Le cheval des Outer Banks est une population de chevaux sauvages vivant sur les îles barrière des Outer Banks, en Caroline du Nord. Ils sont petits, robustes, et dotés d'un tempérament docile. Issus d'animaux espagnols domestiques et probablement amenés dans les Amériques au , leurs ancêtres sont peut-être redevenus sauvages après avoir survécu à des naufrages, ou simplement après avoir été abandonnés sur les îles de l'une des expéditions d'exploration dirigées par Lucas Vázquez de Ayllón ou Richard Grenville. Les populations se trouvent sur l'île d'Ocracoke, Shackleford Banks, Currituck Banks, et dans le Rachel Carson Estuarine Sanctuary.

Bien qu'ils puissent piétiner les plantes et les animaux qui nichent au sol, et ne soient pas considérés comme une espèce indigène des îles, les chevaux des Outer Banks sont autorisés à y rester en raison de leur importance historique. Ils survivent en pâturage sur les herbes des marais, qui leur fournissent de l'eau ainsi que de la nourriture, complétées par des points d'eau douce temporaires.

Pour éviter la surpopulation et la consanguinité, et pour protéger leur habitat de la surexploitation, ces chevaux sont gérés par le National Park Service, l'État de Caroline du Nord, et plusieurs organismes privés. Les maladies, comme l'anémie infectieuse équine, dont une épidémie a été découverte et éliminée sur l'île Shackleford en 1996, sont également sous surveillance. Ils sont protégés de la circulation sur la Highway 12. Les populations iliennes sont limitées par l'adoption et par le contrôle des naissances. Des animaux sont prélevés dans la nature puis dressés pour les loisirs, l'attelage, et occasionnellement des patrouilles montées.

Histoire

Les chevaux des Outer Banks sont souvent qualifiés de chevaux « sauvages » car ils vivent en liberté. Toutefois, leurs ancêtres étaient domestiqués : il s'agit donc d'un cas de marronnage.

Théories sur l'origine Ces chevaux sont vraisemblablement arrivés sur les îles barrière au cours du . Plusieurs hypothèses sont avancées concernant leurs origines, sans qu'aucune ne soit entièrement confirmée scientifiquement. Des traditions orales se sont tissées entre les habitants des îles et ces chevaux sauvages. D'après les anciens « Ils ont toujours été là, et ont nagé à terre hors de bateaux qui coulaient ». Un habitant qui a étudié leur population suggère qu'il pourrait s'agir de la plus ancienne population équine d'Amérique du Nord.

Galions naufragés Selon une théorie, les ancêtres de ces chevaux se seraient échappés à la nage des cales de galions espagnols naufragés. Les vaisseaux retournant en Espagne depuis les Amériques profitent du Gulf Stream et de l'alizé, leur trajet les amène à moins de des Outer Banks. Les bancs cachés ont coulé de nombreux vaisseaux, au point de valoir à cette région le surnom de « cimetière de l'Atlantique ». Au moins huit épaves découvertes dans la région sont d'origine espagnole, datant d'entre 1528 et 1564. Ces navires ont coulé assez près de la terre ferme pour permettre aux chevaux de gagner le rivage. Il est également possible que, confrontés à des conditions météorologiques dangereuses, des navires se soient réfugiés près de la côte, où les chevaux auraient été lâchés et perdus. Cependant, la présence de chevaux sur les navires espagnols revenant des Amériques reste à confirmer, l'espace disponible à leur bord étant principalement destiné à transporter des richesses comme l'or et l'argent.

Lucas Vázquez de Ayllón Une autre théorie fait état de 89 chevaux amenés sur ces îles en 1526 par l'explorateur espagnol Lucas Vázquez de Ayllón. La tentative de colonisation à San Miguel de Gualdape (près de la Santee River en Caroline du Sud) échoue et les colons sont obligés de partir, probablement en Caroline du Nord. Environ 450 des 600 colons d'origine meurent par la suite, avec la désertion, la maladie et l'arrivée d'une gelée précoce, dont Vázquez de Ayllón lui-même. Faute d'une direction efficace, la nouvelle colonie ne dure que deux mois, après quoi les survivants l'abandonnent et fuient vers Hispaniola, laissant leurs chevaux derrière eux. Ces derniers auraient fait souche et seraient les ancêtres de la population actuelle sur les Outer Banks.

Richard Grenville Une théorie similaire voudrait que Sir Richard Grenville ait amené des chevaux sur les îles en 1585, alors qu'il tentait d'y établir une base navale anglaise. Les cinq bateaux de l'expédition s'échouent à Wococon, l'actuelle île d'Ocracoke. Les documents indiquent que les vaisseaux transportent plusieurs types d'animaux obtenus grâce au commerce avec Hispaniola, dont des . Si les petits navires de Grenville sont facilement renfloués, l'un des plus grands, le Tiger, est quasiment détruit. Les spécialistes supposent que l'équipage a tenté d'alléger le navire, soit en déchargeant les chevaux, soit en les forçant à gagner la mer, et à nager jusqu'au rivage. Dans une lettre à Sir Francis Walsingham cette même année, Grenville suggère que les animaux domestiques ont pu survivre sur l'île après l'échouement de ses navires.

Le naturaliste John Lawson mentionne la présence de chevaux dans les Outer Banks lors de son exploration des îles, de 1700 à 1710, en notant leur extraordinaire résistance. En 1856, Edmund Ruffin fait part de captures réalisées régulièrement, et ajoute que les animaux sont de petite taille. Les chevaux perdurent aux côtés des colons établis, survivant aux ouragans, à la sécheresse, aux vents, et à des abattages volontaires. Ils sont alors nommés « sand banks » par les populations locales. Ils demeurent isolés dans ce qui est l'une des régions les moins développées des États-Unis, avec une population estimée à 500 ou 600 individus en 1926Chiffres de National Geographic rapportés par , jusqu'à l'explosion du tourisme dans les années 1980. En 1982, les membres du Spanish Mustang Registry les inscrivent au registre du mustang espagnol, précisant qu'ils forment l'une des dernières populations de ce type dans l'Est des États-Unis. Ils y restent inscrits jusqu'à la mort du fondateur du registre, de nouvelles recherchent les rattachant plutôt au cheval colonial espagnol : en 2007, ils sont définitivement inclus à ce groupe, en raison de la persistance de forts caractères espagnols dans leur morphologie.

Description thumb|left|Tête d'un cheval des Outer Banks. thumb|Jument pleine.

Ils sont parfois qualifiés de « poneys » en raison de leur taille., mais historiquement, il s'agit bien de chevaux dont le gabarit s'est réduit sous l'effet du manque de nourriture et du climat rude, soit entre et au garrot pour 360 à .. Leur conformation est compacte et trapue. Les chevaux des Shackleford Banks tendent à être plus petits (, soit ) que ceux de Corolla (, soit ).

Le front est large avec un profil rectiligne ou légèrement convexe, de larges naseaux en croissant et une encolure typique du cheval espagnol. La poitrine est profonde mais étroite, le dos est court avec une croupe inclinée et une queue attachée bas. L'os du canon des jambes est de forme ovale., un trait considéré comme révélateur d'une « forte ossature », ou de soliditéVoir pour exemple .. Les excroissances calleuses nommées « châtaignes » sont de très petite taille, et difficilement détectables. La plupart des chevaux n'ont pas de châtaignes sur les jambes postérieures..

La robe peut présenter toutes les teintes possibles, bien qu'elle soit plus fréquemment baie, baie-brune ou alezane, parfois avec le gène Dun., des crins lavés et du pie.

Ces chevaux sont rustiques et robustes, amicaux et dociles, ils se rééduquent à la vie domestique facilement et deviennent aptes à porter un cavalier en très peu de temps.

Certaines de leurs caractéristiques indiquent des origines partagées avec les races issues du cheval colonial espagnol. La présence du marqueur génétique « Q-ac » suggère que ces chevaux ont des ancêtres communs avec deux races ibériques : le Mustang des monts Pryor, et le Paso Fino. Issues d'une souche commune, elles ont divergé voici 400 ans.. Le cheval des Outer Banks présente aussi des lames vertébrales lobées sur l'atlas, plutôt que semi-circulaires, et une colonne vertébrale parfois fusionnée à la cinquième et la sixième vertèbre lombaire. Aucun changement fonctionnel ne résulte de ces différences vertébrales. Le profil convexe, fréquent chez eux, indique lui aussi une origine espagnole. Enfin, la population de l'île d'Ocracoke a 17 côtes, au lieu de 18 chez les autres chevaux.

Allures

Les chevaux des Outer Banks font des longues foulées, et beaucoup sont en mesure de marcher l'amble rompu et l'amble classique. Ce sont des traits en commun avec le cheval espagnol.

Les chevaux de l'île Shackleford ont fait l'objet d'une étude visant à déterminer la présence de la mutation du gène DMRT3 à l'origine de ces allures supplémentaire : l'étude de 41 sujets a permis de détecter la présence de cette mutation chez 11 % d'entre eux, ainsi que de confirmer l’existence de chevaux avec des allures supplémentaires parmi cette population.. 

Vie sauvage

En 2009, la population de chevaux restés sauvages et préservés de croisements extérieurs est estimée à moins de 210 individus, qui vivent dans la longue et étroite bande d'îles-barrières des Outer Banks, en Caroline du Nord. Shackleford Banks abrite la plus grosse population, avec 110 à 130 têtes, tandis que les chevaux de Corolla sont moins de 90. La petite population d'Ocracoke, nourrie par l'homme, n'est pas considérée comme sauvage, d'autant plus qu'elle a subi des croisements avec des chevaux domestiques extérieurs.

Ces îles sont des dépôts de sédiments au large, séparés du continent par une étendue d'eau, comme un estuaire. ou un bras de mer. Les conditions climatiques sont rudes, le passage de tempêtes et d'ouragans fréquent.

Les îles peuvent être distantes de de la côte, la plupart font moins d'un mile () de large. La végétation est clairsemée et se compose principalement d'herbes grossières et de quelques arbres rabougris. Chaque île de la chaîne est séparée de la suivante par un grau laissant passer la marée. La petite taille des chevaux est attribuée, en partie, aux nutriments limités dans leur régime alimentaire. Ils broutent surtout les graminées Spartina, mais se nourrissent aussi d'autres plantes telles que Typha latifolia (la massette à larges feuilles), Uniola paniculata et parfois du sumac vénéneux.

Les chevaux qui vivent près des habitations humaines, comme celles de Currituck Banks, vont parfois pâturer sur les pelouses résidentielles et d'aménagement paysager. Les chevaux domestiqués élevés avec une alimentation équine fabriquée par l'homme à partir d'un âge précoce tendent à devenir légèrement plus grands que les autres.

L'eau est une ressource limitée, due au fait que les îles sont entourées d'eau salée et n'ont pas de source d'eau douce ou de mare permanentes. Ce qui rend les chevaux dépendants de points d'eau éphémères issus de la pluie, et de l'humidité dans la végétation qu'ils consomment. Les animaux sont connus pour creuser des trous profonds, allant de à , afin de trouver de l'eau douce souterraine, mais il leur arrive parfois de recourir à de l'eau de mer potable. Cela leur donne une apparence « gonflée », conséquence de la rétention d'eau causée par l'effort de l'organisme à maintenir l'équilibre osmotique.

Impact sur l'environnement thumb|Une jument et son poulain sur le sable.