Le Kosovo ou Kossovo.. (en albanais ou la forme définie ; en serbe et ), en forme longue la république du Kosovo. (en albanais ; en serbe et ), est un État au statut contesté situé en Europe du Sud, plus particulièrement dans les Balkans, en ex-Yougoslavie.

Sa déclaration d'indépendance le , avec Pristina comme capitale, est contestée par la Serbie, pour qui il s'agit d'une province autonome, la province autonome de Kosovo-et-Métochie (en , )La deuxième partie du nom provient de Métochie ou Métochion, qui veut dire « dépendant d'un monastère orthodoxe » en grec. À la suite de la sécession de cette région avec la Serbie, cette dénomination fut abandonnée dans l'usage international mais toujours utilisée par les autorités de Belgrade.. L'indépendance du Kosovo n'est pas reconnue non plus par l'Organisation des Nations unies, ni par l'Union européenne (dont seuls sur 27 reconnaissent l'indépendance du pays). En , sur les , ont reconnu l'indépendance du Kosovo, sont contre et cinq autres se sont abstenus.. En revanche, depuis 2016, le pays est reconnu par la FIFA et le Comité international olympique et peut donc se présenter à la Coupe du monde de football et aux Jeux olympiques.

Le gouvernement kosovar exerce de facto son pouvoir sur la majorité du territoire. Sa partie nord, 15 % de la région, avec une population à majorité serbe« L'Occident invite le Kosovo à se passer de l'aide internationale » sur le site EurActiv., est contrôlée par les Serbes du Kosovo et revendique son maintien au sein de la Serbie.. Un échange territorial avec la vallée de Preševo, peuplée majoritairement d'Albanais, est régulièrement évoqué..... afin de régler le conflit.

Ce pays à majorité albanaise et ayant une minorité serbe a appartenu à différents États lors de son histoire. Le territoire est occupé par l'Empire ottoman en 1459 et fait partie de la Serbie à partir du traité de Bucarest de 1913 mettant fin à la deuxième guerre balkanique. Il devient, après la Seconde Guerre mondiale, une province autonome des différentes Yougoslavies, avant d'être placé sous administration de l'ONU le en vertu de la du Conseil de sécurité des Nations unies reconnaissant l'intégrité territoriale de la Serbie, à la suite des violents conflits qui ont opposé les autorités serbes aux séparatistes albanais et à des bombardements de l'OTAN lors de l'opération Force alliée à la fin des années 1990. Depuis les accords de paix de Koumanovo, datés du , une force de l'OTAN, la KFOR, assure la paix et l'ordre dans cette région.

Le caractère disputé du Kosovo provient essentiellement de divergences politiques et historiographiques majeures entre Serbes et Albanais ethniques. L'arrivée des Serbes dans les Balkans est traditionnellement située en l'an 626 de notre ère avec l'Archonte non-nommé ; les Serbes modernes descendent principalement des populations slaves installées aux VIe et VIIe sièclehttps://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0092867423011352?. Les Albanais ethniques descendent quant à eux principalement d'un groupe Yamnaya installé dans les Balkans entre -2500 et -3000 .. L'historiographie albanaise présente les Albanais du Kosovo comme les descendants des habitants antiques du Kosovo, même en reconnaissant que certaines couches de peuplement aient pu être plus tardives ; l'historiographie serbe nie que les ancêtres des Albanais aient pu être présents en nombre significatif au Kosovo avant les Migrations Slaves et affirme que leur essor démographique fut tardif et aidé par l'Empire ottoman. Des chercheurs placent l'aire historique de développement de la langue albanaise sur les territoires des actuels Albanie, Kosovo et Macédoine du Nord. mais les Serbes exigent des preuves décisives et insistent sur le rôle économique, religieux et symbolique qu'a eu le Kosovo pour la Serbie du XIIe au XIVe siècle. Les Albanais ont plaidé pour leur droit à l'autodétermination quand les Serbes ont rejeté avec véhémence toute perspective de sécession, considérant ce territoire comme inaliénable à l'État serbehttps://assembly.coe.int/nw/xml/XRef/X2H-Xref-ViewHTML.asp?FileID=9277&lang=FR.

Cette querelle territoriale n'est pas réellement nouvelle, le Kosovo ayant plusieurs fois été disputé entre Albanais et Slaves par le passé, notamment au XIVe siècle avec et au XVIIIe siècle avec . Le conflit albano-serbe gagna cependant fortement en intensité à compter du XIXe siècle, corrélativement à l'émergence des nationalismes modernes, de l'État-nation et des pertes territoriales ottomanes continues dans les Balkans. Mesures impopulaires et imposées, mauvais traitements et extrémités de part et d'autre, détériorèrent fortement les relations entre Serbes -et dans une moindre mesure Monténégrins- d'un côté et Albanais de l'autre, entre les années 1830 et 1945. Les prises de pouvoir d'Enver Hoxha en Albanie et du Maréchal Tito en Yougoslavie au terme de la Seconde Guerre mondiale n'amoindriront les tensions que pour quelques décennieshttps://journals.openedition.org/balkanologie/460.

Dénomination La région possède différentes dénominations. Le nom Kosovo est parfois francisé en KossovoKossovo et Kosovo sont deux graphies avec un usage très partagé dans les diverses encyclopédies et dictionnaires ou autres documents jusqu'à la médiatisation de la région dans les années 1990 qui a distingué la seconde graphie, Kosovo est l'usage international., parfois conservé sous la forme albanaise Kosova., autrefois francisé en Cossovie. (adjectif : cossovar) ; d'autres variantes sont parfois utilisées : Kasova, Casova, Casoua. Le nom antique de Dardanie est de plus en plus employé.

Le terme « Kosovo », en serbe, désigne la vaste plaine constituant la partie orientale du pays telle qu'on le connaît actuellement. Le terme se rapporte à la bataille de Kosovo Polje, où l'armée serbe combattait les Ottomans qui voulaient occuper la Serbie.. Kos signifie « merle » en serbe (à rapprocher du grec ancien ) et est un suffixe serbe indiquant l'appartenance. Kosovo signifie donc « des merles », Kosovo Polje se traduisant par « Champ des Merles ».

Selon une autre étymologie, le nom serait derivé du turc ancien « Koh- soh- vah » signifiant aussi « Champ des Merles »..

Histoire

De la Préhistoire à l'Empire romain

thumb|left Les Illyriens apparaissent au , à une époque charnière entre l'âge du bronze et l'âge du fer. Ils constituent un royaume englobant une grande partie de la région balkanique. Les Illyriens sont considérés par certains auteurs comme les ancêtres directs, tant par leur culture que par leur langue, des actuels Albanais. Les Illyriens étaient divisés en plusieurs clans : les Taulantes, Ardianes, Dardaniens, etc. L'actuel Kosovo se trouvait alors essentiellement compris dans la région peuplée par les Dardaniens qui vivaient aussi dans une partie de l'actuelle Albanie du nord, au sud de la Serbie et au nord de la Macédoine du Nord jusqu'aux environs de Skopje. Après la conquête romaine, survenue aux alentours de 28 av. J.-C., les Dardaniens sont progressivement romanisés et l'ancienne colonie grecque de Naissus (actuelle Niš), située en Dardanie orientale, devient un carrefour stratégique de la province romaine de Mésie supérieure. Elle est même la ville natale de l'empereur Constantin qui fera de la Dardanie une province romaine à part entière en 284.

De l'Empire serbe médiéval à l'Empire byzantin

thumb|left|Le royaume de Bosnie et le despotat de Serbie en 1422 La chute de l'Empire romain marque le début de nombreuses invasions barbares slaves dans la péninsule balkanique, qui touchèrent aussi bien la Dardanie que les autres régions des Balkans. Dès le , des tribus déferlent en masse, parvenant à s'implanter jusqu'en Thessalie, et ce dans l'ensemble des Balkans, certaines tribus étant même allées jusque dans le Péloponnèse. En cette même période, les Avars s'installent dans la contrée, conquérant la majeure partie de l'actuel Kosovo, n'échouant que devant Lipljan car confronté à de forts contingents byzantins. La Rascie, y compris ses terres méridionales, passe de nouveau sous domination byzantine après la mort de Vukan en 1115. À la fin du , la dynastie serbe des Nemanjić parvient à étendre considérablement les terres slaves et à en déplacer le centre de gravité. À la mort de Dušan en 1355 et à la suite de la dissolution de l'empire serbe, la majeure partie du Kosovo se trouve alors sous la domination du prince serbe Vuk Branković. À cette époque, associé aux territoires du prince Lazar, le pays de Vuk Brankovič devient prospère. D'anciens marchés se transforment également en villes prospères comme Prishtinë, Vushtrri ou encore Pejë.

En 1371, la bataille de la Maritsa ouvre aux Ottomans la porte des Balkans.

Conquête ottomane

250px|thumb|left|Illustration de la bataille de Kosovo Polje. Dès le milieu du , les Ottomans obtiennent des Byzantins une tête de pont en Europe (péninsule de Gallipoli), puis se frayent en quelques décennies un chemin jusqu'au cœur des Balkans. Le sultan Mourad, fort de ses nombreuses conquêtes sur les anciens domaines byzantins, décide de lancer une offensive contre les pays balkaniques au printemps 1389, accompagné de ses fils Jakub et Bayezid. De l'autre côté, le prince Lazar Hrebeljanović parvient à réunir une puissante armée en ralliant ses alliés, dont Vuk Branković et le roi de Bosnie . La bataille de Kosovo Polje, le , ou « bataille du Champ des merles » (selon sa traduction en français), marque un tournant majeur dans l'histoire du Kosovo et de la Serbie : progressivement, les princes serbes acceptent de devenir vassaux du nouveau sultan .

En , une armée de croisés et de mercenaires venus de Hongrie, de Pologne, de Valachie, de Bohême et d'Allemagne, commandée par le chevalier hongrois Jean Hunyadi, traverse la Serbie et parvient jusqu'au Kosovo. Une grande bataille s'y engage du 17 au , contre l'armée du sultan , au cours de laquelle les croisés subissent un terrible revers.

En 1455, l'Empire ottoman fait un recensement ethnique des familles du Kosovo de façon à établir une politique de gouvernance, 46 étaient albanais et , ce document existe encore et se trouve dans les archives turques à Istanbul. Détail intéressant, le recensement turc touche aussi le nord de l'Albanie actuelle qui lui aussi est peuplé à très grande majorité de familles serbes, puisque sur 89 villages, 3 sont à majorité albanaise et 86 à majorité serbe. Le document est également connu sous le nom « habitants des terres des Branković ».... Le recensement de 1455 indique également qu'au Kosovo, il y a 480 communes, villes et villages (voir : Defter de 1455).

Au Kosovo, la conversion des Serbes à l'islam commence rapidement bien qu'elle reste faible dans cette partie de l'Empire. Dans certaines régions pauvres, il arrive que des villages entiers se convertissent afin de ne plus payer le djizîa et d'autres charges. L'invasion de l'Empire ottoman met fin également au système féodal qui régnait encore dans cette région. Les Ottomans, connaissant à cette époque une expansion culturelle sans précédent, transforment le pays au moyen d'une structure sociale et administrative beaucoup plus développée. Ils installent aussi des colons albanais convertis à l'Islam dans la région.

En 1557, Sokollu Mehmet Pacha décide d'accorder à l'Église serbe la restauration du patriarcat de Peć. Cependant, alors que l'empire des Habsbourg est en guerre avec l'Empire ottoman, les Autrichiens prennent des mesures pour favoriser la création d'une zone militaire tampon entre les deux territoires. Après l'échec du second siège de Vienne, en , l'Empire ottoman reflue face aux Autrichiens qui, avec l'aide des Serbes et de tribus albanaises catholiques, traversent le Kosovo en 1689 et parviennent jusqu'à Skopje en Macédoine.