades de ses camarades dont la moralité lui paraît douteuse.. À nouveau, ses parents décident de le retirer de l'école et, le jugeant assez âgé, le placent comme ouvrier dans l'atelier familial. Il a alors ..
Ouvrier dans l'atelier familial D'après son biographe, Edmond Huard, les premières années de Charles dans l'atelier ne sont . Il apprend facilement l'art de la menuiserie mais s'ennuie de la monotonie de l'atelier.. Il prend plaisir à en sortir pour aller sur les chantiers avec les ouvriers.
À la même période, il prend des cours de violon auprès d'un certain Monsieur Noguerre. Il apprend rapidement à jouer de cet instrument puis participe à des animations de soirées familiales. Sa mère, voyant que son travail dans l'atelier pouvait pâtir de ses sorties et de ses distractions, lui interdit de continuer d'en jouer.. Bon gré, mal gré, il se consacre pleinement à la menuiserie et surtout à la sculpture.
Un brillant autodidacte Il reprend son apprentissage en autodidacte. Dans ses moments de loisir, il se perfectionne en dessin et se met sérieusement à la sculpture. Il prend l'empreintes de belles sculptures de porte qu'il cherche ensuite à reproduire. Ses parents voyant ses efforts songent un temps à lui faire reprendre ses études auprès d'un bon sculpteur mais ceux-ci abandonnent face au coût d'un tel enseignement.. Cela ne décourage aucunement Charles qui continue de travailler dur en autodidacte.
En 1840, à , son père lui confie la gestion d'un projet consistant en la création de deux autels pour une église de village. Les parties les plus simples sont confiées à un menuisier local tandis que les parties artistiques sont confiées à M. Buisine. Charles et deux ouvriers sont envoyés sur place pour exécuter le travail. Jour après jour, il note les coûts et toutes les dépenses. Néanmoins, à la fin du chantier, en calculant les bénéfices, il se rend compte que son père est en perte de .. À partir de ce jour, il devient très vigilant sur les dépenses et les prix de revient.
La maturité (1841-1843) alt=Chapelle du Lazaro|vignette|Chapelle du Lazaro Charles est désormais un homme mûr aussi bien artistiquement que psychologiquement. Il s'éprend un temps d'une femme mais ses parents s'opposent à cette relation naissante. Vers 1842, il réalise les sculptures décoratives du Café français à Lille grâce à son cousin Charles Prosper Stalars qui obtient le marché de sa décoration.. L'œuvre terminée, la critique est très positive et les journaux rendent hommage à son talent. Les commandes se mettent alors à affluer. Cette même année 1842, il fournit les sculptures de la chaire de l'ancienne église de Wazemmes puis, en 1843, les parties sculptées en pierre de la chapelle du Lazaro.. gauche|vignette|Palmyre Rigot, épouse de Charles Buisine Charles songe alors à fonder une famille. Son cœur s'éprend de Palmyre Rigot (1825-1887), fille de Nicolas Rigot, prospère patron d'une brasserie d'hydromel.. Il se marie le . en l'église Sainte-Catherine de Lille. Par la suite, il ajoute le patronyme de son épouse au sien et se fait appeler Buisine-Rigot.
Charles et Palmyre sont profondément épris l'un de l'autre et cet amour durera toute la vie de Charles.. Ensemble, ils ont douze enfants dont les naissances s'échelonnent de 1844 à 1870..
Palmyre seconde son mari, lui apporte régulièrement ses conseils et, surtout, se charge de la tenue des livres de l'entreprise.
Charles à la tête de la prospère entreprise familiale (1845-1870)
Les ateliers Vers 1844-1845, Charles prend la direction de l'atelier de menuiserie de son père Désiré Buisine (1793-1881)..
En 1857, cet atelier est situé au 9 rue des canonniers à Lille.. Vers 1860, il procède à un agrandissement par l'achat du numéro 7....
Dans ces locauxIl semble qu'une partie de la famille de Charles ait vécu à proximité de lui. Ainsi le 5 rue des canonniers est, en 1882, l'adresse du sculpteur Buisine-Clais (fils ainé de Charles), le 3 rue des canonniers est, en 1875, l'adresse du peintre décorateur Turpin-Buisine (François Turpin, époux de sa fille Louise)., les grands travaux peuvent être montés sous des lanterneaux (baies vitrées ouvrantes) élevés à la hauteur des voûtes d'église. Le bureau du patron domine l'espace et permet de voir l'ensemble des ouvriers d'un seul regard. Ces derniers sont, au maximum, 80. Parmi ceux qui collaborent à ses œuvres se trouvent "des dessinateurs, des modeleurs, des ornemanistes, des , des sculpteurs, des menuisiers". Il est apprécié de ses ouvriers.
Charles, la ville de Lille et Notre-Dame de la Treille En 1854, l'archevêché de Cambrai et la ville de Lille célèbrent le sixième centenaire des premiers miracles de Notre-Dame de la Treille.. Les festivités doivent durer et se terminer par une grande procession de clôture le . La préparation de cet évènement appelé "Jubilé séculaire de Notre-Dame de la Treille" mobilise le clergé et une grande partie de la population lilloise. Charles Buisine dessine un grand baldaquin néogothique mobile destiné à porter à travers la ville la statue de Notre-Dame de la Treille, palladium de Lille. Ce char-baldaquin, appelé la "châsse gothique" par les contemporains, est d'une hauteur de ... Pour l'aider dans son travail de fabrication, il s'adjoint l'aide du sculpteur douaisien Blavier. La polychromie est réalisée par son cousin Charles Stalars.
Les succès commerciaux Le succès d'abord régional devient national. Edmond Huard, biographe de Charles, mentionne des œuvres, malheureusement non datées, dans les villes françaises suivantes.:
Sa réussite devient même mondiale:
L'apogée (1870-1885) Les années 1870 et le début des années 1880 marque l'apogée de la carrière de Charles Buisine-Rigot.
L'exposition romaine de 1870 Charles participe en 1870 à l'Exposition romaine relative à l'art chrétien organisé par le pape Pie IX à l'occasion du concile Vatican I. Cette exposition qui se veut une exposition universelle de l'Eglise catholique doit montrer "l’union des arts, de l’industrie et de la religion".. Des artistes et des manufactures du monde entier y expose leur production. Charles y présente plusieurs dessins, un confessionnal de l'église Saint Maurice de Lille, un ensemble d'autels avec retables et les stalles destinées à l'église de l'Immaculée Conception de Saint-Omer. Il reçoit une médaille d'encouragement mais aussi une critique mitigée de la part du redoutable camérier du pape Xavier Barbier de Montault.
Si tout va bien au point de vue professionnel, Charles vit une première épreuve dans la mort de sa fille bien-aimée, Louise, le .. Mariée en 1870, elle était tombée malade à la suite de sa première grossesse et était devenu infirme à la suite de la deuxième..
Les stalles de l'église Sainte-Catherine de Lille En , il livre pour sa paroisse Sainte Catherine de Lille, un important ensemble de 60 stalles réalisées d'après les plans de l'architecte de Tourcoing Maillard-Desurmont... Elles sont établies sur deux niveaux (stalles hautes et stalles basses) et présentent 72 figures de saints. Parmi ces saints figurent des docteurs de l'Église, des fondateurs d'ordre religieux, des saints de France et des saints de la région. Cette œuvre monumentale parachève la longue liste de travaux de Charles pour cette église Sainte-Catherine pour laquelle son père avait déjà travaillé (cf. partie "Œuvres" de cet article)
En 1878, l'entreprise participe à l'Exposition universelle de Paris et gagne une médaille d'or.
La chaire de la cathédrale d'Arequipa