L'islam est aujourd'hui la deuxième religion en France après le catholicisme. en nombre de pratiquants, la troisième en nombre de lieux de culte après le protestantisme. La communauté musulmane française est aussi la première en Europe. Essentiellement issues de l'immigration connue par la France à partir des années 1960, les populations musulmanes sont aujourd'hui souvent de deuxième, de troisième voire de quatrième génération.

En l'absence de recensements officiels portant sur la religion, il est assez difficile de chiffrer avec précision le nombre de musulmans en France. Les évaluations les plus récentes se situent dans une fourchette allant de de musulmans (selon une estimation de l'Observatoire de la laïcité en 2019) à de personnes ayant une « origine musulmane » (selon une estimation de François Héran en 2017) en fonction des méthodes de calcul retenues pour les estimations.

Le Pew Research Center estimait en 2017 que les musulmans étaient en 2016 en France, soit 8,8 % de la population. Par projection, le même centre de recherche estime qu'en 2050 en France entre 12,7 % et 18 % de la population sera musulmane, ce nombre variant en fonction de la quantité d'immigration vers la France..

Selon une étude de l'INED et l'Insee dont les résultats ont été publiés en 2023, parmi la population de 18 à 59 ans en France métropolitaine, il y avait en 2019-2020, 10 % de personnes se déclarant musulmans (contre 51 % se déclarant sans religion et 38 % se déclarant chrétiens)La diversité religieuse en France : transmissions intergénérationnelles et pratiques selon les origines, Insee, 30 mars 2023.

La grande majorité des musulmans de France appartient au courant principal de l'islam, le sunnisme.

Historique

À la naissance de l'islam, en 610, les habitants de l'Europe occidentale sont probablement informés de cette nouvelle religion qui se rapproche d'elle en attaquant l'Empire byzantin en 636 (après la bataille de Yarmouk) l'Arabie (623-632), le Machrek avec Jérusalem (634-638), l'Égypte (639-643), le Maghreb dès 647, la Sicile et la Calabre en 652 et enfin Carthage en 698. L'histoire de l'islam en France actuelle commence véritablement en 704 quand la Corse, pas encore française, subit une razzia par ceux qui sont appelés alors Sarrasins.

Les Pyrénées-Orientales du duché d'Aquitaine et la province de Septimanie (approximativement l'ancienne région du Languedoc-Roussillon) sont razziées en 717. La Septimanie est envahie et occupée pendant quarante ans de 719 à 759. Son wali (gouverneur) dépend du wali d'al-Andalus et siège dans la cité de Narbonne qui est utilisée comme base pour les razzias : Carcassonne, Béziers, Agde et Nîmes sont prises en 725, puis Avignon et Autun sont razziés et Lyon est occupée la même année. La cité de Luxeuil est razziée en 731, Bordeaux et Sens en 732, mais les Sarrasins sont défaits à Poitiers en octobre par le chef franc Charles Martel et le Duc d'Aquitaine Eudo d'Aquitaine. Les Sarrasins occuperont plusieurs cités de Provence de 734 à 739 : Avignon, Arles, et Marseille. L'occupation de Narbonne par les troupes musulmanes prend fin en 759 avec l'expédition de Pépin le Bref.

La région de Valence et les Alpes sont razziés de la fin du au . Les Sarrasins s'installent à Fraxinet dans le massif des Maures de 889 à 975.

Pendant les croisades (1095-1291), des marchands (ou des étudiants) musulmans sont présents à Montpellier au cours du siècle. Entre le et siècles, des esclaves musulmans sont importés en Roussillon, Languedoc et Provence.

En 1536, l'alliance franco-ottomane qui durera jusqu'à la campagne d'Égypte en 1798, tente de mettre fin au corso des barbaresques. Entre 1609 et 1611, des milliers de Morisques espagnols se réfugièrent en France.

Les razzias des barbaresques qui firent 1,3 million d'esclaves européens (sans compter la période médiévale, ainsi que les razzias marocaines et de l'Est de la Méditerranée) seront définitivement arrêtées après la prise française d'Alger en 1830. La colonisation des XIXe et entraîne l'intégration de plusieurs territoires musulmans à la République française, et notamment d'un département de plein exercice avec l'Algérie, faisant de l'islam la seconde religion de l'empire français.

Pendant la Première Guerre mondiale, Nord-Africains viennent travailler en France métropolitaine, et d'autres sont enrôlés dans l'armée.

La France devient l'un des premiers pays d'immigration au monde.. La grande mosquée de Paris est inaugurée en 1926, afin d'offrir un lieu de culte aux musulmans de Paris, de plus en plus nombreux.

En 2002, avec l'objectif de réguler les activités religieuses musulmanes en France, le ministère de l'Intérieur fonde le Conseil français du culte musulman (CFCM).

L'île de Mayotte accède en 2011, à la suite d'un référendum, au statut de département d'outre-merLa transformation a lieu à l'occasion du renouvellement du conseil général en mars 2011 (Les conséquences de la départementalisation, préfecture de Mayotte (voir archive) )., devenant ainsi le premier département français à majorité musulmane (95 % de la population.) depuis l'indépendance de l'Algérie.

Démographie Un chiffrage interdit et des analyses divergentes Par principe, la République française s'interdit de poser la question de l'appartenance religieuse dans les recensements légaux, qui sont obligatoires. Cette interdiction est réaffirmée dans l'article 8 de la loi du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés.. L'Insee étudie toutefois l' dans un cadre sociologique.. L'INSEE et l'INED ont coréalisé une étude parue en 2008, utilisant des données d'enquêtes réalisée en 2005Régnier-Loilier, A. et Prioux, F. (2008). La pratique religieuse influence-t-elle les comportements familiaux ? Population & Sociétés, n°447, 1-4. DOI : 10.3917/popsoc.447.0001.

Les sociologues s'appuient donc sur plusieurs types d'informations : les sondages commandés par divers organismes sont pris avec précaution car se déclarer catholique, protestant ou musulman peut recouvrir des réalités très différentes.

Les chiffres fournis par les institutions religieuses elles-mêmes sont également utilisés, non seulement pour le nombre de croyants qu'ils revendiquent, mais surtout pour les éléments indiquant les pratiques : régulières comme l'assistance à la prière ou le jeûne du ramadan ou ponctuelle pour les grands évènements tels que mariages et enterrements religieux..

Selon Olivier Roy, en France, et plus généralement en Europe, la catégorie « musulmans » est une catégorie « néo-ethnique » non associée à la religiosité (on peut donc parler éventuellement de « musulmans athées ») mais à une identité « acquise par la naissance et l'origine ». Cette identité de groupe différencie les musulmans non pas des « chrétiens croyants » mais, en France, des « Français de souche »..

Ceci explique que les différentes estimations arrivent à des chiffres parfois très différents selon que l'on définisse comme musulman une personne de foi musulmane ou tout simplement une personne appartenant à cette catégorie « néo-ethnique » quelle que soit sa confession.

L'islam représente la deuxième religion en France après le catholicisme.

Alain Boyer, se fondant sur le recensement de population de 1990, estime le nombre de musulmans potentiels à Kamel Kateb, « De l'étranger à l'immigré, et de l'ethnique au religieux : les chiffres en question ? », in L'islam en France, ., mais plusieurs des données qui composent ce chiffre sont de simples estimations. En 1992, les jeunes d'ascendance algérienne se déclaraient à 30 % sans religion (si les deux parents étaient Algériens), voire à 60 % (si un parent seulement était Algérien)Michèle Tribalat, L'islam en France, , ..

D'autres estimations avancent un nombre de musulmans compris entre au recensement de 1999 : ce recensement a en effet été complété par une enquête Familles, qui permet d'en exploiter mieux les données. En 2004, Michèle Tribalat, démographe à l'Institut national d'études démographiques (Ined), estime ainsi le nombre de personnes vivant en France susceptibles, d'après leur pays d'origine ou leur filiation sur trois générations, d'être musulmanes, à en 1999, dont d'adultes et d'électeurs potentiels (estimation revue en 2009 et estimée par la démographe à environ en 2005)Michèle Tribalat, « Le nombre de musulmans en France : qu'en sait-on ? », L'islam en France, .. Kamel Kateb, dans le même ouvrage, donne à partir de calculs différents des estimations proches : de personnes originaires par un de ses ascendants de pays à majorité musulmaneKamel Kateb, , ., et de personnes appartenant à un ménage dont la personne de référence est originaire d'un pays à majorité musulmaneKateb, , .. Les deux auteurs soulignent que ces estimations concernent le nombre de musulmans potentiels, c'est-à-dire dont un ou plusieurs des ascendants directs sont issus d'un pays à majorité musulmane. Parmi ces « musulmans potentiels » sont donc incluses des personnes qui ne se décriraient pas comme musulmanes et qui sont peut-être d'une autre religion, agnostiques ou athées..

Michèle Tribalat estime le nombre de personnes pouvant être musulmanes en 2005 d'après leur filiation (sur trois générations) à environ . Plus des deux tiers résident dans les agglomérations urbaines de ou plusMichèle Tribalat, Michèle Tribalat : "L'islam reste une menace", Le Monde, 13 octobre 2011.

En 2007, selon deux sondages de l'Ifop et de la Sofres, 3 % des répondants se déclaraient de religion musulmane..., soit 1,842 million de musulmans.

Le sondage CSA pour Le Monde des religions, publié en , donnait un chiffre de 4 %Sondage publié en janvier 2007 dans Le Monde des religions, soit de musulmans.

D'après une étude publiée par l'INED et l'INSEE en , à partir de l'enquête Trajectoires et Origines réalisée en 2008, parmi les de Français de 18 à , il y a de personnes s'identifiant comme musulmans indépendamment de leur pratique religieuse, soit 7,9 % de cette tranche d'âge (dont entre )Site "Trajectoire et Origine" de l'INED. L'auteur précise que les personnes de « culture musulmane », c'est-à-dire venant d'une famille musulmane mais se déclarant sans religion ne sont pas comprises dans cette estimation, ce qui explique le décalage avec les chiffres fournis par les estimations habituelles. Entre 20 et 30 % des enfants nés en France d'immigrés originaires du Maghreb se déclarent sans religion.

En 2010, le Département d'État des États-Unis et The World Factbook estiment le nombre de musulmans en France entre 5 et 10 % de la populationDépartement d'État, Background Note:France, mise à jour le 18 août 2010, consultée le 14 septembre 2010CIA, [Notice France], mise à jour le 7 septembre 2010, consultée le 14 septembre 2010.

Une étude conduite en 2011 par le Pew Research Center s'attache à établir l'évolution de la population musulmane dans la démographie mondiale. Pour la France, le Pew Research Center établit un total de de confessions musulmanes en 2010 (7,5 % de la population totale française), et prévoit une augmentation à 10,3 % de la population française en 2030.. Cela fait de la France le premier pays d'Europe occidentale à la fois en nombre et en pourcentage de « musulmans » ..

En 2012, Michèle Tribalat estime, à partir de l'enquête Trajectoires et origines (TeO) réalisée par l'INED et l'INSEE en 2008, à le nombre de musulmans déclarés (soit 6,8 % de la population de France métropolitaine) et à le nombre de personnes dont au moins un parent est musulman, soit respectivement 34 % et 41 % de l'ensemble de la population d'origine étrangère (sur deux générations uniquement). Quant aux naissances, toujours d'après l'enquête Trajectoires et origines, pour les enfants nés en 2006-2008, un peu moins de 20 % d'entre eux auraient au moins un parent musulmanIslam et immigration face au déclin démographique européen : derrière les fantasmes, la vérité des chiffres, Michèle Tribalat, 17 octobre 2012.