Jeanne d'Évreux, née vers 1310 et morte le à Brie-Comte-Robert, est reine de France et de Navarre du au en tant qu'épouse de . Fille de Louis d'Évreux et de Marguerite d'Artois, elle donne plusieurs filles au dernier roi de la dynastie des Capétiens directs. Une nouvelle fois enceinte lorsque meurt en 1328, son accouchement d'une fille prénommée Blanche quelques semaines plus tard scelle la fin du règne des Capétiens directs en France, en vertu de la loi salique qui exclut les femmes du trône.
Retirée dans l'important douaire que lui a accordé , Jeanne d'Évreux mène une existence discrète pendant les que dure son veuvage. Néanmoins, elle demeure hautement respectée par la dynastie des Valois et joue un rôle essentiel en 1354 en essayant de réconcilier son neveu avec le roi . Par ailleurs, en marge de ses momentanées activités politiques, Jeanne patronne plusieurs enlumineurs et auteurs de manuscrits. Elle meurt finalement en 1371 dans sa résidence préférée de Brie-Comte-Robert.
Biographie Née aux alentours de 1310, Jeanne d'Évreux est le dernier enfant de Louis d'Évreux et de son épouse Marguerite d'Artois, qui décède prématurément dès l'année suivante. Par son père, elle est une petite-fille du roi , une nièce du roi et une cousine du roi , son futur époux. Le , elle est mentionnée dans le testament de son père comme mineure et, après avoir atteint sa majorité, doit jurer qu'elle accepte les dispositions du partage des possessions de Louis d'Évreux ; l'acte doit prendre effet quand ce dernier trépassera, à condition que Jeanne ne soit pas mariée, ce qui implique qu'elle doit être dotée quand elle se mariera. Après la mort de son père le , Jeanne d'Évreux est vraisemblablement recueillie par sa grand-mère paternelle Marie de Brabant avec son frère aîné Philippe, mais on ignore où elle demeure après la mort de Marie le . Il est possible qu'elle ait été confiée à sa grand-mère maternelle Blanche de Bretagne.
Le , le Bel perd sa deuxième épouse Marie de Luxembourg lors d'un accident du carrosse royal. Toujours privé de descendance légitime malgré deux mariages, il convole en troisièmes noces à Annet-sur-Marne le suivant avec sa cousine Jeanne d'Évreux, qui a alors quatorze ans. Quelques semaines avant le mariage, le , le pape délivre la dispense nécessaire à cette union, Jeanne et Charles étant cousins germains. Pour une raison inconnue, la date de leur mariage a souvent été datée du : il semble toutefois improbable que ait attendu seize mois pour se remarier après le décès de Marie de Luxembourg et, d'ailleurs, une lettre datée du et adressée à par ses émissaires à la cour de France mentionne le récent mariage du roi de France et de Navarre, cette lettre ayant été envoyée peu après la confiscation du duché d'Aquitaine par , le , qui précipite la guerre de Saint-Sardos.
Après avoir reçu une seconde dispense papale datée du , Jeanne d'Évreux est couronnée reine de France le en la Sainte-Chapelle : à cette occasion, sa grand-mère Blanche de Bretagne figure parmi ses dames et demoiselles d'honneur. Jeanne donne deux filles à et est une troisième fois enceinte lorsque ce dernier meurt le . Immédiatement après sa mort, son cousin Philippe de Valois s'empare de la régence du royaume en attendant que Jeanne d'Évreux accouche et de déterminer qui sera roi de France et de Navarre si l'enfant à naître est une fille. Finalement, deux mois plus tard, le , Jeanne donne naissance à une fille, prénommée Blanche. En vertu de la loi salique qui exclut les femmes du trône de France, Philippe de Valois revendique la couronne en tant que plus proche parent mâle du roi défunt en termes de primogéniture agnatique et est reconnu roi de France sous le nom de , avant d'être sacré à Reims le suivant.
vignette|gauche|260px|En 1354, Jeanne d'Évreux et sa nièce Blanche de Navarre obtiennent que le Bon pardonne à de Navarre. Miniature tirée des Grandes Chroniques de France, vers 1375-1380.
En dépit de la proclamation de de Valois comme roi de France, Jeanne d'Évreux revendique pour ses filles Marie et Blanche le trône de Navarre, pourtant attribué à Jeanne, fille du roi et qui en avait été écartée par ses oncles et le Bel en 1316 et 1322. Afin d'éteindre les prétentions de Jeanne d'Évreux, de Navarre et son époux Philippe d'Évreux, frère de Jeanne, proposent dès le mois de de les lui acheter en lui allouant une rente annuelle de . Les négociations s'éternisent pourtant, car Jeanne d'Évreux réclame en une somme de . Finalement, en , de Valois propose d'offrir à la veuve de le Bel les de différence, ce qui règle le problème de succession et éteint la revendication de la jeune Blanche au trône de Navarre, sa sœur Marie étant décédée le . Ajoutée à son douaire déjà important, cette somme permet à Jeanne d'Évreux de mener un confortable train de vie.
Malgré son veuvage, Jeanne d'Évreux conserve le respect de la dynastie des Valois. Ainsi, après la mort de , elle tente sans succès de convaincre de Valois d'épargner la vie de son trésorier Pierre de Rémi, exécuté le . Par ailleurs, après l'assassinat de Charles de la Cerda le , elle persuade de signer avec son neveu le traité de Mantes le de la même année. Enfin, après la naissance du futur le , elle est désignée pour être sa marraine. Jeanne d'Évreux s'éteint finalement à un âge assez avancé le dans son château de Brie-Comte-Robert, devenu sa résidence préférée pendant son veuvage. Elle est alors inhumée en la nécropole royale de la basilique de Saint-Denis aux côtés de son époux, tandis que son cœur est déposé dans l'église des Cordeliers de Paris, et ses entrailles à l'abbaye de Maubuisson. Son tombeau à Saint-Denis est profané le par les révolutionnaires.
Descendance De son mariage avec , célébré le à Annet-sur-Marne, Jeanne d'Évreux a trois enfants : Jeanne (Châteauneuf-sur-Loire, avant le – Châteauneuf-sur-Loire, entre et le ) ; apparemment inhumée dans l'église des franciscains de Nogent-l'Artaud ; Marie (Château-Thierry, peu avant le – ), sans alliance, ni postérité ; inhumée dans la basilique Saint-Denis ; Blanche (Château de Vincennes ou Châteauneuf-sur-Loire, – Château de Vincennes, ), épouse Philippe, duc d'Orléans, sans postérité ; inhumée dans la basilique Saint-Denis.
Héritage Mécénat Pendant son long veuvage, Jeanne d'Évreux affiche un mécénat qui se manifeste dans plusieurs domaines artistiques. La Vierge à l'Enfant, dite aussi Vierge de Jeanne d'Évreux, est un exemple parfait du mécénat de la reine douairière. Il s'agit d'une statuette d'argent doré posée sur un socle en émail orné de scènes de la Passion du Christ, et qui a fait pendant à la statue de Saint Jean envoyée à la basilique Saint-Denis. Sur un socle soutenu dans les angles par des figurines de lion, la Vierge tient dans sa main gauche l'Enfant Jésus, alors que de petits piliers ornés des figures de prophètes séparent des plaques d'émaux qui retracent les événements de la vie du Christ sur terre. Conçue au moment où Jeanne d'Évreux est reine de France et de Navarre, soit entre 1324 et 1328, cette statuette est offerte à la basilique Saint-Denis le et porte d'ailleurs une inscription sur son socle rappelant ce don généreux de la reine douairière : « Ceste ymage donna ceans Madame la Royne Jehanne devreux, Royne de France et de Navarre Compaigne du roi Challes le d'avril l'an MCCC XXXIX ».
Dans le domaine de l'enluminure, commande pour son épouse un livre d'heures à l'enlumineur Jean Pucelle, peut-être à l'occasion de leur mariage en 1324 ou du couronnement de Jeanne à la Sainte-Chapelle en 1326. Le Livre d'heures de Jeanne d'Évreux comprend de sur avec un texte en latin, de pleine page composées selon la technique de la grisaille et environ 700 petites figures marginales en marge des feuillets. Par ailleurs, Jeanne d'Évreux est elle-même commanditaire d'un manuscrit enluminé, passé à la postérité sous le nom de Bréviaire de Jeanne d'Évreux et conforme à l'usage de l'ordre des franciscains. Ce manuscrit contient de petit format, un calendrier, un psautier, la liturgie de Pâques, la liturgie des saints à partir de l'Annonciation et la liturgie ordinaire. L'écriture, régulière, est de deux formats : grande pour les psaumes, hymnes, oraisons, capitules et leçons, plus petite pour les versets, répons, antiennes et autres indications liturgiques. Les lettrines armoriées et miniatures reprennent notamment la technique de la grisaille de Jean Pucelle.
Postérité artistique Jeanne d'Évreux est un personnage mineur de la série historique Les Rois maudits de Maurice Druon. Elle apparaît dans les cinquième, sixième et septième romans, respectivement intitulés La Louve de France, Le Lis et le Lion et Quand un roi perd la France. L'auteur la dépeint ainsi :
Ascendance
Références
Bibliographie Généralités . . . . . .
Culture, piété et mécénat
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Voir aussi
Articles connexes Vierge à l'Enfant de Jeanne d'Évreux Livre d'heures de Jeanne d'Évreux Bréviaire de Jeanne d'Évreux Liens externes
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