Guy Lafon est né à Paris le , et mort le dans la même ville, lors de ce que l'on a appelé la première vague de l'épidémie de COVID. Prêtre catholique diocésain français, théologien et universitaire, il a enseigné la théologie dogmatique à l'Institut catholique de Paris entre 1968 et 1996. Il a aussi été l'aumônier de l'École normale supérieure de la rue d'Ulm de 1965 à 1979. À ce double titre, mais également comme professeur en classes préparatoires, il a pu rencontrer des générations d'intellectuels catholiques et de personnalités diverses du monde des arts, de la culture, de la vie politique ou économique. C'est un étudiant de la promotion de 1965, Charles de Lamberterie, membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, qui rédige en 2021 la notice biographique de Guy Lafon dans la revue des anciens élèves de la rue d'Ulm, L'ArchicubeCharles de Lamberterie, L'Archicube n°29 bis, numéro spécial, février 2021, p. 148-151. Deux autres anciennes élèves, Françoise Cabane et Agnès Fontaine, donnent également un témoignage de leur estime pour Guy Lafon (ibid., p. 152)..
Biographie Né dans le arrondissement, Guy Lafon effectue sa scolarité au petit séminaire de Paris (à Charenton-le-Pont, au lieu-dit Conflans), notamment au moment où Marc-Armand Lallier en est le supérieur; là il rencontre des enseignants comme Pierre Veuillot, Émile Poulat. Il y obtient le baccalauréat en 1949, puis poursuit sa scolarité au lycée Henri-IV à Paris (1949-1952), où il prépare le concours de l'École normale supérieure de la rue d'Ulm, qu'il intègre en 1952. Entre et , il est élu président de la Fédération Française des Étudiants catholiques Antoine Prost, « La Fédération française des étudiants catholiques », dans : René Rémond éd., Forces religieuses et attitudes politiques dans la France contemporaine, Paris, Presses de Sciences Po, « Académique », 1965, p. 161-166. À propos de cette responsabilité dans la FFEC, on peut se reporter à un article signé de Guy Lafon, « Inquiétudes et certitudes de jeunes chrétiens », dans L'Actualité religieuse dans le monde, , du 15 mars 1955 (pages 3 et 4).. C’est à ce titre qu’il fait connaissance avec l’aumônier national de ce mouvement, Paul-Joseph Schmitt, prêtre du diocèse de MetzCelui-ci, bien que nommé peu après supérieur d’un collège à Bitche (Moselle), puis évêque de Metz (1958-1987), resta en contact avec Guy Lafon, jusqu’à sa mort.. Il obtient l'agrégation de lettres en 1955 André Chervel, Les agrégés de l'enseignement secondaire. Répertoire 1809-1960, mars 2015 [en ligne].. Après trois mois d'enseignement au lycée d'Amiens, dès la fin , il est incorporé pour un service militaire qui devait durer jusqu'en fin . C'est alors qu'il rejoint le séminaire des Carmes.
Il est ordonné prêtre le par Pierre VeuillotPierre Veuillot avait été un de ses professeurs au petit séminaire de Conflans et les deux hommes sont restés proches. Guy Lafon travailla d'ailleurs auprès de l'évêque-coadjuteur entre 1961 et 1965, en lien avec son secrétaire Jean Robin, et avant Georges Gilson., évêque d'Angers (plus tard archevêque de Paris). En tant que prêtre, il se reconnaît également volontiers marqué par d'autres figures de l'Église dans ces années-là, le père André BrienAndré Brien (1913-1998), prêtre du diocèse de Paris, ordonné en 1939, passe cinq années de captivité en Allemagne pendant la guerre; il est aumônier des khâgnes parisiennes et de l'École normale supérieure (rue d'Ulm) entre 1947 et 1961, prédicateur de Notre-Dame de Paris de 1971 à 1974, auteur de nombreux ouvrages, dont Dieu est là, Paris, Fayard, 1959, Le cheminement de la foi, Paris, Le Seuil, 1964, Jésus-Christ, ma liberté, Paris, Le Centurion, 1972, Croire pour vivre, Paris, Le Centurion, 1973, Le maître du bonheur, Paris, Le Centurion, 1974, Libres et réconciliés, Paris, Bayard-Presse, 1974, Le Dieu de l'homme, Paris, Desclée de Brouwer, 1984. On pourra avec intérêt découvrir une théologie de la communication, telle qu'elle pouvait être formulée en 1974, dans un entretien entre le père Brien et Jacques Chancel, dans l'émission ., et François TolluFrançois Tollu, P.s.s., fut supérieur du Séminaire des Carmes pendant les années de formation de Guy Lafon..
Guy Lafon a été marqué au cours de ses années de formation par la pensée de Pascal, de Bergson et par celle des phénoménologues français ainsi que par la réflexion éthique de Jean Nabert. Ces influences ont contribué à inspirer ses interventions lorsqu'il était aumônier des khâgnes parisiennes (1961-1965) et de l'École normale de la rue d'Ulm (1965-1979). Elles donnèrent leur couleur à son enseignement sur la Trinité et sur le Christ, quand il fut professeur au Séminaire Saint-Sulpice d'Issy-les-Moulineaux (1965-1968). Sous la direction d'Henri BouillardHenri Bouillard s. J. (1908-1981), spécialiste de Thomas d’Aquin, de Maurice Blondel et de la théologie protestante du , Karl Barth et Rudolf Bultmann en particulier (source : Dictionnaire des Théologiens et de la Théologie, Paris, Bayard, 1998). Bouillard soutient sa thèse en Sorbonne en 1956, publiée aussitôt. Karl Barth, Paris, Éditions Aubier, 1957, trois tomes., il prépara une thèse de théologie sur Le Temps, le Christ et Dieu. Introduction à une christologie réflexive, thèse qu'il soutint en 1969. Dans les mêmes années, entre 1968 et 1979, il est chapelain de Notre-Dame de ParisOn le voit quelquefois, assez brièvement, sur l'archive vidéo des obsèques du général de Gaulle, le 12 novembre 1970. Tirée des archives cinématographiques de l'INA, la vidéo mentionne le chanoine Bérard, archiprêtre de la cathédrale, et le chapelain, Guy Lafon, à 48 min 50 s. ..
En 1968 encore, Guy Lafon fut appelé par le père Jean Daniélou à créer à la Faculté de théologie de l'Institut catholique de Paris un enseignement nommé Introduction au Mystère chrétien. Il s'agissait, en réponse aux vœux du récent Concile (Vatican II), de proposer pendant une année universitaire une vue d'ensemble de la théologie à des étudiants qui devaient en poursuivre l'étude pendant cinq ans encore, en même temps qu'ils s'engageraient dans un parcours philosophique. Peu d'années après, à la demande du père Liégé, nouveau doyen de la Faculté de théologie, Guy Lafon acceptait la charge d'enseigner, pendant un semestre annuel, ce qu'il devait nommer lui-même l'anthropologie théologale. Sous cette dénomination se trouvait rassemblé l'essentiel des anciens traités dits de « Théologie morale spéculative » (Création, Péché, Grâce, Fins dernières). Dans le même temps, et jusqu'en 1996, sur les mêmes sujets, Guy Lafon animait des séminaires de second cycle et de doctorat. Dans les années 1970 et 1980, il a également contribué à la formation de nombreux enseignants du cours de religion en Belgique, lors de cours ou de sessions de formation, tant à l’Université catholique de Louvain qu’à l’université de Namur.
De 1968 à 1996, dans l'enseignement de Guy Lafon, s'ajoutèrent aux influences intellectuelles déjà mentionnées celles qui lui venaient de sa réflexion sur les sciences humaines (linguistique, structuralisme sous ses divers aspects, psychanalyse et marxisme)De la fréquentation des sciences humaines, Guy Lafon devait surtout retenir l'aspect par lequel chacune d'entre elles insiste sur l'opération plus que sur les thèmes ou même les thèses. Il y apprenait ce qu'il dira autrement dans tous ses ouvrages, à savoir, selon lui, que les gestes importent plus que les contenus et que ces derniers sont des figures d'un mouvement de communication qui se poursuit.. C'est alors qu'il élabora une démarche propre de lecture et qu'il l'appliqua notamment aux textes de la Bible. Déjà alors et dans les années ultérieures, il publia un certain nombre d'ouvrages qui témoignent de ces derniers développements de sa pensée.
En 1980, avec Antoine DelzantAntoine Delzant (1935-2013), ancien élève de l'École normale supérieure (rue d'Ulm), agrégé de mathématiques, docteur en théologie, enseigna lui aussi durant de longues années à l'Institut catholique de Paris, à l'époque où il assurait des responsabilités pastorales – il fut un temps curé à l'église Saint-Merri. Sa thèse, préparée sous la direction de Guy Lafon, et soutenue en 1977, avait pour titre : L'Alliance nouvelle. Par delà utile et inutile. Essai théologique sur l'ordre symbolique. Elle fut publiée en 1978 sous le titre La Communication de Dieu, Paris, Le Cerf . On trouve une recension de cette thèse particulièrement éclairante de René-Michel Roberge, dans la revue Laval théologique et philosophique, volume 35, numéro 3, 1979, p. 317-319. On trouve également un certain nombre d'articles d'Antoine Delzant accessible depuis le site d'ALETHE, d'autres depuis le portail cairn.info. et Jean LavergnatJean Lavergnat a exercé de nombreux ministères – il a notamment été chargé de la reconstruction de l'église Notre-Dame-d'Espérance dans le arrondissement de Paris, il est intervenu dans le cadre de la Formation continue de la Foi, de l'École cathédrale de Paris. Il a aussi été un des animateurs du site « Jonas dans Ninive, Groupes chrétiens de réflexion » et a collaboré à Esprit (revue)., il fonde ALETHE, « Association libre d'études théologiques ». L'association organise régulièrement des sessions de travail et publie les Cahiers d'Alethe, support d'une réflexion libre sur des questions liées à l'actualité de la pensée, de la théologie et de la foi.
En 1981, alors qu'il exerce son enseignement à l'Institut catholique de Paris et effectue un ministère de vicaire à la paroisse Saint-Marcel (entre 1979 et 1988), il renoue avec l'enseignement proprement dit en rejoignant Fénelon-Sainte-Marie dans le secondaire, puis le collège Stanislas de Paris ( arrondissement) en 1984 en tant que professeur de lettres en classes préparatoires (prépa HEC les quatre premières années, avant d'enseigner en hypokhâgne et khâgne, jusqu'en 1996). Il devient un temps (1996-1997) le directeur de cet établissement parisien.
Entre-temps, de 1994 à 1997, il est chapelain de la chapelle Saint-Bernard, dans les sous-sols de la gare Montparnasse, dans le arrondissement, puis curé de Saint-Marcel, dans le arrondissement, entre 1998 et 2004. Après avoir été vicaire à l'église Saint-Jean-des-Deux-Moulins de 2004 à 2016, il a été un temps rattaché à la paroisse Saint-Jean-Baptiste de la Salle, dans le arrondissement. Résident à la maison de retraite du clergé parisien depuis , il meurt en , infecté par le Covid-19.
De 1994 à 2013, Guy Lafon a mis en pratique sa démarche théologique et théologale dans une « école de lecture », la Table de l'évangile, qu'il a tenu ouverte à la paroisse Saint-Germain-des-Prés. Entre l'automne 2013 et l'été 2018, cet exercice de lecture a eu lieu à un rythme mensuel, à Versailles (grâce à l'accueil des Sœurs Servantes du Sacré-Cœur de Jésus) uniquement. Les textes des années 1994 à 2002 ont été publiés en vingt tomescf. "La Table de l'Évangile".. Ces premiers tomes, augmentés de l'équivalent de dix autres tomes inédits, sont repris dans le CD-Rom La Table de l'Évangile, bibliques, qui est publié à l'automne 2010, aux Éditions de la Nouvelle Alliance.
Œuvres publiées Essai sur la signification du Salut, Paris, Les Éditions du Cerf, 1964 Esquisses pour un christianisme, Paris, Les Éditions du Cerf, 1979 Le Dieu commun, Paris, Seuil, 1982 Croire, espérer, aimer, Paris, Cerf, 1983 L’Autre-Roi ou la religion fraternelle, Paris, Nouvelle Cité, 1987 La laïcité ou la liberté de choisir, Nice, « École de Lecture », 1993 Il n’y a pas deux amours, Nice, « École de Lecture », 1994 L'origine de Jésus-Christ, introduction à la lecture de Matthieu I, 18-25, Nice, « École de Lecture », Paroisse Saint-Philippe, 1994