vignette|L'artothèque de Lyon au sein de la bibliothèque de la Part-Dieu.

Une artothèque est une structure de diffusion de l’art contemporain dotée d’une collection d’œuvres d’art originales, enrichie chaque année et prêtée à un large public (particuliers, établissements scolaires, associations, entreprises, collectivités…), à la manière dont une bibliothèque prête des livres et diffuse la lecture.

Elle soutient également les artistes à travers des expositions, des résidences de création, des éditions, etc. L'artothèque est un outil culturel permettant d’offrir une rencontre privilégiée et directe entre une œuvre d’art et des individus, rencontre étayée par un travail de médiation. Cette rencontre avec l'emprunteur se distingue des activités de médiations publiques du fait qu'elle s'opère dans l'espace privé de la personne emprunteuse. En étant confronté à l'oeuvre d'art sélectionnée pendant une période s'étirant sur plusieurs semaines, généralement trois mois, la personne emprunteuse redéfinit son rapport à l'art de façon autonome et s'approprie l'oeuvre.

Histoire

Des origines allemandes

Les artothèques prennent racine à Berlin au début du , à l'initiative d'Arthur Seagal, artiste et graveur d'origine roumaine. Avec son groupe d'avant-garde allemande, ils décident de louer leurs œuvres afin de créer un chemin de traverse permettant la diffusion des œuvres et la visibilité des artistes.

Lucky Belder mentionne dans son article de 1987 « Art lending in the Netherlands » que des œuvres étaient louées au grand public à partir de 1955. Le groupe d’artistes au cœur de cette initiative avait un but similaire aux Allemands, soit de générer un intérêt pour l’art contemporain, mais aux Pays-Bas cette fois-ci. Après avoir constaté l’engouement pour cette initiative, le gouvernement s’est engagé financièrement pour que les artistes aient accès à une rémunération stable. Évidemment, ce concept a vu le jour dans plusieurs pays au cours du XXe siècle et a évolué au fil des décennies. Cela a mené aux multiples formes d’artothèques que nous connaissons aujourd’hui. Un point fort, relevé à maintes reprises dans l’article de Belder, est l’impact de cette relation entre artistes, art et public : « The art lending system in the Netherlands described above is a unique institution. It meets the public's demand for a means of coming into contact with art, while for artists it constitutes a welcome addition to the opportunities for circulating their work and with that the chance of selling it. »

Un développement progressif en France

Les artothèques, en France, sont nées d’une volonté politique de diffusion de l’art contemporain en région amorcée par André Malraux. Il inaugure la première artothèque au Havre en 1961 lors de l’ouverture de la maison de la culture. La première artothèque pérenne a ensuite vu le jour en 1976, dans la bibliothèque Grand’Place de la Villeneuve, à Grenoble. Cette initiative devient une référence pour les galeries de prêt d’œuvres d’art en bibliothèque. Son objectif était de promouvoir la création artistique et de rendre l’art plus accessible au grand public

Visant à développer les pratiques culturelles des Français et à les initier à l’art contemporain, en suscitant notamment chez eux un comportement d’emprunt d’œuvres voire d’achat, le ministère de la Culture de l’époque s’inspire de ce qui existe en Allemagne depuis le début du et se développe dans les pays d’Europe du Nord dans les années 1950 : des galeries de prêt d’œuvres d’art.

Les artothèques telles qu'on les connaît actuellement ont été créées par le ministère de la Culture à partir de 1980Artothèque. Définition in Le Dictionnaire, enssib, 2013..

Associatives, municipales, départementales ou régionales, les artothèques doivent répondre aux missions définies par la politique socialiste de l’époque à savoir : sensibiliser le public à l’art contemporain et promouvoir l'art contemporain par des actions de médiation, de diffusion et d’aide à la création. Une de ces actions de diffusion est le prêt d’œuvres d’art au public rendu possible par la constitution d’une collection composée le plus souvent d’œuvres originales à caractère multiple parmi lesquelles on retrouve généralement des estampes, des photographies et des sculptures mais également des vidéos et des cd-roms d’artistes.

Au début des années 1980, la constitution de la collection de chaque artothèque est largement conduite par le ministère de la Culture qui contribue à la création de galeries de prêt sous forme de subvention pour la constitution d’un fonds initial d’œuvres d’art contemporain, dont la moitié au minimum est obligatoirement constituée à partir d’une liste fournie par lui, après avis de la commission d’achats du Fonds national d’art contemporain. L’autre moitié du fonds, destinée à la production locale et régionale, est établie sur propositions conjointes des structures bénéficiaires, des collectivités locales et du conseiller artistique régional. Visant l’application de ses directives, le ministère de la Culture met en place une convention type, signée par ses représentants et ceux de l’organisme gestionnaire. En octroyant une aide financière, versée afin de permettre la constitution d’un fonds initial d’œuvres, le ministère tente d'inciter, dès 1981, la création d’artothèques par le biais d’une convention qui engage, à parité, l’État et une structure décentralisée. En contrepartie de cette aide, l’organisme cosignataire doit prendre en charge le fonctionnement de la structure ainsi que l’enrichissement de la collection en y consacrant un budget annuel.

Née en 1999 pour rompre l’isolement des quelque 40 artothèques implantées en France, l’Association de développement et de recherche sur les artothèques, ADRA, s’est donné pour mission d’étudier toutes les questions relatives à ce qui fonde leur action ; à savoir : la recherche artistique, la diffusion et la médiation, mais aussi la formation du personnel et les problématiques juridiques liées au droit d’auteur. Au-delà de ces objectifs, l’ADRA est un réseau de personnes et de structures, conçu pour porter des projets communs, faire circuler des idées, partager des expériences, valoriser une profession. Un colloque intitulé « Les artothèques, des outils novateurs au service de l’art et du public » a constitué en l’acte fondateur de l’ADRA. Il a été l’occasion de mettre au jour le bilan de 20 ans d’action et de dégager des perspectives de développement.

A titre d'exemple, en 2016, l'artothèque d’Annecy avait un budget d'environ 50 500 €, pour une collection d'environ 2 680 œuvres et 400 emprunteurs dont 350 individuels"Rapport N°SIE 2017 011 : L’artothèque comme média", Direction générale de la création artistique Service de l’inspection de la création artistique, décembre 2016 . A cette même date, l'artothèque de Caen avait un budget de 355 000 €, et gère 2 600 œuvres empruntées par 600 abonnés dont 350 individuels. L'artothèque de Vitré, avec un budget de 80 753 €, déclarait environ 130 abonnés pour 2030 œuvres, soit environ 400 prêts par an. L'artothèque départementale du Lot fonctionnait avec un budget annuel de 34 000 €.

En 2025, le ministère français de la Culture annonce la mise en place du programme Artothèques en ruralités, avec le soutien du Centre national des arts plastiques et de différents partenaires, afin de permettre le maintien, le développement et la création d'artothèques en milieu rural..

Une apparition récente en Amérique du Nord

Au Québec, une institution notable est L’Artothèque, ouverte depuis 1996. En tant qu’organisation sans but lucratif, et enregistré à la Société des musées du Québec, sa mission est pionnière dans le milieu culturel montréalais et québécois. Elle vise à faire connaître et à diffuser l’art grâce à sa collection, à des programmes de résidence et à des expositions. L’Artothèque joue ainsi un rôle de médiation et de démocratisation de l’art contemporain en créant un lien direct entre les artistes, leurs pratiques et le public. Ce service est plus coûteux que dans une bibliothèque publique, car les tarifs mensuels pour emprunter une œuvre d’art dépendent de sa valeur et nécessite une adhésion annuelle.

De plus, dans une initiative des dernières années, de nouvelles bibliothèques vont jusqu’à intégrer une artothèque à leur bâtiment et leur fonction. Un bon exemple est la bibliothèque Gabrielle-Roy, rouverte en après des rénovations et un agrandissement, se voit aujourd’hui dotée d’une artothèque où les usagers peuvent emprunter des reproductions d’œuvres pendant plusieurs mois, et ce, à prix modique.

Singularités des artothèques

Fonds publics destinés à investir l’espace privé, la singularité des collections d’artothèques rend vaine, les concernant, toute tentative de classification habituelle. Singulières collections, en effet, que celles-ci qui, bien que constituées de façon cohérente, ne sont jamais lisibles en tant qu’entités. Singulières encore, ces collections dont la vocation principale est la transmission aux individus, au point que finalement ce sont eux qui les activent, chaque fonds comportant autant de possibles que de parcours d’emprunteurs. Singuliers enfin ces fonds qui constituent un patrimoine actif, circulant et évolutif, participant ainsi à un renouvellement du modèle muséal.

Le travail d’une dimension jusqu’alors non prise en compte par les institutions ou les équipements inventés ces dernières décennies, celle de l’espace privé, conduit les artothèques à occuper une place significative et pertinente dans le paysage institutionnel français de l’art contemporain.

Les artothèques ne font pas toujours parties de bibliothèques et peuvent être installées dans leurs propres locaux ou au sein d’autres institutions tels des établissements culturels comme des musées, des théâtres ou des écoles d’art. Définie comme étant « toute structure qui pratique le prêt d’œuvres d’art » par Meyer, l’artothèque a néanmoins habituellement davantage de succès lorsqu’elle est installée dans une bibliothèque car la dynamique d’emprunt et les politiques et activités liées au traitement et la conservation y sont déjà établies.

Les artothèques peuvent disposer de locaux spécifiques (comme à Caen, Angers ou Montréal) ou être abrités par des bibliothèques municipales (comme à Lyon, Villeurbanne ou La Roche-sur-Yon en France, ou Québec et Pointe-Claire), des musées (comme à Villefranche-sur-Saône) ou d'autres institutions (hôtel de Région à Limoges).

Outre l’attrait de complémenter sa collection d’œuvres d’art par sa collection documentaire, la bibliothèque se distingue des autres lieux hébergeant des artothèques par son public très hétérogène. Compte tenu de la mission de démocratisation de l’art de l’artothèque, la bibliothèque est un milieu idéal car elle offre un premier contact déjà établis avec le grand public et permet de rejoindre celui-ci dans un contexte déjà familier et propice à l’échange.

D’ailleurs, les bibliothèques, de même que des organisations nationales et internationales, comme l’IFLA, l’ALA, la CFLA-FCAB et la CBPQ, ont récemment intégré à leur mission des objectifs de développement durable qui participent à améliorer la société à travers leurs services et leurs espaces. Alliés aux huit arguments en faveur de l’utilité des bibliothèques de R. David Lankes dans Exigeons de meilleures bibliothèques. Plaidoyer pour une bibliothéconomie nouvelle, il est possible d’inscrire les artothèques dans ce rôle communautaire et social attribué aux bibliothèques.