Oscar Gustave Rejlander, également orthographié Oscar Gustaf Rejlander, né à Stockholm en Suède le et mort à Londres le , est un photographe britannique d'origine suédoise.
Biographie
Oscar Gustaf Rejlander nait le à Stockholm, en Suède, d'un tailleur de pierre et officier de l'armée suédoise, Carl Gustaf Rejlander, et d'une mère inconnue. Il est formé à la pratique du dessin et de la peinture en Suède« The late O.G. Rejlander », The British Journal of Photography, 769, vol. XXII, 29 janvier 1875, p. 54. et aurait effectué un voyage à Rome dans la seconde moitié des années 1830« Obituary : O. G. Rejlander », The British Journal of Photography, 775, vol. XXII, 12 mars 1875, p. 128. pour développer ses compétences.
Le , âgé de 25 ans, il débarque à Kingston-upon-Hull, en Angleterre, et indique aux autorités portuaires qu'il est « comptableEngland, Alien Arrivals, 1810-1811, 1826-1869, août 1839. ». Il s'installe d'abord à Hull, mais déménage dès 1840 à Lincoln, où il s'installe au 7, Minster Yard1841 Census, St Margarets’ Parish, Lincoln, Lincolnshire, p.24., sur Castle Hill. Il gagne sa vie en réalisant de petits travaux de peinture, notamment des portraits, et des dessins.
En 1845, Rejlander quitte Lincoln pour Wolverhampton. Il se fixe au 42, Darlington Street et se présente, selon les annuaires locaux, comme un artiste. Il est essentiellement portraitiste, et signe quelques représentations de figures locales. Fin 1840, la Royal Academy of Arts expose une de ses œuvres, intitulée Oh yes ! Oh yes ! Oh yes !.
En 1851, alors qu'il visite l'Exposition universelle de Londres, Rejlander observe quelques daguerréotypes, qui n'éveillent en lui . Ce n'est que l'année suivante, lors d'un supposé voyage à Rome, qu'il se rend compte de l'intérêt de la photographie, avant tout pour son travail de peintre , explique-t-il quelques années plus tardOscar Gustave Rejlander, « An Apology for Art-Photography », The Photographic News, vol. VII, 16 février 1863, p. 88. Traduction d'Antoine Oury dans Des pinceaux de lumière - Une biographie d'O. G. Rejlander, p. 22..
Le , Rejlander, de nationalité suédoise, prend la nationalité britannique.
En 1853, il se forme au procédé photographique à Londres, auprès de Nicolaas Henneman, en trois heures seulement. De retour à Wolverhampton, ses premiers essais ne sont pas vraiment concluants. , se souvient-il. Il parvient peu à peu à produire des clichés et transforme son atelier de peintre de Wolverhampton en studio de photographie, avant de réaliser les portraits photographiques de nombreux notables. Il acquiert également une certaine expertise en matière de portraits d'enfants, un genre particulièrement demandé à l'époque victorienne. Il réalise bientôt des scènes de genre, inspirées de la peinture hollandaise, et s'applique même à raconter de petites histoires en faisant se suivre plusieurs clichés, participant au développement de la photographie narrative. Il rend enfin compte, par la photographie, des métiers des rues du XIXe siècle.
À cette époque, il rencontre Mary Bull, sa future épouse, qui l'assiste dans son studio.
Le mercredi , Rejlander annonce, dans un article du Wolverhampton Chronicle, qu'il travaille à une amélioration du procédé du calotype.. Il s'essaye en réalité à la composition photographique, ou photocomposition, procédé primitif permettant de réaliser un photomontage. Au départ, Rejlander s'en sert essentiellement pour corriger certains détails de ses photographies, mais l'utilise bientôt pour créer des scènes originales.
Il participe à l'Exposition universelle de 1855 à Paris, où il expose Old Mother Goose, traduit en La vieille mère l’Oie pour l'occasion, sous le nom Rylander, mais aussi Jane and Joe on Sunday Night, qui, à la suite d'une erreur, ne lui est pas attribuée.. Rejlander remporte une médaille de bronze pour Old Mother Goose.. En 1856, il participe aux expositions de la Société photographique de Londres et de la Société photographique de Manchester, et devient membre de la Royal Photographic Society le The Journal of the Photographic Society of London, n° 49, vol. 3, 22 décembre 1856, p. 172..
En 1857, il réalise un de ses travaux allégoriques les plus connus, The Two Ways of Life, résultant d'un photomontage de trente clichésO. G. Rejlander, « On Photographic Composition with a Description of “Two Ways of Life” », Journal of the Photographic Society, n° 65, 21 avril 1858, p. 193.. Les dimensions de sa fresque sont hors normes, 36 pouces, soit 91,44 centimètres, sur 16 pouces, soit 40,64 centimètres. Il expose notamment cette œuvre au sein de l’Art Treasures Exhibition de Manchester, qui ouvre le , où elle cause bientôt un scandale en raison de la présence de femmes nues, accompagnées par des hommes, sur un même clichéStephanie Spencer, « O. G. Rejlander, Photography as Art », Studies in Photography, n° 8, Ann Arbor, UMI Research Press, 1985, p. 103. - alors que leur présence ensemble n'est que le fait d'un photomontage. Au-delà de la polémique puritaine, The Two Ways of Life suscite de nombreux débats, en particulier au sein des sociétés photographiques et de leurs publications, autour de la vérité et de la fidélité au réel des photographies.
Autour des années 1860, Rejlander produit un grand nombre de photographies, tout en participant à de nombreuses expositions, au Royaume-Uni, mais aussi en BelgiqueCatalogue de la quatrième exposition instituée par l’Association pour l’encouragement et le développement des arts industriels en Belgique, deuxième édition, 1857, Bruxelles, imprimerie de E. Guyot, p. 49.. Il réalise à cette époque des portraits d'enfants, des scènes de genre, des images inspirées par des peintures classiques ou par l'iconographie chrétienne. En , le prince consort Albert de Saxe-Cobourg-Gotha fait appel aux services de Rejlander pour deux portraitsAntoine Oury, Des pinceaux de lumière - Une biographie d'Oscar Gustaf Rejlander, 2024, 306 p. , p. 110. ; ce sont les dernières photographies de l'époux de la reine Victoria avant sa mort, le .
Il s'installe à Londres en 1862, d'abord au 5, Haymarket« The late O. G. Rejlander », The British Journal of Photography, vol. XXII, n° 769, 29 janvier 1875, p. 55., puis au 7 St. George’s Terrace, à Kentish Town, Camden. Il fait construire à l'arrière de cette maison un studio de photographie, un « tunnel studio » où le nombre et la dimension des fenêtres sont réduits pour concentrer la lumière en un point précis« Glass Houses and Lightning », The Photographic News, vol. 7, n° 235, 6 mars 1863, p. 109-110. . Rejlander y réalise « des études photographiques pour artistes - d’après leurs propres modèles - ou pour des cartes de visite. ». Parallèlement, il photographie les enfants des rues londoniennes, et poursuit son exploration des métiers urbains de l'époque : il immortalise un joueur d'orgue de barbarie, un cireur de chaussures, un vendeur de journaux ou encore un ramoneur, le plus souvent en créant une mise en situation dans son studio.
Rejlander et Mary Bull installent leur domicile au 129, Malden Road, à Londres, et se marient le .
Il participe à l'Exposition universelle de Londres de 1862, en y exposant une trentaine d'œuvres« Mr. Rejlander, Darlington-Street », The Wolverhampton Chronicle, 16 avril 1862, p. 4.. Au cours des premières années de la décennie 1860, Rejlander se rend à plusieurs reprises à Farringford, le domaine du poète Alfred Tennyson, sur l'île de Wight, pour réaliser des portraits de l'auteur et de sa familleAntoine Oury, Des pinceaux de lumière - Une biographie d'O.G. Rejlander, 2024, 306 p. , p. 125.. Il y rencontre Julia Margaret Cameron, elle-même photographe, avec laquelle il échange sur l'art photographiqueJoanne Lukitsch, Julia Margaret Cameron, Phaidon, 2006. et collabore, pour plusieurs clichés.
En 1863, Rejlander rencontre un autre photographe, Charles Dodgson, alias Lewis Carroll, qui fait aussi partie de ses admirateurs : en 1857, Carroll avait remarqué, dans l'exposition de la Société photographique de Londres, « quelques bonnes études de têtesLewis Carroll, Journaux, jeudi 22 janvier 1857, dans Œuvres, édition présentée et établie par Francis Lacassin, traduction de l’anglais par Philippe Blanchard, Robert Laffont, coll. Bouquins, Paris, 1989, p.556. » de Rejlander. Le samedi Lewis Carroll, Journaux, samedi 28 mars 1863, dans œuvres, édition présentée et établie par Francis Lacassin, traduction de l’anglais par Philippe Blanchard, Robert Laffont, coll. Bouquins, Paris, 1989, p.596., Dodgson se rend au studio de Rejlander, à Kentish Town, où ce dernier réalise plusieurs portraits de l'auteur, dont celui, resté célèbre, où il tient un objectif photographique.
Quelques jours après la disparition de la photographe Clementina Hawarden, le , Rejlander signe un hommage à son œuvre dans The British Journal of PhotographyO.G. Rejlander, « Obituary. In Memoriam. », The British Journal of Photography, vol. XII, n°247, 27 janvier 1865, p.38., témoignant de l'admiration qu'il lui portait.
Parallèlement à ses activités de photographe, Rejlander reste peintre portraitiste : en 1867, la Royal Academy of Arts expose deux de ses œuvres, un dessin au crayon de l'acteur John Brougham et le portrait d'un enfant, intitulé OscarCatalogue of the Exhibition, #46 et #744, Londres, 1867. Cité par Stephanie Spencer, O.G. Rejlander Photography as Art, Studies in Photography n°8, Ann Arbor, UMI Research Press, 1985, p.18-19..
En 1869, Rejlander s'installe dans un nouveau studio, au 1, Albert Mansions« Notice of Removal. », The Scotsman, 2 avril 1869, p.8., sur Victoria Street, à Londres. Il y retrouve une organisation plus conforme aux standards de l'époque, avec une large verrière pour faire entrer la lumière« Mr. Rejlander’s New Studio », The Illustrated Photographer, 18 juin 1869..
Le scientifique Charles Darwin contacte en 1871 Oscar Gustaf Rejlander après avoir vu en vitrine une de ses photographiques, représentant un jeune garçon au visage boudeurCharles Darwin, The Expression of the Emotions in Man and Animals, D. Appleton and Company, New York, 1913, p.181.. En avril, le naturaliste se rend à Londres, chez Rejlander, pour lui présenter un projet de livre autour de l'expression des émotions par les êtres humains. « Ce qu’il voulait, il ne pouvait le trouver ailleurs qu’en photographie, et la photographie lui fournissait le moyen d’exposer quelques-unes de ses idées« South London Photographic Society Annual Meeting », Photo News 16, 6 décembre 1872, p.587. », explique Rejlander. Le photographe s'investit considérablement dans le projet de Darwin en produisant des portraits de modèles - dont Rejlander lui-même - exprimant diverses émotions : une quinzaine d'entre eux seront reproduits dans L'Expression des émotions chez l'homme et les animaux, qui parait en 1872.
À partir de 1872, Rejlander produit beaucoup moins en raison d'une maladie décrite comme « dégradante et douloureuse », une insuffisance rénale chronique selon un articleA peripatetic Photographer, « Notes on passing events », The British Journal of Photography, vol. XXII, n°771, 12 février 1875, p.78. de 1875. Il meurt le lundi « The late O.G. Rejlander », The British Journal of Photography, vol. XXII, n°768, 22 janvier 1875, p.48., à 8 heures du matin, à son domicile. Sa situation financière, d'après les nécrologies et hommages publiés, était mauvaiseJohn Beattie, « Incidents of the past. », The British Journal of Photography, vol.XXII, n°770, 5 février 1875, p.65., et laisse Mary Bull dans une situation délicate. Cette dernière produit elle-même des photographies, développées à partir des négatifs de Rejlander, qu'elle expose en 1890« The Crystal Palace. », The Morning Post, 12 mars 1890, p.7.. Toutefois, en quelques années, de nombreux négatifs sont perdus ou vendus aux enchères « au même prix qu’un ensemble de fers à repasser rouillés », selon une revue photographique.
Rejlander est inhumé au cimetière de Kensal Green, à Londres.
Expositions