Jacques Éléonore Louis Godefroy Cavaignac, né à Paris le et mort le , est un nouvelliste et journaliste républicain, principal opposant à la monarchie de Juillet.
Biographie Enfance et Jeunesse Né le 10 prairial an VIII (le Pierre Givaudon, Chronique des Cavaignac, t. 1, Vendôme, Éditions du Cherche Lune, 2010, p. 39.), Godefroy Cavaignac est le fils de Jean-Baptiste CavaignacJean-Baptiste Cavaignac est parfois confondu avec l'un de ses frères prénommé également Jean-Baptiste, qui fut baron mais ne porta pas la particule., député à la Convention, et de Marie-Julie de Corancez appelée Juliette, et le frère aîné de Louis-Eugène Cavaignac. Son père ayant été nommé directeur des Domaines, de l'Enregistrement et des Eaux et Forêts du royaume de Naples auprès de Joseph Bonaparte puis de Joachim Murat, il y passe son enfance de 1808 à 1812. À la Restauration, son père doit quitter la France en tant que régicide. Il s’exilera à Bruxelles. Sa mère reste à Paris avec ses trois enfants, vivant dans une semi-pauvretéJulie Cavaignac, Les Mémoires d'un inconnue, Plon, 1894. .. Il entre au collège Sainte-Barbe puis suit des études de droit.
Il est d’abord journaliste à La Tribune des Départements d’Armand Marrast et fait partie de la société Aide-toi, le ciel t’aidera créée en 1827 pour, faire gagner le plus grand nombre de sièges aux députés libéraux aux prochaines élections. C’est dans la maison qu'il partage avec son frère Eugène, rue de Sèvres, que se retrouvent les étudiants républicains cherchant à politiser les ouvriers des quartiers populaires (Saint-Marcel et Saint-Victor)Jeanne Gilmore, La république clandestine, Éditions Aubier, coll. Histoires, 1997..
Révolution de Juillet thumb|360px|left|Attaque du Louvre le 29 juillet 1830, musée Carnavalet. En il participe activement aux Trois Glorieuses et à la prise du Louvre avec un groupe d’étudiants partis du Panthéon le à 7 heures du matin.
Le soir du , Adolphe Thiers, par crainte des troubles, amène les chefs républicains militaires (Bastide, Cavaignac, Charles Thomas, Guinard et Joubert) au Palais-Royal saluer le duc d'Orléans, qui venait d’être nommé Lieutenant-général du Royaume : .
Monarchie de Juillet Après l’avènement de la monarchie de Juillet, il est nommé officier d'artillerie dans la Garde nationale par La Fayette. Tout en continuant d’écrire dans La Tribune des Départements, il est membre de trois sociétés rassemblant tous les déçus de la révolution : la Société des amis du peuple, la Société des droits de l'homme et l’Association en faveur de la presse patriote (délégué du département de la Seine pour cette association). Durant les premiers temps de la monarchie de Juillet, avant que la loi sur les associations ne soit durcie, ils peuvent se réunir publiquement.
Procès de 1831 vignette|Portrait de Godefroy Cavaignac dessiné par Philippe-Auguste Jeanron, musée Carnavalet.
En , Godefroy Cavaignac et Ulysse Trélat, ainsi que huit autres républicains, sont accusés d'avoir tenté une insurrection républicaine au moment de la démission du général La Fayette, coïncidant avec le procès des ministres de Charles X. L'avocat Michel de Bourges les défend dans ce procès mais n'empêchera pas Godefroy Cavaignac de faire de son procès une tribune pour ses idées : Il se trouvera comme alibi que les républicains n’ont nul besoin de comploter (contrairement aux bonapartistes et aux légitimistes) puisque la République est inéluctable : . Il explique en quoi il n’est pas d’accord avec la monarchie de Juillet : Toutes les citations du plaidoyer de Cavaignac à son procès de 1831 sont extraites de l’ouvrage d’Henriette Dardenne, Godefroy Cavaignac (fils d'Eugène Cavaignac), 1969, sans éditeur.. Il reproche à l’actuel gouvernement de ne pas être intervenu en faveur de la Pologne et de l'Italie. Il considère qu’il est du devoir de la France de libérer les peuples du despotisme. Acquitté avec ses coaccusés, il fut porté en triomphe par plus de trois mille manifestants et, le soir, un grand nombre de maisons furent illuminées.
Son plaidoyer lui permit d’acquérir une immense renommée dans toute la France, au point, qu’Armand Barbès, arrivé à Paris en 1832, répondra à Étienne Arago, qui lui proposait de le faire entrer gratuitement à son théâtre : Roger Merle, Armand Barbès, un révolutionnaire romantique, Éditions Privat, 1977..
Sainte-Pélagie En 1834, la Société des droits de l'homme se consacre à entretenir une agitation aussi républicaine que permanente contre la monarchie de Juillet. Ses têtes pensantes sont les deux frères François et Étienne Arago, Louis Blanc, Victor Schœlcher, Ledru-Rollin, Blanqui et Cavaignac. Ils organisent la nuit d'émeutes du , pendant laquelle douze habitants d'un immeuble de la rue Transnonain, d'où était parti un coup de feu, furent massacrés par l'arméeCet événement inspira, le Massacre de la rue Transnonain, célèbre dessin d'Honoré Daumier..
Le , 164 « conjurés » sont arrêtés et transférés à la prison de Sainte-Pélagie. Godefroy parvient à se cacher chez des amis durant plusieurs mois. Il se rend de lui-même à Sainte-Pélagie le Pierre Givaudon, Chronique des Cavaignac, Éditions du Cherche-Lune, 2010.. Le procès des conjurés eut lieu le Affaire du mois d'avril 1834, France, Cour des pairs, éd. Imprimerie royale, 1835. devant la Chambre des pairs qui refusent aux prisonniers le droit de s’exprimer pour se défendre. Les accusés refusent de comparaître. Ils sont jugés et condamnés sur pièce à la déportation.
Le , Godefroy organise en sortant avec 26 autres prisonniers (dont Armand Marrast et Joseph Guinard) de cette prison parisienne pourtant réputée , grâce à un souterrain dégagé sous la prison et donnant accès au jardin d’une maison mitoyenne. Armand Barbès les y attendait, s’assurant que la propriétaire de la maison ne donne pas l’alerte.
Exil vignette|Godefroi Cavaignac. Il se cache quelques jours à Paris avant de s'enfuir en Angleterre, après l’attentat de Fieschi le , auquel on l’accuse d’avoir participé en fournissant des armes aux conspirateurs. Il partage son exil avec Armand Marrast et Joseph Guinard. Entre 1836 et 1837, rejoints par Étienne Cabet, ils forment un comité secret républicain qui inquiète le ministre de l’Intérieur français, qui écrit au préfet de Nantes : Lettre du ministre de l'Intérieur Gasparin au préfet de Nantes du 14 juillet 1837. Cité par Jeanne Gilmore, p. 249..
En 1836 à Londres, il rencontre Armand Carrel. Ils ont une longue discussion où il dément avoir fourni des armes à Fieschi contrairement à ce qui avait été écrit dans Le National. À partir de , après la mort d’Armand Carrel au cours de son duel avec Émile de Girardin, le nouveau directeur du National lui propose une collaboration. Il envoie, irrégulièrement, quelques articles, notamment sur la situation des ouvriers en Angleterre et en Irlande.
La Réforme thumb|right|upright|Gisant au cimetière de Montmartre. Godefroy Cavaignac rentre d’exil en . Pour ne pas être inquiété par le gouvernement, il laisse croire que les sociétés républicaines ont été anéanties : Jeanne Gilmore, p. 278.. Il se lie d’amitié avec le jeune Louis Blanc qui vient de terminer son Histoire de dix ans sur la révolution de Juillet et les républicains.
En 1843, il participe à la création du journal La Réforme, dont Ledru-Rollin et Jacques Laffitte sont les principaux bailleurs de fonds, et qu'il codirige avec Ferdinand FloconJeanne Gilmore, ..
Après une longue maladie (une pleurésie), il meurt le . Ses amis républicains lui feront de grandes funérailles au cimetière de Montmartre, où il sera gratifié d'un gisant en bronze de François Rude et d'Ernest Christophe.
Publications Une tuerie de cosaques, scènes d’invasion, roman, Charles-Bechet Libraire, Werdet Éditeur, Paris, 1831. Introduction à l’ouvrage collectif Paris révolutionnaire, Paris, Guillaumin, 1833. Romans militaires, Vanier Éditeur 1868. Recueil de nouvelles comprenant Une tuerie de cosaques, Un jeune homme d’autrefois, Une rencontre, Est-ce vous ?, Les deux dragons, Episodes de et Une scène à la Salpétrière.
Postérité vignette|Statue de Godefroy Cavaignac sur la façade latérale (rue Rivoli) de l'Hôtel de ville de Paris. Une rue située dans le de Paris, porte son nom. Une avenue située dans Saint-Maur-des-Fossés, porte son nom.
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Victor Bouton, Profils révolutionnaires, Paris, chez tous les libraires, 1849. Joachim Ambert, Portraits républicains : Armand Carrel, Godefroy Cavaignac, Armand Marrast, Paris, Libraire internationale, 1870. Philibert Audebrand, Nos révolutionnaires, Paris, Frinzine, 1886. Jeanne Gilmore, La République clandestine, 1818-1848, Éditions Aubier, Collection Histoires, 1997, Paris. Pierre Givaudon, Chronique des Cavaignac, 3 vol., Vendôme, Éditions du Cherche-Lune, 2010. Alexandre Dumas (père), Mes Mémoires, 10 vol., Paris, Lévy, 1863-1884 : nombreux passages sur Godefroy Cavaignac.
Iconographie Portrait de Godefroy Cavaignac par David d'Angers, dans : Revue Historique et Archéologique du Maine, Le Mans, 2005, t.CLVI . Portrait de Godefroy Cavaignac par Jean-Charles Langlois, 1839, huile sur toile conservée au château de Versailles.
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