Marie Laubot, née Marie Julie Eugénie Micquet le à OrléansArchives départementales du Loiret, ville d'Orléans, cote EC 4290, acte de naissance dressé le 13/12/1836, vue 454 / 508 et morte le dans le Archives de Paris, acte de décès , vue 15 / 31, est une femme de lettres française.

Biographie Née hors mariage de Edme Jules Laubot, un agent général du commerce de bois de travail parisien et d'une couturière, Marie Anne Micquet, elle n'est officiellement reconnue par son père qu'en 1855Archives départementales du Loiret, ville d'Orléans, cote EC 30434, acte de reconnaissance de l'enfant par son père, dressé le 11/06/1855, vue 583 / 616.

On ne sait pratiquement rien de l’autrice. Elle écrivit des livres pour la jeunesse dans les années 1890 à 1910. Selon l'usage de l'époque, aucune date de parution n'est mentionnée dans ces ouvrages. Ce sont des livres de prix pour les écoles laïques. Ces beaux livres rouges, in octavo, illustrés, cartonnés, dorés, sont édités par la Librairie Gedalge25, rue des Saints-Pères, à Paris, éditeur spécialisé dans ce genre de livres et plus généralement dans les livres pour enfants ou par la Librairie d'Éducation de la Jeunesse, 7, rue des Canettes, Paris (Société d'Édition et de Publications, Librairie Félix Juven, 122, rue Réaumur, Paris.).

Son œuvre

Les gentillets, avec souvent un côté moralisateur : Le petit saltimbanque Mademoiselle qu'en-dira-t-on ? Mésaventures d'une petite fille qui n'aimait pas coudre Forts par le travail Gringalette et Souffre-Douleurs La Volonté d'un père. Les pédagogiques : En revenant de l’école, livre de lecture pour les plus petits Les historiques : Histoire d'un timbre-poste Sauvée des ruines, ouvrage historique sur Murat et l’Italie en 1815 Nos Grands Républicains du , panthéon républicain à l'usage des élèves méritants, publié vers 1907.

Nos Grands Républicains

Les hommes au pouvoir au début du veulent « enraciner » la légitimité du régime républicain. Ils ont recours au Devoir de Mémoire. Ils veulent en même temps transmettre aux jeunes générations « les combats, valeurs et vertus républicaines ». Tous ces attributs sont fondés sur des modèles de comportement, incarnés par des héros valeureux. Les années passant, ils sentent grandir « une débordante gratitude » envers les Pères fondateurs de la () République, Pères qui commencent à tomber dans l'oubli.

Il faut réveiller tout cela par un livre de Prix, rouge, laïc, cartonné et doré. Marie Laubot, pédagogue repérée sinon attitrée, fut chargée de l'affaire.

Elle n'est pas une grande historienne ; elle ne s'attarde ni dans les débats parlementaires, ni dans les procédures judiciaires. Ce qui l'intéresse, ce sont les hommes. Elle applique les leçons d'un Lamartine ou d'un Hugo ; elle livre 38 portraits de grands Républicains. Des hommes, pas de femmes. Celles-ci sont quasi absentes.

La liste de Laubot

Les « dynasties » républicaines Au fil des pages, l'auteur met en avant une hypothèse : la piété filiale s'accorde avec la piété républicaine.

Elle expose sept (4+3) « dynasties ». Les 4 Carnot : Lazare Carnot, premier homme d'État d'une longue lignée, plusieurs fois ministre ; ses fils, Hippolyte Lazare Carnot à l'Instruction Publique en 1848 et son frère cadet, Sadi Carnot ; son petit-fils, le président de la République, François Marie Sadi-Carnot, assassiné à Lyon, en 1894, qui avait fondé en 1815 la « Société pour l'Instruction Élémentaire ».

Les 4 : Benjamin Raspail (1823-1899) et son frère Camille François Raspail (1827-1893). Ils furent députés de la gauche républicaine, leurs discours ne figurant pas dans les annales du Parlement. Le premier, amputé d'une jambe, légua, à sa mort, sa propriété pour y fonder une maison de retraite pour invalides du travail. L'auteur y voit « la digne fin d'un vrai républicain ». Xavier Raspail, le fils cadet, un médecin qui s'illustra pendant le siège de Paris.

Les 3 : François Arago, Emmanuel Arago, Étienne Arago, l'homme de théâtre républicain, qui décrit la dernière génération du siècle dans son ouvrage « L'Hôtel de ville au »

Les 3 Cavaignac : Louis-Eugène Cavaignac, Eugène Cavaignac, et son frère Godefroy Cavaignac. Les frères Cavaignac furent à l'origine d'une manifestation de deux cents élèves du collège Ste-Barbe à la Comédie-Française en 1818. En 1868, Eugène-Godefroy Cavaignac, fils du général Cavaignac, a refusé de recevoir un premier prix de version grecque des mains du fils de Napoléon III.

Soit :

Les 7 familles d'après Laubot (alpha) 4 « Grandes familles » avec 3 ou 4 représentants François Arago Emmanuel Arago Étienne Arago Nicolas Léonard Sadi Carnot Lazare Nicolas Marguerite Carnot Marie François Sadi Carnot François-Vincent Raspail Benjamin Raspail Camille François Raspail Xavier Raspail Louis Eugène Cavaignac Jacques Marie Eugène Godefroy Cavaignac Ces quatre lignées seront suivies de trois autres, « seulement représentées » par 2 grands hommes au lieu de 3 ou 4… Adolphe Blanqui Auguste Blanqui Louis-Antoine Garnier-Pagès René Waldeck-Rousseau Pierre Waldeck-Rousseau

Une chronologie républicaine

Les biographies s'attardent sur des moments privilégiés de la vie de chaque individu : naissance(s), études, combats de rues, procès, belles phrases et petits mots, manifestations populaires, emprisonnements, mariages, drames familiaux et pour finir, funérailles.

L'auteur reproduit des pièces authentiques illustrant des faits qui, à ses yeux, méritent réflexion : extraits de discours ou de correspondances.

Au fil des pages et des portraits, si on les replace dans une chronologie collective, se dessine un tableau de la mémoire, « des dires et des faits » républicains.

Devoir de Mémoire : ces « dires et faits », souvent mineurs au regard de la « grande histoire », un auteur républicain se doit de les transmettre à la « jeune classe », en ce tout début du .

Elle néglige les luttes théoriques et les déchirements internes du monde républicain : elle peut faire coexister un Thiers et un Proudhon dans les mêmes pages. Marie Laubot privilégie une facette principale du combat républicain : la vie personnelle, quotidienne (la vraie vie) de chacun de ses héros.

Exemple de cette chronologie du quotidien : 1823. Malheureuse expédition des républicains français, aux côtés des libéraux espagnols, au sein de la légion étrangère franco-italienne. (Marie commente : « Décidément, l'Espagne réussit bien mal aux troupes françaises. »).

1824. Condamnation à mort, d'Armand Carrel, carbonaro, emprisonné sous le coup d'une condamnation à mort puis acquitté pour avoir participé, lors de la guerre d'Espagne à l'expédition de 1823.

. Godefroy Cavaignac, accusé d'avoir fomenté des troubles à Paris lors du procès des ministres de Charles X, s'exclame lors de son procès : . Acquitté avec ses coaccusés, il est porté en triomphe par plus de trois mille manifestants et, le soir, un grand nombre de maisons sont illuminées.

. Dans « Le National », Armand Carrel se prononce pour la République.

1834. La « Société des Droits de l’Homme », naguère secrète, se consacre à entretenir une agitation aussi républicaine que permanente contre la Monarchie de Juillet. Ses têtes pensantes : les Arago, Louis Blanc, Victor Schœlcher, Ledru-Rollin, Blanqui et Godefroy Cavaignac, organisent une nuit d'émeutes, du . Le , 164 « conjurés » sont arrêtés et transférés à la prison Sainte-Pélagie, sans jugement.

. Évasion de 28 prévenus républicains incarcérés à Sainte-Pélagie, prison réputée « infranchissable ». Barbès et Godefroy Cavaignac organisent « la grande évasion » de l'intérieur même de la prison. Ils sortent avec 26 autres des 164 « conjurés ». Frère aîné d'Eugène de Cavaignac, Godefroy Cavaignac, Éléonore-Louis… (1801 - 1845), évadé et meneur, était en 1830, après les Trois Glorieuses et l’avènement de la Monarchie de Juillet, journaliste au « National ». Il fut un « grand journaliste républicain » (Blanqui), l'un leaders du parti républicain.

. Armand Carrel est tué dans un duel par Émile de Girardin.

. Premier procès de l'insurrection du fomentée par la « Société (secrète) des Saisons » dirigée par Armand Barbès et Louis Auguste Blanqui. Emmanuel Arago est le défenseur de Barbès, accusé par le procureur Frank Carré du meurtre de l'officier Drouineau. Barbès assume toute la responsabilité de l'insurrection, mais se défend de l'accusation d'assassinat.

. Barbès est condamné à mort. Hugo intervient en sa faveur.

Le 1839. Des centaines d'étudiants et d'ouvriers manifestent en faveur de Barbès.

Novembre 1845. Manifestation de trois mille étudiants devant le domicile d'Edgar Quinet. Son cours sur l'Ultramontanisme, professé au Collège de France, avait été suspendu par Guizot.

1847. Publication de lHistoire des Girondins d'Alphonse de Lamartine.

. Suspension du cours de Michelet au Collège de France et « formidable manifestation » des étudiants au Quartier Latin.

. Devant l'Hôtel de ville de Paris, Lamartine harangue la foule pour faire adopter les Trois Couleurs en lieu et place du drapeau rouge.

. Publication d'un décret du Gouvernement provisoire (Marie Laubot l'attribue à Lamartine pour expliquer sa popularité) : « Le Gouvernement provisoire de la République française s'engage à garantir l'existence de l'ouvrier par le travail ; il s'engage à garantir du travail à tous les citoyens ; il reconnaît que les ouvriers doivent s'associer entre eux pour jouir du bénéfice légitime de leur travail ».

1850. Proudhon enfermé, pour délit de presse à Sainte-Pélagie, y restera jusqu'en 1852.

1851. Adolphe Thiers est brièvement incarcéré.

. Discours de Victor Hugo à l'Assemblée sur l'abolition de la peine de mort à l'occasion du procès intenté à son fils Charles Hugo.

2 décembre 1851. Le député montagnard Alphonse Baudin est abattu sur une barricade du faubourg St-Antoine, il exhortait les artisans à la résistance au coup d'État. Élu de la Constituante par 11 départements et trois millions cinq cent mille voix, il n'en recueillit que dix-sept mille lors de l'élection présidentielle. Il est célèbre pour sa réplique sur l'indemnité de 25 francs par jour : .

Décembre 1851. Louis Eugène Cavaignac, après avoir contribué aux déportations des insurgés de , est emprisonné au fort du Ham.

1862. Procès des cinquante-quatre comploteurs républicains de . Ils sont défendus par l'élite du barreau républicain. Léon Gambetta, défenseur de l'ouvrier mécanicien Buette, « excita une émotion indescriptible ».

1867. Procès de Berezowski qui a tiré sur Alexandre II. Il est défendu par Emmanuel Arago.

. Manifestation de la jeunesse ouvrière et de celle des écoles sur les tombes de Godefroy Cavaignac et Alphonse Baudin. Lancement d'une souscription pour élever un monument à Baudin.

13 et 14 novembre 1868. Le gouvernement poursuit les manifestants républicains ; Arago, Gambetta et Crémieux assurent la défense. Les débats « furent une véritable défaite pour l'Empire et un triomphe pour Gambetta ».

. Thiers est élu à l'Assemblée nationale par 26 collèges électoraux et totalise sur son nom plus de deux millions de voix. Marie Laubot glisse sur la Commune et sa sanglante répression : « Il lui fallut lutter contre Paris soulevé. »

. Inauguration du monument à Alphonse Baudin.

. Funérailles nationales d’Adolphe Thiers (premier président de la ).

. Funérailles de Michelet au Père-Lachaise et souscription pour un monument funéraire (il sera inauguré en 1882).

. Trois cent mille personnes participent à une manifestation en l'honneur de Victor Hugo, à l'occasion de ses quatre-vingts ans.

Fin décembre 1882. Décès de Léon Gambetta. Des funérailles nationales sont votées et les obsèques se déroulent avec un cérémonial grandiose.

. Funérailles nationales de Victor Hugo : « Ce que furent ces funérailles, Paris et la France ne l'oublieront pas. Ce fut une véritable apothéose ». Une foule considérable suit le cortège de l'Arc de Triomphe au Panthéon.