Pierre Roger, né en 1291 au château de Maumont dans la paroisse de Rosiers-d'Egletons, en Corrèze, et mort le à Avignon, est le de l'Église catholique, sous le nom de . Il est aussi le .
Biographie Au service du Roi de France Fils de Guillaume Roger, châtelain de Rosiers en Limousin, et de Guillemette de Mestre, Pierre Roger prend en 1302 l’habit de bénédictin au monastère de la Chaise-Dieu. À seize ans, après avoir fait profession en 1305, son abbé l’envoie étudier la théologie à l’université de Paris. Après seize ans d’études, il est reçu en 1323 à trente-deux ans maître en théologie (doctorat obtenu le par bulle du pape ). Il a acquis une renommée d’orateur et de savoir-faire. Il devient prieur de Saint-Pantaléon en 1322, de Savigneux en Forez en 1323 puis de Saint-Baudille de Nîmes en 1324. À trente-cinq ans, il est nommé le par le pape abbé de Fécamp, puis évêque d’Arras le et archevêque de Sens le , ce qui lui donne un rang privilégié dans les assemblées du royaume.
Il devient l’homme de confiance de qui le fait entrer au Conseil royal. En 1330, à trente-neuf ans, il est peut-être chancelier de France, ou garde des Sceaux, ou faisant fonction (mais cela n'est pas assuré : chancelier et), et en 1332 il dirige l'ambassade française. En 1334, il s’emploie à chercher une issue honorable au conflit qui oppose le roi d’Angleterre à de Valois. Il acquiert dans cette longue mission une excellente connaissance de la vie politique et la réputation d’un diplomate intelligent et habile. Il est également un théologien reconnu et fait partie en 1333 de la commission réunie par à Avignon pour examiner les écrits de Durand de Saint-Pourçain et Thomas Walleis.
Sur la recommandation commune du roi de France et du roi d’Angleterre, il est nommé archevêque de Rouen le (il n’y réside pas). Il y fonde un collège de seize chapelains, agrandit le domaine de Fresne et liquide les biens de l'archevêché situés outre-Manche. En , à quarante-sept ans, à la demande de , le nomme cardinal au titre Santi Nereo e Achilleo. Il ne réside pas non plus à Avignon, contrairement à l’usage, et reste au service du roi.
le Magnifique Dès qu’il eut connaissance du décès de , dépêcha Jean de Normandie pour influencer le Sacré Collège en faveur de son candidat le cardinal Pierre Roger. Malgré l’urgence, le prince héritier n’arriva que le à Avignon au moment même où les portes du conclave se refermaient sur les cardinaux.
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Tout à son inquiétude, le duc de Normandie dut attendre. Mais le choix des princes de l’Église se révéla être identique à celui de la maison de France. L'élection se fit en une journée et à l'unanimité. Le protégé du Valois, le cardinal Pierre Roger venait d’être élevé sur le trône apostolique. À peine élu, il déclara :
Et en ce sens, le nouveau pontife était à l’opposé de l’ascétique , à tel point que son règne lui donnerait le surnom de le MagnifiqueJacques Heers remarque : « En bien des domaines, le nouveau pape ne songe qu’à prendre le contre-pied de ce qu’avait fait le précédent, soit pour récompenser les siens, soit pour s’affirmer davantage, pour appliquer ses propres thèses ; ces bouleversements affectent la cour, la ville, le monde des religieux et des affaires ». J. Heers, Précis d’histoire du Moyen Âge, Paris, 1966.. Il le démontra dès le , jour de son couronnement, par un sacre se déroulant devant des milliers d’invités et en présence des princes du sang (en tête se trouvaient Jean de Normandie et , duc de Bourgogne, suivis de de Bourbon, cousin du roi de France, et d').
passa l'été suivant dans sa résidence de Villeneuve-lès-Avignon, l’ancien hôtel du cardinal Napoléon Orsini sis au pied de la tour Philippe-le-Bel et sollicita , comte d’Armagnac, pour qu’il lui rétrocédât son fief de Monteux. Le , Jean d’Arpadelle, évêque de Fréjus et nouveau recteur du Comtat, remit au comte pour le rachat de sa seigneurieLors des noces de Reine de Got, petite-nièce de , avec le comte , la seigneurie de Monteux était passée aux Armagnac. Son père Bertrand de Got avait déposé dans sa corbeille de mariage la cité comtadine.. Le , de retour à Avignon, il s’installa dans le palais de son prédécesseur et remit leurs coiffes à de nouveaux cardinaux. Parmi ceux-ci se trouvaient Guy de Boulogne, archevêque de Lyon, son neveu Nicolas de Besse et son frère Hugues Roger.
thumb|La porte des Champeauxprincipale entrée du palais des papes sommée du blason de .|alt=
Le second palais des papes était entré dans le palais construit pour Le palais vieux de comprenait cinq grandes tours. Il possédait en outre une chapelle pontificale, un cloître, des appartements pontificaux et l’aile des familiers où logeaient les grands dignitaires de la Cour pontificale (camérier et trésorier). L’architecte Jean de Loubières l’intégra au palais neuf. mais Jean de Loubières fut chargé d’édifier un palais neuf digne du Magnifique et dès le début de l’ attaqua le chantier de la « tour de la Garde-Robe » et de la « tour des Cuisines ». Dans cette dernière, il plaça la « Bouteillerie » qui servit aussi à déposer la vaisselle d’or et d’argent de la table pontificale. Puis l’architecte s’attaqua au chantier du palais nouveau et à l’achèvement de la « tour du Trouillas ». Avec sa nouvelle façade, le palais prit l’aspect que nous lui connaissons aujourd’huiJean de Loubières, maître d’œuvre du palais neuf attaqua ses travaux le avec la tour des Cuisines et la tour de la Garde Robe. Ces deux nouvelles tours furent achevées en . Dans la tour des Cuisines se trouvait la Bouteillerie qui servait aussi à déposer dans des coffres la vaisselle d’or et d’argent de la table pontificale. Le , il fit ouvrir le chantier du nouveau palais (Opus Novum) dont la tour du Trouillas fut enfin terminée en . Lors de la clôture des travaux, le , la superficie totale du palais des papes atteignit, dès lors, . Tous ceux qui virent, en ce temps-là, le palais neuf furent impressionnés à l’exemple de Froissart qui le tint pour « la plus belle et la plus forte maison du monde ». Un siècle plus tard, Jean de Nostredame, le frère puîné de Nostradamus, tombait toujours en admiration devant « sa fière et austère façade ».. Et fit placer les armoiries des Roger sur l’entrée principale, au-dessus du nouveau portail des ChampeauxL’héraldique décrit ainsi ce blason : « d’argent à la bande d’azur accompagné de six roses de gueules, trois en chef en orle, trois en pointe de bande ». Ces armoiries composées avec six roses rouges rappellent probablement le berceau de sa famille Roger, le village de Rosiers-d'Égletons. ..
Mais surtout il fit couvrir les murs de fresques où ne figurent aucun motif religieux mais des scènes champêtres et de chasse. Sur quelques-unes de ces peintures on remarque l'emploi précoce de la perspective (cages à oiseaux et bassin). Le plus grand chantier fut assuré par Matteo Giovanetti, un prêtre de ViterbeMatteo Giovanetti, le « pintor et presbyter » de Viterbe, commença le la décoration de la chapelle Saint-Martial qui s’ouvre dans le Grand Tinel. Elle fut achevée le . Du au , il décora l’oratoire Saint-Michel. En , il débutait les fresques du Grand Tinel qu’il termina en . Puis en 1347, du au , il œuvra dans la salle du Consistoire. Ce premier chantier fini, il reprit ses pinceaux en 1353. Un prix-fait du fait mention des fresques des Prophètes de l’Audience, les seules peintures du pontificat d’. Il intervint à nouveau au palais des papes pour réaliser la « Roma » d’. Ses peintures sur toile de la vie de saint Benoît débutèrent le pour s’achever en ., élève du grand Simone Martini qui se mourait à Avignon. Dans la chapelle du Grand Tinel, il fit le portrait du pape en saint MartialLe docteur G. Colombe, un érudit avignonnais, qui a identifié ce portrait, donne du pape cette description élogieuse : .. Puis, en 1344, un nouveau peintre, Robin de Romans, fut chargé de décorer la chambre du Cerf où il représenta le frère et le neveu du Souverain Pontife avait demandé à Robin de Romans d’orner de scènes de chasse le palais des papes. Il décora aussi, avec Bernard le Scot, le palais pontifical de Villeneuve-lès-Avignon, construit par Jean de Loubières. Si ces dernières peintures ont disparu, il nous reste les fresques de l’admirable « Chambre du Cerf » où apparaissent deux fauconniers spécialement bien figurés. Le Docteur Colombe a vu dans l’adulte le portrait de Roger de Beaufort, frère de , et, dans l’adolescent, celui de son fils , futur vicomte de Turenne. Parmi les similitudes que le docteur a mises en évidence entre la fresque de la chapelle Saint-Martial, où Matteo Giovanetti a représenté le Magnifique, et celle de la Chasse au faucon de Robin de Romans, il y a chez le pape et des chez son frère..
Un pontife érudit, diplomate et galant homme Louis de Bavière profita de l’élection de ce nouveau pape pour solliciter une audience pour ses ambassadeurs. Face à ces derniers, le nouveau pape tenta de faire taire les désaccords par la phrase :
Excellent diplomate, était de plus doublé d’un galant homme. Les dames nobles de sa Cour tombèrent sous le charme pontifical. Il fit ouvrir par la « Révérende Chambre apostolique » un compte spécial pour les Dames de la famille de Notre Saint-Père le pape. Sans conteste, la favorite fut Cécile de Comminges, vicomtesse de TurenneLa Cronica Villani rapporte : ..
, lors de ses brillantes études à la Sorbonne, était passé maître dans l’art de la scolastique. Cela lui fut un atout sur le trône de Saint-Pierre. Tout au long de sa carrière ecclésiastique et au cours de son pontificat, il se révéla être un remarquable orateur et prédicateur. Il utilisait magistralement la souple prolixité de la langue occitane et était convaincu qu’en français ou en latin beau parler n’écorche point langueOn a conservé de lui quatre-vingt-dix sermons, discours et panégyriques dont celui qui fit l’admiration de l’empereur de Luxembourg, ancien condisciple de Pierre Roger à la Sorbonne..
et le rattachement du Dauphiné à la France Avec l’ancien conseiller de de Valois sur le trône pontifical, le sort du Dauphiné était scellé : il serait rattaché à la France. Sur l’initiative de , un grand pas fut franchi au cours du mois de . Le roi et son fils aîné, Jean de Normandie, vinrent rencontrer dans la cité papale.
Le Dauphin du Viennois, après des difficultés financières, vit proposer par le roi de France un arrangement qui le tirerait du besoin : s’il acceptait que le Dauphiné fût dévolu au second fils du roi après sa mort, ses dettes seraient réglées et il jouirait d’une rente annuelleSi le dauphin restait sans héritier légitime, promettait d’apurer ses passifs à la hauteur de et de lui verser, chaque année à Pâques ou à la Trinité, une rente de . Cette proposition finalisait le traité, signé l’année précédente à Villeneuve-lès-Avignon, entre et Pierre de Cugnières, Guillaume Flote et Jean Richier, conseillers du roi, qui prévoyait le rattachement du Dauphiné à la France.. Humbert sollicita un temps de réflexion.