thumb|right|upright=1.3|Le Maure et le roi d'Espagne., manuscrit marseillais de 1633 représentant le sultan d'Alger bandant son arc en direction de Philippe IV, roi d'Espagne, enluminé sur parchemin, et conservé à la Bibliothèque nationale de France.

Les Maures (, en berbère : Imuren, en latin : Maurus) sont, au Moyen Âge, les habitants musulmans d'Al-Andalus, de l'Émirat de Sicile, de Malte et du Maghreb. Durant l'Antiquité, les Mauri ou Maurusiens désignent les populations de Maurétanie.. et, sous l'Empire romain, des provinces de Maurétanie tingitane ainsi que de Maurétanie césarienne.

Après la conquête musulmane de l'Hispanie, le terme « maure » va désigner les musulmans, qu'ils soient Arabes, Berbères, Saqaliba ou Muladíes. Le terme « mauresque » va designer leur architecture créée en Espagne. Ces populations sont débarquées essentiellement sur la côte des Barbaresques après l'expulsion de tous les musulmans ordonnée par la Monarchie catholique espagnole au , à la suite de la Reconquista.

Après avoir qualifié à l’époque moderne (jusqu'au ) les populations urbaines et côtières du Maghreb, le terme est de nos jours plutôt utilisé pour désigner les populations arabo-berbères « blanches » (parfois métissées) vivant dans l’Ouest du Sahara, parlant hassanya, principalement en Mauritanie, au Maroc, en Algérie, au Sahara occidental ainsi que dans le Nord-Ouest du Mali.

Étymologie L'origine du mot « Maure » n'est pas clairement établie. L'usage le plus courant donnerait au terme la signification de « Noir ». Selon l'étymologie donnée par les dictionnaires, cette appellation est dérivée du terme « » en grec et « Mauri » en latinEntrée « Maure », dans Le nouveau Petit Robert, Paris, 2000 , .J. B. Morin, Jean-Baptiste Gaspard d'Ansse de Villoison, Dictionnaire étymologique des mots françois dérivés du grec, ..

Or d'après Gabriel Camps, et en se référant à Pline (V, 17), « parmi les nations de Maurétanie Tingitane, la principale était jadis celle des Mauri, que des guerres auraient réduite à quelques familles ».. Maure, dérivé de Mauri, aurait donc une origine locale, c'est-à-dire le nom d'un peuple. Il ajoute : « Les Espagnoles de la Reconquista, et à leur suite les Européens, conservèrent ce nom en lui donnant même une acception encore plus vaste puisqu'il servit à désigner les Maghrébins ou les Nord-Africains. […] Mais ce sont les souvenirs de l'Antiquité classique, auxquels s'ajoutait la connotation "sombre" donnée par l'adjectif grec , ont fait revivre, à l'époque coloniale, le nom des Maures et de Mauritanie (au lieu de Maurétanie) pour désigner les populations nomades, et le pays situé au sud du Maroc, ancienne Maurétanie Tingitane».

Cependant certains pensent que le terme pourrait avoir une origine locale, « Mahurim » signifiant « occidentaux » en punique pour les populations vivant à l'ouest de Carthage. Mahurim aurait pu donner naissance au latin MauriAdolph Bloch, « Étymologie et définitions diverses du nom de Maure », Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, 1903, , , ..

Usages vignette|redresse|Portrait du secrétaire de l'ambassadeur marocain Abd el-Ouahed ben Messaoud reçu par la reine Élisabeth I (1600) et désigné comme « maure ».

« Maure » est un terme vague et imprécis qui était couramment utilisé dans l'ensemble des langues de l'Europe occidentale, jusqu'au , pour désigner les anciens Musulmans d'Espagne ainsi que les habitants des ports méditerranéens de l'Afrique du Nord..

L'adjectif ou est utilisé pour décrire de manière imprécise, mais identifiable, un style d'art provenant des Arabes d'Espagne ou même des Musulmans arabisés en général. En architecture, l'expression art mauresque a été appliquée à des exemples tels que l'Alhambra de Grenade, La Giralda de Séville. La phase la plus ancienne de l'architecture de la Renaissance en Espagne, connue sous le nom de Plateresque, est considérée comme ayant subi l'influence de l'art mauresque.

Dans l'Antiquité, le terme Maure désigne les populations désignées aujourd'hui comme « Berbères » qui vivent dans les montagnes de Tunisie ou d’Algérie, mais aussi les peuples des zones désertiques de Libye. Corripe emploie le terme de « tribu massyle » pour parler des Maures ou encore le terme « Mazax » que les Maures, eux-mêmes, emploient pour se désigner.

À l'époque de la conquête romaine, cinq termes, à savoir Masaesyli, Massyli, Numidae, Mauri et Gaetuli, étaient utilisés pour désigner de vastes regroupements de populations berbères.. Le terme Maurus fut par la suite employé pour qualifier les autochtones non romanisés de Maurétanie. L'utilisation du terme Maures dans un sens générique, en dehors des Maurétanies, esquissée antérieurement, prit davantage de forme au , se répandant dans toute l'Afrique jusqu’en Proconsulaire.. Cette extension sémantique et géographique s'affirma plus clairement à partir du . Par exemple, Ammien Marcellin n'hésita pas à qualifier les populations de Tripolitaine de Mauricae gentes.

Selon Philippe Richardot : « Les Maures sont, depuis la guerre de Jugurtha (113-105 avant Jésus-Christ), un vieil ennemi des Romains. ». Il constituent un voisinage avec la « romanité » dont les mœurs et les tactiques sont considérés comme primitives au de notre ère par les auteurs romano-byzantinsRichardot Philippe, « La pacification de l'Afrique byzantine 534 - 546 », Stratégique, 2009/1-2-3-4 (N° 93-94-95-96), p. 129-158. DOI : 10.3917/strat.093.0129. URL : https://www.cairn.info/revue-strategique-2009-1-page-129.htm. Dans son ouvrage Le problème des Dii Mauri : un culte ambigu Marcel Bénabou affirme que le nom de Maures a d'abord été donné aux habitants de l'ancien royaume de Maurétanie. puis s'étendit vers l'est.

C'est surtout à la fin du , lorsqu'une série de pouvoirs successifs à Carthage fut confrontée au problème politique majeur posé par les populations berbères, que le besoin d'un ethnonyme générique commença véritablement à se manifester. C'est à cette période que le terme Maurus fut couramment employé dans ce sens.

Le terme Maures est utilisé par l'historien romain Procope et par saint Augustin pour désigner la population des Aurès non romanisée et les populations indigènes qui se soulèvent contre Rome. Corippe désigne les populations qui se soulèvent contre Rome pendant le règne de Justinien Ier vers le sous le vocable d'IfuracesIbn Khaldūn, Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l'Afrique Septentrionale, volume 4, Impr. du Gouvernement, Alger, 1856.. A contrario, les autochtones qui étaient favorables au régime romain sont désignés par le terme « Afris »Anne-Marie Flambard Hérisser, « Les Lieux de pouvoir au Moyen Âge en Normandie et sur ses marges », Caen, Publications du CRAHM, 2006, 245 p. (Tables rondes du CRAHM, 2). Cité dans : Bulletin Monumental, tome 165, , année 2007. , et dans Identité et ethnicité : concepts, débats historiographiques, exemples (), Publications du CRAHM, 2008, 264 pages..

L'évolution sémantique qui a fait de Maurus un terme englobant tous les Africains jugés non romanisés fut initialement le fruit des Romains eux-mêmes. Cependant, il fut également adopté par les populations qu'il désignait. Une inscription du , découverte entre Blida et Tipaza, fait mention d'un évêque (occisus in bello Maurorum). Plus tard, à Altava, une épigraphe sans équivoque mentionne un personnage nommé Masuna se présentant comme (rex gentium Maurorum et Romanorum). Ce terme englobait tous les habitants du royaume jugés non romanisés.

Le particularisme maure caractérisait essentiellement deux secteurs géographiques au , connus par ailleurs comme les moins densément urbanisés : l'actuel territoire libyen et les deux provinces de Maurétanie Césarienne et Maurétanie Tingitane. Le terme apparut également dès le comme une sorte d'appellation régionale, employée pour désigner en général les habitants d'une province, en l'occurrence ici la Maurétanie, citadins ou campagnards, romanisés ou non, avec un sens plus géographique qu'ethnique.

Après la Conquête musulmane du Maghreb, tous les textes arabes révèlent, dès la fin du , l’emploi systématique par les conquérants d'un nouvel ethnonyme, , dérivant probablement du grec Barbaros et du latin Barbarus. Bien que moins fréquemment attestés dans les textes des que Maurus.

Au Moyen Âge, le terme latin « Mauri » passe en français sous la forme « maure », mais aussi en espagnol sous la forme « Moros » et en breton sous la forme « Morianed » pour désigner les Musulmans« Jusqu'au de notre ère, au moins, le nom de Mauri fut appliqué aux habitants de la Berbérie; et ceux-ci, après les Romains, en vinrent à se désigner ainsi eux-mêmes. La conquête de l'Espagne se fit sous la direction de chefs arabes, mais comme elle fut menée grâce aux troupes de Berbères islamisés levées dans tout le Maghreb, le nom de Mauri passa dans la péninsule avec les hommes et devint Moro, servant à désigner non seulement les Berbères mais aussi, à tort, les conquérants arabes. », article « Maures », Encyclopédie Universalis, .Janine & Dominique Sourdel, Dictionnaire historique de l'islam, Quadrige, PUF, 2004, . à l'origine de la conquête de la péninsule Ibérique au . Joseph Pérez précise que « parmi les envahisseurs de 711, les Arabes étaient une infime minorité […] la majorité était formée de Berbères. […] C'est pourquoi les Espagnols, pour évoquer la domination musulmane, préfèrent parler de Maures… »Joseph Pérez, Histoire de l'Espagne, éditions Fayard, 1996, ..

Les auteurs européens des insistent volontiers sur la continuité de culture et mode de vie entre les Maures de l'Antiquité et les Berbères modernes après la conquête musulmane. Ainsi, le journaliste Frédéric Lacroix, enquêteur pour le compte du gouvernement français, écrit en 1852 :

Il est possible que l'expression , utilisée dans certaines traductions de la Bible, ait influencé l'usage médiéval du terme pour désigner toute personne ayant une couleur de peau allant du brun au noir. En héraldique, le terme Maure était utilisé pour désigner la couleur noire, et la vie quotidienne connaissait des expressions telles que « café maure ».

Antiquité vignette|redresse|Roi maure Bocchus Ier, qui régna en Maurétanie de 110 à .

Plusieurs rois maures régnèrent sur la Maurétanie durant l'Antiquité, tels que les rois Baga., Bocchus ., Sosus., Bogud. ou encore Bocchus II.

Le roi Baga fut le fondateur de la dynastie régnante du royaume de Maurétanie à la fin du .. Il soutient militairement le roi numide Massinissa à son retour d'Hispanie, en lui fournissant des armes et maures pour l'escorter et pour combattre son rival au trône, SyphaxTite-Live, Histoire romaine, XXIX, 29, 7.. Il l'aida également contre Carthage lors de la deuxième guerre punique.

De 110 à , Bocchus Ier, aussi appelé Bocchus l'ancien, fut roi de Maurétanie et régnait entre l’Océan et la Mouloya (Mulucha). En , il prend les armes avec Jugurtha, son gendre, contre les Romains. Vaincu deux fois par Marius. Il se rapproche ensuite des Romains, traite avec Sylla, alors questeur sous Marius, et consent à trahir son gendre, Jugurtha, en aidant les Romains à le faire tomber dans un guet-apens où il est capturé (). Il reçoit en récompense le pays des Massésyliens (Massæsyles). Devenant ami et allié du Peuple romain, il lui fut reconnu la domination sur « un tiers de la Numidie ».

Peuple de cavaliers, les Maures offrirent notamment leurs services tant aux Carthaginois qu'aux Romains lors des guerres puniques. Jugurtha, ayant pris pour femme la fille de leur roi, bénéficia quelque temps de leur appui, mais fut livré à ses ennemis aussitôt qu'il leur demanda asile.