vignette|Logo de la commune de Moutier.
Moutier (ancien nom allemand : Münster) est une commune suisse du canton du Jura et chef-lieu du district homonyme.
En 2021, une majorité de citoyens de Moutier décident de quitter le canton de Berne pour rejoindre le canton du Jura. Ce changement a eu lieu le .
Géographie Localisation gauche|vignette|Vue sur la ville. Moutier se trouve au milieu de l'arc jurassien entre les villes de Bienne et de Delémont. La ville se situe à l’intersection d’un synclinal (Petit-Val et Grand-Val) et de deux cluses (gorges de Court et ). Le plus haut point de la commune culmine à , sur le . Les autres points les plus élevés se situent à sur le Mont Girod, à sur le Mont Raimeux et à sur la Montagne de Moutier. La commune a une superficie de .
Moutier fait partie de la région Jura & Trois-Lacs, une destination touristique articulée autour de la chaîne du Jura et des lacs de Neuchâtel, Bienne et Morat.
Hydrographie La Birse qui traverse le Grand Val du sud au nord, perpendiculairement à la chaîne du Jura, forme d’importantes gorges en amont (Gorges de Court à travers les anticlinaux de Graitery) et en aval de Moutier (Gorges de Moutier à travers les anticlinaux de Mont Raimeux). Ces deux cluses montrent parfaitement les plissements du Jura. Ces gorges sont reconnues comme site géologique d'importance européenne alors que la forêt du Raimeux est considérée par les autorités du canton de Berne comme une réserve naturelle à protéger.
Transports Chemin de fer : gare de Moutier Ligne du Jura Biel/Bienne – Grenchen-Nord – Moutier – Delémont – Bâle Ligne CFF Moutier – Tavannes – Sonceboz-Sombeval Ligne BLS Moutier – Solothurn Autoroute A16 Moutier nord, Moutier sud
Population et société
Gentilé et surnoms Les habitants de la commune se nomment les Prévôtois.
Ils sont surnommés les Lètche-Potche ou Latche-potches, soit ceux qui lèchent les louches en patois jurassien, et les Lètche-Poutratte, soit ceux qui lèchent les petites louches.
Démographie
Pyramide des âges
Histoire
Histoire générale Origines Durant l'époque romaine, on ne franchissait ni les gorges de Moutier, ni celles de Court. La route romaine, venant de Pierre Pertuis par la vallée de Tavannes, passait donc par Champoz. Elle se dirigeait ensuite vers Crémines et Vermes pour rejoindre la vallée de Delémont. Rien n'atteste la présence d'une agglomération romaine sur le site actuel de Moutier.
Moyen Âge Durant le haut Moyen Âge, l'histoire de Moutier est étroitement liée à l'abbaye de Moutier-Grand Val. Selon le texte hagiographique relatant la vie de Saint Germain, premier abbé de la fondation colombanienne, la fondation de Moutier (qui signifie « monastère » en ancien français) remonte à l'an . La célèbre bible de Moutier-Grandval, document richement illustré et conservé à la British Library, témoigne sans ambages de l'importance du monastère prévôtois. Elle fut offerte aux moines de Moutier par Hugues de Tours vers 835 et porte en ses enluminures le style du scriptorium de la cité tourangelle. En l'an , l'abbaye de Moutier-Grand Val est donnée par Rodolphe III, roi de Bourgogne, à la principauté épiscopale de Bâle. Elle est à l'origine de la puissance temporelle du prince-évêque de Bâle. La souveraineté de l'abbaye de Moutier-Grand Val sur ses propriétés est confirmée par Charles le Gros dans un acte daté du et qui s'avère être également le plus ancien document des archives de l'État de Berne.
Aux environs de 1120, les moines sont supplantés par des chanoines séculiers et Moutier devient alors une Prévôté. Les chanoines, afin de se départir d’une trop forte puissance de princes-évêques de Bâle, cherchent des alliances du côté des Suisses. La Prévôté de Moutier devient « combourgeoise » des villes de Bâle en 1407, de Soleure en 1462 et de Berne en 1486.
Plusieurs changements de territoires En , la principauté épiscopale de Bâle, vassale du Saint-Empire romain germanique, s'effondre face aux troupes de la Révolution française. La République française s'empare alors de son territoire. Dans le même temps, les Prévôtois décident de se donner un gouvernement provisoire. Le de la même année, les autorités françaises proclament la République rauracienne, qualifiée de « République sœur ». Cette dernière regroupe uniquement les actuels districts de Delémont, Porrentruy, Franches-Montagnes, Laufon, ainsi que les régions de La Courtine et du Birseck. La France vise, cependant, l'annexion de l'ancien Évêché dans son ensembleTélévision suisse romande, L'heure du choix, 5 mars 1975.. Le , la République rauracienne est dissoute et annexée au territoire français le pour former le département du Mont-Terrible, à l'exception du bailliage de Schliengen, situé de l'autre côté du Rhin. Les régions protestantes du sud, comprenant les actuels districts de Courtelary, La Neuveville et Bienne ainsi que la prévôté de Moutier-Grandval, abrite une majorité d'anabaptistes avait fui les persécutions des villes et des régions du Plateau suisse. Formant ainsi une minorité alémanique significative, ceux-ci bénéficient de l'épargnement grâce à leurs alliances avec la Confédération suisse, notamment avec Berne et Fribourg. Cependant, cette neutralité prend fin avec l'invasion de la Suisse par Napoléon en Archives nationales, Les procès-verbaux du Directoire : an V-an VIII, Tome III : - 30 frimaire an VI (22 septembre-)Daucourt Alphonse, De l'annexion du Jura à la France jusqu'à sa réunion au canton de Berne 1793-1815, Delémont, 1913.. Ces régions, ainsi que la ville de Bienne, sont alors intégrées au département du Mont-Terrible. Le , le Mont-Terrible est dissous et ses territoires sont rattachés au département du Haut-RhinAlbert Malet et Jules Isaac, Révolution, Empire et première moitié du , librairie Hachette, 1929, ..
La défaite de Napoléon entraîne une redistribution des territoires européens. Lors des négociations du congrès de Vienne, le territoire jurassien, désigné comme la « principauté de Porrentruy », et avec elle Moutier, est rattachée au canton de Berne.. L'Acte de Réunion est signé le à Bienne, le canton de Berne intégrant le Jura à son territoire le ..
Ville bernoise La première industrie à Moutier n’est autre que la verrerie, fondée en 1842 par un certain Auguste Célestin Châtelain. Cette entreprise perdurera jusqu’en 2017. La seconde plus ancienne industrie prévôtoise voit le jour en 1849 ; c’est la « Société Industrielle », manufacture d’horlogerie qui emploiera jusqu’à et ne produira pas moins de par année dans les années 1870. Elle n’est bien entendu pas étrangère à l’implantation d’une fabrique de tours automatiques vers 1880 sous l’impulsion de Nicolas Junker. Par la suite, trois fabricants de machines-outils se livreront une saine concurrence, faisant de Moutier l’épicentre mondial de ce domaine : Tornos, Bechler et Pétermann.
Notons que le chemin de fer est présent avec la gare de Moutier à partir de 1876 et que, s’il n’est pas à l’origine de l’industrialisation de la vallée tout entière, participe par son implantation tardive au développement d’une industrie légère à haute valeur ajoutée telle que l’horlogerie.
Question jurassienne
Durant toute la seconde moitié du , Moutier se trouve au cœur des enjeux de la Question jurassienne. C'est dans cette ville que naissent plusieurs organisations et mouvements séparatistes. Lors du vote du , portant sur l'additif aux nouvelles dispositions constitutionnelles concernant le Jura, accepté par de l'électorat bernois, Moutier se prononce également en faveur de cette mesure. Ce vote établit les modalités d'organisation du plébiscite jurassien, structuré en trois étapes selon le principe de la « votation en cascade ».. Lors du premier plébiscite du portant sur la création d'un canton du Jura, Moutier s'exprime contre avec contre (soit à ). Au total, dans les sept districts historiques, la création d'un nouveau canton est approuvée par contre Staatsarchiv des Kantons Bern, StABE A 3.1.3192a. Le , lors du deuxième plébiscite organisé dans les districts ayant voté contre le , la question posée est : « Voulez-vous continuer de faire partie du canton de Berne ? ». La population de Moutier répond favorablement, avec pour et contre (soit à ). Le , les communes limitrophes du nouveau canton du Jura sont invitées à se prononcer à nouveau sur leur appartenance cantonale. Moutier vote en faveur du canton de Berne, avec pour et contre (soit à ). .
En , l' éclate. Le Gouvernement bernois a versé illégalement aux formations antiséparatistes pour mener campagne durant les sous-plébiscites de . Cette affaire relance les revendications jurassiennes à Moutier.
Le , lors d'un vote consultatif organisé par les séparatistes, les citoyens de Moutier rejettent de justesse le rattachement de leur commune au canton du Jura, enregistrant en faveur de Berne contre (soit à ) pour le Jura. Le résultat sera invalidé par le Conseil-exécutif bernois.
Le , l'« Accord Berne-Jura » est signé par le Conseil fédéral, le Conseil-exécutif bernois et le Gouvernement jurassien.. Cet accord stipule que les trois gouvernements doivent engager un dialogue entre les deux cantons en vue de résoudre politiquement la Question jurassienne. L'« Accord de la Déclaration d'intention » signé le stipule que les populations du canton du Jura et du Jura bernois seront appelées à se prononcer sur l'opportunité de discuter de la création d'un nouveau canton commun, regroupant l'actuel canton du Jura et le Jura bernois. Le , la population du canton du Jura se prononce en faveur de la création d'un nouveau canton commun contrairement aux habitants du Jura bernois qui plébiscitent à une forte majorité leur maintien dans le canton de Berne. Cependant, au sein du Jura bernois, seules deux communes se prononcent en faveur de cette initiative : Moutier et Belprahon« Le Jura bernois dit non à 72 % à un nouveau canton, mais Moutier accepte », Radio télévision suisse, consulté le 24 novembre 2013« Question jurassienne : non du Jura bernois, mais oui de Moutier », Swissinfo, 25 novembre 2013. À Moutier, le scrutin a abouti à en faveur et contre, ce qui représente un taux de des suffrages exprimés. Étant donné les résultats divergents entre le canton du Jura et le Jura bernois, l'idée d'un canton commun est abandonnée. Les deux communes favorables peuvent cependant, par le biais d'un référendum et dans un délai de deux ans, demander à rejoindre le canton du Jura.droite|vignette|Le cortège des pro-Jurassiens lors du résultat du vote communaliste du 18 juin 2017, qui est favorable au canton du Jura.Le , le corps électoral prévôtois se prononce en faveur de son rattachement au canton du Jura avec des voix, avec oui contre non, soit d'écart. Le taux de participation atteint 89,72 %.Moutier rejoint le canton du Jura!, La Tribune de Genève, consulté le 18 juin 2017. Le changement de canton était prévu, au plus tôt, pour le . Dans les jours suivants, seize recours sont déposés contestant les résultats de la votation.
La votation prévôtoise du est annulée par la préfecture de l'arrondissement administratif du Jura bernois le , en raison de .. Les autorités communales de Moutier déposent un recours., rejeté par le Tribunal administratif du canton de Berne le ...