thumb|right|240px|La bataille de Wadi al-Khazandar, troisième bataille d'Homs en 1299. Victoire des archers mongols (à gauche) contre les Mamelouks (à droite). Chupan, ou Tchupan, Tchobanen anglais : Choban, en turc : Çoban… , aussi connu comme émir Chupan NoyanEmir Chupan : en persan : amīr čūpān, ; en turc : Emir Çoban. Le mot persan čūpān, et le mot turc çoban signifient berger.Noyan est un titre militaire mongol équivalent au titre persan d’Amir-e Tûmân, en persan : amīr-e tūmān, , commandant de dix-mille (hommes) c'est-à-dire responsable d’une région capable de fournir dix-mille soldats. Voir ., né vers 1262, mort en 1327, est un aristocrate mongol de Perse, au service de trois ilkhans successifs de la dynastie des Houlagides (ou Ilkhanides) : Ghazan, Oldjaïtou et Abou Saïd Bahadour ; .

Introduction : le contexte historique L'empire mongol dans la seconde moitié du Le Grand Khan des Mongols est alors Kubilai Khan (r. 1260-1294), petit-fils de Gengis Khan, empereur de Chine et fondateur de la dynastie chinoise des Yuan.

Outre la Chine, l'empire mongol comprend alors trois autres khanats : le khanat de Djaghataï en Asie centrale, la Horde d'or (ou khanat de Kiptchak) dans les steppes de Russie et l'ilkhanat de Perse dirigé par les Houlagides.

En dehors de l'empire mongol, les principaux États sont l'empire romain d'Orient et le sultanat mamelouk du Caire qui règne sur l'Égypte et le Cham.

L'ilkhanat de Perse et la dynastie houlagide Entre 1255 et 1260, a lieu un événement important : la conquête de l'Ahwaz, de la Basse Mésopotamie (Bagdad est prise en 1258), du , du et d'Alep, en collaboration avec les forces chrétiennes d'Arménie cilicienne, de Géorgie et d'Antioche, sous le règne du quatrième Grand Khan Möngke. Ces conquêtes, qui mettent notamment fin au califat abbasside, sont exécutées par son frère Houlagou Khan.

Houlagou Khan (1217-1265) est le fondateur de la dynastie des Houlagides ou Ilkhanides : Houlagou Khan (r. 1256-1265), petit-fils de Gengis Khan par Tolui Abaqa (r. 1265-1282), fils d'Houlagou Teküder (r. 1282-1284), fils d'Houlagou ; converti à l'islam sous le nom d'Ahmad Arghoun (r. 1284-1291), fils d'Abaqa Ghaykhatou (r. 1291-1295), fils d'Abaqa Baïdou (r. 1295), petit-fils d'Houlagou Khan par Taragay Ghazan (r. 1295-1304), fils d'Arghoun ; converti à l'islam sous le nom de Mahmud Oldjaïtou (r. 1304-1316), fils d'Arghoun Abou-Saïd Bahadour (r. 1316-1335), fils d'Oldjaïtou

Biographie de Chupan Origine Chupan, issu de la maison aristocratique mongole des Süldüz (une lignée descendante de Buyan Suldus des Tayitchi'out), est le fils d'un khan nommé le Malek des Mongols, dont un ancêtre, (ou encore Chilaun ou Chuluun (), était au service de Gengis Khan au début du et dont le père, Amir Tuda'un, est mort sous le règne d'Abaqa, lors de la bataille d'Elbistan contre les Mamelouks en 1277.

Débuts sous Arghoun et Ghaykhatou La bravoure de Chupan se révèle au cours d'une bataille contre Nogaï, khan de la Horde d'or, alors qu’il n’a qu’une vingtaine d’années (avril/)..

À la mort de l’ilkhan Arghoun en 1291, Chupan soutient Ghaykhatou contre Baïdou.

En 1295, Baïdou succède très brièvement à Ghaykhatou, mais Chupan, conseillé par l’émir Nowruz, soutient Ghazan qui accède au pouvoir la même année. En récompense, Chupan reçoit un commandement important.

Le règne de Ghazan thumb|240px|Tajet des campagnes mongoles de 1300 à 1303. Emplacement de la bataille de Wadi al-Khazandar (3éme Homs, victoire mongole). Emplacement de la bataille de Damas (bataille de Marj as-Suffar, victoire des Mamelouks).

L'émir Nowruz (1295-1297) Arrivé au pouvoir, Ghazan se convertit à l’islam sunnite, prenant le nom de Mahmud.. Il est alors influencé par l’émir Nowruz, qui joue pendant deux ans un rôle essentiel. Mais il est disgracié en 1297 et se rebelle. Chupan participe à la campagne contre lui.

La révolte de Sulamich (1299) En 1299, Chupan est envoyé dans l’est de l’Anatolie en avant-garde de l’armée conduite par l’émir Qutlugh Châh venant de Wasit pour réprimer la révolte de Sulamich. Celui-ci, petit-fils du noyan Baïdju, cherche à se tailler une principauté indépendante avec l’aide du bey de Karaman Mahmud.. Chupan attaque par surprise sans attendre le gros de l’armée et remporte la victoire (le à Akşehir).

La guerre en Syrie (1299-1303) Puis il participe à la campagne menée la même année dans la Syrie, contre des Mamelouks qui avaient pourtant salué favorablement sa conversion à l’islam. Ghazan attaque avec , occupe Alep, sauf la citadelle (). Le roi Héthoum II d’Arménie (Cilicie) se joint à cette campagne avec un contingent important de Arméniens et Géorgiens. Chupan occupe le centre de l’armée lors de la bataille de Wadi al-Khazandar (troisième bataille de Homs) près de Homs (). Ghazan entre à Damas le .

En , Ghazan regagne la Perse, laissant derrière lui un contingent sous le commandement de Qutlugh Châh. Les Mamelouks reprennent immédiatement l'offensive. Chupan commande l’avant garde de l’armée pendant la campagne de 1300, à la fin de laquelle les Mamelouks réoccupent la Syrie.

Ghazan fait alors appel aux Francs des États latins d'Orient, organisant une rencontre à Antioche. Au mois de , Amaury II de Chypre y vient avec 300 chevaliers, accompagnés de chevaliers du Temple et de l’Hôpital au moins aussi nombreux. L’hiver particulièrement rigoureux empêche Ghazan de venir au rendez-vous qu’il a fixé. Au mois de , Qutlugh Châh arrive enfin avec  hommes. Il part vers Alep puis HomsHoms est appelée La Chamelle dans le texte de Guillaume de Tyr et revient sans rien faire de plus..

En 1303, Ghazan envoie pour une troisième campagne en Syrie toujours sous le commandement de Qutlugh Châh. Contre l’avis de Chupan, celui-ci veut attaquer les Mamelouks avant d’avoir assuré ses arrières à Damas. La bataille de Marj as-Suffar est une défaite pour les Mongols (). C’est la dernière des interventions mongoles en Syrie. À son retour Qutlugh Châh est puni de quatre-vingt-sept coups de fouet. Chupan, qui a soutenu le moral des troupes pendant la retraite, reçoit trois coups de fouet pour sauver les apparences.

Règne d’Oldjaïtou Ghazan meurt le . Il a pour successeur son frère cadet, Oldjaïtou, fils de la princesse nestorienne Ourouk Khatun et baptisé par elle sous le nom de Nicolas. Celui ci se convertit à l’islam sous l’influence d’une de ses épouses, adhérant même au chiisme duodécimain..

En , Dowlandî Khatun, fille d’Oldjaïtou se fiance avec Chupan. Le mariage est consommé en . Cette année-là, il reçoit le commandement d'une armée chargée de remettre de l'ordre dans le Gilan. Il part d’Ardabil vers le nord jusqu’à Astara puis suit la rive de la mer Caspienne vers le sud. Il convainc les souverains d'Astara et de Gaskar (ou Kaskar dans la région de Rasht) de se rendre sans combat. Il revient ensuite vers Oldjaïtou. Qutlugh Châh qui passe par la vallée du Sefid Roud, est moins chanceux dans son entreprise car il est tué par les GilakisVoir la carte des deux itinéraires de Chupan et Oldjaïtou figurant dans : .. Après ce décès de l’émir Qutlugh Châh, Chupan accède au plus haut grade d’Émir de l’ulusÉmir de l’ulus en persan : amir-e olûs, du mot mongol ulus, horde, apanage, royaume, État ; cf. Horde d'Or. (commandant de l'État, 1307).

L’année suivante, Chupan effectue des incursions en Géorgie et passe ensuite l’essentiel de son temps dans ses quartiers d’hivers situés dans les régions d’Arrān et de Muğan, cependant il revient régulièrement au camp d’Oldjaïtou à Sultaniya. Il a peut-être fait une campagne contre Toqtaï en 1313, mais ce n’est pas certain. Ses quartiers d’été sont alors placés stratégiquement sur la frontière à Qaṣr-e Ṭāq et près du lac Sevan (actuellement en Arménie).

Chupan a acquis un pouvoir immense, qui indispose les puissances civiles comme le grand vizir et en particulier le transfuge Qarasonqur. Ce dernier était vice-roi de Syrie mandaté par les Mamelouks d’Égypte (1310). En 1312, il passe dans le camp Mongol. Il a sans doute incité Oldjaïtou à se lancer dans une campagne contre les Mamelouks sans compter sur d’autres forces que les siennes. Cette campagne tourne au désastre pour les Mongols qui s’épuisent à faire le siège de la forteresse d’Al-Rahba, sur la frontière de l’Euphrate. Ce siège dure plusieurs semaines, les troupes souffrent de maladies. Les assaillants doivent se retirer (fin ). Ce sera la dernière tentative d’invasion de la Syrie par des Ilkhanides.. Oldjaïtou semble avoir donné pleins pouvoirs à Qarasonqur, ce qui aurait provoqué l’hostilité de Chupan.

En 1314, Chupan mène une campagne en Anatolie. Il est chargé de calmer une révolte provoquée par la politique répressive de l’émir mongol Qorûmchî. Cette intervention va par la suite être une des causes de l’hostilité d’émirs mongols. Pendant cette campagne son épouse Dowlandî Khatun est décédée. En 1317, ou peut-être même avant la mort de Dowlandî Khatun, les liens avec la famille régnante vont être renouvelés par ses fiançailles avec Sati Beg, sœur d’Abou Saïd.

Règne d’Abou Saïd Abou Saïd, n’a que douze ans lorsqu’il succède à son père Oldjaïtou, décédé à Sultaniya le . Abou Saïd va rester le jouet des seigneurs mongols qui gouvernent sous son nom en se disputant le pouvoir et les provinces.. Le nouveau sultan confirme Chupan dans ses fonctions « d’amīr al-umarāʾEn arabe : ʾamīr al-ʾumarāʾ, , émir des émirs.. » En 1318, Chupan détient le grand sceau (tamga).

Le grand historien Rashid al-Din qui, comme ministre, avait toujours défendu les intérêts de l’État, est exécuté à cause d’atroces calomnies (). Au début du règne le pouvoir est aux mains de Chupan qui de 1317 à 1327 est le véritable maître de la PerseÀ ce sujet Ibn Battûta rapporte une anecdote :

D'après le récit d'Ibn Battûta cet état de sujestion ne va cesser qu'avec l'incident qui provoque la mort de Demachq Khâja, troisième fils de Chupan en 1327.. Rashid al-Din et Chupan sont d’abord des amis. Chupan persuade Rashid al-Din de reprendre un rôle politique alors que lui-même n’est pas de cet avis. Cette initiative est critiquée par Tâj al-Dîn `Alîchâh. Cet incident démontre l’ambigüité de la relation entre Chupan et le pouvoir de l’administration civile. Son pouvoir se heurte à l’opposition de plusieurs émirs tels qu’Irentchin (Īrenjīn) et Qorûmchî (Qūromīšī), tous deux membres de la tribu mongole Kéraït qui supportent mal l’autorité de Chupan. Qorûmchî vient d’être rappelé à l’ordre par Chupan et Irentchin avait provoqué une rébellion en Anatolie à cause de sa politique d’oppression, Chupan avait alors été envoyé par Oldjaïtou pour l’endiguer. Par la suite Irentchin est nommé gouverneur de Diyarbakır mais bientôt remplacé. Ce dernier a ressenti cette éviction comme une sanction venant de Chupan bénéficiant de l’accord du Sultan. C’est la version rapportée par les historiens Mamelouks pour expliquer la révolte des émirs. Abou Saïd soutient toujours Chupan. Tâj al-Dîn `Alîchâh en revanche, conspire contre Chupan, et joue un rôle dans le retrait de Rashid al-Din.

Le , Chupan se marie avec Sati Beg, sœur d’Abou Saïd.

La dévotion de Chupan pour l’islam a été applaudie par les historiens mamelouks, ce qui est une exception pour un Mongol. En 1320 il fait détruire les églises de Chiraz. Il fait rénover les mosquées qui ont été endommagées par des catastrophes naturelles. Il intervient pour interdire la consommation du vin, contre les bordels et les lieux de divertissement.