vignette|The Gunsmith Shop, tableau d', vers 1885.
Un armurier est un professionnel qui conçoit, fabrique, modifie, répare ou vend, à l'origine des armes défensives, les armuresEncyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, Jean Le Rond d'Alembert, Denis Diderot, éd. Briasson, 1751, tome 1, 914 pages, page 699 : Armurier, s. m. ..
Avec l'apparition des armes à feu, le terme s'étendit également aux armes offensives. Par extension, l'armurier désigne aussi celui qui réalise les armoiriesLe Roman de la fleur de lis, 1338 ou encore Trois vertus 1405.
Histoire
Les armes défensives apparaissent parallèlement aux armes offensives. Avec elles, le métier d'armurier apparaît de facto dès la protohistoire.
En Europe, il atteint son apogée esthétique durant le Moyen Âge, du , avec les armuriers et fourbisseurs dédiés d'abord à la fabrication de cuirasses et d'armures destinées aux hommes d'armes et à la chevalerie. L'apparition des armes à feu. à partir du prendra par la suite une place prépondérante dans ce métier. Dans le contexte militaire, jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, l'armurier est un « bas-officier », aujourd'hui appelé « sous-officier », tandis que dans la marine, il désigne un ouvrier de l'arsenal, chargé de l'entretien et des petites réparations des armes, dans un corps de troupe.
L'activité de l'armurier contemporain consiste dans le développement et la fabrication d'armes en suivant les spécifications de l'usine ou du client, et en utilisant des outils à main ou des machines (comme des tours, fraiseuses et meuleuses).
Préhistoire L'usage de pièces pectorales est attesté dès la période Néolithique, tant comme protection que comme parureColliers pectoraux, connus dans la nécropole de Hallstatt.. Ces pièces étaient réalisées en cuir bouilli, en bois, en pierresD'Égypte sont parvenues des cuirasses de parade en peau de crocodile datées du , exposées au British Museum de Londres. Presque mille ans plus tard, des guerriers omeyyades utilisaient des cuirasses et des casques en peau de crocodile, également fabriqués en Égypte, par exemple, une armure de parade en pierres lamellées, datée de la dynastie Qin, Chine ( s. av. J.-C) ou en os pectoral en défenses de sanglierSociété Préhistorique Française, T. XXXIII, 2003 lisible en ligne.
La chasse et la cueillette du Paléolithique cèdent la place à des structures sociales basées sur un mode de vie sédentaire et agropastoralDu Proche-Orient à l’Atlantique, Actualité de la recherche sur le Néolithique, Jean Guilaine, in Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2005/5, pages 925 et suivates..
À la fin de la Préhistoire, le Chalcolithique aussi nommé Eolithique se caractérise par la continuation du travail de la pierre et l'apparition de la métallurgie, avec le travail du cuivre et de l'or. Apparaissent quelques armes offensives avec les poignards et des haches mais surtout des armes défensives avec les boucliers renforcés de plaques de cuivre, outre les outils, récipients et objets d'apparatVoir les descriptions de poignards et de haches en cuivre découverts, pour ce qui concerne la France, en Bretagne et dans le Morbihan, notamment dans l'article : Étude technique d'objets métalliques du Chalcolithique et de l'Âge du Bronze de Bretagne, J. Briard et J.-R. Maréchal, in Bulletin de la Société préhistorique française, 1958, pp. 422-430..
L'apparition de ces armes provoquera des affrontements entraînant l'émergence d'une organisation sociale, caractérisée par une distribution des rôles dans les formes de sociétés, avec le développement de communautés dédiées à l'exploitation des minesComme la mine de cuivre des Clausis à Saint-Véran. Des affleurements de cuivre à d'altitude sont accompagnés de vestiges d'une exploitation à ciel ouvert datée de la fin du 3e millénaire av J.C. Voir Cahiers du Château Saint-Jean, 2006, , sur ce site et Vingt ans de recherches à Saint-Véran, Hautes Alpes : état des connaissances de l’activité de production de cuivre à l’âge du Bronze ancien, David Bourgarit, Pierre Rostan, Laurent Carozza, Benoît Mille, Gilberto Artioli, in Trabajos de Prehistoria 67(2), décembre 2010, à lire en ligne et d’un artisanat spécialisé notamment, fabrication de ces objets en cuivreJan et Marion Lichardus, La Protohistoire de l’Europe. Le Néolithique et le Chalcolithique, Paris, PUF, 1985, ., élites soucieuses de maîtriser le contrôle des territoires et des échanges, devenant les commanditaires de ces produits également symboles de leur statut, comme l'atteste la nécropole de VarnaColin Renfrew, « Varna and the social context of early metallurgy », Antiquity , 1978, et suivantes.. Ces modifications des structures socio-culturelles et politiques sont le signe précurseur des civilisations à venir.
En Asie Mineure, on retrouve en Anatolie des pépites de cuivre datées - 5000 avant J.‐C. Elles sont d'abord transformées à froid par martelage, peu après, l'usage de fours, élevant la température des minéraux, en permettra le moulage ; cela dit, les objets produits ne sont pas toujours d'une grande stabilité et la production d'objets en cuivre connait des limites, notamment dues à un outillage pas encore assez capable de résister aux hautes températures. Le bronze, mélange du cuivre avec l'étain d'Iran y remédiera.
En Europe, vers 3500 avant J.‐C., les plus anciens foyers métallurgiques, représentés notamment par la Culture de Vinča-PločnikEn 1928 et en 1968, les fouilles de l'archéologue serbe Miodrag Grbić (1901–1969), ont mis au jour des haches et de nombreux ciseaux en cuivre énumérés dans La protohistoire de l'Europe : Le Néolithique et le Chalcolithique entre la Méditerranée et la mer Baltique, Jan Lichardus, Marion Lichardus-Itten, Presses Universitaires de France, 31 janvier 2018 . Les fouilles de 2007 ont révélé la présence d’un four, un burin de cuivre, un marteau à deux têtes et une hache. Pour en savoir plus, lire l'article suivant, près de la mine de cuivre de Rudna Glava, ou encore les mines de Tiszapolgar en Hongrie, de la mine d’Ain Bunar qui approvisionna les cultures de Cucuteni-Trypillia en Roumanie et de Gumelnița-Kodjadermen-Karanovo en Bulgarie… témoignent d'un berceau métallurgique carpato-balkanique concurrentDe même les découvertes faites dans les pays nordiques témoignent en faveur de l’hypothèse d’une diffusion de la métallurgie également à partir de la Scandinavie voir Le problème des origines de la métallurgie par Jean-François Maréchal, Congreso internacional sobre patrimonio geológico y minero de la SEDPGYM, Manresa, 20 et 23 septembre de 2012. Les échanges commerciaux répandent l'or de Transylvanie, l'étain de Bohême, le cuivre de Slovaquie, dans le reste de l'Europe pré-Antique.
Vers 2000 avant J.‐C., toute l'Europe et tout le Moyen-Orient connaissent le bronze.
Antiquité À ce stade de la chronologie historique, dans chaque civilisation, sans l'audace et le courage individuel, les manœuvres ne décident pas seules de l'issue des combats. Et c'est ainsi que les armes, tant offensives que défensives, vont jouer un rôle primordial dans le règlement des conflits. Elles vont vite être associées à la personnalité des vainqueurs, pour conférer une dimension légendaires, magiques aux événements relatés sur les bas-reliefs des temples ou dans la Bible.
L'arc, l'épée et la cuirasse, les équipements les plus anciens sont souvent cités, des préparatifs égyptiens ou hittites de la bataille de Qadesh aux affrontements des Perses contre les Grecs ou des Romains contre les Germains.
Symbole de puissance et de conquête, d'un côté les armures sont forgées par des personnages mythiques, comme celles d'Achille, ou d'Énée, forgées par Héphaïstos ; les 12 boucliers Anciles, par le roi Numa Pompilius et de l'autre, leurs parèdres, les épées, vont se voient reconnaitre une personnalité propre grâce à leur nom : al-Batar, « la batailleuse », l'épée du phillistin Goliath, al'Gebrik, de al djabara, « il a relié, consolidé, réuni », forgée en Inde pour Alexandre le Grand et rebaptisée Ar'Ithme « l'inconnue » par le mathématicien perse Al-Khawarizni au ,« Ashkelon », la spathaDans beaucoup de versions, une lance, avec laquelle saint Georges terrassa le dragon fut appelée « Ascalon », du nom de la ville d'Ashkelon en Terre sainte, où un forgeron la lui aurait façonnée. que Georges de Lydda aurait utilisé pour terrasser le dragon.
Âge de Bronze et âge du Fer Le cours tranquille de l’Euphrate voit émerger les Cités-État influencées par Babylone, tandis que le cours tumultueux du Tigre devient avec Ninive le berceau des premiers royaumes. Autour existent ceux d'Akkad, de Sumer, de Hati, le royaume Assyrien (XXIIe-759e siècle av. J.C.). Les conditions de vie sont rudes. C'est d'abord par le commerce de textiles, du cuivre et de l'étain, qui servent à fabriquer le bronze, que le royaume d'Assyrie deviendra riche puis puissant. Les objets de luxe se multiplient avec le travail de l'ambre, de l'or et du verre. Les vases sont ornés de dessins plus fins.
Le travail du bronze atteste de plus de savoir-faire métallurgique. Dans la confection des ustensiles indispensables, que ce soit pour la défense contre les ennemis, ou pour les travaux d'entretien quotidien, l'ornementation se développe. La fusibilité du métal permet d'obtenir le moulage de formes plus variées et plus fluides. Ainsi les haches sont faites d'un ou deux ailerons recourbés, elles sont forgées avec une douille pour recevoir le manche au lieu d'être fixée dans ce dernier. L'hameçon reçoit une courbure et une barbe pour mieux retenir le poisson. La lame du couteau reçoit un manche.
Les propriétés particulières du bronze vont rapidement faire évoluer le façonnage de armes et des protections corporelles. Le couteau grandit jusqu'à devenir l'épée. Sept cuirasses datées des retrouvées à MarmesseConservées au Musée d'Archéologie nationale à Saint-Germain-en-Laye., font partie des premiers exemples de l'évolution du travail des métaux et du développement de l'artisanat qui s'y dédie.
Le minerai de fer commence vers 1200 avant J.-C. en Anatolie et dans le Caucase. De nouvelles techniques de forge apparaissent, avec un acier d'abord médiocre - à l'exception de celui forgé à partir de météoritesÀ l'âge du bronze, le métal des objets en fer venait des météorites, Albert Jambon, CNRS, Communiqué de presse, Paris, décembre 2017 et « Bronze Age Iron: Meteoritic or not? A Chemical Strategy ». Albert Jambon. Journal of Archaeological Science, décembre 2017Voir aussi la dague de Toutankhamon, exposée au Musée égyptien du Caire. - mais plus performant à partir du , qui va lui aussi changer les rapports politiques et sociaux. Le métier de forgeron, se développe, dont celui des forgerons d’armes. Ces derniers trouveront protection et reconnaissance auprès des puissants, ce qui leur permettra d'acquérir un statut d'artisan empreint d'une avantageuse reconnaissance sociale.
Civilisations mésopotamiennes et égyptiennes Plus à l'est, à partir du - millénaire avant J.C., dans les steppes d’Asie centrale, les armures complètes se développent déjà. Ainsi en attestent les CataphractesNe pas confondre avec le type de navire athénien antique, également appelé cataphracte, doté d'un pont, par opposition à l'aphracte, quant à lui dépourvu de pont, in Histoire Ancienne des Égyptiens, des Carthaginois, des Assyriens, des Babyloniens, des Mèdes et des Perses, des Macédoniens, des Grecs, volume 9, Charles Rollin, Chez la Veuve Estienne, libraire, 1750, 598 pages, page 571 - d'abord en écaille, puis en métal. Elles sont destinées tant à la protection du guerrier qu'à celle de la monture. Les premiers à doter notamment leurs archers montés d'une telle protection corporelle, d'une armure, sont les Assyriens, mais ils l'abandonneront au profit de la mobilité.