thumb|Reportage sur le de 2017 au Suriname.

Les Bushinenge, parfois aussi appelés Busikonde sama d'après le terme en nenge tongo, sont des peuples des Guyanes descendant de communautés marronnes, c'est-à-dire ayant fui loin des esclavagistes afin de vivre avec un certain degré d'indépendance et d'autonomie. Ainsi, les ancêtres Bushinengués ont en commun d'avoir été déportés d'Afrique par des marchands d'esclaves aux pour travailler dans les plantations du Suriname. Les différentes cultures marrones des Guyanes ont des éléments en commun, par exemple la fonction de gran man, mais ont chacune leurs propres langues et traits particuliers.

Peuples +Les six sous-groupes de BushinengueSous-groupePopulation totale2018 au Suriname en Guyane ailleurs (surtout États-Unis et Europe) Boni (ou Aluku) 400 Saamaka Pamaka Okanisi (ou Djuka) Kwinti— 150 Matawai— 400 Total des Bushinengue Alukus

Saramaka

Pamaka

Okanisi

Kwinti

Matawai vignette|Chef des Bushinengue en visite au gouverneur de Paramaribo, dans la colonie de Guyane néerlandaise, vers 1808.

Histoire commune vignette|Homme Saamaka en 1910.

Les Businenge sont issus, pour la plupart, du marronnage c'est-à-dire des descendants des esclaves marrons de la Guyane hollandaise. Les ethnologues ont identifié plusieurs groupes : Saamaka, Matawai, Kwinti, Okanisi (ou Djuka), Aluku (Boni) et Pamaka. Ils ont créé des sociétés autonomes, situées à 50 km ou 200 km de l'océan, selon les sites, . Débuts au Dès le , de nombreux esclaves prennent la fuite, aidés par l'immensité de la forêt amazonienne environnante dans laquelle ils peuvent trouver refuge.

Le territoire est colonisé par les Anglais en 1651, menés par Anthony Rowse venu de la Barbade, avec 500 plantations de sucre où travaillaient blancs rapidement rejoints par esclaves noirs.. En 1652, un second contingent arrive d'Angleterre, avec Lord Francis Willoughby de Parham, qui inspecte la colonie pour organiser sa défense.. En 1654, les Anglais s'emparent de la Guyane française ; en 1656, des colons juifs hollandais reviennent à Cayenne et construisent la première sucrerie. Francis Willoughby de Parham est ensuite emprisonné en 1655 et 1657 pour avoir participé à des intrigues royalistes.

La colonie compte environ 175 plantations pour une population de plus de personnes (esclaves inclus), lorsque, le , des Néerlandais envahissent la colonie sous le commandement d'Abraham Crijnssen et avec l'aide d'esclaves marrons cachés dans la jungle. Deux mille Anglais quittent le Suriname, menés par Thomas Modyford, pour la Jamaïque, d’où la forte similarité du patois jamaïcain avec la langue des noirs marrons, en effet lors du départ des anglais pour la Jamaïque, quelques esclaves de maisons seraient partis avec les anglais, mais échouent à emmener les techniciens juifs, citoyens anglais.

Huit ans après, les Néerlandais votent en 1675 des lois pour protéger les droits des Amérindiens et Noirs marrons, espérant pacifier le territoire..

Une série de traités sont conclus par les Hollandais en 1682-1683 avec trois ethnies amérindiennes, accusées de harceler la colonie du Suriname et d'organiser des évasions d'esclaves, et un groupe de fugitifs noirs appelés Coopemine Marroons ou Condie Marroons, conséquence de ce qui est alors décrit comme une guerre amérindienne démarrée en 1678, dix ans seulement après la prise de contrôle des Hollandais. Elle est provoquée par l'intrusion des Européens trop profondément à l'intérieur des terres et un conflit commercial entre Anglais et Hollandais.

Cette série de traités correspond à la fondation d'une société du Suriname, contrôlée pour un tiers par le vice-amiral Corneille van Aarsen (Surinam) et sa famille, le restant appartenant à la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales et la ville Amsterdam, qui l'utilisent comme un homme de paille. Lors de sa création en 1682, il n'y a plus que cinquante plantations et Blancs"Agriculture et système agricole au Suriname de la fin du à la fin du ", par François J.-L. Souty, dans la revue d'histoire Outre-Mers en 1982 .

Corneille van Aarsen (Surinam) limite à trois coups de fouet les châtiments aux esclaves et fait interdire les mariages mixtes, puis en 1686 fait la paix avec les amérindiens. Mais il est assassiné en 1688 par quelques-uns des 300 soldats à qui il a voulu imposer des lois strictes..

Dès 1687, peu avant sa mort, après six ans de gouvernance, on évoque la libéralisation de la traite négrière, débattue depuis des années, en exigeant que les transactions aient lieu en public afin de percevoir le prélèvement nécessaire. En , sur 485 esclaves embarqués, 420 arrivèrent vivants dans la colonie.

Corneille van Aarsen (Surinam) avait encouragé les huguenots et labadistes français à s'installer. Les familles Crommelin, Texier, Nepveu, Coutier, De Cheusses et De Rayneval ont fondé les sites « La Liberté », « La Confiance », « L'Espérance », « Mon Plaisir », « Mon Trésor », « À la Bonne Heure » et « Retraite de maman ». Mais ses successeurs font l'inverse : en seulement dix ans, le nombre d'esclaves augmente de 45 % alors que la population blanche est divisée par deux : alors qu'en 1684, il y a noirs pour 652 blancs, un rapport de un à cinq, en 1695, les noirs sont contre 379 blancs, soit un rapport de un à quinze.

Mais ce n'est qu'en 1714 que l'offre d'esclaves devient régulière, avec trois voyages par an de 300 à 500 esclaves à bord chacun. Le nombre de plantations passe de 50 en 1683, à 80 en 1684, à 128 en 1704, à 171 en 1713 et 400 en 1730, dont 115 juives soit environ un quart. De son côté le nombre d'esclaves passe de à en cinquante ans.

Dès 1690, les Bushinengue se sont constitués en groupe : les Saramaca s'installent sur les bords du fleuve Suriname, les Djukas se réfugient à proximité de la rivière Tapanahoni, un petit groupe d'entre eux restant néanmoins proche des plantations, en amont de la rivière Cottica. Toujours à la même période, les Matawai s'installent quant à eux près du fleuve Saamaka.

Il y avait alors, au sein d’une même plantation, un brassage d’esclaves d’ethnies et de langues différentes. Malgré cela, les fuyards, grâce à l'aide des Amérindiens avec lesquels ils furent durablement proches, ont résisté aux troupes coloniales, parvenant même pour certains à signer des traités de paix; leurs révoltes ont aussi causé la répression par l'intimidation et l'usage du fouet. En Guyane hollandaise, tout planteur pouvait décider la mise à mort d’un esclave à condition de « payer une somme de cinq cents florins ».

Essor au Ce mouvement de marronnage prend de l'ampleur tout au long du , et des raids sont menés contre les plantations. La menace semble sérieuse pour les planteurs et la colonie hollandaise et il est décidé de conclure des traités.

La société de plantation a des rites religieux. Le jus de canne fermenté, boisson des ancêtres, est consommé dans toutes les grandes cérémonies. Les planteurs juifs au Surinam représentent un tiers de la population en 1787.

Le testament du planteur Johan van Scharphuizen (1689-1696), influent gouverneur du Surinam, précise que ses esclaves travaillent seulement cinq jours et peuvent cultiver et vendre, les samedi et dimanche. Ils se révoltent le lorsque Jonas Witsen, leur nouveau propriétaire, tente de limiter cette liberté. Les descendants de marrons ne considèrent pas le vendredi comme jour ouvrable: ils n'ont pas le droit ce jour-là d'aller en forêt ni de se consacrer aux activités agricoles mais celui de chasser ou récupérer des outils"Héritages de la société coloniale des - siècles chez les marrons businenge par Jean Momoou, dans le Journal des africanistes en 2018 .

Signature des premiers traités en 1730 Les premiers traités sont signés en 1730, et sont entérinés en 1761 avec les Djuka, en 1762 avec les Saamaka et en 1767 avec les Matawai.

Ces traités prévoient d'offrir à ces peuples, ou plutôt de reconnaître leur liberté, leur territoire et leur organisation sociale. En échange, ils doivent aider les autorités coloniales à empêcher tout nouveau mouvement de marronnage de se développer en le combattant.

Les révoltes des « marrons » après 1760 Les révoltes des « marrons » s'intensifie après 1760 et contribuent aux crises financières. L'apogée de cette colonie hollandaise, dont la production est dominée par la canne à sucre, même si ce n'est pas la plus importante par le volume brut, a lieu dans la première moitié du siècle. Le pic des exportations de sucre, en volume, est atteint lors des années 1741-1742. Cette plante est la plus résistante aux variations climatiques et bénéficie d'un réseau de canaux. À partir de 1720, de plus en plus de planteurs du Suriname produisent le café et le cacao. En 1686 est planté le premier cacaoyer, en 1721 le premier caféier et en 1735 le premier buisson de coton. Amsterdam importe 93 % de son sucre, 99 % de son café (après 1724) et 87 % de son cacao (après 1740)La WIC . Le prix du café y baisse à partir de 1761.

L'historien Fernand Braudel a montré que le « vaste système hollandais a traversé, à partir des années 1760, plusieurs crises graves, paralysantes. Des crises qui se ressemblent toutes et paraissent liées à des crises du crédit ». Willem Gideon Deutz, banquier et bourgmestre d'Amsterdam, fonde le une société de prêt au capital d'un million de florins, porté ensuite à 3,57 millions de florins, lançant un système qui va représenter 51 millions de florins répartis en 187 « négociations » pour les seules colonies hollandaises des Antilles. Ces crises fragilisent l'économie surinamienne, dans la seconde moitié du , en raison de leur caractère spéculatif. Le volume total des prêts consentis au Suriname, 36 millions de florins sur 41 ans, de 1753 à 1794, ne représente pourtant qu'environ 6 % des revenus de la colonie avec un intérêt de 5 ou 6 %.

Vers 1760, trois groupes de marrons signent des traités de paix avec les colons hollandais. Un quatrième, les Boni, né au début du , harcèle les colons pendant trente ans. Il est dirigé à partir de 1765 par Bokilifu Boni, chef de guérilla des Nègres marrons du SurinameBiographie de Bokilifu Boni, chef de guérilla des Nègres Marrons du Suriname , fils d’un Hollandais et d'une africaine esclave, répudiée par la suite. Les révoltes des « marrons » et des esclaves ont lieu sur un grand nombre de plantations, de 1760 jusqu'à 1770 environ, soit trente ans après le premier traité.

Jusqu'à l'année 1770, de petites attaques visent essentiellement à se procurer de la nourriture. Puis les chefs Boni et surtout Baron infligent aux colons .

Pour y faire face, les colons sont regroupés en milices, assistées à partir de 1773 par un contingent de fusiliers-marins dirigé par le colonel Louis Henri Fourgeoud, venu de Genève. Son armée lancée dans la jungle comprend 1 200 soldats d'Europe épaulés par toutes les forces créoles disponibles"L'Évadé de la Guyane par Guy Tomel, 2016 .

Louis Henri Fourgeoud bat les Marrons en 1775 mais perd 90 % de ses hommes. Mais il s’attaque plusieurs fois, sans succès, à Fort Bookoo : une place forte entourée d'un mur de 4m de haut, en environnement marécageux dans la région côtière de Commewijne, accessible via un chemin secret créé sous l’eau invisible depuis la rive. Parmi ses hommes, John Gabriel Stedman en tira un livre.. Les Boni utilisent aussi la forteresse naturelle de Bonidoro.

Migration de la fin du Pour se protéger, les Boni vont vers la rive française, traversent le fleuve Maroni et s'installent dans la crique Siparouini. Les colons français les évaluent à à au lieu de à en réalité, vers 1778. Le baron de Bessner, ancien gouverneur de la Guyane française, propose de fonder, pour les Boni et Djuka, des villages reconnus et légaux approchés par des missions.