Les Therapeutae (grec : Θεραπευταί Therapeutai ; féminin : Therapeutrides), ou Thérapeutes, sont les membres d’une secte juive hellénisée, appauvrie, chaste, solitaire, ascétique et contemplative, décrite par le philosophe juif Philon d’Alexandrie qui les rapproche des Esséniens dans son livre qui en demeure le seul témoignage. Par la suite, Eusèbe de Césarée, Jérôme de Stridon, Épiphane de Salamine, apologètes chrétiens des , en parlent. Pour eux, ce sont des précurseurs du christianisme et nombre d'entre eux seraient devenus des disciples de l'évangéliste Marc, mais la plupart des critiques mettent fortement en doute cette affirmation.
Sources Il n'existe qu'une seule source mais qui semble être un témoignage direct : l'ouvrage de Philon d'Alexandrie De vita contemplativa, écrit dans la première moitié du de notre ère.
Aucun écrit de ce courant des Thérapeutes, vraisemblablement disparu lors de la répression de la grande Révolte des exilés de 115-117, ne subsiste : .
Les siècles suivants et malgré la disparition de la secte juive, les Pères de l'Église, Eusèbe de Césarée (v. 265-339), Jérôme de Stridon (347-420) ou Épiphane de Salamine (v. 315-403), font cas de ces Therapeutae.
Leur nom . Quoique le mot porte aussi le sens de « soigner » ou « guérir » (thérapeuein, θεραπεύω), il désigne ici une fonction précise : « servir » un dieu ou lui rendre un culte.
Le philosophe grec Platon, un des grands inspirateurs de Philon, l'atteste en utilisant le mot dans l'une de ses œuvres appelée Gorgias, pour parler de . Dans Les Lois, écrit de vieillesse du même auteur, Ainsi, dans Phèdre (252C) . .
Selon Philon, c'est le nom que les Thérapeutes se donnaient eux-mêmes, en revanche on ne connaît pas le nom que leur donnaient leurs contemporains ou leurs adversaires.
Historicité et origines À la naissance de la critique historique sur ces questions, il y a deux siècles, les Thérapeuthes étaient considérés comme un groupe idéal et fictif, sorti de l'imagination de Philon d'Alexandrie. Toutefois, selon Simon Claude Mimouni, .
. . Reprenant tant les indications de Philon que la description qu'il en fait, certains critiques estiment que les Thérapeutes sont apparentés aux Esséniens.
Une partie significative de la critique y voit un C'est notamment le cas de Marcel Simon, Pierre Geoltrain, Robert Eisenman, Pierre Miguel, F. Daumas., même si ces critiques . Pour sa part, sans expliquer pourquoi, Simon Claude Mimouni émet des doutes au sujet de cette thèse. Il rejoint les autres historiens pour d'autant, ajoute-t-il, .
Localisation
Selon ce qu'en dit le philosophe juif Philon d'Alexandrie (né vers 20 av. J.-C. et mort en 50 ap. J.-C.), qui semble les avoir connus personnellement, il s'agit d'un groupe religieux, dont une importante communauté composée d'hommes et de femmes vivaient au bord du lac Maréotis, près d'AlexandriePhilon d'Alexandrie, De vita contemplativa, , 2. et à partir de tous les lieux, ceux où existaient des Thérapeutes, les meilleurs parmi eux
Cette localisation au bord du lac Maréotis, , attire l'attention des critiques .
Description vignette|Représentation d'un Essénien (Chronique de Nuremberg, 1493) D'entrée de jeu, Philon compare les Thérapeutes aux Esséniens dont il dit avoir traité dans d'autres de ses livres. Selon André Paul, Philon note une différence entre les deux groupes : les Esséniens , alors que les Thérapeutes sont voués à la théôria ou vie contemplative. Toutefois, pour Simon Claude Mimouni, cette opposition entre actifs et contemplatifs concerne deux catégories : « les jeunes » qui sont actifs et « les anciens » qui sont contemplatifs.
. Ce sont des Juifs pieux . Il n'y a aucun esclave dans la communauté. Les repas semblent cultuels et le service de table est exercé par des diakonoi (des diacres). Ces servants appartiennent à la catégorie des « jeunes ». Les Thérapeutes renoncent . Ils vivent donc . Ils prient en commun deux fois par jour, le matin et l'après midi. À part cela constitue . Ils manifestent . Ils observent .
Philon les présente donc comme et respectant . Pour Simon Claude Mimouni, il s'agit donc .
Il y a des femmes dans la communauté. Les Thérapeutes sont célibataires et la plupart des femmes sont appelées « vierges âgées ». La virginité est la conséquence du retrait total de la cité. Cette présence féminine .
Témoignage de Philon vignette|Représentation de Philon d'Alexandrie (1584) Le philosophe juif Philon d'Alexandrie (né vers 20 av. J.-C. mort en 50 ap. J.-C.) les décrit comme des contemplatifs, « philosophes » juifs, vivant hors du temps ; . Leurs conditions de vie s'apparentent fort à celles du monachisme des futures lauresPhilon d'Alexandrie, De vita contemplativa, , 22., et ils sont « les meilleurs » d'un genre d'hommes qui se vouent à et qui Philon d'Alexandrie, De vita contemplativa, , 21..
Philon se sert d'une polarité familière dans la philosophie grecque entre la vie active et la vie contemplative, en donnant les Esséniens comme exemple de vie active, une autre secte à l'ascétisme sévère, et la vie contemplative que mènent les Thérapeutes dans le désert.
Selon Philon, ils vivent chastement et dans la plus grande simplicité ; ils « avaient en premier lieu prévu la tempérance comme une sorte de fondement sur laquelle l'âme s'appuierait pour construire sur cette base d'autres vertus » (Philon). Ils se consacrent à la vie contemplative, et leurs activités pendant six jours de la semaine sont faites d'ascèse, de jeûne, de prière solitaire et de l'étude des Écritures dans leurs cellules isolées, dont chacune comportait un sanctuaire saint et séparé et une cour fermée:
« L'intervalle tout entier de l'aube au soir, est consacré aux exercices spirituels. Car ils lisent les Saintes Écritures et traduisent en pensée et en allégorie leur philosophie ancestrale, puisqu'ils regardent les significations littérales, comme symboles d'une nature intérieure et cachée qui se révèle en idées voilées. » Philon, paragraphe 28
Outre le Pentateuque, les Prophètes et les Psaumes, ils possèdent des écrits secrets (apocryphes) appartenant à leur tradition propre, et qui comprennent des formules pour des interprétations numérologiques et allégoriques.
Ils renoncent à la propriété et suivent une discipline sévère : .
Ils , note Philon. Depuis Alexandrie, on afflue pour pouvoir le trouver.
Le septième jour, les Therapeutae se réunissent dans une maison pour y entendre des prédications, les hommes d'un côté et, par pudeur, les femmes de l'autre. Une fois toutes les sept semaines, ils se réunissent pour une longue veillée nocturne, après un banquet où ils se servent les uns les autres, parce qu' (Philo, para.70) et ils chantent des hymnes antiphonés jusqu'à l'aube.
Postérité . Ce thème occupe une grande place dans la spiritualité juive de l'époque. On le retrouve notamment dans les manuscrits que l'une des tendances d'Esséniens a écrits et que l'on a découverts dans des grottes à proximité de Qumrân. On trouve ce même thème du désert appliqué à Jean le Baptiste dans les évangiles utilisant d'ailleurs la même citation que le scribe qui semble avoir ajouté cette citation dans la Règle de la communautéJean Starcky, Le Maître de Justice et Jésus, Éd. Gallimard/Le Monde de la Bible, Paris, 2000, ..
Dans son Histoire ecclésiastique, Eusèbe de Césarée, auteur chrétien du , décrit les Thérapeutes de Philon comme les premiers moines chrétiens, identifiant leur renonciation à la propriété, leur chasteté, leurs jeûnes et leurs vies solitaires à l'idéal cénobitique des moines. Pour Eusèbe, les Thérapeutes auraient été parmi les premiers chrétiens convertis par Marc, envoyé de Jérusalem pour répandre le message chrétien. Pour Simon Claude Mimouni, si les autres Pères de l'Église, comme Épiphane, ou saint Jérôme disent la même chose, c'est parce qu'ils reprennent les informations d'Eusèbe, sans aucune critique. Pour Mimouni, .Toutefois, d'autres critiques ne sont pas aussi catégoriques que Mimouni.
Malgré cette exaltation du désert et ce qu'écrivent les Pères de l'Église, Simon Claude Mimouni estime qu'on ignore si le souvenir des Thérapeutes .
Eusèbe de Césarée Pour Eusèbe de Césarée, les Thérapeutes de Philon sont les premiers disciples du mouvement créé par Jésus convertis par Marc. Pour lui Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, T. , chapitre ..
Comme les premiers ermites chrétiens du désert égyptien (la Thébaïde), ils vivent en ermites ou anachorètes, plutôt qu'en communauté, comme plus tard devaient le faire les communautés cénobitiquesConstantine Scouteris, University of Athens THE THERAPEUTAE OF PHILO AND THE MONKS « The semianchoritic character of the Therapeutae community, the renunciation of property, the solitude during the six days of the week and the gathering together on Saturday for the common prayer and the common meal, the severe fasting, the keeping alive of the memory of God, the continuous prayer, the meditation and study of Holy Scripture were also practices of the Christian anchorites of the Alexandrian desert ». ..
« Le caractère semi-anachorétique de la communauté des Thérapeutes, la renonciation à la propriété, la solitude pendant les six jours de la semaine et le rassemblement du samedi pour la prière commune et le repas en commun, la sévérité du jeûne, la sauvegarde vivante de la mémoire de Dieu, la prière continue, la méditation et l'étude de l'Écriture Sainte sont également des pratiques des anachorètes chrétiens du désert d'Alexandrie ». Scouteris, Les Therapeutae de Philon et les moines comme Therapeutae selon le Pseudo-Denys.
Épiphane et Jérôme de Stridon Épiphane de Salamine .
Pseudo-Denys On connaît une référence secondaire aux Therapeutae grâce au Pseudo-Denys l'Aréopagite (), qui signale que « Certaines personnes ont donné aux ascètes le nom de « Therapeutae » ou de serviteurs, alors que d'autres leur ont donné celui de moines ». Le Pseudo-Denys cependant décrit déjà un ordre chrétien ascétique extrêmement organisé.
Influences L'influence la plus évidente est celle des Esséniens avec qui Philon d'Alexandrie les compare et qui partagent avec eux plusieurs similarités y compris l'usage d'un calendrier différent des autorités du Temple de Jérusalem comme les auteurs de la centaine de manuscrits de la mer Morte qui désignent leur groupe sous le nom de Yahad et qui sont probablement une des quatre tendances d'Esséniens.
On a émis des hypothèses sur diverses influences qui peuvent être à l'origine des Thérapeutes. Le Livre d'Hénoch et les Jubilés sont des exemples de la tradition hébraïque sur les valeurs mystiques des nombres et les interprétations allégoriques, sans qu'il faille remonter à Zoroastre ou aux Pythagoriciens, mais on trouve aussi cela dans les écrits du Yahad retrouvés dans des grottes près de Qumrân. C'est probablement aussi un nazôréen palestinien qui a écrit au le Livre d'Hénoch qui a été conservé en langue slave. Dans le même genre apocalyptique, des fragments de Hénoch en hébreu et en araméen sont retrouvés parmi les manuscrits de la mer Morte. Avant cette découverte, Hénoch n'était connu que par sa version éthiopienne composé dans des milieux chrétiens de cette région, à partir d'une version grecque. L'existence d'une version grecque considérée comme un texte de référence dans les milieux proto-chrétiens au est attestée qui figure dans le Nouveau Testament et censée avoir été écrite par le frère de Jésus de même nom. Pour François Blanchetière, . Si après la défaite de la Grande révolte juive (70), il n'avait existé que le seul mouvement rabbinique, cette littérature aurait en effet disparu.
Un nombre significatif de critiques voient chez les Thérapeutes un « essénisme alexandrin »..
Notes et références
Voir aussi Bibliographie . . . . . . . . . .
Liens externes
André Paul, Les Thérapeutes : de l'idéal contemplatif des fils d'Israël dans l'Égypte du Ier siècle
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