La crise politique de 2009 à Madagascar est une série de manifestations, d'émeutes et de confrontations politiques qui secouent Madagascar de à . Elle oppose le mouvement d'opposition politique dirigé par le maire d'Antananarivo, Andry Rajoelina contre le président Marc Ravalomanana.

La crise atteint son paroxysme le , Ravalomanana se voit contraint de transférer le pouvoir à un conseil militaire et s'exile en Afrique du Sud. Andry Rajoelina se proclame président, 5 jours après. La communauté internationale condamna cette prise de pouvoir jugée , qualifiant même la prise de pouvoir de coup d'état.

Andry Rajoelina, Marc Ravalomanana et les deux anciens présidents de la République Albert Zafy et Didier Ratsiraka se réunissent en à Maputo. Les chefs des trois principales faction politique du pays sont interdits de se porter candidats à l'élection.

Le , une nouvelle constitution a été formellement approuvée, lançant la Quatrième République. Le , un Premier ministre de consensus, Omer Beriziky, a été nommé. Des élections présidentielles et législatives étaient prévues les et et se sont finalement tenues en décembre. Hery Rajaonarimampianina gagne les scrutins, et Andry Rajoelina quitte la présidence le , marquant ainsi la fin du gouvernement de transition et donc de la crise politique malgache.

L'arrêt de l'aide financière et des investissements étrangers, conséquence de l'instabilité politique, plongea le pays dans la pire crise économique de son histoire..

Origines de la crise L'« État-Tiko », origines des conflits Affirmant lors de son élection en 2002 qu'un pays se gère comme une entreprise, Marc Ravalomanana transforme progressivement le gouvernement malgache en une extension de son groupe agroalimentaire Tiko devenu tentaculaire (surnommé par la suite l'« État-Tiko »)Fabienne Pompey, Marc Ravalomanana gère Madagascar comme son entreprise et engrange des succès économiques, www.lemonde.fr, 20 juillet 2005 (consulté le 16 octobre 2018). Dès 2003, le Syndicat des industries malgaches (SIM) dénonce la détaxation sur les importations de matières premières qui bénéficie principalement aux sociétés de production agroalimentaire de l'empire Tiko et au détriment des producteurs locaux. Les produits de première nécessité passent tous sous les marques du groupe Tiko. Le riz de première qualité malgache est exporté, et la population est nourrie avec un riz pakistanais bas de gammePourquoi Ravalomanana a perdu, www.france24.com, 17 mars 2009 (consulté le 6 octobre 2018). Le , le gouvernement annonce une amnistie fiscale qui bénéficie principalement au groupe Tiko. Sa société Alma développe un monopole sur l’ensemble des contrats de bitumage de la capitale. Fin 2007, les syndicats malgaches engagent un dialogue présidentiel qui échoue. Le Conseil national économique et social (Conecs) est la première organisation à contester ouvertement le gouvernement Ravalomanana en , et à appeler à sa démission en Mathieu Pellerin, Madagascar : un conflit d’entrepreneurs ?, www.politique-africaine.com, mars 2009 (consulté le 6 octobre 2018).

En , l’affaire Daewoo éclate dans le journal américain Financial Times, qui révèle la cession pour 99 ans de 1,3 million d'hectares de terres malgaches à la société sud-coréenne Daewoo, pour une production destinée uniquement à l'exportation, une violation du tanindrazana, principe culturel malgache de l'attache inaliénable entre le peuple et sa terre. En , la présidence acquiert un nouveau Boeing 737 pour 60 millions de dollars. Critiquée, la présidence a du mal à justifier les fonds utilisés pour l'achat de l'avion face aux demandes d’explications du FMI. Ces deux scandales sont portés en fer-de-lance des contestations politiques qui débouchent sur la crise politique.

Montée en puissance d'Andry Rajoelina Ancien DJ ayant fait fortune dans la publicité et la communication, Andry Rajoelina s'inscrit dans l'opposition politique depuis que son projet de panneaux publicitaires lumineux trivision fut bloqué en 2003 par les autorités gouvernementales. Il a fondé un parti désigné par le même sigle, Jeunes malgaches déterminés (TGV). Le , Rajoelina est élu maire d'Antananarivo avec 63,32 % des voix face au candidat du parti au pouvoir Tiako I Madagasikara (TIM), pourtant parti favoriJean-Dominique Geslin, Andry Rajoelina, www.jeuneafrique.com, 11 février 2009 (consulté le 6 octobre 2018).

Les émeutes commencent à la suite de la décision gouvernementale, le , de fermer la chaîne de télévision Viva TV, propriété de Andry Rajoelina. Cette décision entraîne la réaction de ce dernier, qui, le , soutenu par des représentants importants de l'opposition politique et de la société civile (notamment Madeleine Ramaholimihaso et Nadine Ramaroson), demande la réouverture de tous les médias fermés par l'État, et l'ouverture de la télévision et de la radio nationale à des représentants de l'opposition. À cette réunion, Andry Rajoelina s'impose comme chef naturel de l'opposition politique à Madagascar, un positionnement qui irrite beaucoup les autres partis comme l'Arema, le LEADER-Fanilo…

Intensification des confrontations vignette|Manifestants à Antananarivo, le . vignette|Manifestants, le . vignette|Voitures brûlées lors des émeutes. Andry Rajoelina lance un ultimatum au gouvernement qui expire le , et resté lettre morte. Il convoque l'ensemble de la presse le et déclare « Aleo halan' andriana toy izay halam-bahoaka », citation symbolique signifiant « mieux vaut être haï par les rois que par le peuple ». Il décide alors d'inviter les Malgaches à un rassemblement politique le à l'occasion de l'inauguration de la Place de la Démocratie à Ambohijatovo. Ce rassemblement réunit . Le porte-parole du parti présidentiel minimise immédiatement cet appel en qualifiant cette inauguration de « simple gadget ».

Le , la Place de la Démocratie est inaugurée devant une audience estimée à . Andry Rajoelina prononce un discours relatant les actions réalisées par la Mairie depuis un an, puis procède ensuite à une critique de la conduite des affaires publiques à Madagascar. Il fait part à la foule des méthodes de fonctionnement de Marc Ravalomanana qu'il dit bien connaître, et de son régime et ce depuis son élection à la mairie d'Antananarivo en 2000. Il condamne les contrats passés en 2000 entre la mairie et la chaîne de télévision Malagasy Broadcasting System (MBS) appartenant à Marc Ravalomanana et à ses proches, autorisant cette société à s'installer pour une durée de 50 ans sur les terrains et les locaux de la mairie pour un loyer minimal, ensuite transformé en échange de services. Le maire d'Antananarivo rappelle également l'achat d'un avion présidentiel estimé à 60 millions de dollars par la présidence, et la location de 1,3 million d'hectares de terres à la société Daewoo Logistics.

Lors d'un nouveau rassemblement, Andry Rajoelina exige la démission du président Ravalomanana, au-delà donc de ses précédentes demandes de démission de ministres. Face aux autres partis d'opposition, il veut apparaître comme le défenseur de la démocratie, et par voie de fait le nouveau chef d'une opposition qu'il dit décapitée par sept ans de régime du Président Marc Ravalomanana. Une autre manifestation anti-gouvernementale suit le , et débouche sur des émeutes et des pillages durant lesquels l'immeuble de la télévision publique est incendié. Le , l'État envoie des soldats — des « mercenaires » selon les partisans d'Andry Rajaoelina — pour confisquer les émetteurs de la radio Viva. Mais le matin, les partisans de Andry Rajoelina accourent à la place du 13-Mai. Arrivé à son tour, le maire ordonne à ses partisans de tenir meeting devant le tribunal Anosy pour obtenir la libération de trois étudiants inculpés dans une affaire de cocktail molotov et l'interruption du remblayage qu'il dit non autorisé des rizières d'Andohatapenaka. À Anosy, la manifestation n'est pas maîtrisée. Des partisans s'en prennent aux locaux de la radio et de la télévision nationales, les pillent et les incendient. Ces partisans attaquent aussi les magasins et usines appartenant au groupe Tiko ou à des sociétés privées, propriétés du président Ravalomanana. C'est une remise en cause de la réussite économique du président Ravalomanana, menée par Andry Rajaoelina, lui-aussi homme d'affaires.

L'île commence alors à s'embraser et les provinces sont également touchées par les mêmes scènes d'émeutes et de pillages. Au moins 68 personnes périssent en moins de trois jours lors d'émeutes et de pillages liés aux manifestations appelées par le maire de la capitale contre le régime. Les responsables de la gendarmerie annoncent officiellement 68 morts alors que le secrétaire d'État français à la Coopération, Alain Joyandet, fait état de « plus de 80 morts en quelques jours ». La plupart des victimes périssent dans des incendies lors de pillages. Dans la capitale, à Antananarivo, les autorités annoncent 42 morts dans l'incendie d'un centre d'achats dont la toiture s'est effondrée sur des pillards. En province, le bilan des forces de l'ordre décompte : 4 morts à Antsirabe, 2 à Fianarantsoa (centre de l’île), 2 à Toamasina (côte est), 1 à Sambava (côte nord-est), 1 à Mahajanga (côte ouest). À Toliara, sur la côte sud-ouest de l'île, ils recensent 16 morts, dont 11 victimes d'une « électrocution ».

Renversement du pouvoir Renversement de Ravalomanana Le , Andry Rajoelina s'autoproclame « en charge » de la république de Madagascar sur la place du 13-Mai. Il déclare que c'est désormais lui qui donne les ordres aux forces de sécurité et que les bureaux et l'administration seront fermés le . Le soir même, Marc Ravalomanana tient une conférence de presse au palais présidentiel, où il affirme qu'il reste le détenteur du pouvoir présidentiel. À une question sur d'éventuelles poursuites contre le maire, il répond que le ministère de la Justice statuerait en temps opportun.

Le , les ministères, la plupart des commerces et entreprises restent ouverts. Le rassemblement de la place du 13-Mai ne regroupe plus que quelques dizaines de personnes, soit beaucoup moins que les jours précédents. Andry Rajoelina s'y présente pour annoncer qu'il lance une procédure de destitution contre le président de la République et qu'une demande dans ce sens sera déposée devant la Haute Cour constitutionnelle. La démarche est effectivement effectuée par l'entremise de Ny Hasina Andriamanjato, coordinateur général de la mairie et ancien ministre de l'ex-président Ratsiraka. Au cours de ce meeting, Andry Rajoelina indique également à ses partisans que, si la procédure de destitution n'aboutit pas, il leur demandera de marcher avec lui sur le palais présidentiel, à Iavoloha, pour y prendre le pouvoir.

Andry Rajoelina est destitué de ses fonctions de maire par le ministre de l'Intérieur, Gervais Rakotoniriana, le en raison de . Il est remplacé par un administrateur provisoire, officiellement appelé président de délégation spéciale.

Le , 28 manifestants sont tués et 212 autres blessés alors que l'armée tire sur la foule qui marchait vers le palais présidentiel, normalement et internationalement déclaré zone rouge. Le même jour, Rajoelina prend la tête d'une Haute Autorité de transition et nomme un « Premier ministre » en la personne de Roindefo Monja.

Le , des affrontements entre des manifestants de l'opposition et les forces de l'ordre à Ambositra font deux morts par balles parmi les manifestants et plusieurs blessés de part et d'autre.

Poursuivi par la justice, Andry Rajoelina se réfugie le à l'ambassade de France.