thumb|upright=0.8|Jacques de Gheyn le jeune, Vanité (vers 1603). Une vanité est une représentation allégorique de la fragilité de la vie humaine et de la fatuité de ce à quoi l'être humain s'attache durant celle-ci. Les éléments symboliques les plus courants pour exprimer la vanité sont la mort, le temps qui passe, la vacuité des passions et activités humaines.. Le nom vanité est dérivé de la phrase d'ouverture du Livre de l'Ecclésiaste de l'Ancien Testament : Vanitas vanitatum et omnia vanitas (« Vanité des vanités, et tout est vanité »). Tout comme le Memento mori, auquel il est souvent associé, le thème de la vanité est un rappel de l'éphémère condition de l'existence.

Certaines natures mortes, représentant notamment du gibier, des massacres, des armes, constituent un genre particulier, proche des vanités..

Si le thème est très ancien dans le genre pictural, puisqu'on le trouve déjà chez les Anciens, il se constitue comme genre autonome vers 1620, à Leyde, en Hollande, pour se répandre ensuite tout au long du en Europe, particulièrement en Flandres et en France. Prisées à l'époque baroque, les vanités vont quasiment disparaître au , mais renaissent avec Paul Cézanne, puis plusieurs artistes du et du , à l'image des sculpteurs Damien Hirst et Philippe Pasqua., ou encore de la photographe Valérie Belin.

Les objets représentés symbolisent les activités humaines, étude, argent, plaisir, richesse, puissance, mises en regard d'éléments évoquant le temps qui passe trop vite, la fragilité, la destruction, et le triomphe de la mort avec souvent un crâne humain.

Ce genre a également une grande influence sur la littérature baroque comme avec Jean de Sponde ou Jean Baptiste Chassignet.

Histoire Vanités du Le genre naît dans les années 1620 à Leyde, dans une atmosphère religieuse et intellectuelle marquée par le calvinisme., même si, quand il essaimera dans le reste de l'Europe, la Contre-Réforme y trouvera aussi son compte. Il se développe d'abord au sein de l'école de Leyde, avec des peintres comme David Bailly, puis ses neveux, Harmen et Pieter Steenwijck, qui fixent le genre.

Bailly a eu pour maître Jacques de Gheyn le jeune, auteur déjà en 1603 d'une vanitéKarine Lanini, 2007, Jardin des vanités.La première vanité de l'histoire de la peinture occidentale selon Quin, 13.. Bailly sera l'auteur, en 1651, d'une Vanité aux portraits.

Le thème est repris à Haarlem par Pieter Claesz et Willem Claeszoon Heda, vers 1625. Jan Davidszoon de Heem, qui est à Leyde en 1626, l'introduit à Anvers. Presque tous les peintres hollandais de l'époque peindront des vanités, notamment Willem de Poorter, Gérard Dou et Jan van der Heyden.

Des peintres d'origine flamande importent le genre en France, ainsi, à Paris, Philippe de Champaigne. Il est repris par N. L. Peschier, l'Alsacien Sébastien Stoskopff, Sébastien Bonnecroy, Simon Renard de Saint-André.

En Italie, Salvatore Rosa et Giuseppe Recco peignent quelques vanités, mais le genre se développe peu. Il a plus de succès en Allemagne (Georg Hainz…) ou en Espagne (Antonio de Pereda, Juan de Valdés Leal…).

Alors que se développe un marché de l'art « bourgeois », certains artistes montrent jusqu'à la vanité de la peinture qui se vend désormais de plus en plus pour décorer les intérieursLes choses. Une histoire de la nature morte, p. 140.

Origines Le nom du genre des Vanités est issu de la sentence de l’Ecclésiaste, livre de l’Ancien Testament (Bible) : (). Le terme traduit par signifie littéralement . Le message est de méditer sur la nature passagère et (d’où ) de la vie humaine, l’inutilité des plaisirs du monde face à la mort qui guette.

La première vanité européenne retrouvée est une mosaïque au crâne du .

Si les objets peuvent figurer dans la peinture au Moyen Âge, c’est parce qu’ils ont un sens. Si les choses signifient l'abondance ou la rareté des richesses matérielles, la variété du monde et sa beauté, depuis le début, elles préviennent aussi de la vanité humaine, de la corruption par le pourrissement d'un fruit et la fin inévitable que symbolise un crâne. Dans les vanités, les objets représentés sont des motifs se rapportant à la fragilité et à la brièveté de la vie, au temps qui passe, à la mort. Parmi tous ces objets symboliques, le crâne humain, plus précisément celui d'Adam, signe convenu de la mort, est l’un des plus courants. À partir du , dans un contexte encore largement religieux, la vanité a souvent la forme d'un crâne seul ou installé près d'objets symboliques comme une bougie ou un sablier, qui représentent le temps qui passe inexorablement. On retrouve ce () parmi les objets qui évoquent les activités et les propriétés humaines : étude, sagesse et science, richesse, amour charnel, beauté… La tulipe est également représentée sur certains tableaux comme symbole de vanité. Elle fait référence à un événement historique qui, à la suite d'un engouement pour les tulipes appelé tulipomanie, a mené à l'augmentation du prix de ces fleurs et à une bulle spéculative, qui a éclaté au . Les vanités invitent à méditer sur leur caractère fugace et la vanité du genre humain soumis à la fuite du temps, avec un message essentiellement spirituel dans les premières vanités comme celle d'Albrecht Dürer, Saint Jérôme dans sa cellule, datant de 1514.

La Renaissance et son humanisme continueront la représentation de la vanité jusque dans les cabinets intimes () des hommes lettrés et puissants (celui du duc de Montefeltro à Gubbio, celui de François au …).

Le temps et la mort ne cessent de vouloir être captés par les artistes. On retrouve à travers cette volonté de capter l’insaisissable, la liaison entre les vanités classiques et contemporaines.

Thèmes voisins vignette|upright=0.8|Georges de La Tour, La Madeleine aux deux flammes (1642-1644).

Georges de La Tour a traité de nombreuses fois le thème de la Madeleine pénitente, réédition 2002 et années suivantes jusqu'en 2013.. Le tableau La Madeleine à la veilleuse est parfois qualifié de vanité. Plusieurs objets contribuent à une interprétation symbolique en ce sens. Le crâne est un signe classique signifiant la mort. La chandelle appelée à s'éteindre s'associe à l'impermanence. Le miroir illustre la vanité des apparences, aussi bien que l'au-delà ; les bijoux à terre, le renoncement.

L'ensemble se rattache à une théologie du salut, absente en général des vanitésKarine Lanini, 2007, Les représentations de sainte Madeleine., mais très présente dans la peinture religieuse, notamment dans les Saint Jérôme, où le savant devenu saint est classiquement montré avec un crâne, et souvent avec les attributs de la science, livre, instruments, et une chandelle qui s'associe à la fois à l'effort prolongé dans la nuit et l'impermanence.

De la même façon, le thème des âges de la vie peut se lire comme un sarcasme, comme une description réaliste, comme une affirmation de la possibilité de la beauté hors de la jeunesse. Mais des détails picturaux peuvent tirer l'interprétation vers celle d'une vanité.

Répertoire des vanités Ingvar BergströmIngvar Bergström (1913-1996), historien de l'art et professeur à Göteborg. divise le répertoire des vanités en trois groupesTapié (dir.) et al., . : Le premier groupe livres, instruments scientifiques, art, pour la vanité du savoir argent, bijoux, pièces de collection, armes, couronnes et sceptres pour la vanité des richesses et du pouvoir pipes, vin, instrument de musique et jeux pour la vanité des plaisirs Le deuxième groupe : crâne, squelettes, mesure du temps, montres et sabliers, bougies et lampes à huile éteintes, fleurs se fanant Le troisième groupe , épis de blé, couronnes de lauriers.

Michel Laclotte et Jean-Pierre Cuzin citent, parmi les éléments du répertoire des vanités, les objets évoquant la vie terrestre contemplative (sciences, lettres et arts), ou la vie terrestre relative au plaisir des cinq sens, de la richesse et de la puissance (argent, armes), les objets évoquant la fuite du temps, la destruction de la matière (fruits abîmés, fleurs fanées), et la citation de l'Ecclésiaste, Vanitas vanitatis et omnia vanitas, ou une formule analogue.

Au , des peintres comme Franciscus Gysbrechts, German Llorente, Sébastien Bonnecroy ou Antoine Fort-Bras sont connus pour leurs vanités qui remettent en question jusqu'au tableau de chevalet, peint au moment où le marché de l'art bourgeois se développe et où la peinture devient un objet de distinction socialeLaurence Bertrand Dorléac, Les choses. Une histoire de la nature morte, p. 150.

Contemporain

vignette|droite|Vanité, photographie de Louis Jules Duboscq (vers 1850 ; musée George Eastman House). Résurgence du genre vers la fin du , une œuvre illustre est Nature morte, crâne et chandelier de Paul Cézanne. Une autre œuvre qui marque ce renouveau est Crâne de squelette fumant une cigarette de Vincent van Gogh.

La différence avec les vanités traditionnelles se trouve dans la manière de peindre qui est contemporaine de l'époque, donc cela s'inscrit dans l'art moderne. De plus, ces vanités sont marquées par la montée de l’industrie qui est en lien avec la révolution industrielle et une inquiétude pour l’humanité.

Contexte Le est marqué par de nombreuses guerres meurtrières, les plus marquantes sont les deux guerres mondiales qui ont engendré des tueries de masse. Ces dernières vont engendrer l’effondrement des grandes pensées humanistes. On va alors voir apparaître un renouvellement des valeurs qui seront l’efficacité et le capitalisme. Cela a ainsi créé un nouveau rapport à la mort. Ce dernier est marqué par l’absence de corps et de trace, on retrouve alors une absence qui sera représentée dans les vanités contemporaines.

Les artistes ressentent le besoin d’exprimer cette violence dans ce rapport inédit à la mort va engendrer une nouvelle manière de représenter la trépanation. L’art non figuratif va voir le jour au début du , ce dernier va modifier la forme des vanités et ainsi créer une nouvelle sorte de vanité. Cette violence va modifier la perception de la vie. Les anciens critères et symboles classiques perdent leur sens.

La vanité contemporaine se différencie des vanités de la période classique : recul des grandes idéologies religieuses, disparition des hiérarchies et catégories esthétiques dans laquelle le genre vanité occupait un rang peu élevé. Le genre se renouvelle par les expérimentations formelles qui bouleversent la peinture à la fin du et au début du .

Différences Changement d’idéologie, on passe d'une vanité fortement reliée à une idéologie religieuse très dogmatique à une mise en avant des pensées de l’artiste. L’interprétation des vanités est plus subjective, ce qui laisse plus de place à la pensée de l’artiste. La perte idéologique explique aussi le climat actuel qui n’est plus sous l’influence de l’Église. l’envie d’abondance et le matérialisme. Ce sont deux sujets qui sont présents dans l’art contemporain, les artistes vont porter ses sujets en dérive afin de critiquer la société capitaliste et de manière plus générale ses travers. Cela va engendrer une mise en scène burlesque des vanités, en prenant des produits de la société de consommation portée en dérive. Un exemple marquant est Campbell's Soup Can d'Andy Warhol.

Une nouvelle façon d’envisager, mais surtout de représenter la vanité voit le jour, les codes se renouvellent. Les pensées restent les mêmes, mais s’inscrivent de manière différente, car l’époque a changé. Les thèmes principaux ne changent pas, le temps et la mort. Cependant, ils sont traités de manières différentes, mais le discours devient plus dur, cynique et nihiliste. Cela s’explique par l’évolution du rapport à la mort, mais surtout par l’impact des deux guerres mondiales qui font perdre les traces de la mort.