Jacob Pavlovitch Adler, né à Odessa dans l'Empire russe (maintenant en Ukraine) le et décédé à New York le 1er avril 1926IMDB biography, est un acteur de théâtre russe, vedette du théâtre yiddish, tout d'abord à Odessa, puis à Londres et à New York.
Né Yankev Pavlovitch Adler[Adler 1999] p.xxiii, [Prager 1997], il est aussi connu sous son sobriquet "nesher hagodl"Nahshon 2001[Rosenfeld 1977] ("le Grand Aigle") car Adler signifie Aigle en allemand. Il obtient ses premiers succès théâtraux à Odessa, mais sa carrière s'interrompt rapidement quand le théâtre yiddish est interdit en Russie en 1883[Adler 1999] p.98–102, 108, 114 et. seq. 222-225.. Il émigre alors en Angleterre et devient une vedette du théâtre yiddish de Londres.
En 1889, lors de son second voyage aux États-Unis, il s'installe à New York[Adler 1999] p.232–321.. Peu de temps après, il crée sa propre compagnie afin de jouer des pièces yiddish plus sérieuses. Pour cela, il recrute le premier auteur dramatique réaliste du théâtre yiddish, Jacob Gordin. Adler obtient un succès considérable dans le rôle-titre de la pièce Der Yiddisher Kenig Lir (Le roi Lear yiddish), se déroulant en Russie au , qui dépeint le Shylock de Shakespeare sous le nom du Grand Juif[Adler 1999] p.200–209, 321–325 .
Presque toute sa famille travailla pour le théâtre; sa fille Stella Adler apprit les techniques d'interprétation à de nombreux artistes, parmi lesquels Marlon BrandoStella Adler biographie, site officiel de Stella Adler Studio of Acting. Consulté le 29 septembre 2006..
Enfance et adolescence Le père de Jacob Adler, Feivel (Pavel) Abramovitch Adler est un négociant en grains plutôt médiocre. Sa mère, née Hessye Halperin, est une grande et belle femme, venant d'une famille aisée de Berdichev. Elle se brouille avec sa famille quand elle divorce de son premier mari en lui laissant son fils, afin d'épouser le père de Jacob. Le mariage avec une divorcée fait perdre à Feivel Adler (et donc aussi à son fils) son statut de Cohen. Son grand-père paternel très pieux vit chez eux pendant huit ans, ce qui oblige la famille à être beaucoup plus observante des pratiques religieuses pendant cette période. Mais, selon Adler lui-même, le vrai patriarche de la famille est son riche oncle Aaron "Arke" Trachtenberg, qui servira plus tard de modèle pour son rôle dans le Roi Lear yiddish[Adler 1999] p.5, 7, 9–10; ibid. p. 33 pour le statut de Cohen..
Jacob grandit en ayant un pied dans le monde traditionnel juif et un autre dans un monde plus moderne, le monde européen. Sa petite-fille Lulla Rosenfeld écrit: « En tant que système d'idées organisé, il ne devait connaître presque rien ou rien du tout de la Haskala, (le mouvement des Lumières juif) »[Adler 1999] p.xxiv. Son éducation est très irrégulière en fonction des aléas de fortune de sa famille: il est envoyé soit au heder (école élémentaire religieuse juive) soit à l'école communale en langue russe, retiré totalement de l'école ou éduqué par un tuteur privé pendant quelques mois. Il écrira que « la somme de mes études était un peu d'arithmétique, quelques notions de grammaire russe et quelques phrases en français »[Adler 1999] p.11–13, 18.
Ses camarades sont Juifs ou Chrétiens, mais en 1862, il échappe à un véritable pogrom[Adler 1999] p.6–7. Il n'est pas très sérieux et sèche souvent les cours. Dès l'âge de douze ans, il va assister à la flagellation, au marquage et à l'exécution publics des criminels; plus tard, il développera un certain intérêt à assister dans les tribunaux aux procès criminels[Adler 1999] p.13–14, 30. À quatorze ans, il commence à travailler dans une usine textile, et rapidement obtient un poste administratif avec un salaire de dix roubles par mois, salaire comparable à celui d'un adulte[Adler 1999] p.19. Vivant encore chez ses parents, il commence à fréquenter le quartier mal famé de Moldavanka. Son premier contact avec la renommée est quand il devient brièvement un boxeur sous le nom de Yankele Kulachnik (Jacques le Poing), mais rapidement la boxe l'ennuie, mais il reste en contact avec « les fils de pères riches, mais sans diplômes ». Bon danseur, il fait partie d'un groupe de jeunes qui régulièrement s'affrontent lors des cérémonies de mariage. Sa célébrité locale continue avec une réputation de meilleur danseur de cancan d'Odessa[Adler 1999] p.19–22; ibid., p.29 for Yankele Kulachnik..
Il quitte l'usine et devient un raznoschik, un marchand ambulant; dans ses mémoires, il fait allusion à des amourettes avec des "domestiques et des femmes de chambre"; d'après lui, il est, à cette période de sa vie, prêt à tomber dans la délinquance. Grâce à son oncle Arke, "un grand amoureux du théâtre", il s'intéresse au théâtre et principalement aux acteurs eux-mêmes, tout d'abord à la beauté d'Olga Glebova et à la coupe des habits d'Ivan Kozelsky, mais il a la chance de se trouver dans l'un des plus grands théâtres de la ville de cette époque[Adler 1999] p.22–24.
À 17 ans, il devient le chef de la claque de Glebova, travaille comme copiste chez des avocats et passe toutes ses soirées soit au théâtre, soit dans des tavernes ou des bals[Adler 1999] p.25, 29, 31. Il s'inspirera plus tard de sa propre vie quand il jouera Protasov dans Le Cadavre vivant de Léon Tolstoï[Adler 1999] p.32. Au cours des années suivantes, il a de nombreuses aventures sentimentales et ses fiançailles avec une certaine Esther Raizel sont rompues en raison de sa réputation sulfureuse qui confirme le pêché du divorce de sa mère. Il échappe à un autre pogrom, mais sa famille est financièrement ruinée par la destruction de ses biens et le vol de ses avoirs[Adler 1999] p.32–35.
En écrivant sur cette période dans ses mémoires, Adler mentionne qu'il a assisté et admiré les représentations d'Israel Grodner, un Brodersänger (chanteur de Brody) et acteur d'improvisation, qui deviendra bientôt un des fondateurs du théâtre yiddish professionnel. Une chanson de Grodner sur un vieux père renvoyé par ses enfants servira plus tard comme point de départ de l'idée du Roi Lear yiddish. Adler écrit qu'il serait bien devenu un Brodersänger comme Grodner, mais « Je n'avais pas de voix »[Adler 1999] p.36. Cette absence de voix musicale est un facteur majeur dans l'orientation de sa carrière d'acteur; selon Rosenfeld, alors que le théâtre yiddish de l'époque est dominé par le vaudeville et l'opéra, « Adler est le seul acteur yiddish à s'en remettre entièrement aux classiques et aux traductions d'œuvres européennes modernes »Lulla Rosenfeld, "The Yiddish", New York Times, 12 juin 1977. p. 205. (la citation est reprise en p. 36.).
Infirmier et inspecteur En 1877, la déclaration de guerre entre la Russie et la Turquie entraîne une conscription générale de tous les jeunes hommes. Poussé par sa famille, il arrive, en soudoyant des gens, à être incorporé comme infirmier dans le corps de la Croix-Rouge. Il est sélectionné (apparemment sur sa bonne mine) par le prince Vladimir Petrovich Mechersky pour servir dans un hôpital de russes germanophones à Bender en Moldavie, où il a principalement affaire à des malades du typhus. Pendant ses quatre mois à l'hôpital, il se fait connaître des familles juives de la ville, et gagne une médaille d’or pour son action remarquable durant son bref service pour le tsar[Adler 1999] p.43–53.
De retour à Odessa, il obtient un poste de distributeur de journaux. Ce travail respectable nécessite de se lever à six heures du matin, ce qui ne convient pas à un fêtard. Mais ses relations dans la presse lui permettent d'apprendre un des autres effets de la guerre: les nombreux marchands et négociants juifs, que la guerre avait amenés à Bucarest, étaient là-bas une bénédiction pour le théâtre yiddish naissant d'Abraham Goldfaden. Deux de ses connaissances d'Odessa, Israel Rosenberg, un escroc à belle prestance et Jacob Spivakofsky, le rejeton d'une famille très riche, sont devenus là-bas des acteurs, et après avoir quitté Goldfaden, ont fondé leur propre compagnie, effectuant des tournées en Moldavie. Adler leur écrit d'amener d'urgence leur troupe à Odessa[Adler 1999] p.54–55, 59–61.
Adler s'arrange pour obtenir une recommandation du prince Mechersky et une autre d'Avrom Markovich Brodsky, un homme d'affaires si brillant qu'il a reçu le surnom de tsar juif, pour obtenir une place au marché comme inspecteur au département des poids et mesures, un poste inhabituel pour un Juif à cette époque. Son travail légèrement corrompu lui permet d'avoir de bons contacts avec la police, et lui permet de résoudre certains problèmes quand la jeune troupe théâtrale de Rosenberg et de Spivakofsky retourne, sans licence et sans le sou, de Roumanie à la fin de la guerre, pour s'installer à Odessa. L'arrêt des hostilités marque en effet, avec le retour des commerçants juifs, la déroute du théâtre yiddish dans les provinces[Adler 1999] p.71–73 et.seq., 84–85.
Adler aspire à être un acteur, mais pense dans un premier temps être plus utile à la troupe en étant un critique et un théoricien, mettant à profit sa large connaissance du théâtre russe. Les premières productions, (La grand-mère et la petite-fille et Shmendrik de Goldfaden) sont des succès populaires, mais le propre témoignage d'Adler suggère qu'elles sont fondamentalement médiocres, et que son oncle Arke est consterné: « Est-ce cela du théâtre? Non mon enfant, c'est du cirque[Adler 1999] p.76–97, esp. 82, 96. »
Carrière d’acteur La remarque de Lulla Rosenfeld qu'Adler « …compte uniquement sur les classiques et les traductions de pièces européennes modernes » n'est pas totalement exact. D'une part, il est le responsable du recrutement du premier dramaturge naturaliste du théâtre yiddish, Jacob Gordin, et obtient un accueil triomphal dans le rôle-titre du Yiddisher Kenig Lir de Gordin, qui se déroule en Russie au [Adler 1999] p.321–325 et d'autre part, jusqu'à ses cinquante ans, il n'hésite pas à profiter de ses prouesses de danseur, et même occasionnellement de prendre un rôle avec quelques chansons, bien que d'après tous les comptes-rendus (y compris les siens) ce ne soit pas son fortÀ côté de la remarque mentionnée ci-dessus: « Je n'avais pas de voix », voir Stefan Kanfer, Le triomphe du théâtre yiddish, City Journal, printemps 2004, qui cite Adler, « J'étais médiocre comme chanteur. Je n'avais pas une belle voix, ni, je le confesse, une très bonne oreille. Mais est-ce la raison pour laquelle je me suis détourné de l'opérette pour des pièces purement dramatiques ? Je ne le pense pas. Depuis mes plus tendres années, je penche vers ces pièces où l'acteur travaille non seulement avec des plaisanteries et de la bouffonnerie, mais avec les principes même de l’art; non pas pour amuser le public avec des culbutes, mais pour éveiller en lui les émotions les plus profondes et les plus puissantes. » Consulté le 21 février 2007..
Russie Adler écrit dans ses mémoires que la passion de sa future femme Sonya Oberlander et de sa famille pour le théâtre et leur vision de ce que pouvait devenir le théâtre yiddish, l'ont maintenu dans sa voie en dépit de la position de son oncle. Quand elle est choisie par Rosenberg, en désaccord avec Jacob Spivakovsky, pour le rôle-titre dans l'opérette comique noire de Goldfaden, Braindele Kozak, elle tire les ficelles pour que le rôle de Guberman soit attribué à Adler[Adler 1999] p.98–102.
Son succès dans le rôle est stoppé net par la nouvelle que Goldfaden, dont ils jouent les pièces sans permission, va arriver à Odessa avec sa troupe. D'après Goldfaden, il se serait rendu à Odessa sur la demande de son père, mais Adler attribue cette visite aux ennemis de Rosenberg et de Spivakovsky. Rosenberg, retire sa troupe d'Odessa pour une tournée dans l'arrière-pays. Peu de temps après, à la suite d'un accord avec Goldfaden, la troupe est reconnue officiellement et rattachée à la compagnie de Goldfaden[Adler 1999] p. 104, 118].