La division ou la séparation du royaume de Géorgie est une période de l'histoire de la Géorgie qui se situe entre 1490 (date de la dissolution officielle du royaume) et 1810 (date de l'annexion du royaume d'Iméréthie par la Russie). Toutefois, on peut faire remonter la première division de la Géorgie à 1259, quand le roi David VI, dit Narin, fonda, à la suite de la soumission de la Transcaucasie orientale par les Mongols, un royaume indépendant d'Iméréthie, qui durera jusqu'au début du .

Cette époque est caractérisée par des dissensions familiales, une montée de la puissance des nobles, une domination par les forces musulmanes (Turcs ottomans à l'ouest et Perses séfévides à l'est) et un chaos perpétuel au sein des terres géorgiennes.

Contexte thumb|Carte du royaume de Géorgie sous Bagrat III. Au , un prince quasi-légendaire fonde le royaume d'Ibérie et devient roi, sous le nom de Pharnabaze Marie-Félicité Brosset, Histoire de la Géorgie de l'Antiquité au , .. L'Ibérie correspond à la Géorgie orientale d'aujourd'hui (la Géorgie occidentale étant occupée par la Colchide) et est de nos jours considérée comme l'ancêtre direct de l'actuel paysLa majorité des listes royales de Géorgie commencent avec Pharnabaze .. À la suite de plusieurs guerres contre l'ArménieTacite, Annales, Livre XII, Chapitres XLIV à LI, et Livre XIII, Chapitres VI & XXXVII., l'Empire romain et la Perse, l'Ibérie est annexée en 570Marie-Félicité Brosset, op. cit., . par l'Empire sassanide. Après une longue période de chaos et d'instabilité au sein du Karthli (autre nom de l'Ibérie), le monarque Bagrat III d'Abkhazie unifie toute la Géorgie, de la mer Noire à la mer Caspienne, en l'an 1010.

À dater de ce moment, la Géorgie va de conquêtes en conquêtes. Au début du , une partie du territoire de l'Arménie historique est conquise sur les musulmans par la Géorgie, tandis qu'au , la sphère d'influence de l'empire géorgien s'étend de la Crimée jusqu'au milieu de la frontière iraqo-turque actuelle. Mais un ennemi puissant se présente bientôt aux frontières de la Géorgie. En effet, en 1223Biographie des rois de l'Âge d'Or de Géorgie, les Mongols, menés par Gengis Khan, commencent leur invasion de la Transcaucasie. En avril de cette même année, le roi Georges IV, considéré comme le dernier souverain de l'« âge d'or » de la Géorgie, meurt de ses blessures à la suite d'une bataille contre les Mongols. La Géorgie entame alors une longue et difficile décadence. Bientôt, la reine Rousoudan meurt (évènement généralement daté de 1247) et c'est son fils David VI qui lui succède, avant de finalement être obligé de partager le pouvoir avec son cousin illégitime David VII.

Séparation de l'Iméréthie

En 1245, à la mort de sa mère, la reine Rousoudan , le roi David VI lui succède. Il règne durant une période chaotique en Géorgie et sous son règne, les Mongols achèvent de réduire le pays à l'état de vassalité. Toutefois, en 1247, à la suite d'un trop long voyage à la cour de Güyük Khan pour se proclamer vassal des Mongols, le roi David est laissé pour mort et la noblesse, en manque d'héritier au trône, proclame le cousin homonyme et illégitime de David comme roi de Géorgie. Un an plus tard, David VI est retrouvé auprès du Khan, qui partage le pouvoir entre les deux David afin d'éviter de futurs problèmes avec la noblesse. Le roi légitime est alors surnommé Narin (le « cadet »), et son co-monarque prend le nom de Oulou (l'« aîné »). Mais David VI Narin refuse de régner dans de telles conditions plus longtemps et se révolte contre son cousin et la puissance mongole, fondant un royaume indépendant composé de la partie occidentale de la Géorgie, l'Iméréthie. Il porte encore le même titre que David VII Oulou et réussit ainsi à créer un royaume géorgien indépendant.

Mais petit à petit, la Géorgie orientale réussit à se libérer de la domination étrangère. Toutefois, sa sœur occidentale refuse de reformer un royaume géorgien unifié, tellement l'idée d'une Géorgie indépendante a laissé place à l'idée d'un royaume d'Iméréthie indépendant. Le roi Georges V le Brillant (roi en Transcaucasie orientale) décide alors de récupérer de force la Géorgie occidentale et s'empare en 1330 de sa capitale, Koutaïssi. Le roi d'Iméréthie, Bagrat , reçoit alors le titre de « duc de Chorapani ».

Toutefois, en 1387, un nouvel envahisseur, Tamerlan, commence à faire des incursions en Géorgie et la noblesse d'Iméréthie, alliée à celle de Trébizonde, se rebelle et prend pour maître Alexandre de Chorapani, qui est proclamé roi. Toutefois, l'indépendance de la Géorgie occidentale n'est jamais reconnue par la Géorgie orientale et en 1443, l'Iméréthie est à nouveau annexée par le royaume de Géorgie. Mais trois ans plus tard, en 1446, le prince Démétrius de Géorgie, fils du roi Alexandre , reçoit en apanage la Géorgie occidentale et, au bout de quelque temps, on lui reconnaît le titre de roi d'Iméréthie.

Division de l'Iméréthie

Le royaume d'Iméréthie est lui-même rapidement victime des forces centrifuges. Dès 1491 le « Dadian » en Mingrélie et le « Gouriel » en Gourie se proclament princes indépendants et héréditaires. Vers 1665, la famille Chirvachidzé fait de même en Abkhazie, ainsi que les princes Dadechkéliani en Svanétie vers 1750. Aux , les princes de Gourie et de Mingrélie n'hésiteront pas à usurper le trône d'Iméréthie.

Division de la Géorgie

À la suite de la perte de l'Iméréthie, la Géorgie se dégrada petit-à-petit. À la fin du , elle était totalement soumise aux Mongols, tandis qu'entre les , les Turcomans commencèrent leurs invasions destructives dans le royaume caucasien. Ainsi, les nouveaux envahisseurs causèrent la perte du semblant de gloire que les Géorgiens avaient au , pour finalement causer une division du pays.

Royaume de Karthli En 1478, à la mort du roi Bagrat VI, le prince Constantin, qui luttait depuis longtemps pour la possession du royaume de Géorgie, devint monarque, sous le nom de Constantin II. En 1488, dix ans plus tard, dans le but d'assurer sa descendance sur le trône, il associa ses quatre fils David, Georges, Bagrat et Démétrius au trône. Toutefois, malgré les mesures qu'il prit pour tenter de réunifier la Géorgie, il ne contrôlait que la partie centrale du royaume et les deux dernières années de la Géorgie unifiée furent illustrées par les demandes désespérée de Constantin II aux puissances européennes de lui fournir de l'aide contre les musulmans. En effet, sous son règne comme sous les précédents, les Turcs ravageaient et dévastaient le pays. Bientôt, il perdit le contrôle sur l'ouest de la Géorgie, prise par les Ottomans, tandis que l'est ne tarda guère à tomber aux mains des Turcomans. Puis finalement, le roi ne put empêcher la réunion du grand conseil national, dirigé par les plus éminents nobles caucasiens, qui officialisa la dissolution du royaume de Géorgie et la création de trois États géorgiens, le Karthli, la Kakhétie et l'Iméréthie, en 1490.

La même noblesse qui divisa la Géorgie souhaita préserver le roi Constantin II sur le trône de Karthli, qui correspondait à l'antique royaume d'Ibérie. Constantin tenta vainement de reprendre les anciens territoires géorgiens, mais il échoua, tombant toujours sur une défense farouche appuyée par la noblesse musulmane et les Turcs ottomans. Constantin, après avoir fait appel une dernière fois aux monarques espagnols, s'éteignit en 1505 et son fils aîné, David X, lui succéda. Celui-ci fut le premier souverain à porter le titre de roi de Karthli, abandonnant les anciens titres pompeux des monarques géorgiens. Mais au lieu de renforcer et d'agrandir son royaume, il contribua à une nouvelle division interne. En effet, une fois arrivé sur le trône, il tenta de reprendre de force (tout comme son père) la Géorgie orientale. Mais il échoua ridiculement et dut, pour assurer la frontière avec l'ennemi kakh, donner en apanage la région de Moukhrani à son frère cadet, Bagrat . Officiellement, la principauté de Moukhrani était vassale de Tbilissi, mais au fil des siècles, elle acquit une autonomie qui peut être remarquée. Ainsi, quand la Russie annexera le Karthli et la Kakhétie en 1801, des princes géorgiens continuèrent à porter le titre de Prince de Moukhrani.

Principauté de Samtskhé et de Saathabago La famille féodale des Jakéli gouvernait héréditairement le Samtské et le Saathabago qui correspond partiellement à l'actuelle province de Samtskhe-Djavakheti avec les titres « duc et connétable de Meschie » depuis le début du . À l'époque de l’invasion des Mongols, les ducs Sargis , Béka et Sargis II Jakéli font sécession de 1269 à 1334 et règnent comme vassaux directs des occupants. Du fait de l’action du roi Georges V de Géorgie, dont la mère est une Jakéli, la région retourne ensuite pacifiquement dans le giron du royaume.

Au , l'ambitieux Qvarqvaré III Jakéli participe activement à l’éclatement du royaume unifié de Géorgie et se proclame indépendant en 1466. Ses descendants fortement soumis à la pression des Ottomans se convertissent à l’islam au début du avec Sefar Pacha. Ils continuent de gouverner avec le titre de pacha héréditaire d’Akhaltsikhé jusqu’à l’annexion à l'Empire ottoman en 1750. La région est ensuite annexée à l'Empire russe en 1829. La population, les Meskhètes, est fortement islamisée à l'époque des princes musulmans.

Royaume de Kakhétie thumb|Dans les années 1490, le grand-prince de Moscou Ivan III refusa de venir en aide aux chrétiens de Géorgie.

L'histoire de la Kakhétie peut être considérée comme un mélange de celles de l'Iméréthie et du Karthli. En effet, cette région orientale de la Géorgie avait jadis été le siège d'une principauté puis d'un royaume indépendant. Comme il est dit plus haut, le royaume d'Ibérie avait été annexé par les Perses sassanides en l'an 580. Alors, Adarnassé , le fils et héritier du dernier roi Bakour III, se vit recevoir en fief de la part des envahisseurs la partie orientale de la nouvelle province. Devenu « prince de Kakhétie », il créa une succession héréditaire. Son petit-fils Adarnassé II se rebella contre les Arabes (qui avaient succédé aux Perses entretemps) et se réfugia sous le giron de Byzance. En 787, un noble local, Grigol, se fit proclamer « Prince-évêque » (« chorévêque ») de la région et fonda une monarchie élective, qui dura jusqu'en 893, date à laquelle le prince Kviriké prit le titre de prince héréditaire. À cette date, la principauté de Kakhétie devint indépendante et ne fut soumise à aucun des royaumes voisins, et ce jusqu'en 1010, quand Bagrat III, premier souverain de la Géorgie unifiée occupa la région. Après une brève indépendance entre 1014 et 1029, la Kakhétie fut annexée encore une fois par la Géorgie. Toutefois, après quelques mois, le prince arménien Gagik Bagratouni conquit la Kakhétie et en devint roi. Cette monarchie héréditaire dura jusqu'en 1105, quand le roi géorgien David IV le Reconstructeur prit contrôle définitivement de la région.