L'élection présidentielle iranienne du a reconduit au pouvoir, pour quatre ans, Mahmoud Ahmadinejad, le président de la République sortant. Les résultats officiels créditent Mahmoud Ahmadinejad de 62,6 % des suffrages exprimés contre 33,7 % pour son principal opposant Mir Hossein Moussavi, la participation s'élevant à 85 %.
Cependant, les résultats sont très vite contestés par de nombreux Iraniens et par les autres candidats, en particulier Mehdi Karoubi et Mir Hossein Moussavi. Mir Hossein Moussavi évoque des « fraudes massives » et la falsification des résultats de l'élection. et s'oppose par conséquent à leur proclamation. D'importantes manifestations se déroulent dans les jours qui suivent rassemblant des millions d'Iraniens, à Téhéran et dans tout le pays. Elles sont fortement relayées par les médias à travers le monde, à partir du moment où la répression fait des morts, que l'opposition dénonce et que les Iraniens font connaître grâce à internet, pour contourner la censure. La mort filmée d'une jeune fille, Neda Agha Soltan, donne un visage aux victimes de la répression.. Les résultats officiels sont confirmés après une enquête demandée par le pouvoir religieux et malgré les demandes de l'opposition soutenue par de très importantes manifestations.
Le Venezuela., la Russie. et de nombreux pays du Moyen-Orient félicitent Ahmadinejad pour son élection tandis que la plupart des pays occidentaux émettent des réserves sur la validité des résultats, dont la France et l'Union européenne.
Cette élection a fortement marqué l'histoire de la République islamique d'Iran. Elle a donné lieu au plus important mouvement de contestation depuis la Révolution de 1979, tant par l'ampleur des manifestations que par leur répression. Elle a également marqué l'importance des nouveaux médias dans la vie politique iranienne (Internet, téléphones mobiles, réseaux sociaux...), largement contrôlés et censurés , mais dont certains ont réussi à passer la censure.
Outre l'opposition iranienne, un certain nombre de pays (notamment l'Union européenne, les États-Unis et la Russie) ainsi que l'ONU ont rappelé à l'Iran l'obligation d'assurer l'honnêteté du scrutin et de respecter la liberté d'expression de ses concitoyens. Ban Ki-moon, le secrétaire général de l'ONU, a appelé le à un arrêt immédiat des « arrestations, menaces et recours à la force » visant, à la suite de cette élection, des civils en Iran. Amnesty International a aussi demandé ce même jour aux autorités iraniennes de cesser d'utiliser la milice islamiste Bassidj, constituée d'hommes armés en civil, contre les manifestants qui contestent la réélection de Mahmoud Ahmadinejad..
Candidats
thumb|left|Manifestation des supporteurs de Mir Hossein Moussavi durant la campagne électorale. thumb| Mehdi Karoubi en campagne en mai 2009.
L'enregistrement des candidats s'est déroulé du 5 au au ministère de l'Intérieur. Le Conseil des gardiens de la Constitution a entériné la liste définitive quelques jours plus tard, après avoir examiné le dossier de chacun d'eux et récusé de très nombreux candidats, comme c'est toujours le cas pour les élections iraniennes« Iran: quatre candidats approuvés pour la présidentielle dont Ahmadinejad », dépêche AFP, 21 mai 2009. Ce qui fait dire aux organisations des droits de l'homme, telle la Fédération internationale des droits de l'homme, que les élections en Iran sont habituellement des « mascarades électorales. ».
Dans cette élection, outre le président sortant, s’affrontaient Mehdi Karoubi, arrivé troisième à l'élection présidentielle de 2005 avec 17,2 % des voix, qualifié de « réformateur pragmatique », le général Mohsen Rezaï, ancien chef des Gardiens de la Révolution islamique et secrétaire général du Conseil de discernement, classé parmi les conservateurs et l’ancien Premier ministre, Mir Hossein Moussavi, perçu comme un conservateur modéré et soutenu par les principaux partis réformateurs (dont le Front de participation à l'Iran islamique et la Société des clercs militants, présidée par Mohammad Khatami).
Moussavi annonce sa candidature le , après vingt ans d'absence de la scène politique. Il a reçu l'appui de Mohammad Khatami, prédécesseur d'Ahmadinejad à la présidence de la République, qui renonce à se présenter.. Pendant sa campagne électorale, il promet plus de liberté et critique l'interdiction des chaînes télévisées privées « Iran's presidential candidates », BBC, 21 mai 2009.. Il promet également d'amender les lois « discriminatoires et injustes » à l'encontre des femmes et d'œuvrer pour les droits des femmes « Iran candidate Mousavi backs women's rights », BBC, 30 mai 2009.. Il soutient le programme nucléaire iranien, le qualifiant de « pacifique « Iranian Reformist Mousavi Would Talk To America If Elected, But Won't Bend On Nuclear Program », Huffington Post, 31 mai 2009.». Par ailleurs, il reprochera à Ahmadinejad ses propos sur l'Holocauste, Israël et l'OccidentDuel télévisé tendu en Iran entre Mahmoud Ahmadinejad et Mir Hussein Moussavi, même si lui-même adopte des positions analogues ou ambigües sur ces questions..
Résultats officiels
Les résultats officiels publiés par le ministère de l'Intérieur à l'issue du seul et unique tour furent les suivants. Le taux de participation s'élevait à 85 % "Ahmadinejad wins Iran presidential election", BBC, 13 juin 2009.
CandidatsNombre de voix% des voixMahmoud Ahmadinejad24 527 51662,63 %Mir Hossein Moussavi13 216 41133,75 %Mohsen Rezai678 2401,73 %Mehdi Karoubi333 6350,85 %Votes valides38 755 80298,95 %Votes invalides ou blanc409 3891,05 %Total39 165 191100 %
Résultats selon un correspondant de l'ambassade américaine d'Achgabat
Selon les révélations de télégrammes de la diplomatie américaine par WikiLeaks, un correspondant iranien aurait déclaré à l'ambassade des États-Unis d'Achgabat que M. Moussavi a reçu environ 26 millions (ou 61 %) des 42 millions de suffrages exprimés lors des élections, suivi par Mehdi Karroubi (10-12 millions de voix) et Ahmadinejad a reçu un maximum de 4-5 millions de voix, le reste allant à Mohsen Rezai 09ASHGABAT757, 15 juin 2009.
Contestations
thumb|Violences à Téhéran, le 13 juin 2009. Le pouvoir cherche à étouffer la contestation., mais celle-ci se poursuit, en particulier grâce au web..
Accusations de fraude
Mir Hossein Moussavi s'est déclaré vainqueur de l'élection et affirme qu'il y a eu des fraudes massives. Le quotidien français Le Figaro explique, le , que « selon certaines sources internes », « la commission électorale aurait d'abord prévenu Moussavi de sa victoire, dans la soirée du vote, vendredi, tout en lui demandant d'attendre pour annoncer le résultat« Fraude, intimidations : la nuit où la victoire a changé de camp », Delphine Minoui, Le Figaro, 16 juin 2009, page 8. ».
Selon Mohammad-Reza Djalili, professeur à l'IUHEI de Genève et auteur de « Géopolitique de l'Iran », jamais une fraude aussi immense n'avait été organisée. Il explique comment ces fraudes ont pu être organisées..
Selon le quotidien français Libération en date du même jour, selon des fuites obtenues auprès d'experts du ministère de l'Intérieur, « les vrais scores des candidats sont radicalement différents de ceux annoncés officiellement : le réformateur Mir Hussein Moussavi serait ainsi arrivé en tête avec 19 millions de voix (45,2 %) (sur 42 millions de votants), devant le second candidat réformateur, Mehdi Karoubi, qui a recueilli 13 millions de suffrages (31 %), Ahmadinejad n'arrivant qu'en troisième position avec 5,7 millions (13,6 %)« Les dessous d'une élection fabriquée », Jean-Pierre Perrin, Libération, 16 juin 2009, page 4. ». Le , Libération parle de « quelques fonctionnaires du ministère de l'Intérieur », dont quatre auraient été arrêtés et un serait mort. Le quotidien donne des chiffres un peu plus précis : 19 millions de voix pour Moussavi, 13,38 millions pour Karoubi, 5,77 millions pour Ahmadinejad et 3,74 millions pour Rezaï. Selon le quotidien britannique The Guardian, ces chiffres ont été donnés par Ebrahim Amini, un conseiller de Karoubi, et seraient donc moins crédibles que ceux qui donne Moussavi vainqueur avec 21,3 millions de voix, suivi d'Ahmadinejad avec 10,5 millions, de Rezaï avec 2,7 millions et Karoubi avec 2,2 millionsR. Tait, J. Borger. Analysis: Iran election statistics muddy waters further, guardian.co.uk, 15 juin 2009. Voir aussi J.-C. Mourrat. La différence entre les élections iranienne et mexicaine, 21 juin 2009..
« Selon le site Fararou, qui est celui du maire de Téhéran, le quotidien Keyhan (ultraradical, ndlr) voulait annoncer vendredi soir qu'Ahmadinejad avait été réélu avec 63 % des voix, alors que le comptage n'était pas terminé. Ce sont les services de renseignement qui ont demandé de ne pas publier cette “information” », affirme le la sociologue spécialiste de l'Iran Azadeh Kian-ThiébautAzadeh Kian-Thiébaut (université Paris-VII et unité de recherche du monde iranien et indien du CNRS) in Libération, 15 juin 2009, page 3..
Le , Libération donne des précisions sur la façon dont aurait pu fonctionner la fraude : « La manipulation des votes a pu être aussi massive grâce à la prise de contrôle du ministère de l'Intérieur par des bassidji (miliciens) qui ont investi, vendredi, soit le jour même du scrutin, dès 17 heures, des terminaux de totalisation des votes, chassant les fonctionnaires affectés à ces postes ». Selon le quotidien, « Hier, pour la première fois, la télévision d'État iranienne, citant les représentants des trois candidats “battus”, a reconnu “646 irrégularités graves”L'ampleur de la fraude, Libération, 19 juin 2009, page 3. ».
Le site Rue89 détaille également les moyens utilisés pour la fraude : multiplication inexplicable des urnes mobiles, qui ont suivi des trajets étranges, inspection des observateurs empêchées, constat que la participation a dépassé 100 % des inscrits dans plus de trente villes, prise de contrôle des terminaux de votes par les bassidji, comme rapporté par Libération..
Le , le candidat conservateur Mohsen Rezaï, ancien chef historique des Gardiens de la Révolution islamique (Pasdarans) a lui aussi dénoncé des fraudes : « Lorsque je présente [la liste] de 170 circonscriptions où la participation a atteint entre 95 % et 140 %, est-ce que je dis des généralités ou faut-il examiner cela ? » a-t-il demandé lors d'une interview à la télévision d'État. Il a également dénoncé le refus du ministère de l'Intérieur de lui communiquer les résultats bureau de vote par bureau de voteLe Monde, 20 juin 2009, page 6..
Mir Hossein Moussavi publie son rapport sur les fraudes électorales le . Il dénonce « l'utilisation à une large échelle des moyens du gouvernement en faveur de son candidat » (Ahmadinejad). Il affirme que « des bulletins de vote ont été imprimés le soir de l'élection sans avoir de numéro de série », que les représentants des autres candidats n'ont pas pu surveiller le scrutin dans les bureaux de vote et émet des « doutes sérieux » sur le fait que les urnes aient été installées vides dans les bureaux de vote, les représentants des candidats n'ayant pas assisté aux scellésRapport de Mir Hossein Moussavi sur la fraude, 23 juin 2009, in le Figaro, 24 juin 2009, p. 6..
La sociologue spécialiste de l'Iran Azadeh Kian-Thiébaut (université Paris-VII et CNRS) estime : « Il y a eu trucage, sans aucun doute ». Elle fonde son analyse sur la faiblesse de la popularité d'Ahmadinejad dans plusieurs couches de la population (ouvriers, petits commerçants, classes moyennes, une partie des agriculteurs), sur la faiblesse des scores de Moussavi dans sa ville natale et de Mehdi Karoubi dans son village du Lorestan.