Le camp de concentration d'Argelès-sur-Mer est un camp de regroupement initialement conçu pour accueillir des réfugiés de la guerre civile espagnole lors de la Retirada. Il est construit à la hâte à partir de sur les plages de la commune d'Argelès-sur-Mer dans les Pyrénées-Orientales directement sous l'égide du ministère de l'Intérieur Albert Sarraut pour faire face à l'afflux sans précèdent de réfugiés venus de l'autre côté de la frontière franco-espagnole.

D'abord érigé pour accueillir des républicains espagnols, il sert ensuite de camp de concentration pour les Tsiganes, les Juifs, ainsi que pour de nombreux étrangers lors du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale en France. Avec plus de transitant par le camp de 1939 à 1941, dont plus de uniquement dans la période de février à , il s'agit de l'un des premiers et un des plus importants camps de concentration français perçu comme l'un des symboles de la Retirada. Le camp ferme en 1941 pour devenir un Chantier de la jeunesse française sous le régime de Vichy.

Histoire

Avant 1939 vignette|Paysans aragonais refoulés à la frontière près d'Arreau le , les populations frontalières les plus pauvres sont parmi les premières à fuir l'Espagne, avant la défaite effective de 1939. Dès 1938, l'horizon de la défaite des républicains pendant la guerre d'Espagne pousse certaines populations à l'exil. Ce phénomène d'immigration n'est pas nouveau en France, pays qui compte le plus d'immigrés au monde en 1930.. Les Espagnols représentent avant 1939 déjà une part importante des populations immigrées en France, mélangeant exilés politiques et immigrés économiques. Essentiellement employés pour les travaux agricoles, le nombre d'immigrés espagnols est néanmoins en baisse depuis la fin de la Première Guerre mondiale et l'instauration d'une république en Espagne, passant ainsi de pendant la Grande Guerre à dans les années 1930 notamment à partir de la Grande Dépression qui touche considérablement la France. Si entre 1936 et 1937 environ s'installent au-delà de la frontière des Pyrénées-Orientales pour éviter la mobilisation militaire., ce phénomène reste transitoire car dès le mois d' le gouvernement ordonne le rapatriement de tous les hommes en âge de porter les armes.

La perspective d'une défaite des républicains et d'un exil important en France inquiète tout de même le gouvernement français d’Édouard Daladier qui décide dès de réfléchir à des emplacements possibles de camp d'internement proche de la frontière pyrénéenne. Le une note secrète du ministre de la Guerre est envoyé aux commandants des et militaires leur demandant de prévoir « l'installation de camps de circonstance pour certaines catégories de réfugiés espagnols ». Trois sites sont retenus, Canet-en-Roussillon, Argelès-sur-Mer et Saint-Cyprien, seuls les deux derniers ouvriront en du fait de leurs larges bandes de sable éloignées des populations locales rendant plus facile la construction de camps. Toujours dans l'anticipation de la venue de nombreux espagnols en France, le gouvernement adopte un décret le qui rend possible l'internement sans aucune condition au préalable des exilés politiques et des réfugiés de manière générale.

Un afflux massif à partir des premiers mois de 1939 : La Retirada

De janvier à mars 1939, les débuts du camp marqué par une grande désorganisation

vignette|Réfugiés se reposant dans leur trou dans le sable en janvier 1939. Ces réfugiés font partie des premiers à être retenus et participent à la construction du camp. La défaite républicaine en Espagne pousse rapidement à l'exil des centaines de milliers de réfugiés qui craignent les répressions du nouveau pouvoir franquiste. Dès le gouvernement républicain espagnol demande au gouvernement français d'accueillir et d'anticiper la venue de plus de civils..

En Catalogne, tout comme au Pays basque, la crainte d'une répression particulièrement forte en raison des identités culturelles locales non castillanes ainsi que de l'engagement de ces deux régions contre Franco dans la guerre entraine un mouvement d'exil particulièrement important connu sous le nom de Retirada. À partir de l'ouverture de la frontière aux soldats républicains le . jusqu'à la prise de contrôle par les troupes franquistes le , plus de .. républicains franchissent la frontière franco-espagnole dont plus de dans les Pyrénées-Orientales pour un département qui ne compte alors que . Près de 36 % des réfugiés sont originaires de Catalogne..

vignette|Spahis marocains (sur le cheval) montant la garde devant des réfugiés espagnols du camp d'Argelès. Pour faire face à l'afflux important et sous-estimé, le gouvernement décide de précipiter l'installation des différents camps de concentration théorisés un an avant. À la surprise des habitants et du maire du village d'Argelès-sur-Mer prévenus le , les prémices du camp sont installés dès le lendemain par un détachement de mobiles et une centaine de réfugiés espagnols chargés de dresser des barrières en barbelés. Ces premiers jours de l'existence du camp sont marqués par des conditions de vie très dures pour les premiers internés responsables de l'édification des barbelés. Seulement encadrés par des cordons de gardes mobiles, les réfugiés sont forcés à vivre à même le sable pendant un hiver particulièrement froid en faisant leurs besoins directement dans la mer...

Le , Albert Sarraut, ministre de l’Intérieur et Marc Rucart, ministre de la Santé publique, visitent le site en construction. Officiellement ouvert au début du mois de le camp consiste essentiellement en une large bande de sable divisée en différents compartiments séparés par des barbelés avec une capacité d'accueil de .. À partir du , la surveillance des prisonniers est essentiellement effectuée par le 24e régiment d'infanterie coloniale des troupes coloniales françaises, en particulier les tirailleurs sénégalais ainsi que les spahis marocains. L'emploi de ces derniers pour surveiller les réfugiés est vécu comme une forme d'humiliation par les républicains du fait de l'utilisation massive des troupes coloniales marocaines par le camp « nationaliste » de Franco lors de la Guerre d'Espagne.. vignette|Les premiers robinets d'eau potable n'arrivent qu'en mars 1939. Le camp est alors divisé en dix-huit îlots essentiellement en fonction de la place des réfugiés dans l'armée républicaine espagnole. Au nord de la Riberette des îlots sont dédiés aux civils (îlot bis), aux réfugiés basques (îlot ), aux brigades internationales (îlot ) ainsi qu'à une partie de l'infanterie républicaine (îlot ). Au sud du fleuve, sur les dix restants, côté terre sont divisés les mutilés (îlot ), la police et les gardes d’assaut (îlot ), l’infanterie (îlot ), la cavalerie (îlot ), l'artillerie (îlot ), les services de l'intendance et les douaniers (îlot ), ainsi que l’aviation et les services de santé (îlot ). Du côté de la mer se retrouvent les îlots réservés aux femmes et aux enfants (îlot bis), aux blessés (îlot bis), à l'infanterie (îlot bis), à la direction centrale des armées (îlot bis), au génie (îlot bis), à la marine (îlot bis), aux fonctionnaires (îlot bis). Ces deux parties sont séparées par une allée centrale que les réfugiés surnomment la rambla..

Durant les deux premiers mois du fonctionnement du camp, si ces divisions sont globalement respectées, il existe toutefois une grande porosité entre les différentes parties du camp, voire entre l'intérieur et l'extérieur ce qui rend les évasions ou les sorties ponctuelles relativement aisées.. De même, du fait de l'afflux trop important de réfugiés sur une trop courte période, aucune statistique, ni aucun recensement individuel est effectué dans les premiers temps par les militaires français qui abandonnent dès février la méthode de notices individuelles à la frontière.

Initialement, le camp ne se compose d'aucun bâtiment en dur, d'aucun accès à l'eau, ni de sanitaires et la majorité des réfugiés dorment dans des cabanes faites à partir de roseaux récupérés sur la plage, sous des couvertures de fortunes ou bien à même le sol dans des trous creusés dans le sable. Les premiers robinets d'eaux potables ne sont installés qu'en et les premières baraques en bois ne sont construites qu'à partir de mai par les réfugiés eux-mêmes avec du bois de récupération fourni par les troupes coloniales chargées de la surveillance. Du fait de sa proximité avec les deux points de passage les plus importants, Cerbère et le Perthus, le camp d'Argelès-sur-Mer va rapidement concentrer la majorité des flux de réfugiés, dépassant dès le début du mois de février sa limite théorique d'accueil.

D'avril à juin 1939, la réorganisation progressive du camp vignette|Arrivée des soldats réfugiés au camp du Barcarès en mars 1939. vignette|Les réfugiés basques quittent le camp d'Argelès-sur-Mer pour celui de Gurs (Basses-Pyrénées) le 14 avril 1939. Le commissariat du camp n'établit une comptabilité du camp qu'à partir de la fin du mois de mars, dans le même temps l’autorité militaire départementale effectue la même tâche pour l'ensemble des camps des Pyrénées-Orientales. Les deux sources croisées font état en date du de , parmi eux, républicains, et internationaux. Ces données excluent toutefois les femmes et les enfants qui ne sont pas encore comptabilisés et qui ne le seront par la suite que par la recension des départs et des arrivées. En y ajoutant ainsi les femmes et les enfants, le nombre de réfugiés entre mars et peut être porté à un peu plus de .

La population culmine au mois de , le camp enregistre par la suite essentiellement des sorties ; les réfugiés sont progressivement redirigés vers d'autres camps ou renvoyés en Espagne. Selon les chiffres de la sureté nationale du camp de février à environ réfugiés sont réorientés vers d'autres camps, sont rapatriés à la frontière, sont autorisés à sortir libre, sont évacués vers différents hôpitaux, sont emprisonnés, et s'engagent dans la Légion étrangère.

Parmi les plus importants transits entre les différents camps, le premier de grande ampleur est celui de entre le camp d'Argelès-sur-Mer et celui du Barcarès pour anticiper la fermeture de ce premier et pour orienter les réfugiés vers un lieu d'internement conçu dans une précipitation moindre.. Le les réfugiés basques du camp d'Argelès-sur-Mer ainsi que les soldats internationaux. sont réorientés vers celui de Gurs dans les Pyrénées-Atlantiques. En le camp ferme temporairement pour permettre la construction de baraques en bois plus pérennes. Les camps de Saint-Cyprien et de Rivesaltes accueillent également une grande partie des internés d'Argelès.

La réouverture du camp dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale