La classe Essex est une classe de porte-avions de lU.S. Navy construite à partir de 1941. Toutes nations confondues, cette classe est, en 2025 la plus importante classe de porte-avions jamais construite en nombre de bâtiments, 24 au total..
Ces « porte-avions rapides », selon la terminologie américaine, avaient été conçus en prévision d'un affrontement avec le Japon, trois étaient en construction lors de l'attaque japonaise sur Pearl Harbor. Ils seront engagés dans les opérations de la guerre du Pacifique à la mi-1943, le premier, l', ayant été armé le . Deux furent très sévèrement touchés pendant le conflit, mais aucun ne fut coulé.
Initialement, la classe devait compter trente et un porte-avions mais la fin de la Seconde Guerre mondiale conduisit à différer ou annuler la construction des huit derniers. Les navires de la classe Essex combattront pendant la guerre de Corée et pendant la guerre du Vietnam, certains récupérant même les astronautes des missions spatiales. Ces porte-avions resteront, grâce à d'importantes refontes, des bâtiments performants jusqu'au milieu des années 1960. Par la suite certains seront affectés à la lutte anti-sous marine et trois deviendront des porte-hélicoptères d'assaut pour le Corps des Marines des États-Unis.
Le dernier en service, l', désarmé en 1991, est devenu un des quatre navires musées de cette classe.
La classe Essex marque le début de la domination de la marine américaine sur les océans.
Contexte et conception
Les traités de désarmement naval (Washington en 1922, Londres en 1930, Londres en 1936) n'ont pas ignoré les porte-avions. Dans le traité naval de Washington, le déplacement maximum des porte-avions avait été fixé à , à l'exception de deux porte-avions de tonnes pour les États-Unis et autant pour l'empire du Japon, en utilisant des coques de croiseurs de bataille qu'il leur eût fallu autrement démolir. L'artillerie anti-aérienne d'un calibre inférieur à n'était pas limitée. Contre buts marins, l'artillerie ne devait pas dépasser dix pièces de (), pour les navires ne déplaçant pas plus de tonnes, ou huit pièces de () pour les quatre unités pouvant atteindre tonnes. Le déplacement total des porte-avions avait été fixé par pays à tonnes pour les États-Unis et pour le Royaume-Uni, tonnes pour l'empire du Japon, et tonnes pour la France et pour l'Italie..
vignette|gauche|Dessin d'étude préliminaire du CV-9, en date de 23 septembre 1941 Les États-Unis et le Japon, outre deux petites unités, respectivement l'. et le Hosho., ont utilisé les possibilités offertes par le Traité de 1922 pour se doter chacun de deux grands porte-avions... Le Royaume-Uni, qui a inauguré la formule du porte-avions à pont plat (flush deck) avec le ., a achevé en porte-avions une coque de cuirassé, le ., construit un petit porte-avions de , le ., et transformé en porte-avions de les trois grands croiseurs légers de la classe Courageous.. La Marine nationale française, au cours des années 1920, a seulement achevé en porte-avions, une coque de cuirassé de la classe Normandie, le ., avant de se fourvoyer dans la construction d'un transport d'hydravions, le .. Enfin, en Italie, sous l'influence des idées du général Douhet auprès du Duce Benito Mussolini, aucun projet de porte-avions, jugés trop vulnérables aux attaques aériennes, ne fut envisagé, compte tenu de la présence du « porte-avions Italie », au cœur de la Méditerranée..
Aux alentours de 1930, le débat a porté sur la taille optimale des porte-avions, les premiers grands porte-avions apparaissant trop coûteux, de sorte que les Japonais ne vont mettre sur cale, en 1927, qu'un porte-avions léger de tonnes., le Ryūjō., à une époque où les porte-avions de moins de tonnes ne sont pas pris en compte dans le déplacement global de porte-avions autorisé par pays.. Après que le traité naval de Londres de 1930 a interdit la construction de porte-avions d'un déplacement inférieur à tonnes., les États-Unis décident la construction d'une classe de cinq bâtiments limités en déplacement à un peu plus de la moitié du déplacement maximal autorisé pour les porte-avions par le Traité naval de Washington.. La première unité sera l', premier porte-avion conçu comme tel pour lU.S. Navy. Pouvant opérer 80 appareils, ce bâtiment, pour un déplacement de tonnes, n'avait cependant ni la protection, ni la vitesse ni un armement satisfaisants..
vignette|gauche| L’, le , en essais depuis un mois. Très vite, lU.S. Navy arrête les caractéristiques d'une nouvelle classe de porte-avions, la classe Yorktown, opérant le même nombre d'avions que l', mais avec une propulsion assurant une vitesse de 33 nœuds, une artillerie et un blindage renforcés, et un déplacement standard approchant tonnes.. Les deux premiers bâtiments sont lancés en 1936., avec des caractéristiques très proches de celles du porte-avions japonais Sôryû., mis en chantier en . construit dans le respect du traité naval de Londres de 1930.
Le second traité naval de Londres de 1936 abaisse le déplacement maximal des porte-avions à tonnes, mais paradoxalement cette limite ne s'applique qu'aux États-Unis, au Royaume-Uni et à la France, le Japon ayant annoncé son intention de ne plus se conformer aux stipulations d'un traité de limitation des armements navals, après le . Lorsqu'est prise, en 1938, la décision de construire une troisième unité de la classe Yorktown, l', une réflexion est en cours sur les caractéristiques souhaitables pour un CV-9, avec des esquisses d'un CV-9A de tonnes, à un CV-9E ou CV-9F de tonnes, voire tonnes.. Le projet définitif du CV-9 a retenu un déplacement de tonnes, permettant d'opérer avec 80 avions, avec une propulsion de ch et une vitesse maximale de 33 nœuds. Trois unités ont été commandées après le vote d'une loi autorisant la construction de porte-avions ayant un déplacement de tonnes (l'« 11 per cent Fleet Expansion Bill », début ) et huit supplémentaires après le vote du Two-Ocean Navy Act, le .. La première unité a été mise sur cale le aux chantiers navals de Newport News et baptisée le .
Caractéristiques Installations aéronautiques et groupe aérien Pour pouvoir mettre en œuvre un nombre d'appareils du même ordre de grandeur que celui de la , lU.S. Navy a eu recours à un hangar de x x encore une fois de type dit « ouvert », c'est -à-dire construit en superstructure sur la coque., comme sur la classe Yorktown, alors qu'à la même époque le Royaume-Uni a opté sur le pour un hangar de type « fermé », c'est-à-dire dont les parois latérales font partie intégrante de la coque. Avec le choix de la Royal Navy, le hangar était ainsi protégé par la ceinture blindée de la coque épaisse de . Un système de sas pour y accéder permettait d'avoir un système de ventilation indépendant, ce qui évitait l'extension d'un incendie des vapeurs d'essence d'aviation au reste du bâtiment. Ce système plus sûr a fait ses preuves pendant la guerre, aucun porte-avions britannique n'a été perdu du fait d'un incendie des vapeurs d'essence d'aviation., comme ce fut le cas sur trois porte-avions japonais à Midway, sur l', ou sur le en mer des Philippines.
La seconde différence dans la conception des porte-avions entre lU.S. Navy et la Royal Navy portait sur le blindage horizontal. Les porte-avions britanniques, comme le et ceux des classes suivantes Illustrious, et Implacable avaient sur le pont d'envol et le plancher du hangar des blindages d'une épaisseur de , et respectivement. Ce choix s'expliquait par le fait que la principale menace contre les porte-avions britanniques venaient d'avions de formations aériennes basées à terre, plus lourds que ceux de l'aviation embarquée dont les forces adverses en Europe étaient, au demeurant, dépourvues.. Le blindage du pont d'envol induisait de placer les ascenseurs aux extrémités du bâtiment, hors du hangar, ce qui en réduisait la superficie et donc le nombre des avions qu'il abritait..
Ainsi, une soixantaine d'avions étaient, en pratique, opérationnels sur le , avec un déplacement de tonnes., contre quatre-vingt avions sur la classe Yorktown, pour un déplacement de moins de tonnes., ou entre 53 et 71 appareils sur le Sôryû pour un déplacement de moins de tonnes... On remarquera cependant, que la Marine impériale japonaise a mis en service, en 1944, un grand porte-avions doté d'un pont d'envol blindé, le , et que lU.S. Navy avait une esquisse de porte-avions CV-9G, avec un pont d'envol blindé et un déplacement supérieur de tonnes à celui du projet qui a abouti à l', et certains veulent y voir un schéma précurseur du qui sera doté d'un pont d'envol blindé..
La solution retenue en son temps pour la classe Essex, réduisant le poids dans les hauts, s'accommodait ainsi d'une construction de la coque plus légère, et donc limitait le déplacement. Le pont d'envol, constitué de lattes de teck montées sur une structure de poutrelles métalliques, n'a donc porté que moins de de blindage., uniquement sous l'îlot, mais le pont principal (le plancher du hangar) avec de blindage, et le pont inférieur avec , donnaient une protection horizontale équivalente à celle des croiseurs lourds contemporains de la classe Baltimore.. La ceinture blindée de la coque atteignait mais les flancs du hangar n'étaient pas blindés, comme d'ailleurs les superstructure des croiseurs de l'époque. Mais la principale amélioration de la protection tenait sans doute à une meilleure compartimentation, ce qui a sans doute contribué à sauver l' en 1945.
vignette|L' à la mer en mai 1943, avec sur le pont d'envol, 24 “Dauntlless”, 11 “Hellcats” et 18 “Avengers”. Mais l'installation de catapultes plus puissantes et d'ascenseurs plus vastes pour mettre en œuvre des appareils plus lourds entraînait des accroissements de déplacement qui ont conduit à ramener le nombre des moteurs et des pièces de rechange emportés pour réparer des appareils endommagés à 25 % de l'effectif des appareils du groupe aérien au lieu des 50 % initialement prévus.. Leur capacité en carburant aviation était de d'essence soit . Trois ascenseurs reliaient le hangar au pont d'envol, deux axiaux et un latéral à bâbord à hauteur de l'îlot, comme cela avait été installé sur l'., pour dégager le pont d'envol, avec une puis deux catapultes à l'avant.
Le groupe aérien sur les porte-avions de la classe Essex, au moment des premières mises en service était, comme sur la classe Yorktown, constitué à 40 % de chasseurs, 40 % de bombardiers en piqué et à 20 % de bombardiers-torpilleurs. Mais la distinction, pour les bombardiers en piqué, entre une escadrille de reconnaissance (VS) et une escadrille de bombardement (VB) avait été abandonnée. Les modèles d'avions avaient aussi évolué. Pour les chasseurs, comme le Grumman F4F “Wildcat”. était surclassé par le Mitsubishi A6M “Zero”. en maniabilité et en vitesse ascensionnelle, un nouveau chasseur, le Grumman F6F “Hellcat”., doté d'un moteur plus puissant, mais d'une robustesse équivalente à celle du “Wildcat” est réceptionné sur l', alors en essais, dès . Comme bombardier-torpilleur, le Grumman TBF “Avenger”. a été en dotation sur la classe Essex dès l'origine. Comme bombardier en piqué le Curtiss SB2C “Helldiver”. est venu en dotation à partir de , sur l', pour la troisième vague d'attaque contre Rabaul.
Artillerie vignette|gauche|Les tourelles doubles de à double usage, sur l'avant de l'îlot de l' en 1949 vignette|L' en 1944, avec l'avant caractéristique des “longues coques” de la classe Essex