Les Tanala sont un peuple forestier du sud-est de Madagascar.

Ethnonymie Selon les sources, on observe quelques variantes : Antanala, TanalasSource RAMEAU, BnF .

Histoire

Une origine austronésienne commune à toute l'île : les Vahoaka Ntaolo-Vazimba et Vezo (350 1500) thumb|Village austronésien avec levu sur pilotis (*levu-"maisons" en proto-austronésien qui a donné en malgache an-devu -"à la maison") : tous les villages des ntaolo vazimba et vezo de Madagascar étaient probablement similaires au premier millénaire. On retrouve d'ailleurs encore ce modèle aujourd'hui sur toutes les côtes de la grande île et dans les zones intérieures reculées (forêts, etc.)

Les nombreuses recherches pluridisciplinaires récentes - archéologiquesBurney et al (2004), génétiquesHurles et al. (2005), linguistiquesDahl O. (1991) et historiquesVerin (2000), p.20 - confirment toutes que l'ensemble du peuple malgache est primordialement originaire de l'archipel indonésienPatrice Rabe, Quotidien Midi Madagasikara, édition du 24 septembre 2008. Arrivés probablement sur la côte Ouest de Madagascar en canoë à balancier (waka) au début de notre ère - voire 300 ans avant selon les archéologuesBurney et al, op.cit.) -, ces pionniers navigateurs austronésiens sont connus de la tradition orale malgache sous le nom des Ntaolo (de *(n)ta(u/w) - *olo - "les hommes d'avant", "les "anciens", de *(n)ta(u/w)-"hommes" et *olo- "premier", "origine", "début", "tête" en proto-Malayo-Polynésien (MP)Randriamasimanana, "The Malayo-Polynesian Origin of Malagasy" )). Il est également probable que ces anciens se nommaient eux-mêmes les Vahoaka (de Va-*waka "peuple/ceux des canoës" ou "peuple de la mer", de *waka-"canoë (à balancier)" en proto-MP), terme signifiant simplement aujourd'hui le "peuple" en malgache.

Sur le plan morphologique/phénotypique, cette origine Sud-Est asiatique première des Malgaches explique, par exemple au niveau des yeux, le "pli épicanthal" asiatique de la paupière supérieure (epicanthic fold) répandu chez tous les Malgaches qu'ils soient des côtes ou des hauts plateaux, qu'ils aient la peau claire, sombre ou cuivrée.

Ces vahoaka ntaolo ("peuple d'origine/premier") austronésiens sont à l'origine de la langue malgache commune à toute l'île« Dans la langue malagasy, nous constatons d'étroites connexions avec l'idiome Maanyan parlé par la population de la vallée de Barito dans le sud de Bornéo », Mathew Hurles du Welcome Trust Sanger Institute, ainsi que de tout le fonds culturel malgache commun : coutumes anciennes (comme celle d'ensevelir les défunts dans une pirogue au fond de la mer ou d'un lac), agriculture ancienne (la culture du taro-saonjo, de la banane, de la noix de coco et de la canne à sucre), l'architecture traditionnelle (maison végétale à base carrée sur pilotis), la musique (les instruments comme la conque marine antsiva, le tambour de cérémonie hazolahy, le xylophone atranatrana, la flûte sodina ou encore la valiha) et la danse (notamment la "danse des oiseaux" que l'on retrouve à la fois au centre et dans le Sud)Pour l'historien Édouard Ralaimihoatra, ces austronésiens qu'il appelle de manière globale les Vazimba -sans faire le distinguo entre ceux des côtes, les Vezo, et ceux de la forêt de l'intérieur, les Vazimba- ont « apporté dans l'île le fond de la langue malgache et des techniques d'origine indonésienne pirogues à balanciers, rizières inondées, cases en bois équarris ou en branchage construites sur pilotis, villages édifiés sur les hauteurs entourés de fossés, etc. Ce fonds a reçu des apports résultant d'échanges humains entre l'Afrique et Madagascar, grâce à la navigation arabe entre les côtes de l'Arabie, de l'Afrique orientale et de la Grande Ile (Ralaimihoatra E., "Les Primitifs malgaches ou Vazimba", in Histoire de Madagascar). thumb|Vaγimba - "ceux de la forêt" en proto-Barito du Sud-Est (ancienne langue austronésienne parlée notamment à Borneo). Photo Wikicommons : Dayak de Borneo Au tout début du peuplement appelée "période paléomalgache", les Ntaolo se subdivisèrent, selon leurs choix de subsistance en deux grands groupes : les Vazimba (de *ba/va-yimba-"ceux de la forêt", de *yimba-"forêt" en proto Sud-Est Barito (SEB), aujourd'hui barimba ou orang rimba en malais Simon P. (2006), p. 16) qui s'installèrent -comme leur nom l'indique- dans les forêts de l'intérieur et les Vezo (de *ba/va/be/ve-jau, "ceux de la côte" en proto-Malayo-Javanais, aujourd'hui veju en bugis et bejau en malais, bajo en javanais Simon P. (2006), ibid., p. 474) qui restèrent sur la côte Ouest.

Le qualificatif Vazimba désignait donc à l'origine les Ntaolo chasseurs et/ou cueilleurs qui décidèrent de s'établir "dans la forêt", notamment dans les forêts des hauts plateaux centraux de la grande île et celles de la côte Est et Sud-EstRafandrana, un des ancêtres de la dynastie royale merina, par exemple, est connu pour avoir été un Vazimba (Callet, 1908). Les deux reines fondatrices de la royauté Merina, Rafohy et Rangita, étaient désignées comme Vazimbas. Comme la plupart des austronésiens, les chefs Ntaolo (Vazimbas et Vezos) de Madagascar avaient pour coutume de placer les corps de leurs défunts dans des pirogues et de les enfouir dans des lacs artificiels (Vazimbas de l'intérieur) ou dans la mer (Vezos des côtes), tandis que les Vezo étaient les Ntaolo pêcheurs qui restèrent sur les côtes de l'Ouest et du Sud (probablement les côtes du premier débarquement) Simon P. (2006), ibid., p. 455.

La période féodale malgache : naissance des grands royaumes (1600-1895)

Dès la fin du premier millénaire jusqu'à 1600 environ, les Vazimba de l'intérieur autant que les Vezo des côtes accueillirent de nouveaux immigrants moyen-orientaux (Perses Shirazi, Arabes Omanites, Juifs arabisés) et orientaux (Indiens Gujarati, Malais, Javanais, Bugis) voire européens (Portugais) qui s'intégrèrent et s'acculturèrent à la société Vezo et Vazimba, souvent par alliance matrimoniale. Bien que minoritaires, les apports culturels, politiques et technologiques de ces nouveaux arrivants à l'ancien monde Vazimba et Vezo modifièrent substantiellement leur société et sera à l'origine des grands bouleversements du qui conduiront à l'époque féodale malgache.

À l'intérieur des terres, les luttes pour l'hégémonie des différents clans Vazimba des hauts plateaux centraux (que les autres clans Vezo des côtes appelaient les Hova) aboutirent à la naissance des ethnies et/ou royaumes Merina, Betsileo, Bezanozano, Sihanaka, Tsimihety et Bara.

Sur les côtes, l'intégration des nouveaux immigrés orientaux, moyen-orientaux et africains donnèrent naissance aux ethnies et/ou royaumes Antakarana, Boina, Menabe et Vezo (Côte Ouest), Mahafaly et Antandroy (Sud), Antesaka, Antambahoaka, Antemoro, Antanala, Betsimisaraka (Côte Est).

La naissance de ces grands royaumes "néo-Vazimba"/"néo-Vezo" modifièrent essentiellement la structure politique de l'ancien monde des Ntaolo, mais la grande majorité des anciennes catégories demeurèrent intactes au sein de ces nouveaux royaumes : la langue commune, les coutumes, les traditions, le sacré, l'économie, l'art des anciens demeurèrent préservées dans leur grande majorité, avec des variations de formes selon les régions.

Langue

Le tanala est un dialecte du malgache, une langue malayo-polynésienne.

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie Ralph Linton, The Tanala, a hill tribe of Madagascar (Marshall Field expedition to Madagascar, 1926), Field museum of natural history, Chicago, 1933, 334 p. Charles Pierre Ardant Du Picq, « Une peuplade malgache, les Tanala de l'Ikongo », in Le Tour du monde, n ° 46-47, 1905, p. 541 à 564 Philippe Beaujard, Princes et paysans : les Tanala de l'Ikongo : un espace social du sud-est de Madagascar, L'Harmattan, 1983, 670 p. Philippe Beaujard, « Des ancêtres aux esprits de la nature. Mythe, rituel et organisation politique chez les Tanala de l'Ikongo (Sud-Est de Madagascar) » in Asie du Sud-Est et monde insulindien, 1985, vol. 16, n° 1-4, p. 141-147 Philippe Beaujard, Mythe et société à Madagascar (Tañala de l'Ikongo) : le chasseur d'oiseaux et la princesse du ciel, L'Harmattan, 1991, 511 p. Philippe Beaujard, Islamisés et systèmes royaux dans le sud-est de Madagascar : les exemples Antemoro et Tañala, Université de Madagascar, Antanarivo, (tiré à part issu de Omaly sy anio, n° 33-36, 1991-1992, p. 235-286 Philippe Beaujard, « Les rituels en riziculture chez les Tañala de l'Ikongo (sud-est de Madagascar) : rituels, mythes et organisation sociale », , in Sandra Evers et Marc Spindler (dir.), Cultures of Madagascar : ebb and flow of influences, International Institute for Asian Studies, Leyde, 1995, p. 249-280 P. Gaudebout et L. Molet, « Coutumes et textes Tanala », in Mémoires de l'Institut scientifique de Madagascar, Série C., t. 4, 1957, p. 35-96 Victor Raharijaona et Solo Rakotovololona, « Première reconnaissance archéologique dans le pays Tanala (Ifandiana-Ranofama) », in Taloha (Tananarive), n° 12, 1994, p. 159-169 Bodo Ravololomanga, Être femme et mère à Madagascar : Tañala d'Ifanadiana, L'Harmattan, 1992, 237 p. Bodo Ravololomanga, « La dignité de la femme tañala », in Repenser "la femme malgache" : de nouvelles perspectives sur le genre à Madagascar, Institut de civilisations, Musée d'art et d'archéologie, Université d'Antananarivo, 2000, p. 99-108 Le Tanala, la forêt et le tavy : Ranomafana-Ifanadiana, Musée d'art et d'archéologie, Université de Madagascar, Antanarivo, 1987, 210 p.

Articles connexes Histoire de Madagascar Démographie de Madagascar Liste des groupes ethniques d'Afrique Migrations juives à Madagascar

Liens externes

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