Le CSS Alabama est un sloop de guerreSloop de guerre : équivalent de corvette en français à propulsion mixte (vapeur et voiles) construit en Grande-Bretagne en 1862, qui appartint à la Confederate States Navy (marine de guerre des États confédérés d'Amérique) jusqu'à ce qu'il coule le à l'issue d'un combat naval avec le sloop de guerre nordiste , au large du port de Cherbourg, en France. L’Alabama servit comme corsaire, et pendant les deux années que dura son activité, il détruisit un grand nombre de navires de commerce de l'Union, ainsi qu'une canonnière à vapeur, l'. Sa croisière lui fit traverser à trois reprises l'océan Atlantique, deux fois l'océan Indien, ainsi que la mer de Chine méridionale. Cependant l’Alabama n'a jamais fait escale dans un port confédéré.
Construction vignette|left| Le force le blocus de La Nouvelle-Orléans en janvier 1861. Il va mener la guerre de course en Atlantique jusqu'à se trouver piégé, en janvier 1862, dans le port de Gibraltar par la marine de l'Union. Son capitaine, Raphael Semmes, le laissera à quai et partira pour l'Angleterre avec bon nombre de ses officiers, avant d'embarquer sur le CSS Alabama. L’Alabama est construit en secret en 1862 par le constructeur naval britannique John Laird Sons and Company, à Birkenhead dans le Merseyside, en Angleterre du Nord-Ouest.
L'opération est supervisée par un agent confédéré, James Dunwoody Bulloch, qui dirige l'effort de construction de la jeune marine de guerre sudiste, et menée à bien grâce à l'appui financier de la Fraser, Trenholm & Co., une firme de cotton brokers (négociants, intermédiaires en coton) de Liverpool, qui a de fortes attaches avec la ConfédérationJules Verne, dans Les Forceurs de blocus décrit bien à la fois le lancement d'un bateau bon marcheur à Glasgow et l'ambiance sociale d'une grande ville industrielle britannique en 1862 : le prolétariat était frappé par la « Famine du Coton ». Voir aussi le site web When Liverpool Was Dixie. L'avancement des travaux est d'ailleurs attentivement espionné par les agents secrets du ministre de l'Union détaché au Royaume-Uni Charles Francis Adams, Sr.voir sur le lien web When Liverpool Was Dixie les rapports détaillés qu'Adams recevait de ses espions (espions d'ailleurs experts en architecture nautique, armement ) : les aménagements particuliers du navire, les caractéristiques des marins (qui chantaient Dixie en se déplaçant en groupe, quelles femmes ils fréquentaient…) etc., qui ne manque pas d'adresser de vigoureuses et inefficaces protestations au Premier Ministre britannique, Lord PalmerstonPour des précisions sur les manœuvres occultes qui ont entouré la construction et le lancement du futur CSS Alabama, voir le chapitre Aide britannique à la Confédération.
D'abord désigné comme la coque Fowley, page 290.Simson, page 253., le bateau est baptisé Enrica et lancé très discrètement le . Il part pour Terceira, une île des Açores, avec à bord James Dunwoody Bulloch et un équipage civil : officiellement, il s'agit d'un navire de commerce non armé, qui n'enfreint donc pas les dispositions du British Neutrality ActLuraghi, page 225..
Le capitaine Raphael Semmes et plusieurs de ses officiers avaient quitté le navire corsaire en , après qu'il avait été pris au piège dans le port de Gibraltar où il cherchait à effectuer des réparations indispensables, et ils avaient rejoint l'allié objectif de la Confédération qu'était alors le Royaume-Uni.
Semmes et ses officiers embarquent à Liverpool le , à bord du vapeur Bahama, et arrivent à Terceira le Luraghi, page 227.. Ils prennent alors le commandement de l’Enrica et en supervisent l'approvisionnement et l'armement. Ils font notamment stocker à bord de charbon qu'apportait l’Agrippine, futur bateau ravitailleur de l’Alabama. Les trois équipages fournissent un travail éreintant durant , à la fin desquels l’Enrica est apte à devenir un croiseur de la Confederate States Navy destiné à la guerre de course contre les navires de l'Union.
L'armement lourd, fabriqué au Royaume-Uni, est alors composé de six canons lisses de (destinés au tir latéral) et de deux autres canons plus gros et montés sur affût pivotant. Ces deux canons pivotants sont placés à peu près au centre du bateau : le Blakely lourd à canon rayé de sept pouces de diamètre (tirant des projectiles de ) devant le grand-mât, et le gros huit pouces lisse derrière le grand-mâtLuraghi, page 226, donne le Blakely lisse et le 8 pouces rayé ; en revanche, Fowler, page 228, parle d'un Blakely de 7 pouces rayé et d'un 68 livres, lisse..
L’Alabama est propulsé, en sus de ses voiles (trois voiles basses à corne et des voiles hautes carrées classiques)Fowler, pages 286-287., par une machine à vapeur John Laird Sons & Co. de actionnant une hélice système Griffiths, en laiton, à deux pales. Sous voiles seules, avec l'hélice relevéeFowler, page 287.Simson, page 153. et sa cheminée escamotée, l' Alabama file à . Sous voile et hélice, il atteint .
Mise en service et recrutement
vignette|upright|Raphael Semmes (1809-1877), est le capitaine de l’Alabama, navire corsaire au service de la marine de la Confédération.
L’Alabama reçoit officiellement sa lettre de commission en grande cérémonie le , alors qu'il se trouve à un mille au large de Terceira, dans les eaux internationales.
Tous les hommes de l’Agrippine et de l’Enrica sont réunis sur le gaillard arrière de ce dernier, ainsi que les 24 officiers présents. Le capitaine Raphael Semmes monte sur un affût de canon et leur lit sa lettre de mission, par laquelle le président de la Confédération, Jefferson Davis, le nomme commandant du nouveau croiseur. Puis ceux des membres de l'équipage qui jouent d'un instrument exécutent Dixie.
vignette|left|Carte de Dixie. L'état d'Alabama est bordé au nord par le Tennessee, à l'est par la Géorgie, à l'ouest par le Mississippi, et au sud par la Floride et par le Golfe du Mexique.
Alors que le quartier-maître finit de descendre le drapeau britannique, un coup de canon retentit, et le drapeau confédéré se déploie au sommet du grand-mât et de la corne de brigantine. Le navire devient officiellement le croiseur CSS Alabama, de la Marine des États confédérés d'Amérique.
Le capitaine Semmes fait ensuite un discours dans lequel il exalte la cause sudiste, et incite vivement les marins présents à s'engager ; il n'a alors que ses , et aucun homme d'équipage. Comme la campagne n'a ni but ni durée précis, aucun des marins présents ne fait le moindre pas en avant. Semmes applique alors la devise de la Confédération (qui était gravée sur une plaque de bronze rivée sur la grande roue double du bateau) : . Il propose à tous ceux qui s'engageraient une double solde, payée en or, et une prime (à payer par le gouvernement de la Confédération) pour chaque navire ennemi détruit. Des cris d'assentiment s'élèvent alors : « Hear !, hear ! » (« Écoutez !, écoutez ! ») est un cri britannique manifestant une vive approbation (cf Webster's 3rd International Dictionary, ). Les députés du Parlement l'utilisent pour applaudir un discours ou une motion..
Semmes sait alors qu'il a réussi : , pour la plupart britanniques, signent leur engagement, rendant l’Alabama manœuvrable. Quant à la vingtaine d'hommes qui manquent encore, Semmes sait qu'il les trouvera plus tard parmi les équipages des prises, ou lors des escales en pays ami. Il est à noter que la plupart des qui s'engagent ce jour-là resteront à bord jusqu'à la fin.
Bulloch et les hommes qui ne signent pas repartent pour l'Angleterre, et l’Alabama peut alors commencer sa croisière.
La croisière de l’Alabama Dans l'Atlantique Nord vignette|left|L’Alabama reçoit officiellement son ordre de mission près de Terceira, dans l'archipel des Açores, où il effectuera un bon nombre de ses premières prises. Il décima la flotte de baleiniers nordistes opérant dans les eaux de l'archipel, particulièrement autour de Corvo et de Flores.
L’Alabama navigue en premier lieu au sud-ouest puis à l'est des Açores, en restant en travers de la route des navires de commerce qui vont d'Europe en Amérique, et en parcourant la zone de chasse aux cétacés (cachalots et baleines). En deux semaines, entre le 5 et le , l’Alabama capture et brûle aux environs des Açores nordistes de différents types affectées à la chasse aux cétacés (Ocmulgee, Ocean Rover, Alert, Weathergauge, Altahama, Benjamin Tucker, Courser, Virginia, Elisha Dunbar), et un schoonerL'équivalent français de schooner est goélette. dont la destination n'est pas précisée, le StarlightComparer ce carnage inaugural de baleiniers yankees en plein Atlantique à la chasse frénétique que leur fit le , trois ans plus tard, dans l'Océan glacial Arctique, à la fin de sa carrière. L'huile de baleine était alors une matière première (source de margarine, explosifs, combustible…) très recherchée, surtout par une nation en guerre. Semmes a mis au point une tactique : il approche la victime sous pavillon britannique, pour ne pas éveiller sa méfiance, puis l'arraisonne, et attend un jour ou deux pour le brûler, afin de ne pas alerter les bateaux yankees voisins (l'huile de baleine stockée à bord, si elle était un excellent combustible, devait par contre produire une fumée caractéristique). Il incendie ensuite plusieurs baleiniers à la fois, et dépose les équipages sur l'île la plus proche, après qu'ils se sont déclarés prisonniers sur parole. Les dégâts causés lors du premier raid de l’Alabama sont évalués à environ US$ , soit grosso modo son prix d'achat…
Puis l’Alabama traverse l'océan Atlantique (la traversée est d'ailleurs difficile et agitée), et longe les côtes de Nouvelle-Angleterre et de Terre-Neuve. Là, pendant le mois d', il détruit à nouveau plusieurs navires et acquiert sa réputation de « bateau-fantôme » insaisissable. Puis il voyage vers les Bermudes et la côte de Virginie. Lors de cette campagne, l’Alabama brûle neuf paquebots et navires de commerce (le Brillant, le Wave Crest, le Dunkirk, le Manchester, le Lamplighter, le Lafayette, le Crenshaw, le Lauretta, et le T.B.Wales), un baleinier, le StarbuckStarbuck est le patronyme d'une célèbre famille de baleiniers de Nantucket. Dans Moby Dick, Starbuck (un jeune quaker idéaliste) est le first mate (second) du Pequod., et en relâche 3 autres (l’Emily Farnum, le Tonawanda et le Baron de Castine).
En mer des Antilles et dans le golfe du Mexique L’Alabama continue sa descente vers le sud, et arrive en aux Antilles, après avoir brillamment esquivé la frégate de l'Union et l'énorme croiseur , envoyés tous deux à sa poursuite après le raid du CSS Alabama le long des côtes de Nouvelle-Angleterre. Le San Jacinto et le Vanderbilt abandonnent sa poursuite pour retourner le premier à Key West et le second à Hampton Roads (Virginie), pendant que l’Alabama se dispose à rencontrer son ravitailleur, l’Agrippine.
Après avoir brûlé le le Parker Cooke près de Bahia Semana, en République dominicaine, et capturé puis laissé partir, le , l’Ariel en mer des Caraïbes, l’Alabama fait route vers l'ouest pour entrer dans le golfe du Mexique courant janvier 1863 et aider l'État du Texas, alors aux prises avec l'armée d'invasion du major-général Nathaniel Prentice Banks.
Dans le golfe du Mexique, le soir du , en vue du phare du port de Galveston, dans le Texas, l’Alabama connaît son premier combat naval contre un navire de guerre.