thumb|Affiche pour l’Exposition du centenaire de la lithographie, galerie Rapp (oct. 1895) par Pierre Puvis de Chavannes : un évènement qui marque à la fois l'apogée et le déclin du procédé (lithographie en couleurs, Bibliothèque du Congrès) « Centenaire de la lithographie -- Galerie Rapp, Champ de mars -- Octobre-Novembre 1895 » # 3b48299 , notice du catalogue numérisé de la LDC..
La lithographie est une technique d’impression qui permet la création et la reproduction à de multiples exemplaires d’un tracé exécuté à l’encre ou au crayon sur une pierre calcaire. Inventée par Aloys Senefelder, à partir de 1796, en Allemagne, elle a été définitivement mise au point dans les toutes premières années du , et permet tout au long de ce siècle une importante production d'images et de textes à la fois de nature artistique (affiche, estampe, partitions de musique) et industrielle (édition, presse écrite), jusqu'à l'apparition des premiers procédés photomécaniques. En dépit des transferts technologiques, la pratique de la lithographie reste aujourd'hui bien vivante au sein des différents médias de création graphique.
Définition et principe La lithographie, mot construit à partir du grec ancien « λίθος », , soit « pierre », et , « γρα'φειν », soit « écrire / dessiner / peindre »« Lithographie », définitions lexicographique, sur la base CNRTL., est un procédé d'impression à plat. Un motif est tout d'abord dessiné sur une pierre lithographique — un calcaire poreux, qui absorbe l'eau et repousse la graisse —, avec un crayon ou une encre spécifiques à base d'huile, qui refusent l'eau. On humidifie toute la surface puis on passe et repasse sur celle-ci au moyen d'un rouleau en caoutchouc imprégné d'encre : celle-ci n'adhère que sur les seules parties dessinées, puisque l'encre d'impression à base d'huile est repoussée par le film d'eau, mais pas par la surface lipophile du motif. Il suffit ensuite de placer un support papier sur le motif encré et d'exercer une pression sur l'ensemble par le biais d'une presse pour obtenir le tirage d'une épreuve Jürgen Zeidler, Lithographie und Steindruck, Ravensbourg, Ravensburger Buchverlag, 1994, ..
Procédés dérivés La lithographie ne doit pas être confondue avec la lithogravure, technique ancestrale liée à la famille des glyptiques« Glyptique », définitions lexicographique, sur la base CNRTL., qui consiste à graver en creux (ou en relief) des supports en pierre, procédé relativement peu utilisé pour produire des estampes.
Le mot « lithographie » se retrouve également dans des procédés photomécaniques et chimiques par lesquels se réalisent des composants liés à l'industrie micro-électronique : la photolithographie (ou microlithographie), qui est appelée ainsi sous l'influence du mot anglais, « lithography », ce qui entraîne que le mot « lithographie » est utilisé dans divers composés en rapport avec les micro-technologies, sans lien direct avec le procédé d'estampe et d'impression décrit ici« Photolithographie », définitions lexicographique, sur la base CNRTL..
Histoire À la fin du siècle, on ne dispose que de deux moyens d'imprimer du texte ou des illustrations : un procédé en relief (typographie et bois gravé), et un procédé en creux, la gravure en taille-douce. Un troisième procédé va voir le jour, sans creux ni relief, la lithographie, procédant d'une impression à plat. C'est la première fois qu'une telle invention, depuis le siècle, révolutionne l'imprimerieLouis Guéry et Christian Laucou, « Imprimerie », in: P. Fouché (dir.), Dictionnaire encyclopédique du Livre, Paris, Cercle de la librairie, 2005, tome II, ..
Les circonstance de la découverte du procédé vignette|redresse|gauche| Aloys Senefelder, portrait signé Godefroy Engelmann (lithographie, 1818), Yale Center for British Art. vignette|redresse| Bloc de pierre lithographique brut extrait des carrières de Solnhofen. En 1796, à Munich, l'acteur et dramaturge allemand d'origine bavaroise Aloys Senefelder, âgé d'à peine 25 ans, qui connaissait un certain succès au théâtre de la ville depuis 1792, peine cependant à trouver un éditeur pour ses écrits et décide donc de les graver et de les imprimer lui-même par un procédé appelé autographie, qui consistait à l'époque à écrire directement sur un calque transparent, afin d'en reporter le tracé sur une plaque de cuivre, l'acide et le vernis aidant, comme pour une eau-forte, à obtenir une gravure en creux permettant l'impression et donc un tirage multiple des motifs. Senefelder achète donc non seulement une presse à imprimer mais également du matériel destiné à la gravure. En cette fin de siècle, l'Europe continentale est en guerre et le cuivre devient une ressource recherchée et donc chère. Selon Senefelder lui-même, mais aussi ses disciples, tels Lorenzo Quaglio Neha Vashistha, « Alois Senefelder: The Inventor of Lithography », in: Shuru-Art, 7 novembre 2017., c'est de façon fortuite qu'il aurait découvert le procédé lithographique. L'un de ses calques, recouvert de tracés au crayon gras, se serait retrouvé posé sur une plaque de pierre bavaroise, tendre et lisse, dite « pierre de Solnhofen », abondante dans la région et connue par de nombreux collectionneurs parce que contenant des fossiles remarquables ; il précise par ailleurs que cette catégorie de pierre servait à polir les plaques de cuivre. Toujours est-il que Senefelder découvre fortuitement le moyen d’attaquer la pierre calcaire avec un acide, lequel épargne les tracés au crayon gras, créant ainsi une forme possédant un très faible relief, dite « à plat », qui se révèle exploitable pour l’impression de textes, avec cependant une moindre définition du lettrage comme dans le cas de blocs typographiques. Senefelder va mettre près de trois ans à perfectionner cette technique en laquelle il croit. Le , il obtient auprès des autorités bavaroises un brevet exclusif d'exploitation de son procédé, qu'il baptise Steindruckerei, « impression sur pierre ».
Premiers essais en Allemagne vignette|redresse| Pierre lithographique avec partition (début du siècle). Durant près de dix ans, Senefelder va perfectionner le procédé, inventer une encre spéciale et adapter une presse typographique à son procédé, passant par l'utilisation de la pierre de Solnhofen qu'il apprend à polir et choisir sans imperfection aucune, et tenter de trouver des débouchés sur le plan pratique, afin tout simplement de gagner sa vie. Il s'associe au compositeur munichois Franz Gleissner., et sort de leur presse Feldmarsch der Churpfalzbayer’schen Truppen, une partition de Gleissner, qui est sans doute la première épreuve lithographique de l'histoire. En 1799, la société Gleissner & Senefelder obtient un privilège d'exploitation du prince-électeur Maximilien Joseph, pour une durée de 15 ans.
Leur premier client est Johann Anton André, célèbre imprimeur de partitions de musique installé à Francfort, qui voit dans le procédé de Senefelder un avantage économique certain : la pierre permet de remplacer le cuivre gravé en taille-douce. Une partition sort des presses en 1800, Die Weiber von Weinsberg, signé d'André lui-même : il s'agit là de la toute première impression commerciale suivant ce nouveau procédéTheodore Baker et Nicolas Slonimsky (trad. de l'anglais par Marie-Stella Pâris, préf. Nicolas Slonimsky, adaptée et augmentée par Alain Pâris), Dictionnaire biographique des musiciens [« Baker's Biographical Dictionary of Musicians »], t. 1 : A-G, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1995, ..
Les débuts de l'impression lithographique
C’est en cherchant un moyen pratique de transférer un texte ou un dessin inversé sur la pierre, et de les imprimer en un tirage sur papier, que Senefelder découvre le principe purement chimique de la lithographie, basé sur l’antagonisme entre l’eau et les matières grasses, phénomène appelé « répulsion ». Il perfectionne en même temps la technique annexe de l’autographie — déjà connue par le biais de la manière de crayon —, avec laquelle on dessine et écrit directement, à l’endroit, sur un papier spécial rendu transparent ou opaque selon les besoins du tracé, qui permet de reporter les tracés sur une pierre lithographique pour procéder à l’impression.
En Angleterre vignette|redresse|gauche| The Angel at the Tomb of Christ, un essai « polyautographique » par B. West, datée 1801 (Cleveland Museum of Art) « Specimens of Polyautography: The Angel at the Tomb of Christ », notice œuvre du catalogue numérisé du Cleveland Museum of Art.. Le terme « lithographie » appliqué à cette technique, va finir par s'imposer à l'usage en Angleterre grâce au départ d'Allemagne de Philip H. André, frère de l'éditeur musical, qui, face aux circonstances politiques, décide en 1801 d'ouvrir un commerce à Londres, associé à son compatriote Georg Jacob Vollweiler « Vollweiler's Introduction of Music Lithography to England », in: Michael Kassler (éd.), The Music Trade in Georgian England, Ashgate Publishing, 2011, — lire en ligne., publicisant jusqu'en 1807 leur nouveau procédé qu'ils appellent « polyautography » : c'est en Angleterre, en 1813, qu'est publié par Bankes le premier essai théorique et pratique sur cette invention baptisée lithography, essai contenant trois estampes lithographiques de nature artistique extraites d'un album de dessins sur pierre publié par Vollweiler : parmi les premiers artistes à s'emparer du procédé, sont ici mentionnés Benjamin West et Füssli.. vignette|redresse| Enoch, l'une des 4 épreuves lithographiques tirées par William Blake en 1806-1807 (New York, The MET) Enoch, notice œuvre du catalogue numérisé du Metropolitan Museum of Art.. La lithographie se répand ensuite dans tout le Royaume-Uni, par le biais de Rodolphe Ackermann A complete course of lithography..., Londres, R. Ackermann, 1819 — sur Archive.org. qui traduit en anglais le traité de Senefelder en 1819, et de Charles Joseph Hullmandel« Charles Joseph Hullmandel », notice de la bibliothèque de Genève., qui ouvre un premier atelier à Londres la même année, et où cette technique est ensuite largement utilisée pour imprimer de la cartographie, dont les cartes d’état-major, tandis qu’en France on reste fidèle à la taille-douce.
C'est par ailleurs à Londres que d'importants travaux sont menés, dans les années 1830, entre autres par George Baxter (1804-1867), qui tentent d'améliorer les techniques de production lithographique en couleurs Geoffrey Wakeman & Gavin D. R. Bridson, A guide to nineteenth-century colour printers, Loughborough (Leicestershire), The Plough Press, 1975, ..
En France vignette|redresse|gauche| Portrait de Johann Theodor Susemihl, épreuve lithographique en noir, signé Boilly et datée 9 juin 1802 (Paris, BnF)« Th. Susemihl : le 9 juin 1802 / L. Boilly », notice du catalogue général numérisé de la BnF.. La lithographie est introduite en France en grande partie grâce au général Louis-François Lejeune qui la découvre dans l'atelier munichois d'Aloys Senefelder au début des guerres napoléoniennes, car Napoléon Bonaparte avait envoyé une mission présidée par Vivant Denon qui rencontra également SenefelderLe Men, Universalis, 2008, .. Le neveu de Senefelder, Édouard Knecht, plus tard, devait en 1818 s'installer à ParisPage consacrée à Édouard Knecht, sur le site des Amis de L'Isle-Adam..