Ahmet Zogu (nom de naissance : Ahmet Muhtar Bej Zogolli), né le et mort le , est un homme d'État albanais.
Premier ministre à deux reprises puis président de la République à partir du , il s'autoproclame roi des Albanais sous le nom de Zog I (ou Zogu I), à partir du , après avoir remplacé la première République albanaise par le royaume albanais. Son règne prend fin le lors de l'invasion italienne.
Biographie Jeunesse Né en Albanie centrale, le à Burgajet, Ahmet Zogu est le fils de (1860-1911), un puissant chef de clan féodal albanais et gouverneur héréditaire de la région de Mati. Sa mère, (1876-1934), appartenait à la , une famille de grands propriétaires terriens de la vieille noblesse albanaise. Ses quatre sœurs cadettes devinrent toutes princesses et altesses, et l'une d'elles devint altesse impériale en épousant le prince Şehzade Mehmed Abid, l'un des représentants de la dynastie ottomane.
Zogu, envoyé à Constantinople, fait ses études au lycée de Galatasaray. Mais en 1911, il revient prématurément à la suite du décès de son père, auquel il doit succéder au poste de gouverneur. Durant les guerres balkaniques, Zogu repousse les Serbes et soutient l’indépendance proclamée par Ismail Qemali.
Partisan du prince Vidi, le nouveau souverain choisi par les grandes puissances, il combat durant la Première Guerre mondiale aux côtés des Austro-Hongrois. Cependant, ces derniers le trouvent gênant, Zogu profitant surtout de la situation pour occuper les territoires voisins. vignette|gauche|redresse|Le prince Vidi en 1912. Pour s’en débarrasser sans se mettre à dos la famille Zogu, les Autrichiens le nomment colonel d’une petite troupe et l’envoient à Vienne. Là-bas, Zogu est arrêté et retenu jusqu’à la fin de la guerre. Envoyé à Rome, il est rapatrié en Albanie en 1919.
Parcours politique vignette|gauche|redresse|Essad Pacha Toptani pendant la Première Guerre mondiale.
L'Albanie, depuis son départ, était restée une monarchie, dont le prince est en exil. Le prince Vidi, parti en exil, est représenté par le Haut Conseil.
Dès son retour au pays, Zogu se lance dans la politique. En 1920, il mate une rébellion, empêchant ainsi son oncle Essad Pacha Toptani, d'accéder au trône ; cet acte lui vaut d'être nommé ministre de l'Intérieur, poste qu'il occupe durant quatre ans.
Tout en devenant gouverneur de Shkodër de 1920 à 1921, il est promu général et commandant en chef de l'armée de 1921-1922. Pendant cette période, il est membre du parti dominant la vie politique du pays, le « Parti populaire ». Ces deux années sont aussi très marquées par les moyens répressifs qu'utilise Zogu pour combattre le désordre. Ses méthodes abusives sont désapprouvées par plusieurs membres de son parti, en particulier par Fan Noli, Luigj Gurakuqi (un héros national assassiné en 1925 par les partisans de Zogu) et Avni Rustemi qui forment en opposition le « Parti démocrate » de gauche-libérale.
vignette|gauche|redresse|Shefqet Verlaci en 1940. En 1922, Zogu devient Premier ministre et change de parti : il rejoint les conservateurs d’extrême droite du « Parti progressif ». Ce changement de position soudain est dû à ses fiançailles avec la fille de Shefqet Verlaci, le chef du parti.
La tension entre les deux partis est telle que, le , Zogu échappe de peu à un attentat au parlement et n'est que légèrement blessé. Peu après, un scandale financier éclate, ce qui l’oblige finalement à démissionner le . Il est remplacé par son « futur » beau-père, Shefqet Verlaci. Zogu, irrité, fait assassiner en représailles, le , un député de l'opposition, Avni Rustemi. Cet acte provoque l'indignation de tous et une insurrection dirigée par Fan Noli renverse en un mois le gouvernement. Zogu et ses alliés se réfugient alors en Yougoslavie, où depuis Belgrade, ils obtiennent l'aide du gouvernement yougoslave. En effet ces derniers craignent que le gouvernement de Fan Noli ne sympathise avec l’URSS. Ainsi, six mois après, le , Zogu envahit le pays et reprend le pouvoir. À la suite de ce coup d’État, la totalité de ses opposants s’exilent ou sont arrêtés.
Présidence Zogu a désormais le champ libre pour tous ses projets. Ainsi il proclame la République et est élu président de la République le , pour un mandat de sept ans. Il fait voter une Constitution le , lui donnant de très importants pouvoirs. En un an, il interdit les partis, arrête tout opposant au régime, instaure la censure et fait régner l’ordre à l’aide d’une solide gendarmerie.
Après avoir soudoyé les seigneurs féodaux, Zogu peut enfin se lancer dans la modernisation et l’européanisation du pays. Il abolit progressivement le servage et le port du voile, réforme l’administration, instaure l’égalité devant l’impôt et l’idée d’une nation émerge enfin dans le peuple. vignette|gauche|Billet albanais de 100 francs (1926), à l'effigie du président Ahmet Zogu. Malgré tout, l’Albanie souhaite moderniser son pays, mais les moyens financiers manquent. Zogu ouvre donc ses frontières aux capitaux étrangers : immédiatement l’Italie propose son aide. Cette dernière crée et finance dès mars 1925 la Banque nationale d’Albanie, accordant d’importants prêts, vitaux pour le pays. Dans ces conditions, le , Zogu signe avec Benito Mussolini, un traité de statu quo politique et territorial donnant à l’Italie une suprématie incontestée sur la mer Adriatique. Ce dernier se voyant ainsi accorder le droit d’intervenir militairement en Albanie à la demande de Zogu.
La Yougoslavie vit en la signature de cet acte une possibilité d’agression de la part des Italiens et se brouilla alors avec l’Albanie et l’Italie. Commence alors, entre la Yougoslavie et l’Italie, une surenchère d’alliances qui amène finalement, le , au deuxième traité de Tirana. Ce second pacte, présenté comme un traité d’alliance offensive et défensive entre les deux pays, visait à la préparation de l'établissement d'un protectorat à venir sur l'Albanie. Zogu, réticent, se voit obligé de signer.
Roi des Albanais vignette|gauche |redresse|Zog en 1939. vignette|Monnaie frappée du nom du roi « Zog » (1935). Le , après avoir modifié la Constitution, Ahmet Zogu s’autoproclame roi des Albanais sous le nom de Zog I, supprimant son prénom jugé trop musulman.
En devenant roi, Zog légitime son pouvoir et peut enfin se lancer sur la voie de la modernisation sans qu’aucune opposition ne se manifeste. Ainsi, il instaure dès 1929 un code civil, un code pénal et un code commercial, éradique la féodalité et proclame l’Albanie, pays laïc. Il établit le suffrage universel et développe à travers tout le pays des infrastructures, des routes, des écoles, des hôpitaux… En 1930, il entame aussi une réforme de l’agriculture, mais devant les réticences des grands propriétaires, les principaux soutiens du trône, cette action se solde par un échec.
N’ayant plus besoin du soutien de son ancien chef de parti, Shefqet Verlaci, Zog, fiancé avec sa fille, rompt son alliance avec celui-ci. Son ancien « beau-père » n’a plus qu’une idée en tête : tuer Zog. À tel point qu’en 1931, le roi échappe à un attentat à Vienne. Après cet événement, Zog s’entoure d’une garde rapprochée, évite au maximum de se montrer à la foule et, craignant d’être empoisonné, surveille étroitement les cuisines. Dans ces conditions, le roi s'ennuie. Il passe alors ses journées à jouer au poker et à fumer des cigarettes parfumées (environ 150 par jour) ; plus de 10 % du budget national sert à entretenir la cour.
La crise de 1929 n’épargne pas l’Albanie et le jeune État subit de plus en plus l’hégémonie de l’Italie. Zog, pour contrebalancer l’influence italienne, avait gardé, au grand dam de Mussolini, des officiers britanniques dans sa gendarmerie. Ce dernier, ne supportant pas cet affront, prit prétexte des intérêts non payés en 1932 et 1933 pour exiger le renvoi des Britanniques et la nomination d'officiers italiens à leur place. Il tente aussi d’imposer une union douanière donnant ainsi aux Italiens le contrôle des entreprises nationales. Zog refuse et cherche désespérément l’aide de pays voisins. Il signe alors rapidement des traités avec la Yougoslavie et la Grèce puis nationalise dans un dernier espoir l’enseignement, dirigé en grande partie par des prêtres italiens. Mais en vain. Le , Mussolini envoie la marine italienne faire une démonstration navale à Durrës. Zog n’a plus d’autre choix que de se soumettre et signe un traité imposé par Mussolini, permettant le contrôle de l’économie albanaise par des sociétés italiennes. Le montant total des investissements italiens atteignent dès lors les 280 millions de francs-or alors que le budget albanais ne dépassera pas la barre des 28 millions. L’Albanie devient de fait un protectorat italien.
De 1929 à 1933, il a pour maîtresse, Tania Visirova, danseuse nue des Folies Bergère ; leur relation sert de base au roman-feuilleton de Roger Vailland La Visirova, publié dans Paris-Soir en 1933.
vignette|Mariage du roi Zog et Géraldine Apponyi, le . Zog devient petit à petit un monarque « fantoche », mais régnant toujours en véritable despote « éclairé ». Ainsi il donne le droit de vote aux femmes en 1937. Néanmoins le contrôle italien sur le pays l’irrite et Zog renforce le caractère dictatorial de son régime, le rendant très impopulaire.
Le , Zog se marie avec Géraldine Apponyi, fille d’un comte hongrois et d’une Américaine. La nouvelle reine a vingt ans de moins que le roi. Le couple royal n'a qu’un fils, le prince héritier Leka, né le à Tirana deux jours avant l'invasion italienne.
Au cours de son règne, il prétendit avoir survécu a plus de 50 tentatives d'assassinat, mais seulement 4 ou 5 tentatives sont avérées..
L'invasion « romaine »
En , le comte Ciano, gendre et ministre des Affaires étrangères de Mussolini, conseille vivement à ce dernier d'envahir l’Albanie. Cette action, prévue pour le printemps 1939, aurait pour objectif le début de la reconstitution de l'ancien Empire romain. Le roi Zog, de l'affaire, s'informe auprès de l'état-major italien, qui le rassure, en raison de l'indécision de Mussolini.
Ciano, de son côté, essaie d'avoir le soutien du Premier ministre yougoslave en l'achetant, mais le prince Paul, régent du jeune Pierre II, apprend la nouvelle et le renvoie le . Le roi Zog est maintenant persuadé du sort qui l’attend. Et le , Mussolini envoie un ultimatum. Le souverain, abandonné par l'élite politique du pays, tente alors de gagner du temps avec une contre-proposition qui ne sera même pas examinée, sans qu’aucune intervention internationale ne se fasse, y compris de la part de la SDN. vignette|Soldats italiens en Albanie, le 7 avril 1939. Le , Mussolini adresse au royaume albanais un ultimatum, suivi d’un bombardement, puis soldats italiens envahissent le pays. L’Albanie qui ne comportait qu’une armée de soldats ne résiste pas, sauf à Durrës où la marine albanaise et les gendarmes de la ville tentent de repousser un débarquement italien.
Le , Zog part en exil. La régence est assurée par Xhafer Ypi (du 9 au ) puis par Shefqet Verlaci (du 12 au ). Les Italiens furent d'abord acclamés par le peuple comme des libérateurs. Mais, peu à peu, le roi modernisateur commença à être regretté. En effet, son caractère ne lui permit pas d'envisager une résistance aux Italiens autrement qu'en jouant la carte de la dureté transformant ses velléités démocratiques en un diktat autocrate pourtant bien répandu à l'époque et notamment dans les Balkans. Contraint à l'exil, il laisse un pays en voie de modernisation, avec des hôpitaux, des écoles, des ateliers, des hospices, des routes praticables, la laïcité et l'égalité des femmes avec les hommes.
L'exil
Pendant la Seconde Guerre mondiale