L'économie de Cuba est largement contrôlée par l'État, c'est une économie dont la planification centrale est supervisée par le gouvernement cubain, bien que d'importants investissements étrangers ainsi que des entreprises privées existent dans l'île. La plupart des moyens de production sont détenus et gérés par le gouvernement, et la majorité de la population active est employée par l'État. En l'an 2000, les emplois du secteur public étaient de 76 % et les emplois du secteur privé était de 23 % par rapport au ratio de 1981 de 91 % à 8 %Social Policy at the Crossroads Oxfam America Report. L'investissement en capital est limité et il requiert l'approbation par le gouvernement. Le gouvernement cubain fixe la plupart des prix ainsi que des rations de biens pour les citoyens.
La réforme monétaire, initiée par Miguel Díaz-Canel en 2020, provoque une flambée de l'inflation. À l'issue de sa réélection comme président de la République en , Miguel Díaz-Canel s'engage à supprimer les freins de l'économie dus au « bureaucratisme, à l’indifférence et à la corruption inacceptable ».
Histoire
Économie avant la révolution castriste vignette|gauche|Usine de transformation du sucre, en 1922.
Durant les années 50, la situation économique de Cuba présente d’importants contrastes. De nombreux indicateurs macroéconomiques situent le pays parmi les plus avancés d’Amérique latine, notamment en matière d’espérance de vie, de produit intérieur brut par habitant et de taux d’équipement en appareils électroménagers ; mais ces moyennes nationales recouvrent de fortes disparités sociales et territoriales.
Cette décennie est marquée par cinq problèmes socioéconomiques majeurs : un faible taux de croissance économique ; une dépendance excessive à la culture et à l’exportation du sucre ; une dépendance des investissements et du commerce à l’égard des États-Unis ; un taux élevé de chômage et de sous-emploi et de fortes inégalités de niveau de vie entre ville et campagne..
Dans les années 1950, l’économie cubaine repose largement sur la culture du sucre et son exportation. Elle est particulièrement dépendante des variations des prix sur le marché international et des quotas fixés par les États-Unis. Ce secteur, longtemps moteur de croissance, ne suffit plus à soutenir le développement économique. Freinée par la concurrence étrangère, notamment américaine, et par le soutien limité aux entreprises locales, l’industrialisation du pays, contrairement à d’autres pays d’Amérique latine, progresse peu. Une part importante des capitaux cubains se tourne vers l’étranger, notamment vers l’immobilier et les placements financiers aux États-Unis, plutôt que vers l’investissement industriel national ; en 1955, les investissements immobiliers cubains totalisent plus de 150 millions de dollars, majoritairement dans le sud de la Floride. La création d’emplois et de richesses sur l’île s’en trouve ainsi limitée. Plus de 350 entreprises détenues par des Cubains ferment durant le début du XXe siècle. À cette période, les Cubains privilégient la liquidité et les investissements à court terme offrant des profits élevés. La forte dépendance commerciale vis-à-vis des États-Unis s’accompagne de déficits extérieurs et d’un recul des réserves monétaires. Durant les années 50, Cuba accumule un déficit de 400 millions de pesos vis-à-vis des États-Unis. Les réserves monétaires, quant à elles, passent de 571 millions de pesos en 1952 à 100 millions en 1958.
Bien que le revenu moyen par habitant soit élevé, les Cubains évoluent dans un environnement où les prix et les modes de consommation sont alignés sur ceux des États-Unis. Le coût de la vie est donc élevé, en particulier à La Havane, qui compte parmi les villes les plus chères du monde à l’époque ; en 1954, La Havane est la ville qui a le plus grand nombre de Cadillacs par habitant au monde. La consommation de produits importés nord-américains augmente fortement, tandis que le pouvoir d’achat subit la hausse des prix, notamment pour les denrées alimentaires et l’immobilier.
Les conditions de vie à Cuba diffèrent drastiquement entre les villes, les campagnes et la Havane. La paysannerie connaît des conditions précaires, avec un accès limité à l’éducation, aux soins et à des logements salubres. Les travailleurs des zones rurales ont de faibles salaires et subissent le chômage saisonnier.
Les écarts d’équipement et de services sont très marqués : l’électricité, l’eau courante, les installations sanitaires, les écoles et les services de santé se concentrent surtout en milieu urbain. Seulement 15 % de la population rurale a accès à l’eau courante. Le nombre de médecins est seulement de 1 pour 2 423 en Oriente contre 1 pour 227 à La Havane. L’analphabétisme rural est nettement plus élevé que dans les villes. Les indicateurs de santé révèlent aussi des carences importantes dans les campagnes, où la malnutrition et les maladies parasitaires sont répandues et où l’accès aux soins est limité.
La Havane occupe une place à part. La capitale regroupe une forte part des industries, des emplois stables, des infrastructures et du personnel médical. Elle concentre également une part disproportionnée des salaires, de la consommation d’électricité, des téléphones et des automobiles du pays ; 70 % de la consommation d’électricité et 80 % des infrastructures se concentrent sur 0,5 % du territoire, soit 20 % de la population.
Durant cette décennie, le chômage et le sous-emploi constituent un problème central de l’économie cubaine. Près d’un tiers de la population active ne dispose pas d’un emploi à plein temps, et pendant la saison morte sucrière, le chômage atteint 20 %. Environ 475 000 travailleurs du sucre, soit près du quart de la main-d’œuvre, ne travaillent en moyenne qu’une centaine de jours par an.
Nationalisation de l'économie cubaine Au lendemain de la révolution, le gouvernement cubain nationalise 90 % du secteur industriel et 70 % des terres agricolesEncarta 2003. Les entreprises américaines sont confisquées, en représailles au non-respect par les États-Unis du Sugar Act leur imposant des quotas d'achat à des prix élevés. Cuba conclut un premier accord commercial avec l'Union soviétique, qui prévoit l'échange de pétrole contre le sucre cubainChronologie Cuba sur le site clio.fr.
À cette date, l'économie cubaine est en situation de forte dépendance aux États-Unis : sa principale ressource sont ses exportations de sucre vers les États-Unis, et les importations de produits manufacturiers consentis en échange de ces quotas constituent un frein à la création d'une industrie autonomeSemideï Manuela. La crise cubaine Revue française de science politique, , , 1965. , .
Le gouvernement cubain met en place une économie planifiée. La plupart des moyens de production sont contrôlés par l'État et la plupart de la main d'œuvre est employée dans le secteur public. L'économie cubaine reposa en partie sur l'exploitation des opposants et des prisonniers. De nombreux détenus politiques ou de droit commun étaient astreints au travail forcé, notamment dans les unités militaires d'aide à la production ou les plantations de canne à sucre. La loi 32 promulguée en 1971 réprimait l'absentéisme au travailC. Ronsac (dir.), Le Livre noir du communisme, 2000, . La colonne juvénile du centenaire (El Ejército Juvenil del Trabajo) était une organisation paramilitaire dans laquelle des jeunes travaillaient pour un salaire de misère et dans des conditions difficiles.
Le pays a fait des progrès significatifs depuis la Révolution vers une répartition plus égale des revenus. Malgré l'embargo économique des États-Unis, l'économie a crû à un taux plus élevé que le reste de l'Amérique latine jusqu'à l'effondrement de l'Union soviétique, son principal partenaire commercial. Entre 1990 et 1993, le PIB de Cuba a diminué de 33 %[Brundenius, Claes (2009) Revolutionary Cuba at 50: Growth with Equity revisited Latin American Perspectives Vol. 36 No. 2 March 2009 ]. Pourtant, Cuba a réussi à conserver ses niveaux de santé et d'éducation[Ritter, A.R.M (2004) The Cuban Economy Pittsburgh, University of Pittsburgh Press]. Cuba a une industrie de service très développée avec l'un des plus gros effectifs de professionnels dans le monde. Son nombre de médecins par habitant est classé à la première place.
Libéralisation lente Ces dernières années le secteur privé s'est développé. En 2000, le secteur public représentait 77,5 % des emplois et le secteur privé 22,5 % alors qu'en 1981 le rapport était de 91,8 % et 8,2 %http://www.oxfamamerica.org/newsandpublications/publications/research_reports/art3670.html/pdfs/social_policy.pdf. L'investissement est cependant toujours très réglementé et la plupart des prix sont fixés par les autorités publiques.
La fin de l'Union soviétique et du COMECON (donc la fin de la guerre froide) qui priva l'île de ses principaux partenaires commerciaux et l'embargo des États-Unis eurent de lourdes conséquences sur l'économie cubaine, qui dépendait de l'aide et des débouchés du camp soviétique. L'URSS achetait le sucre cubain à un prix supérieur au prix du marché et fournissait du pétrole à bas prix.
En 1992, le niveau des échanges avec les pays de l'ex-COMECON représentait moins de 7 % du niveau de 1989. Dans le même temps, le PNB cubain chuta de plus de 35 %Paulo A. Paranagua, « Cuba n'a pas retrouvé le niveau de 1989 », dans Le Monde du , les revenus par habitant de 39 %. Sans pétrole et par manque de matériel, l'agriculture cubaine fut décimée ; les coupures de courant étaient fréquentes, la faim et la sous-alimentation étaient répandues. Le pays subit une profonde désindustrialisation qui toucha fortement la production de sucre. Il est toujours fortement endetté auprès des anciens pays du bloc de l'Est.
Face à cette crise économique, Cuba libéralise un peu son économie. La fondation d'entreprises privées de commerce et de manufactures a été permis sous conditions. Le dollar américain est officiellement accepté dans les commerces. Celui-ci circule depuis longtemps au marché noir. Le tourisme est vivement encouragé comme source de devises étrangères. En 1996, l'activité touristique représentait plus que la culture de la canne à sucre en termes de devises. de touristes ont visité l'île en 2003, pour l'essentiel originaires du Canada ou de l'Union européenne, générant de dollars de revenusCuba (11/07). La construction de maisons individuelles par les particuliers est autorisée par Raúl Castro ; la réforme est présentée comme une réponse au problème du logement consécutif aux dégâts provoqués par les cyclones tropicaux ; c'est également l'aveu de l'échec du plan de construction de par an lancé en 2005, réalisé à moitiéCuba : Raul Castro autorise la construction de maisons individuelles, Les Échos, , .
Pour ce qui est de la subsistance quotidienne, diverses stratégies sont utilisées par les Cubains. Certains échangent leurs rations de café, savon, tabac contre de la nourriture, d'autres vivent de petites combines. La est la condition nécessaire pour vivre convenablement pour les à La Havane.
Situation actuelle de l'économie
L'économiste Carmelo Mesa-Lago relativise les succès de l'ouverture cubaine : pour lui, la centralisation excessive du régime reste un frein à la croissance qui passe par des réformes que le gouvernement refuse de mener : possibilité d'ouvrir des PME, convertibilité de la monnaie, libéralisation des investissements (notamment dans l'industrie sucrière), circulation du dollar