Les Ouïghours ou Ouïgours (littéralement « unité » ; en ouïghour : ; en ) sont un peuple turcophone autrefois manichéen et aujourd'hui à majorité musulmane sunnite habitant la région autonome ouïghoure du Xinjiang (appelé Turkestan oriental par les Russes et Britanniques à la fin du et auparavant placé dans la « Tartarie chinoise ») en Chine et en Asie centrale.
Ils forment l'un des 56 groupes ethniques officiellement reconnus par la République populaire de Chine. Ils sont apparentés aux Ouzbeks. Leur langue turque est l'ouïghour. Originaires d'une région située entre la Selenga (en Mongolie) et le lac Baïkal (actuelle Bouriatie, en Russie), ils fondent le Khaganat ouïghour, situé sur l'actuelle Mongolie, de culture turque et de religion manichéenne, qui est le berceau de leur civilisation.
Allié de la Chine contre l'empire du Tibet, leur khaganat est détruit au par les Kirghiz, ce qui les oblige à s'installer plus au sud. .
À partir des années 2010, le gouvernement chinois mène une politique répressive contre la communauté ouïghoure, prenant la forme de camps d'internement, de stérilisation forcée et de mesures discriminatoires. Ces politiques sont parfois qualifiées de génocide ou de génocide culturel. vignette|Quartier historique de Kashgar.
Lexicologie de l’ethnie et de la langue Le nom de la langue peut s'écrire de nombreuses façons comme « ouïghour », « ouïgour », « ouigour », « ouighour », « uigur ». Ce nom a été rapproché de racines turques comme uy- « suivre, poursuivre » ou uya- « allié, parent ».
L'orthographe la plus fréquemment utilisée depuis les années 1990 et qui tend à devenir la norme est « ouïghour » en français. Le nom du groupe ethnique et de la langue est prononcé [] et s’écrit « » en écriture arabe du ouïghour (écriture officielle du ouïghour en Chine). L’utilisation de « gh » pour des noms propres qui ont le son [] est courante en français. Par exemple : Afghan, Gharb, Maghreb. C'est un phonème commun aux langues turques et mongoles.
Localisation géographique : le Xinjiang
Cette vaste région de Chine est connue sous divers noms : son nom officiel actuel — Région autonome ouïghoure du Xinjiang —, dérivé du terme utilisé par les Mandchous, peuple qui gouvernait la Chine sous la dynastie Qing ; dans l'Antiquité, lors de son contrôle par les Kouchans, indo-européens : Empire kouchan ( — ) ; depuis la dynastie Han jusqu'à la dynastie Tang, notamment sous le protectorat des Régions de l'Ouest et le Protectorat général pour pacifier l'Ouest : Régions de l'ouest () ; au et : Khanat dzoungar, ou, en Occident, Dzoungarie, qui était désigné comme faisant partie de la Tartarie chinoise (cette description incluait également la Mongolie, la Mandchourie et l'ensemble ou partie du plateau tibétain selon les époques, voir article Tartarie) ; pendant les conquêtes des empires européens dans la seconde moitié du et première moitié du : Turkestan oriental, lors de deux brèves républiques indépendantes comportant différents peuples turcs, Première République (1933-1934) et Seconde République (1944-1949) ; après la défaite de l’armée de l’empire Tang face aux armées musulmanes, composées d’Arabes du Califat abbasside, alliés à l'empire du Tibet, lors de la bataille de Talas, près de la rivière Talas au Kazakhstan (en 751), les territoires sont tour à tour contrôlés par l'Empire tibétain, puis brièvement par les Ouïghours du Khaganat ouïghour, alors alliés de la dynastie Tang, après avoir repoussé les Tibétains.
Religions avant l'arrivée de l'islam Les OuÏgours qui étaient, comme tous les peuples altaïques, chamanistes à l'origine, subirent l'influence du manichéisme, du bouddhisme et du christianisme nestorien, avant de s'islamiser.
Le manichéisme prit racine et se développa dans les différents États ouïghours jusque vers la fin du (voir les enluminures trouvées à Gaochang (ou Qoco)Sur la page Khocho : . près de Tourfan).
Le christianisme nestorien, qui atteignit la Mongolie et la Chine, fut aussi longtemps important chez les Ouïghours. En 1289 le khan mongol de l'Ilkhanat de Perse, Arghoun, envoie le moine ouïghour nestorien Rabban Bar Sauma en ambassade auprès du roi de France Philippe IV le Bel et du roi d'Angleterre Édouard , notamment pour leur proposer une attaque conjointe contre les Mamelouks. Il y a encore un évêché nestorien à Kachgar au .
Histoire
Origine ethnique Bien avant de se sédentariser d'abord en Mongolie, sous le khaganat ouïgour (744 à 848), puis dans différentes régions de Chine dont une importante partie de l'actuel Xinjiang, les Ouïghours ont été des nomades, comme de nombreux peuples turcs. Ils sont signalés entre la Selenga (actuelle Mongolie) et le lac Baïkal (actuelle Bouriatie, en fédération de Russie). En 657, ils furent les alliés des Chinois contre les Göktürks occidentaux, puis contre l'Empire tibétain, et enfin, contre la courte dynastie Yan (756 – 763) créée à la suite de la rébellion du général An Lushan de la dynastie Tang.
Les ossements trouvés dans les tombes associées à la culture ouïghoure des et sont en majorité ceux de type europoïde brachycéphale, avec de légères influences mongoloïdes. Les archéologues russes les jugent physiquement proches des Ouzbeks actuels. Selon les fresques, les Ouïghours sont représentés avec des traits plutôt mongoloïdes, ou plutôt europoïdes.
Les Ouïghours actuels ne descendent pas seulement des anciens Ouïghours, mais ont connu des apports ouzbeks, iraniens orientaux, et tokhariensI. Lebedynsky 2007, op. cit., . L'auteur utilise le terme de tourfano-koutchéen (pour tokharien), à partir de Tourfan et Kucha.. D'une manière générale, l'analyse génétique des populations actuelles ouïghoures montre une forte continuité génétique dans le Xinjiang depuis l'Âge du fer jusqu'à présent Vikas Kumar, Wenjun Wang , Bronze and Iron Age population movements underlie Xinjiang population history, Science, Vol 376, Numéo 6588, , 31 mars 2022, DOI: 10.1126/science.abk1534.
Khaganat ouïghour (744–848)
En 744, ils vainquirent les Göktürks et les remplacèrent comme maîtres sur le territoire de l'actuelle Mongolie. Leur religion officielle est alors le manichéisme. Le , Bögü, troisième hâkan (qagan ou khagan) des Ouïghours, aida l'empereur chinois Tang Suzong à reprendre Chang'an (aujourd'hui Xi'an) et Luoyang, la capitale chinoise qui avait été capturée par le rebelle et fondateur de l'éphémère dynastie Yan, An Lushan. Il se convertit au manichéisme, qui fleurira sur le territoire du khaganat et des royaumes ouïghours qui sont nés après sa chute.
Ils sont chassés de ce territoire par les Kirghizes qui y installent le khaganat kirghize du Ienisseï (840 – 925). À la même période, les Qarakhanides prennent leur indépendance des Ouïghours.
Les royaumes ouïghours (843 – )
vignette|Empereur ouïghour de Qocho. La chute du Khaganat provoqua la migration puis la division du peuple ouïghour. Une partie d'entre eux s'installa dans le corridor du Hexi ou corridor du Gansu, ce qui leur valut le nom de Ouïghours du Gansu. Leur royaume, fondé vers 848, dura jusqu'en 1036, date à laquelle leur territoire fut envahi et annexé par le , un Tangoute dont les descendants fondèrent la dynastie des Xia occidentaux.
Assujetissements aux Kara-khitans à Plus à l'ouest, un autre groupe fonda le royaume de Qocho en 843. Ce royaume maintient son indépendance jusqu'en 1130, date a laquelle les Ouïghours se reconnaissent comme étant des vassaux des Kara-Khitans, un khanat fondé par les survivants de la dynastie Liao.
Lorsque les frontières de la Chine sont attaquées par le Tibétain Zhang Khong-bsher du clan Dba en tant que dernier représentant, pendant l'ère de la fragmentation (847 — ~1264) de l'empire du Tibet (629 — 877), il est défait par un général ouïghour de Pei-t'ing Les Ouïghours le décapitent et envoient sa tête à la capitale chinoise.
Assujettissement aux Mongols, à Lorsque les Kara-Khitans sont vaincus par l'Empire mongol en 1209, les Ouïghours de Qocho se reconnaissent comme étant leurs vassaux. En 1318 ils sont intégrés au Khanat de Djaghataï, un des quatre Khanats, comme royaume autonome. Finalement, le royaume disparut définitivement durant la décennie 1370, absorbé par le khanat.
Lors de l'éclatement de ce khanat, un royaume ouïghour renait, le Khanat de Yarkand. Fondé en 1514 et centré sur la ville de Yarkand, il domina le bassin du Tarim jusqu'en 1705, date de sa conquête et de son annexion par les Mongols Oïrats du Khanat dzoungar. Dès lors, ils firent partie de la région que l'on appelle Dzoungarie au , puis Xinjiang (autrefois transcrit Sinkiang), ce qui signifie littéralement en chinois « la nouvelle frontière » ( et , territoire limitrophe »), après sa conquête par les Mandchous de la dynastie Qing en 1750.
Assujettissement à la dynastie Qing à 1911 À la suite des conquêtes par les Oïrats qoshots de l'actuelle province du Qinghai puis du Tibet, les Oïrats Dzoungars veulent étendre leur pouvoir en attaquant les Qoshots, grignotent les territoires khalkhas de Mongolie et de Mongolie-Intérieure, ainsi que l'empire Qing (gouverné par des Toungouses mandchous). Les Mongols des deux Mongolies s'allient aux Mandchous pour contrer les Dzoungars et conquièrent la région en 1759. Mettant fin au khanat dzoungar, les survivants partent vers les actuels Kirghizistan, Kazakhstan et Kalmoukie (au bord de la Volga).
Au , les Ouïghours, alors vassaux des Dzoungars, entrent en révolte contre leurs maîtres, participent avec l'armée Qing au génocide des dzoungarsKim 2008, Kim 2008, ..
Immixtion des empires européens
L’occupation mandchoue dura jusqu’en 1862 mais ces d’occupation . La révolte des Dounganes, des Huis (1862-1877) est une guerre de religion dans la région, Yaqub Beg, un aventurier tadjik, commandant de l'armée de Kokand (aujourd'hui en Ouzbékistan) prend le contrôle du Xinjiang et se déclare émir de Kasgharie. , mais les Britanniques, craignant une expansion russe vers l’Est, persuadèrent la cour mandchoue de reconquérir le pays. Les banques britanniques financèrent la reconquête. L’armée mandchoue sous les ordres du général Zuo Zongtang attaqua le Xinjiang en 1876. Le Xinjiang est de nouveau annexé à l’Empire mandchou des Qing le .
République de Chine La république de Chine, après le renversement du « dernier empereur » en 1911, maintint le Xinjiang dans la république de Chine. Les Ouïghours se soulevèrent à nouveau. En 1933 fut proclamée à Kachgar la république islamique du Turkestan oriental ( — ) qui dure environ un an avant d'être anéantie par les musulmans Hui, alliés des chinois et soutenus par l'Union soviétique. En 1944, nouvelle tentative dans la région principalement kazakhe d'Yili, plus au nord avec la seconde république du Turkestan oriental ( - ). Celle-là dura cinq années, pendant lesquelles les Ouïghours administrèrent une région semi-autonome tolérée par le Kuomintang. L’expérience prit fin en 1949, avec la fuite du Kuomintang à Taïwan et la déclaration de la république populaire de Chine sur le continent.
République populaire de Chine vignette|Fillettes ouïghoures. En 1950, un an après la victoire des communistes sur les nationalistes du Kuomintang de Tchang Kaï-chek, le Xinjiang passa sous la domination communiste chinoise qui perdure depuis. Un nouveau soulèvement ouïghour,en 1954 à Hotan échoua face à l’Armée rouge chinoise.
La région est riche en ressources minérales naturelles capitales pour la Chine (elle recèle en particulier les plus importantes réserves de pétrole, de gaz naturel, de charbon et d'uranium de Chine)., et constitue également une zone de peuplement han, ce qui est considéré par une partie des populations locales comme une colonisation han et demeure une grave source de tensions entre communautés.
La Première République du Turkestan oriental (1933-1934)
vignette|Rouge : Première République, au sein de la région du Xinjiang, sur une carte de la Chine.