Le Maquis Ventoux, appartenant au réseau désigné sous le nom de code R2, a été au cours de la Seconde Guerre mondiale l'un des plus importants maquis de Provence. Il le doit d'abord à la position stratégique du massif dans la vallée du Rhône puis au nombre de réfractaires s'y étant réfugiés entre 1939 et 1940 ainsi qu'à l'accueil de la population sur placeJean-Marie Guillon, Encyclopédie Ventoux, .

Contexte historique de la création du maquis : l'armistice et l'instauration du Service du travail obligatoire (STO) vignette|gauche|170px|Colonel Beyne (dit d'Artagnan, à droite) et Maxime Fischer (dit Anatole, à gauche) en 1944

Après la Bataille de France et la déroute des armées françaises en , Philippe Pétain, Président du Conseil, décida de cesser les hostilités. La signature de l'Armistice eut lieu le . Etant devenu chef de l'Etat français, le , le maréchal Pétain, instaura sa dictature connue sous le nom de Régime de Vichy. Le , il annonçait aux Français la mise en œuvre de la politique de Collaboration avec l'Allemagne nazie. La pénurie s'installa alors dans tout le pays avec son cortège de restrictions. Le massif du Mont Ventoux devint une zone d'exploitation forestière pour fournir en bois les gazogènes où affluèrent des réfugiés.

Outre les forestiers piémontais, déjà sur place, arrivèrent des soldats démobilisés des troupes coloniales ainsi que des Républicains espagnols. À leurs côtés furent installés les adolescents des chantiers de jeunesse.

Ce fut au début du mois de décembre 1941, qu'eut lieu la première rencontre entre Philippe Beyne, lieutenant-colonel de réserve et ancien percepteur de Sault et Maxime FischerMaxime Fischer (1913-2007). Résistant, avocat parisien (Pdf) source., avocat radié du barreau de Paris parce que juif, réfugié à Carpentras. C'est ce dernier qui narre :

Géographie du maquis vignette|centre|500 px|Le massif du Mont Ventoux, qui, de 1942 à 1944, servit de base à l'un des plus importants maquis de la région provençale (R)1 = Mont Ventoux - 2 = Col des Tempêtes - 3 = Tête de la Grave - 4 = Chalet Reynard - 5 = Col de la Frache - 6 = Flassan - 7 = Rocher de Cachillan - 8 = Tête de Chauve - 9 = Tête du gros Charne - 10 = Tête du Fribouquet - 11 = Cime Saint Vincent - 12 = Grand Barbeirol

vignette|centre|450px|Carte topographique du Ventoux

Le ravitaillement des maquisards À partir de l'hiver 1942-1943, cette zone refuge vit arriver les réfugiés d'Alsace-Lorraine. Déjà, en , Philippe Beyne, son adjoint Maxime Fischer et leurs équipes avaient accueilli et installé plusieurs dizaines de réfractaires au S.T.O.. Ils les munirent de fausses cartes d'identité et de cartes d'alimentation. Pour faciliter leur approvisionnement ils avaient été regroupés près des villages d'Aurel, de Saint-Trinit, de Saint-Christol, du Barroux et de Saint-Romain-en-Viennois. Maxime Fischer, dans un témoignage, daté de 1964, a décrit cette première période d'installation :

vignette|gauche|170px|Jean Garcin, dit commandant Bayard Il rappelle ensuite les conditions dans lesquelles fut résolue l'importante question du ravitaillement des maquisards :

Le ravitaillement était stocké dans un transformateur électrique puis acheminé par M. Suau, le propriétaire du cinéma ambulant qui donnait des représentations jusque dans les Baronnies. En même temps que les bobines de ses films, il transportait les cageots qu'il laissait dans des endroits indiqués et connus des maquisards.

La question de l'armement fut résolue le . Un camion allemand, rempli d'armes et de munitions, fut capturé sur la route de Carpentras à Sault par les nouveaux membres du « Maquis Ventoux » aidés par un détachement des Groupes Francs de Vaucluse sous la direction de Jean Garcin, dit le commandant Bayard. De à , une quinzaine de parachutages eurent lieu sur le territoire contrôlé par les maquisards. Ils étaient placés sous la responsabilité de Maxime Fischer, l'adjoint direct de Beyne, d'André Fournel de Sault et de Florent Piquet du Barroux. Ces terrains étaient identifiés sous les noms de code Ventilateur ( au N.E de Sault), La Frache ( au S.O. de Brantes) et Champlong (au sud de Saint-Jean-de-Sault). Pour ce dernier, l'annonce radio, sous forme de message personnel, annonçant le parachutage est restée connue : « Comme l'acier brille le cuivre ».

Le maquis attaqué par l'armée italienne 350px|vignette|centre|Organisation géographique de la Résistance française À partir de cette période, le mouvement Combat, puis les MUR et l'AS organisèrent le maquis qui allait contrôler le massif et ses villages jusqu'à la Libération. En , le comité directeur des MUR, confirme le colonel Beyne, alias d'Artagnan, dans ses fonctions de chef des maquis et de l'AS de Vaucluse. Ce ne fut que le , sur le versant sud du Ventoux, qu'un détachement italien se risqua à attaquer un groupe de résistants. En , la Résistance comptait 230 combattants répartis en six groupesJean-Marie Guillon, Encyclopédie Ventoux, .

Le Maquis Ventoux pendant l'occupation allemande Prévoyant la défaite italienne, les troupes allemandes commencèrent à se substituer à celles de leur allié sur le terrain. Le , sur la commune de Buis-les-Baronnies, une colonne allemande attaqua une section FFI. Le , la capitulation de l'Italie fasciste était effective et amena le retrait de Provence de sa Armée, laissant la place à la Wehrmacht. Le , un important agent de la Gestapo, qui s'était rendu à Sault pour enquêter est grièvement blessé par les résistants. La première réplique allemande contre le « Maquis Ventoux » eut lieu le , près de Lioux, quand un groupe de la Résistance, retranché dans le camp de la Bourardière, fut pris à partie par une compagnie ennemie. Le , une nouvelle offensive fut menée par des commandos de la Division Brandenburg, à proximité du château de Javon, sur la route entre Saint-Jean-de-Sault et Saint-Saturnin-d'Apt. Il y eut quatre blessés parmi les maquisards et deux prisonniers qui périrent en déportation.

Le , à Murs, des résistants accrochèrent une patrouille allemande. Ils firent des prisonniers, laissèrent sur le terrain deux soldats tués et se retirèrent avec quatre blessés parmi les FFI. Profitant des parachutages d'armes qui avaient commencé au début de l'hiver, ils purent se lancer dans une série de sabotages. En , les Groupes Francs de Vaucluse furent appelés à la rescousse du Maquis Ventoux pour attaquer une importante colonne allemande qui patrouillait sur la route de la Gabelle. Le , Fernand Jean, alias Junot, qui dirige depuis Apt, le département parachutage du département (SAP), accueille à Lagarde-d'Apt, l'équipe « Jedburgh » qui venait d'être parachutée. Composée de trois officiers alliés (États-Unis, Grande-Bretagne et France) et dirigée par le colonel britannique Graham, elle fut dirigée vers le Maquis Ventoux pour prendre contact avec le colonel Beyne.

Les pertes du Maquis vignette|gauche|Arrestation par la Milice des maquisards d'Izon la Bruisse le 22 février 1944

L'efficacité des actions du Maquis avait été telle qu'une contre-attaque des forces d'occupation fut prévue dans les Baronnies où depuis l'automne 1943 campaient les maquisards. Informés, Philippe Beyne et Maxime Fischer, le , avaient déplacé leurs troupes à Izon-la-Bruisse, un petit village abandonné de la Drôme. Divisés, en quatre sections, placées sous le commandement de Bruno Razzoli, dit Raymond BenoîtMemorialGenWeb.org - Bruno RAZZOLI, les maquisards avaient été disséminées à flanc de montagne. Le camp Monteau, commandé par Hautemer, se trouvait en bas du dispositif de défense, non loin d'Eygalayes. Suivait le camp Kœnig, commandé par Jean-Paul Maugard alias "Marchal", puis à Izon, la qui était le P.C. de Compagnie commandée par Mistral, enfin à la Maison Forestière, sur la crête de la montagne, celle commandée par Verret. En prévision du lendemain, Mardi Gras, chaque section, après un coup de main sur Buis-les-Baronnies, venait de recevoir un cochonPascal Laurent, Les fusillés d'Izon. À la tombée de la nuit, Séderon, fut cerné par 260 militaires allemands motorisés. Escortés et guidés par la Milice, le village fut occupé, la route et les chemins menant vers Izon-la-Bruisse, bloqués.

Le , dès l'aube, Allemands et miliciens attaquèrent le camp. Dans son rapport fait en au colonel Beyne, Laurent Pascal, alias Rolland Perrin, un des rares rescapés, expliqua que fait prisonnier, lors de son interrogatoire, il aperçut deux anciens « camarades de combat », Cyprien et Noiret, portés disparus depuis quelques jours, qui discutaient amicalement avec les S.S. Les deux traîtres leur désignèrent le chef de section, Mistral, qui fut immédiatement exécuté.

Le reste de la section fut évacué sur Eygalayes vers 10 heures en dépit d'une intervention des maquisards de la Forestière pour tenter de les libérer. Le groupe rejoignit d'abord le camp Kœnig puis celui de Monteau où se regroupèrent 200 S.S. et miliciens. Aux environs de 13 heures les exécutions commencèrent. Les maquisards, en file, étaient désignés, quatre par quatre, pour être fusillés. Perrin faisait partie de la dernière fournée, avec Le Toubib, médecin juif roumain, et deux autres maquisards. Il raconte : thumb|Récit succinct des évènements sur la nécropole nationale d'Eygalayes

Il fut sauvé à la fois par Le Toubib qui courut derrière lui, faisant rempart de son corps aux balles qui lui étaient destinés, ainsi que par ses deux autres compagnons qui profitèrent de la pagaille pour tenter de fuir à leur tour mais furent tués. Ayant rejoint le village de Ballons, vers 18 heures, il y trouva refuge et ravitaillement avant d'être évacué à sa demande dans une cabane forestière où il retrouva deux de ses compagnons maquisards d'origine espagnole qui avaient été de faction au col Saint-Jean. Ayant passé la nuit sous la garde des habitants du village, les trois hommes purent rejoindre le « Maquis Ventoux » par des voies différentes et informer leurs responsables de la trahison de Cyprien et Noiret. Le premier, originaire de Loriol-du-Comtat, fut abattu par le Maquis, quant au second, il aurait été liquidé par les SS eux-mêmes. Ils avaient touché chacun francs pour leur trahison, le prix de la vie de 35 maquisards fusillés dont trois officiers de la Résistance.

Puis la répression se poursuivit jusqu'en juin sur le plateau de Sault. Déjà depuis un an, les Saltésiens étaient en ligne de mire de la part de la Gestapo. La première intervention de cette police s'était déroulée le pour rechercher et arrêter les réfractaires au STO. Elle avait été suivie par une rafle contre les maquisards faite le suivant. Puis au cours du printemps 1944, la répression s'intensifia contre l'ensemble du Maquis puisque la Gestapo organisa des vastes opérations sur les flancs du Ventoux, tant à Sault (), Saint-Romain-en-Viennois () que Malaucène (). La plus importante opération fut celle du , au cours de laquelle Sault fut entièrement bouclée et ses maisons fouillées une par une, des dizaines d'habitants étant arrêtés par la police allemande.

Organisation des FFI Un « État-major des Forces Françaises de l'Intérieur » fut constitué, à Londres, le . Son but était d'organiser sur place la Résistance. Pour la R, ce fut Robert Rossi, alias Levallois, polytechnicien et capitaine d'aviation, qui fut désigné comme chef des FFI à partir du . Non seulement, il confirma dans ses fonctions de chef du « Maquis Ventoux » Philippe Beyne mais le chargea d'organiser, en tant que chef d'État-major, deux bataillons de FFI dans le Vaucluse. Ce qu'il réussit à mettre en place avec Maxime Fischer. Organisation des FFIDépartement de Vaucluse Nom Pseudonyme Fonction ouprofession Grade OrigineÉtat-majorPhilippe BeyneMaxime FischerRoger LouisYvon Bruneld'ArtagnanAnatole??PercepteurAvocatDirecteur commercialMagistratColonelCapitaineCapitaineCapitaineSaultParisParisParisCompagnie de commandementFrédéric DuriauLaurent PrivatFrançois PrivatGiacominiÉmile GénoyerJean-Paul MaugardBernussetBruno Razzoli Felix Aubert?????Marchal?Raymond Benoît