La campagne du Maryland - ou campagne d'Antietam - est une série d'opérations militaires et de combats intervenus entre le et le , sur le théâtre oriental de la guerre de Sécession. Lors de cette campagne, le général Robert Lee et l'Armée des États confédérés, qui tentent pour la première fois d'envahir le territoire des États de l'Union, sont repoussés par le général de division George McClellan et son Armée du Potomac. Interceptés à proximité de Sharpsburg les troupes sudistes livrent, lors de la bataille d'Antietam, le , la journée de combat la plus sanglante de toute l'histoire des États-Unis, et unanimement considérée comme un tournant de la guerre de Sécession.

Le , fort des succès remportés lors de la campagne de Virginie septentrionale, Lee fait mouvement vers le nord, avec hommes, en empruntant la vallée de Shenandoah. Il cherche à ravitailler son armée en dehors du théâtre de Virginie dévasté par la guerre et à porter un coup au moral du Nord, avant les élections sénatoriales qui doivent se tenir en novembre. Il prend le risque de scinder son armée afin de poursuivre sa progression vers le Maryland sans renoncer à s'emparer de l'arsenal fédéral situé à Harpers Ferry. De son côté, McClellan, ayant mis la main sur une copie des ordres de Lee à ses subordonnés, se prépare à isoler et à défaire séparément les unités isolées de l'armée rebelle.

Pendant que le major-général Thomas Jonathan Jackson encercle, bombarde et capture Harpers Ferry (-), l'armée de McClellan et ses hommes entreprennent de faire mouvement sans délai à travers les passes de la South Mountain qui les séparent de LeeSouth Mountain est le nom donné à la prolongation de la chaîne de montagne du Blue Ridge à l'endroit où elle pénètre au Maryland. Elle constitue un obstacle naturel qui sépare les vallées de Shenandoah et de Cumberland de la partie orientale du Maryland. Pour l'armée de l'Union, la seule façon de frapper l'armée de Lee était de franchir les passes de South Mountain (Sears, Landscape, ; Eicher, ).. Le , la bataille de South Mountain retarde McClellan dans son approche et donne à Lee le temps de concentrer le gros de son armée à Sharpsburg. Le , la bataille d'Antietam (Sharpsburg) constitue la journée de combat la plus meurtrière de l'histoire militaire américaine, avec plus de victimes. Lee, se battant à un contre deux, déplace ses unités pour parer à chaque assaut, tandis que McClellan, rechignant à engager tout son effectif sur des avancées limitées, perd une occasion de détruire l'armée confédérée. Le 18, Lee ordonne la retraite et se retire sur la rive sud du Potomac. Des combats d'arrière-garde, livrés le et le à Shepherdstown concluent la campagne.

Si le bilan tactique de la bataille d'Antietam reste difficile à évaluer, il est certain que la campagne du Maryland ne permit pas à Lee d'atteindre ses objectifs.

Le président Lincoln saisit l'occasion de cette victoire de l'Union pour rendre publique sa proclamation d'émancipation, qui coupa court à toute velléité, de la part des États européens, de venir au secours de la Confédération.

Contexte Pour les forces de l'Union engagées sur le théâtre oriental, l'année 1862 avait commencé sous de bons auspices. L'Armée du Potomac de George B. McClellan's avait envahi la péninsule de Virginie et mené une campagne qui l'avait amenée, à la fin du mois de mai, à quelques kilomètres seulement de Richmond, la capitale confédérée. Mais le , avec l'arrivée de Robert E. Lee à la tête de l'Armée confédérée de Virginie du Nord, la fortune avait changé de camp. Lors de la bataille de Sept Jours, Lee avait attaqué sans relâche McClellan qui avait fini par perdre pied et battre en retraite au sud de la Péninsule. Lee avait alors profité de son avantage en menant campagne en Virginie septentrionale débordant et battant le major-général John Pope et son Armée de Virginie d'engagement en engagement, jusqu'à la seconde bataille de Bull Run (Manassas II).

La campagne du Maryland peut ainsi être considérée comme la phase finale d'une offensive d'été contre les forces fédérales du théâtre oriental, composée de trois campagnes connectéesEicher, ; McPherson, , 44-47, 80-86..

Alors que les Confédérés avaient subi des pertes importantes lors des campagnes précédentes, Lee estimait que son armée était prête pour le grand défi que constituait une invasion du Nord. Il voulait pénétrer au Maryland et en Pennsylvanie, couper la ligne de chemin de fer du Baltimore and Ohio Railroad qui ravitaillait Washington, DC. Cette opération, qui menacerait à la fois Washington et Baltimore, était de nature « à contrarier et à harceler l'ennemi »Sears, Landscape, ; Esposito, légende de la carte 65 ; Eicher, ..

Plusieurs raisons motivaient le projet d'invasion conçu par Lee. Tout d'abord, il avait besoin de ravitaillement et savait que les fermes du Nord avaient été épargnées par la guerre, contrairement à celles de Virginie. En déplaçant les opérations vers le Nord, il diminuerait la pression sur son État natal et porterait un coup au moral des Yankees. Lee savait qu'il avait pas besoin de battre militairement l'Union pour gagner la guerre : il lui suffisait de décourager le peuple nordiste et son gouvernement de poursuivre les hostilités. Des élections sénatoriales étaient prévues au mois de novembre, et Lee estimait qu'une force d'invasion sudiste ravageant le Maryland et la Pennsylvanie pouvait faire pencher la balance, au Congrès des États-Unis, en faveur du Parti démocrate, qui forcerait alors Abraham Lincoln à négocier la fin de la guerre. Le , Lee écrivait à Jefferson Davis, président des États confédérés d'Amérique que l'ennemi était McPherson, ; Glatthaar, ; Eicher, ..

Lee avait d'autres raisons : une invasion confédérée était, selon lui, susceptible de provoquer une insurrection au Maryland, état esclavagiste dont un certain nombre de citoyens nourrissaient des sympathies pour la cause rebelle. Certains politiciens confédérés, dont le président Davis, pensaient aussi qu'une victoire confédérée sur le sol du Nord augmenterait les probabilités d'une reconnaissance diplomatique de la Confédération, mais rien n'indique que les plans de Lee aient été conçus en prenant en compte cette hypothèse. Il n'en reste pas moins que l'annonce de la victoire de Lee à la seconde bataille de Bull Run et les premières phases de son invasion du Nord déclenchèrent une recrudescence des échanges diplomatiques entre les Confédérés, la France et l'AngleterreMcPherson, ; Eicher, ..

Après la défaite de Pope à la seconde bataille de Bull Run, le président Lincoln avait rappelé à contrecœur George B. McClellan, l'homme qui avait déjà remis sur pied l'armée de l'Union, brisée après la première défaite subie, au tout début de la guerre, exactement au même endroit. Lincoln connaissait les qualités d'organisateur de McClellan et savait qu'il était capable d'intégrer les unités issues de l'armée de Pope à celles de l'Armée du Potomac plus rapidement que quiconque.

Le , Lincoln nomma McClellan au commandement Rafuse, ; McPherson, .. Cette nomination ne fit pas l'unanimité au sein du Cabinet dont une majorité des membres signa une pétition expliquant au Président que Sears, McClellan, .. Lincoln admettait d'ailleurs que cette nomination revenait à « panser la morsure avec les poils du chien », mais il confiait aussi à John Hay, son secrétaire : Bailey, Bloodiest Day, ..

Forces en présence Confédérés Commandants confédérés L'Armée de Virginie du Nord, placée sous le commandement de Robert E. Lee se composait de deux grands corps d'infanterie qui réunissaient, au début du mois septembre, hommesEicher, ; O.R. Series 1, Vol. XIX part 2 (S# 28), ; Luvaas and Nelson, ; Esposito, carte 67 ; Sears, Landscape, Bien que la plupart des historiens — y compris les Official Records — se réfèrent à ces unités comme à des « Corps », cette appellation ne fut approuvée par la législature confédérée que le 6 novembre 1862, après la fin de la campagne du Maryland. Pendant toute l'année 1862, l'unité confiée à Longstreet était nommée l'Aile droite, celle de Jackson, l'Aile gauche. Dans sa correspondance, Lee parle de « commandements ». Voir, par exemple, Luvaas and Nelson, . Harsh, dans Sounding the Shallows (), indique que D.H. Hill fut temporairement à la tête d'une « Center Wing » (Aile centrale), comprenant sa propre division (commandée initialement par le brigadier-général Roswell S. Ripley, et les divisions du major-général Lafayette McLaws et du brigadier-général John G. Walker. Les autres sources le mentionnent simplement comme général de division..

Le Ier corps, commandé par le major général James Longstreet, était formé des divisions des majors généraux Lafayette McLaws, et Richard Heron Anderson, et de celles des brigadiers généraux David Rumph Jones, John G. Walker, John Bell Hood, et d'une brigade indépendante commandée par le brigadier général Nathan G. "Shanks" Evans.

Le IIe corps, commandé par le major général Thomas J. "Stonewall" Jackson, était formé des divisions du brigadier-général Alexander R. Lawton, du major général Ambrose Powell Hill (Light Division), du brigadier-général John R. Jones et du major-général Daniel Harvey Hill.

Le dispositif était complété par le corps de cavalerie du major général James Ewell Brown Stuart, et une réserve d'artillerie commandée par le brigadier général William N. Pendleton. L'organisation du IIe corps incorporait l'artillerie à chaque division, contrairement au Ier corps, dont l'artillerie dépendait de l'organisation du corps.

Union Commandants de l'Union L'armée du Potomac du major-général George B. McClellan, renforcée par les unités provenant de l'armée de Virginie de John Pope, comprenait six corps d'infanterie, totalisant hommesEicher, .. Le Corps, commandé par le major-général Joseph Hooker, avec les divisions des brigadiers-généraux Rufus King, James B. Ricketts et George G. Meade. Le Corps, commandé par le major-général Edwin V. Sumner, avec les divisions des majors-généraux Israel B. Richardson et John Sedgwick, et celle du brigadier-général William H. French. Le Corps, commandé par le major-général Fitz John Porter et formé de la division du major-général George W. Morell et de celles des brigadiers-généraux George Sykes et Andrew A. Humphreys. Le Corps, commandé par le major-général William Buel Franklin, formé des divisions des majors-généraux Henry Warner Slocum et William F. "Baldy" Smith, et d'une division du Corps commandée par le major-général Darius N. Couch. Le Corps, commandé par le major-général Ambrose Burnside et formé par les divisions des brigadiers-généraux Orlando B. Willcox, Samuel Davis Sturgis et Isaac P. Rodman, et de la Kanawha Division du brigadier-général Jacob Dolson Cox. Le Corps, commandé par le major-général Joseph K. Mansfield et formé des divisions des brigadiers-généraux Alpheus S. Williams et George S. Greene, et de la division de cavalerie du brigadier-général Alfred Pleasonton.

À l'approche du Maryland, McClellan réorganisa le commandement de son armée, nommant des commandants pour trois : la gauche, confiée à William B. Franklin (formée de son VIe corps et de la division de Darius Couch) ; le centre, confié à Edwin Sumner (avec son Corps et le Corps) ; l'aile droite, confiée à Ambrose Burnside (son Corps, provisoirement commandé par le major-général Jesse L. Reno et le Corps). L'organisation de cette dernière aile fut revue juste avant le début de la bataille d'AntietamSears, Landscape, ..

Premiers mouvements thumb|400px|Campagne du Maryland, 3-15 septembre 1862.

thumb|250px|Troupes confédérées traversant Frederick (Maryland), le 2 septembre 1862.