L'avortement aux États-Unis fait l'objet de nombreux débats de part et d'autre du champ politique.

Un arrêt dit Roe v. Wade de la Cour suprême, en 1973, a dépénalisé l'avortement et fait que la justice américaine fédérale a considéré que le droit d'une femme à l'avortement relève du droit à la vie privée protégé par le amendement de la constitution, autorisant donc l'avortement au niveau fédéral, au titre du respect de la constitution.

50 ans plus tard, en 2022, cet arrêt est abrogé (arrêt Dobbs v. JWHO), par la cour suprême (où six des neuf juges sont des conservateurs nommés par des présidents républicains, dont deux récemment nommés par Donald Trump), qui fait alors porter le choix du droit à l'avortement ou de son interdiction (plus ou moins complète) sur la législation de chacun des États. Une vingtaine d'entre eux a prévu ou prévoit de l'interdire, avec souvent une forte pénalisation et l'absence d'exception y compris en cas de viol, inceste ou raison de santé.

Les statistiques et études médicales montrent que dans les deux ans qui ont suivi la décision de la cour suprême, la large restriction du droit à l'IVG imposée aux femmes et aux couples par quatorze États au motif de protéger la vie, a dans les faits provoqué une hausse de la mortalité infantile et des malformations congénitales, avec potentiellement .

Droit fédéral De 1973 à 2022, l'avortement est autorisé dans tous les États, à la suite des arrêts de la Cour suprême Roe v. Wade (1973) et Planned Parenthood v. Casey (1992).. Selon Roe v. Wade jusqu'à la fin du premier trimestre, la décision de l'avortement est laissée au jugement de la femme enceinte ; au cours du second trimestre, l'État, ayant comme objectif la santé de la femme enceinte peut, éventuellement, réguler cet avortement de façon raisonnable relativement à la santé « maternelle ». Selon Planned Parenthood v. Casey (1992) les États ne peuvent pas instituer un « fardeau excessif » (undue burden) avant la viabilité fœtale. Toutefois la Cour suprême a reconnu aux États les droits d'apporter des restrictions raisonnables aux modalités d'avortement. 487 lois ont été adoptées pour réduire sa portée ; ainsi des notifications parentales dans 33 États. Entre 1992 et 2002, mille établissements pratiquant l'avortement ont disparu et 80 % de ceux restants font l'objet de manifestations de la part d'opposants « pro-vie ». En 2016, la Cour suprême des États-Unis a réaffirmé le droit constitutionnel des femmes à se faire avorter en l'arrêt Whole Woman's Health v. Hellerstedt... Barack Obama abroge en la disposition instaurée par George W. Bush interdisant d'attribuer des fonds publics aux ONG qui pratiquent des avortements ou prodiguent des conseils dans ce domaine dans les pays en développement..

Le , la Cour suprême abroge l'arrêt Roe v. Wade et supprime le droit fédéral à l'avortement, ouvrant aux états la possibilité d'interdire l'IVG....

Financement fédéral L'usage du budget fédéral des États-Unis pour une aide financière en cas d'avortement fut vivement discuté au Congrès des États-Unis conduisant sous la présidence Carter à trois arrêts des activités gouvernementales aux États-Unis 1977 et un en 1979 à la suite de désaccords entre les deux chambres. Un accord est trouvé accordant le financement pour les cas d'avortement résultant d'un viol, d'un inceste ou dans le cas où la vie de la mère est en danger.

Situation dans les États fédérés vignette|Carte des législations actées dans les États fédérés en matière d'avortement selon le temps depuis le début des dernières règles :

Les dates sont calculées à partir du premier jour des dernières règles, soit deux semaines avant la conceptionState Bans on Abortion Throughout Pregnancy, sur guttmacher.org, consulté le 27 juin 2022.. Dans des États comme le Mississippi, le Nebraska, le Missouri, plus de 95 % des comtés ne compteraient plus aucune clinique pratiquant l'IVG. Si Roe v. Wade devait être déjugé et les États libres d'autoriser ou non l'avortement, 21 pourraient de nouveau la bannir. Certains disent que les restrictions y sont parfois déjà si élevées que la situation n'en serait guère changée dans la pratique.

La proposition d'interdire l'avortement dans le Dakota du Sud a été rejetée par les citoyens lors du référendum du « Le Dakota du Sud rejette l'interdiction totale de l'avortement », dans Libération du 08/11/2006, ; Bureau Audiovisuel Francophone, « Echec du référendum anti-avortement au Dakota du Sud », du 08/11/2006, ; 7 sur 7, « L'interdiction de l'avortement rejetée dans le Dakota du Sud », 08/11/2006, et celui du .

Depuis 2017, au Texas, les avortements sont exclus des assurances maladie.

En , un projet de loi (l'"House Bill 565"), visant à élargir la notion de "personne" à "tout humain à naître", est déposé à la chambre des représentants de l'Ohio, celui-ci rendrait l'avortement équivalent de facto à un homicide, et les personnes le pratiquant deviendraient donc passibles de la peine de mort..

En , le Sénat de l'Alabama vote la loi anti-avortement la plus répressive du pays. Elle fait encourir jusqu'à 99 ans de prison à un médecin pratiquant l'IVG. Aucune exception n'est possible en cas de viol ou d'inceste..

Depuis que l'Alabama a présenté la première législation anti-avortement moderne en , cinq autres États ont également adopté des lois sur l'avortement, notamment le Mississippi, le Kentucky, l'Ohio, la Géorgie et, plus récemment, la Louisiane le ...

L'objectif des promoteurs du texte est d'aller à la Cour suprême, pour pouvoir contester l'arrêt Roe v. Wade.

En 2021, l'Arkansas vote l'interdiction de l'avortement, même en cas de viol ou d'inceste.. En 2021 et 2022, les États du Texas puis de l'Idaho adoptent des lois restreignant l'IVG à six semaines maximum de grossesse (l'Idaho restant moins restrictif en cas de viol ou d'inceste) ; toutefois, ces lois ne respectent pas l'arrêt Roe v. Wade de la Cour suprême des États-Unis, qui autorise dans ce pays l'IVG jusqu'à environ 23 semaines..

En , la Cour suprême qui, sous la présidence de Donald Trump, est devenue majoritairement conservatrice avec 6 membres sur 9, laisse fuiter un document de travail selon lequel elle s'apprête à annuler l'arrêt Roe v. Wade. Aussitôt, l'Oklahoma vote une loi durcissant les conditions d'accès à l'avortement. Au total, 26 États américains s'apprêteraient à limiter très durement ou à interdire l'avortement dès l'abrogation de l'arrêté par la Cour suprême, ce qui aurait des conséquences sociales sur les femmes, notamment les plus démunies, les plus exposées, les afro-américaines en premier lieu, qui ne pourraient voyager dans d'autres États pour tenter de trouver une clinique. Les discussions sur le texte sont prévues jusqu'à fin .. Le , l'Oklahoma promulgue une loi interdisant totalement l'avortement dès la fécondation, y compris en cas de viol ou d'inceste... Le gouverneur de cet État, Kevin Stitt ayant promis de signer tous les textes anti-avortement qui lui seraient présentés, et les ayant signés, certains des cinq excluent les cas d'inceste et de viol du périmètre de leur application, comme ce dernier texte, tandis qu'un autre, interdisant l'avortement après 6 semaines de grossesse, ne prévoit aucune dérogation pas plus que celui prévoyant 1 an de prison ou 100 000 $ d'amende à toute personne ou organisation ayant aidé une femme à avorter. Il s'agit de lois pour certaines inapplicables au moment de leur vote, mais prévoyant de l'être dès lors que l'arrêt Roe contre Wade aurait été invalidé, ce qui s'est produit le ..

Dans la plupart des 25 États ayant prévu de passer des lois anti-avortement après l'invalidation de l'arrêt Roe contre Wade, il n'est pas prévu d'exception pour les grossesses résultant d'un viol, d'un inceste (Alabama, Arkansas, Floride, Kentucky, Louisiane, Missouri, Oklahoma, Ohio, Dakota du Sud, Tennessee, Texas et au Mississippi) ou pour raison de santé (Idaho, Dakota du Sud et en Arkansas), alors que c'était pourtant le cas dans des textes de loi précédant cet arrêt. Dans certains cas, comme en Floride qui a prévu un texte interdisant l'avortement après 15 semaines de grossesse, l'exception ne concerne que les cas où la vie de la femme est en danger ou en cas « de risque grave d'atteinte physique substantielle et irréversible », ce qui du point de vue des médecins peut entrainer une violation de leurs serments professionnels envers leurs patients.

Même si les lois ne sont pas formellement en vigueur dans tous les États qui les ont prévues, le Texas a par exemple prévenu que les procureurs pourraient dès l'invalidation de l'arrêt appliquer les lois préexistantes, ce qui a conduit l'ensemble des grandes cliniques, centres d'avortement et organisme finançant l'accès aux soins à cesser d'en proposer ou de le rembourser..

Dans le Wisconsin, l’incertitude juridique a poussé les cliniciens a complètement cesser de proposer l’avortement en août jusqu’au , date à laquelle une décision a confirmé que l’avortement était autorisé jusqu'à 22 semaines, ce qui a permis aux cliniques de le pratiquer à nouveau.

Contournements La majorité des états américains autorisent toujours l'avortement, qu'il soit médicamenteux ou hospitalier.

De nombreuses femmes continuent donc à se rendre dans un autre état pour bénéficier d'une IVG hospitalière.

L'IVG médicamenteuse est également très utilisée, en particulier après des consultations par téléconférences avec des médecins vivant dans un état pro-choice. La mifépristone, médicament anti-hormonal, provoque une IVG médicamenteuse jusqu'à 9 semaines de grossesse. « Elle peut être prescrite à distance, puis envoyée par courrier depuis un État où l'avortement reste autorisé vers un autre qui l'interdit. Le Massachusetts, suivi par sept autres États, a donc adopté, après Dobbs, une "shield law", littéralement une loi-bouclier, qui protège les médecins contre certaines poursuites venues d'autres États ».

En conséquence, si « le nombre d’avortements a baissé de 6 % entre 2021 et 2022 [...] l’institut Guttmacher, qui fait autorité en la matière, a recensé un rattrapage et une nouvelle augmentation du nombre d’interruption volontaire de grossesse : + 13 % en 2023, + 1 % en 2024 ». A cette date, le nombre d'IVG est donc déjà supérieur à ce qu'il était avant l'arrêt Dobbs.

L'échec relatif de la stratégie d'interdiction institutionnelle de l'IVG amène à une radicalisation d'une partie des militants anti-IVG. Alors que depuis des décennies le mouvement anti-IVG ne réclamait pas la pénalisation des femmes, une partie importante du mouvement réclame désormais cette pénalisation, afin de sanctionner les femmes se rendant dans d'autres états ou y commandant de la mifépristone.

Conséquences sanitaires En , soit deux ans après la décision de la Cour suprême des États-Unis de confier à chaque État le choix d'autoriser, ou non, l'avortement sur son territoire, deux études, conduites à l'université Johns Hopkins de Baltimore et à l'université d'État du Michigan, publiées dans le Journal of the American Medical Association (JAMA), ont évalué les effets de cette décision sur la santé..

Une première étude. a porté sur le Texas, qui a édicté dès 2021 une législation interdisant presqueLes seules exceptions sont des « urgences médicales », non clairement définies par la loi, dites « SB8 » (santé compromise par la poursuite de la grossesse) dans un contexte où la loi a eu « un effet dissuasif sur les professionnels de la santé, qui hésitent davantage à fournir les soins nécessaires par crainte de répercussions juridiques. » tout avortement dès la détection d'une activité cardiaque de l'embryon, soit après six semaines de grossesse. Cette étude a mis en évidence ou confirmé : une hausse des malformations à la naissance, déjà annoncée par d'autres études, et ici confirmée (+ 22,9 % de cas enregistrés de 2021 à 2022, alors que ces malformations ont diminué en moyenne de -3,1 % dans le reste du pays) ; une augmentation des enfants mort-nés ;