Les réfugiés français de Saint-Domingue en Amérique désignent les presque colons et esclaves qui, pendant la Révolution haïtienne, quittent la colonie française de Saint-Domingue entre les années 1789 et 1810, pour s'installer essentiellement dans le Sud des États-Unis, qui compte peu d'habitants à cette époque, mais aussi dans d'autres îles de la Caraïbe (notamment en Jamaïque et à Cuba). Ils font doubler la population de La Nouvelle-Orléans en quelques années, et lancent la culture du coton aux États-Unis, une jeune nation qui passe de 9 % à 70 % de l'offre mondiale de coton entre 1791 et 1810http://agents.cirad.fr/pjjimg/[email protected]/These_fok_P2_1.pdf.
À la fin du , Saint-Domingue produit plus de sucre que toutes les îles britanniques réunies. Le coton est aussi en plein essor, et la révolution du café de Saint-Domingue encore plus rapide. Saint-Domingue représente environ 50 % de l'offre mondiale pour chacun de ces trois produits. La partie française de l'île fait vivre , qui exploitent esclaves noirs. Dans la partie orientale de l'île, espagnole, les esclaves ne sont que , pour et métis"L'intervention britannique à Saint-Domingue en 1793 " pat Charles Frostin, dans la Revue française d'histoire d'outre-mer de 1962, volume 49 . En très forte croissance économique, la Perle des Antilles assure aux produits français leur première zone d'exportation. Ses plantations attirent les plus ambitieux officiers de la noblesse française, les Vaudreuil, Breteuil, ou Contades, et des grands négociants, comme les Foäche du Havre ou les Montaudouin de Nantes, à une époque où l'enrichissement rapide est encore rare, faute d'industrie. Forts de leur soutien à Washington lors de la guerre d'indépendance américaine, ils disposent de capitaux, de réseaux commerciaux et d'un esprit d'entreprise conquérant. Les correspondances des colons émigrés au moment de la Révolution française montrent l'importance de leurs réseaux.
Entre 1791 et 1805, presque toutes les années voient des colons quitter Saint-Domingue. En France, ils ne restent pas très longtemps bien qu'étant nombreux. Ceux qui vont en Géorgie ou en Caroline, ou dans les villes, à Philadelphie, Baltimore et New York sont souvent dans l'espoir d'un retour aux Antilles et se rejoignent en Louisiane avant sa vente aux États-Unis. Cuba voit arriver des milliers de Français en 1798 lors de l'évacuation par les Anglais de la partie de Saint-Domingue qu’ils occupaient"Les colons de Saint-Domingue passés à la Jamaïque (1792-1835)" par Philip Wright et Gabriel Debien, dans le Bulletin de la Société d'Histoire de la Guadeloupe Numéro 26, 4e trimestre 1975 " par le dans Le Monde .
Mais dès 1787, les débats lancés par la Société des amis des Noirs inquiètent les colons. Des assemblées coloniales blanches se forment. En 1788, les délégués de Saint-Domingue aux États généraux, Louis-Marthe de Gouy d'Arsy et Denis Nicolas Cottineau de Kerloguen fondent un comité colonial, destiné à empêcher toute réforme du système esclavagiste, puis le club de l'hôtel Massiac, une instance de lobbying. En 1791, la révolte des esclaves éclate. Pour la combattre, les grands planteurs pensent utile de mettre au point le traité de Whitehall avec l'Angleterre, contre la République française. Les insurgés républicains chassent les anglais en 1798. En 1801, l'expédition de Saint-Domingue mené par le général Leclerc échoue à rétablir l'esclavage sur l'île : 20 généraux et y périssent. Les réfugiés ont principalement fui entre 1789 et 1794, puis entre 1798 et 1802.
La guerre franco-espagnole de 1809 oblige les colons français qui avaient fui vers Cuba (où une révolution du café avait aussi eu lieu) à rallier les États-Unis. Les plus influents vont à Philadelphie, mais la plupart s'installent en zone rurale, de la Géorgie au Texas, où ils forgent la culture du coton aux États-Unis.
L'abolition de l'esclavage et les épisodes migrations de 1793 à 1809 La Révolution haïtienne (1791-1804), qui finit par faire basculer dans son camp la Révolution française, entraîne une première grande vague d'émigration lors de l'été 1793 à destination de la Louisiane et de la côte est des États-Unis, où 290 navires transportent environ , dont . Cet exode se produit sept mois avant la première abolition française de l'esclavage de .
Le lobby des esclavagistes, allié aux anglais par le Traité de Whitehall, est défait par les forces républicaines de Toussaint Louverture, qui obtient l'armistice de 1798, puis un accord commercial avec les Anglais et les Américains en 1799. S'ensuit une nouvelle vague d'exil des grands planteurs français qui reprochent aux Anglais de les avoir trahis, vers l'est de Cuba et le Natchez District, à au nord de la zone franche de La Nouvelle-Orléans.
Ceux qui s'installent à Cuba nourrissent la piraterie des années 1800 dans la Caraïbe et la quasi-guerre de 1798-1800 entre la France et les États-Unis, à qui ces pirates reprochent de commercer avec Toussaint Louverture. vignette|La Bataille de Saint-Domingue, huile sur toile de Janvier Suchodolski, 1845, Musée de l'Armée polonaise, Varsovie. Puis Napoléon Bonaparte lance en l'expédition de Saint-Domingue, menée par le général Charles Victoire Emmanuel Leclerc, époux de sa sœur Pauline Bonaparte. Forte de , elle est défaite par les insurgés, et décimée par les désertions et une épidémie de fièvre jaune lors de l'été 1802.
L'indépendance d'Haïti est confirmée en 1804, suivie par une nouvelle vague d'émigration, surtout vers la Louisiane, achetée par les États-Unis à la France en 1803, et la baie de Barataria. Le , une partie des de la garnison du Môle-Saint-Nicolas, réussit à gagner Cuba sur sept frégates, menées par le général Louis Marc Antoine de Noailles.
La dernière vague d'émigration voit arriver en Louisiane, au cours de l'année 1809, plus de Créoles blancs de Saint-Domingue passés entre-temps par Cuba, où la tentative de Napoléon d'installer son frère sur le trône d'Espagne génère des émeutes anti-françaises dès , selon Carl A. Brasseaux, directeur du Centre d'études louisianaises de Lafayette. Les réfugiés développent des infrastructures portuaires qui permettent une rapide conquête de l'Ouest via la puissante artère fluviale du Mississippi, autour de laquelle se situe alors la Frontière sauvage. Dès 1840, La Nouvelle-Orléans est la quatrième ville américaine, avec plus de , soit 12 fois plus qu'en 1800, un record dans l'histoire mondiale de la croissance urbaine, qui ne sera battu qu'au par Port Harcourt, au Nigéria.
De Saint-Domingue à la Pennsylvanie Cette communauté est soudée par un stress terrible. Plusieurs milliers ont péri dans les combats et plusieurs milliers d'autres ont fui, parfois sans destination. Dès , Juliette et Pierre de Bauduy de Bellevue (1769-1833). naviguent vers Philadelphie sur un navire du banquier français Stephen Girard et s'installent à Wilmington dans le DelawareTHE GARESCHE, DE BAUDUY, ANO DES CHAPELLES FAMILIES: HISTORY ANO GENEALOGY, page 22, où Pierre achète la propriété Eden Park au financier Robert Morris et crée une entreprise, le futur DuPont, convaincant Eleuthère Irénée du Pont de Nemours d'y investir. La famille Garesché les rejoint et se lie aux dirigeants politiques.
En juillet 1793, une première flotte de transportant blanches, noires et plusieurs centaines de mulâtresAmerindios, africanos, americanos Par Association of Caribbean Historians. Conference,Gérard Lafleur,University of the West Indies (Mona, Jamaica). Dept. of History,Susan Branson,Grace Turner, page 132 s'enfuit vers la côte est des États-UnisToussaint's clause: the founding fathers and the Haitian revolution Par Gordon S. Brown, page 80, arrive dans la baie de la Chesapeake, puis se scinde en trois ou quatre flottilles. Deux mille réfugiés vont à Philadelphie, capitale de la république américaine, d'où ils activent des réseaux pour chercher de nouvelles terres. Ils emmènent avec eux leurs esclaves, qui découvrent la liberté, la Pennsylvanie ayant voté une loi d'émancipation des esclaves dès 1780 : 456 esclaves sont émancipés, par la Société d'émancipation de Pennsylvanie entre 1793 et 1796, même si leurs maîtres tentent de contourner cette loi. Leur arrivée dans la ville, au cours d'un été très chaud et très humide, coïncide avec un terrible épidémie de fièvre jaune, que combat le docteur Andrew Stevens, qui sera nommé cinq ans plus tard consul des États-Unis à Saint-Domingue.
François Alexandre Frédéric de La Rochefoucauld-Liancourt est témoin des contournements de la loi sur de cette émancipationAmerindios, africanos, americanos Par Association of Caribbean Historians. Conference,Gérard Lafleur,University of the West Indies (Mona, Jamaica). Dept. of History,Susan Branson,Grace Turner, page 137, l'un d'entre eux consistant à placer les esclaves sous un contrat de travail courant jusqu'à l'âge de 28 ans. Pour conserver leurs esclaves malgré la loi émancipant toute personne vivant dans l'État depuis au moins six mois, les réfugiés français repartent et en 1794, le nombre officiel de réfugiés en difficulté financière est évalué à seulement 200, tandis qu'une collecte rassemble dollars en leur faveur.
et Stephen Girard, déjà installés à Philadelphie, les conseillent via la French Benevolent Society of Philadelphia. À l'automne 1793, plusieurs dizaines sont déjà repartis s'installer sur la Frontière sauvage, dans l'est de la Pennsylvanie pour fonder la colonie agricole d'Asylum, le long de la rivière de Susquehanna, guidés par le marchand et soutenus par le sénateur de Pennsylvanie, Robert Morris, spéculateur et financier de la guerre d'indépendance, et son associé John Nicholson, contrôleur général de la Pennsylvanie. Parmi les colons, Colin de Sevigny ou bien le Marquis de Blacons. Antoine-François Sorrel des Rivières, auteur d'une carte de Saint-Domingue doit fuir avec son fils Mathurin-François Sorrel à Baltimore puis fait fortune comme armateur à Savannah., avec trente-neuf esclaves..
La communauté des réfugiés de Philadelphie, qui forme près du cinquième de la population de la ville se heurte parfois à des émigrés français anti-royalistes, tels que le journaliste Louis Gatereau, qui publie le Courrier de la France et des Colonies, d' à , un hebdomadaire de quatre pages composé d'articles parus dans la presse internationale. Gatereau accuse dans son édition du , les chouans d'être manipulés par les Anglais, au moment où ces derniers s'allient aux colons de Saint-Domingue. D'autres journaux leur sont plus favorables, comme l'Étoile américaine. Claude-Corentin Tanguy de la Boissière créé en le journal Colons de Saint-Domingue réfugiés en Amérique"Encountering Revolution: Haiti and the Making of the Early Republic", par Ashli White, page 95 . Le général François Thomas Galbaud-Dufort est, lui, obligé de fuir au Canada. Il est accusé de conspiration contre l'ambassadeur de France aux États-Unis, Edmond-Charles Genêt.
De Saint-Domingue à Cuba
Au total, près de Blancs de Saint-Domingue fuient à Cuba, certains après l'échec de l'expédition de Saint-Domingue menés par le vicomte Louis Marc Antoine de Noailles qui meurt de ses blessures en arrivant à Cuba avec six navires et qui avait déjà tenté de fonder une colonie en Alabama en 1798.
Certains familiarisés avec l'espagnol depuis la modification des frontières du à Saint-Domingue émigrent vers des contrées hispanophons. D'autres rêvent de conquêtes en Amérique. De Cuba, ils alimentent en esclaves, en contrebande, les côtes de la Louisiane, via la Barataria de Jean Lafitte. La piraterie des années 1800