Le nationalisme savoyard caractérise divers mouvements culturels (associations, sociétés savantes) ou politiques (autonomistes, régionalistes, indépendantistes) ayant pour but la reconnaissance d’un particularisme concernant la région historique de la Savoie, constituée des deux départements français actuels de la Savoie et de la Haute-Savoie, héritière de l'ancien duché de Savoie.
Le nationalisme savoyard débute au en réaction au projet d'unification de la péninsule italienne porté par la maison de Savoie. Il s'est appuyé notamment sur la langue française au sein d'un ensemble devenu majoritairement italien. Ce mouvement atteint son paroxysme lors des débats précédant l’Annexion de la Savoie à la France, avec le traité de Turin en 1860, où les Savoyards se divisent sur leur avenir politique. Plusieurs choix sont mis en avant avec le maintien pour les uns dans le giron de la maison de Savoie, d'autres souhaitent la réunion à la France, quand certains imaginent un projet de création d'un nouveau canton suisse avec une partie de l'ancien duché. Enfin, plus rarement, des projets d'indépendance du duché émergent.
Avec la réunion à la France impériale puis républicaine, l'essentiel de ces revendications ont disparu. Elles trouvent cependant un nouvel essor au cours des années 1960, quelque temps après les célébrations du centenaire de l’Annexion, avec un nouveau sursaut lors des débats sur la régionalisation de 1972 (loi 72-619 du portant création et organisation des régions). Le mouvement régionaliste ou nationaliste savoyard n'a jamais eu d'impact électoral important depuis l'Annexion de la Savoie de 1860 ni de personnalités emblématiques pour l'incarner, mais il a trouvé un nouvel essor dans la deuxième moitié des années 1990, avec l'apparition d'un premier mouvement indépendantiste visible, dit , qui a remis au goût du jour la défense d'un projet régionaliste.
Définition de l'identité savoyarde L'historien Christian Sorrel dans son ouvrage Histoire de la Savoie en images : images & récits (2006) consacre un chapitre à « La Savoie en quête d'identité » dans lequel il décline les deux « repères identitaires » de la Savoie : la montagne et l'histoire.. Déjà en 1941, dans la revue régionaliste Revue de Savoie, le Commandant Émile Gaillard faisait reposer l'identité de cette région Savoie sur quatre critères : l’unité géographique, l’affirmation de l’histoire, l’économie autosuffisante et l’uniformité de la culture et l’« homogénéité de la population ».. Les autres marqueurs d'une identité savoyarde reposent sur une langue, le savoyard, appartenant à l'aire du francoprovençal, bien que le français se soit développé très tôt, la religion catholique, mais ils ne sont pourtant pas spécifiques à cet ensemble, relevant d'une aire culturelle plus vaste.
L'histoire de la Savoie se confond souvent en premier lieu avec l'émergence de la maison de Savoie, depuis le comté de Maurienne au . Les comtes successifs de Maurienne puis de Savoie obtiennent la mainmise, entre autres, sur la Savoie Propre, la Tarentaise, le Chablais puis l'acquisition, non sans tensions ou guerres, du Genevois et du Faucigny. Cet ensemble territorial correspond aux six provinces historiques à l'origine du duché de Savoie, qui donneront en 1860 les deux départements actuels savoyards. Cependant, d'autres territoires ont fait partie de ces premiers États de Savoie. De plus, les comtes, puis ducs de Savoie poursuivent leur politique d'accroissement du pouvoir et de leurs territoires en faisant glisser leurs objectifs principaux vers le Sud, sur le versant italien. Cette politique trouve tout son symbole par le transfert de la capitale de Chambéry à Turin en 1562, le duc Emmanuel-Philibert de Savoie déplace ainsi le centre du pouvoir, ne faisant du duché de Savoie qu'une partie des nombreux États de Savoie.. Ce transfert doit aussi être perçu comme un moyen de se protéger de l'ennemi qui se trouvait à l'Ouest des États de Savoie, le royaume de France.
Dans ce vaste ensemble, les Savoyards n'ont qu'une place désormais restreinte. Il faut attendre le pour voir des revendications marquées d'un certain particularisme, qui s'affirmeront notamment au début du . Le premier mouvement que l'on peut mettre en avant est celui concernant l'usage de la langue. En effet, les provinces de Savoie sont une terre francophone depuis au moins le dans un ensemble où domine la langue toscane. Ces provinces utilisent de manière officielle le français pour l'État civil depuis le , en application de l'Ordonnance de Villers-Cotterêts en 1539.. À cette époque le duché est occupé par les troupes françaises. L'application reste cependant très aléatoire. Le français est en réalité la langue d'usage véhiculaire dès le et elle est devenue la langue administrative depuis Emmanuel-Philibert à la suite d'un édit du 11 ou la substituant au latin dans les actes des tribunaux.. Ce qu'on appelle l'italien n'a jamais été une langue utilisée par l'administration en Savoie, mais à cette époque le toscan est imposé pour les territoires des États de Savoie des versants italiens. Suivant cette revendication, les députés représentant la Savoie au cours du début du s'exprimeront ainsi en français et malgré les nuances politiques de l'époque entre libéraux et conservateurs, ceux-ci s'entendent pour défendre le droit à une certaine autonomie, du moins une reconnaissance d'un particularisme local..
Au cours de la seconde partie du , la Savoie connaît de nombreux bouleversements tant politiques, avec l’Annexion à la France en 1860, que démographiques, avec les grandes migrations, ainsi que culturels, avec la fin de la distinction par la langue ou l'émergence d'une bourgeoisie industrielle. L'économie agraire est complétée par un développement industriel (grâce notamment à l’hydroélectricité) et les prémices du tourisme, avec un impact majeur sur cette identité traditionnelle d’un pays de montagne. La Savoie, après avoir été une terre d’émigration au , perdant un peu plus de 10 % de sa population, est devenue une terre d'accueil ; on estime que plus de 40 % du million de Savoyards sont nés hors des départements (1999)Article de Marianne Payot, La Savoie, une inconnue au sommet, paru dans l'édition du de L'Express.. Dans ces conditions, la définition et la promotion d'une identité locale semblent difficiles aujourd’hui pour la plupart des observateurs de la région, Christian Sorrel constate même que ..
Au-delà de ces évolutions historiques, la définition de l'unité territoriale savoyarde peut paraître difficile. Si Joseph de Maistre en son temps s’était ému de l’« insupportable division de l’indivisible » en 1814 à la suite de la restauration du royaume de Sardaigne., aujourd’hui la Savoie est souvent désignée par l'expression Pays de Savoie, marquant ainsi des différences sous-régionales. Le géographe Pierre PréauPierre Préau (1929) est agrégé de géographie et politologue, enseignant à Science Po Grenoble et professeur émérite de l'Université de Savoie. Il est l'auteur de nombreux ouvrages sur la région. rappelait ainsi dans un ouvrage En effet, deux départements et les villes qui la composent ne montrent pas toujours une entente parfaite. Ainsi, la capitale historique des ducs de Savoie, Chambéry, actuel chef-lieu du département de la Savoie, ne regarde pas toujours dans le même sens qu’Annecy, chef-lieu de la Haute-SavoieAu Moyen Âge, les comtés de Savoie et de Genève s’opposaient, jusqu’au rachat du second par le premier en 1401.. Chambéry, que l'on surnomme parfois la ., se trouvant sur l’axe Paris-Rome, se tourne plus facilement vers Paris, tandis que la seconde a du mal à contrôler son territoire face à la polarisation de Genève, qui se trouve être la capitale économique de la région. De plus, la configuration de la Savoie en grandes unités géographiques — les six provinces historiques — remet en cause cette unité et soustrait en partie les grandes vallées intra-alpines de l'Arve, Arly, Isère, Arc, au contrôle des deux capitales. Ce compartimentage de la Savoie marque l’identité que l’on retrouve dans les sociétés mutualistes du au sein des migrants savoyards et que Jacques Lovie définit ainsi : ..
Malgré l'affirmation d'une identité savoyarde, la définition de celle-ci reste parfois limité et laisse dire à l’historien savoyard André Palluel-Guillard :
Histoire du nationalisme savoyard L'histoire du nationalisme savoyard peut être découpée en phases chronologico-thématiques, selon les objectifs poursuivis.
On distingue ainsi la période pré-Annexion où les Savoyards revendiquent une meilleure prise en compte du duché de Savoie dans le royaume de Piémont-Sardaigne, puis une longue période d'intégration à la France sous l'Empire et la Troisième République. Ensuite, au cours des années 1960/70, des mouvements culturels défendant l'identité locale évoluent pour devenir des mouvements politiques avec l'objectif de mettre en place une « Région Savoie ». Cependant, ces mouvements perdent de leur intensité avec la décentralisation engagée par l'État français. Mais à partir des années 1990, un nouveau courant émerge avec pour certains l'objectif d'une souveraineté de la Savoie, en résonance de la crise identitaire, pour d'autres une autonomie renforcée en parallèle des débats nationaux sur les institutions locales.
Nationalisme avant 1860 Le nationalisme savoyard se développe dans le contexte du en lien avec la politique italienne de la maison de Savoie. En effet, Charles-Albert de Sardaigne et ses successeurs entament le mouvement du risorgimento. Les hommes politiques savoyards sont plus ou moins résignés face à cette politique, comme le montre l'attitude du député Charles de Menthon d’Aviernoz ci-après. Le développement du particularisme savoyard repose principalement sur le refus de la politique italienne, considéré comme un détachement de la famille de Savoie pour son berceau historique. Les Savoyards prennent donc appui sur tout ce qui peut les opposer aux habitants de la péninsule, la langue, la politique, la religion, les valeurs… Autant de marqueurs identitaires qui se sont développées dans un milieu montagnard, marqué par les guerres du et du , avec une tradition d'autonomie, et un sentiment d'appartenance avant tout à la paroisse ou à la provinceInterview de Jean Luquet, directeur du patrimoine au Conseil Général de Savoie (auteur du livre) , ..
L'historien Christian Sorrel les résume ainsi :
Déjà au début du , la question de l'unité du duché fait partie des revendications. Ainsi, en conséquence de la fin de l'Empire en 1814Pour cette période, consultez les articles détaillés : Histoire de la Savoie de 1792 à 1815 et Histoire de la Savoie de 1815 à 1860., le traité de Paris prévoit le retour de la partie alpine du duché à la maison de Savoie, l'autre restant en France sous le nom de département du Mont-Blanc, puis le second traité de Paris de 1815 unit de nouveau la Savoie.
Un écart grandissant entre la Savoie et la future Italie