La bataille de Khan Maysaloun (en ) est une bataille survenue le , lors de la guerre franco-syrienne. Elle a opposé les forces du royaume arabe de Syrie et l'Armée française du Levant.
Elle s'est déroulée dans la vallée de Maysalun dans les montagnes d'Anti-Liban en Syrie, à environ 25 kilomètres à l'ouest de Damas, près de l'actuelle frontière avec le Liban. L’armée française du Levant du général Henri Gouraud envoie des troupes françaises, principalement composées d'unités coloniales, sur la route de Damas, sous le commandement du général Mariano Goybet. Les forces françaises, mieux équipées et plus nombreuses, écrasent les forces syriennes menées par Youssef al-Azmeh, ministre de la Guerre du roi constitutionnel de Syrie Fayçal ben Hussein proclamé par le le . Youssef al-Azmeh est tué lors des combats.
Les troupes françaises assiègent et prennent alors Damas le , où elles défilent victorieuses parmi une foule nombreuse. Cette bataille est considérée comme la fin du rêve nationaliste panarabique du R Thomas Edward Lawrence et de Fayçal.
Contexte historique thumb|gauche|upright|Conférence de la Paix de Paris 22 janvier 1919. Le Roi Faycal et le célèbre britannique Lawrence d'Arabie. Fayçal, fils du Chérif de la Mecque Hussein, prend la direction de la révolte arabe que son père a proclamée le . Conseillé par Thomas Edward Lawrence, officier britannique, il s'empare du port d'Akaba en et remonte jusqu'à Damas où il fait la jonction avec les forces britanniques du général Allenby. Il y forme, avec l’appui des nationalistes arabes, un gouvernement, et est chargé par Hussein de se rendre à Versailles afin de participer au règlement de paix. À la conférence de paix de Paris, l'année suivante, le Proche-Orient ottoman est divisé en mandats attribués à la France et au Royaume-Uni par la Société des nations. Fayçal forma alors un gouvernement, non reconnu par la France et par le Royaume-Uni. Les deux pays étaient secrètement convenus de donner à la France le contrôle de la Syrie (accords secrets Sykes-Picot), en dépit des promesses d'indépendance faites par les Britanniques aux Arabes (correspondance McMahon-Hussein). Les Français rencontrèrent des révoltes locales quand leurs forces entrèrent dans le pays, et en , Fayçal fut proclamé roi de Syrie. Cependant, un mois plus tard, la Société des nations attribua un mandat à la France sur la Syrie. thumb|right|upright|Le général Mariano Goybet, commandant des forces françaises durant la bataille. La bataille de Maysaloun s'ensuit alors que les forces françaises partent du Liban pour affirmer leur contrôle sur Damas et renverser le gouvernement de Fayçal. Avec des restes de l'armée syrienne et des volontaires locaux, le ministre de la Guerre de Fayçal, le général Youssef al-Azmeh, les affronte. Les troupes françaises, mieux équipées, menées par le général Mariano Goybet battirent al-Azmeh, qui tomba au combat. Les Français rentrèrent à Damas le lendemain, rencontrant peu de résistance. Peu de temps après, Fayçal fut expulsé de Syrie. Malgré la défaite décisive de l'armée syrienne, la bataille de Maysaloun est considérée en Syrie et dans le monde arabe comme un symbole de résistance courageuse contre un pouvoir impérial plus fort.
Prélude à la bataille
Le , Fayçal dépêcha son ministre de l'Éducation, Sati al-Husri, et l'ancien représentant du gouvernement arabe, Jamil al-Ulshi, pour rencontrer Henri Gouraud à son quartier général à Aley et le persuader de mettre fin à son avance militaire vers Damas. Gouraud répondit en prolongeant l'ultimatum d'un jour et avec de nouvelles conditions plus strictes, à savoir que la France soit autorisée à établir une mission à Damas pour superviser la mise en œuvre de l'ultimatum original et l'établissement du mandat français. Al-Husri retourna à Damas le même jour pour communiquer le message de Gouraud à Fayçal, qui appela à une réunion du cabinet le pour examiner ce nouvel ultimatum. Le colonel Cousse, officier de liaison français à Damas, interrompit la réunion : il transmit la demande de Gouraud qui voulait que l'armée française pût avancer vers Maysalun, où les puits d'eau étaient abondants. Gouraud avait initialement prévu de lancer l'offensive contre Damas depuis Ayn al-Judaydah, une source dans la chaîne anti-Liban, mais cet endroit situé au milieu des montagnes abruptes et stériles manquait en fait de sources ce qui conduisit à un changement de plans : Gouraud chercha dès lors à occuper Khan Maysaloun, un caravansérail isolé sur la route de Beyrouth à Damas, situé à la crête du col de montagne de Wadi al-Qarn dans l'Anti-Liban. La position n'était qu'à 25 kilomètres à l'ouest de Damas et intéressait Gouraud aussi en raison de sa proximité avec le chemin de fer du Hedjaz.
Le message de Cousse confirma les craintes du cabinet de Fayçal : Gouraud avait l'intention de prendre la Syrie par la force. Le cabinet rejeta l'ultimatum de Gouraud et lança un appel largement symbolique à la communauté internationale pour mettre fin à l'avance française. Le , le ministre de la guerre Youssef al-Azmeh, partit de Damas avec sa force hétérogène de militaires réguliers et de volontaires, qui était divisée en colonnes nord, centrale et sud chacune dirigée par des unités de cavalerie de chameau. En face, les forces françaises de la division sous le commandement du général Mariano Goybet lancèrent leur offensive vers Khan Mayssaloun et Wadi al-Qarn le , peu après l'aube à 5 heures du matin, tandis que les forces syriennes attendaient sur leurs positions surplombant le bas de Wadi al-Qarn.
Forces en présence
Forces françaises 250px |thumb|right| Inspection par le général Gouraud, commandant en chef de l'armée du Levant, de la Division du général Mariano Goybet, la veille de la bataille de Mayssalun. Le général Mariano Goybet commandait les forces françaises pendant la bataille: les effectifs de ses divisions du Levant qui participèrent à la bataille varient entre et soldats. Les troupes étaient majoritairement constituées d'unités sénégalaises et algériennes, composées de dix bataillons d'infanterie et d'unités de cavalerie et d'artillerie. Parmi les unités participantes figuraient le régiment d'infanterie, le , la division sénégalaise, le et le bataillon marocain de spahis. Un certain nombre de volontaires maronites du Mont Liban auraient également rejoint les forces françaises. L'armée du Levant était équipée de batteries d'artillerie de plaine et de montagne et de canons de , et soutenue par des chars et des chasseurs-bombardiers.
Forces syriennes thumb|upright|Commandant des forces syriennes à Maysaloun, ministre de la Guerre, Youssef al-Azmeh, mort durant la bataille.|alt= 300px|thumb|right|upright|Soldats syriens au début de la bataille. Les forces syriennes à Maysalun étaient commandées par le ministre de la Guerre, le général Youssef al-Azmeh, qui mourut pendant la bataille. La plupart des unités de l'armée arabe avaient été dissoutes quelques jours avant la bataille par ordre du roi Fayçal dans le cadre de son acceptation des termes du général Gouraud. Le général al-Azmeh avait rassemblé les restes de l'armée arabe, en particulier des soldats de la garnison dissoute du général Hassan al-Hindi, des unités dissoutes de Damas et une cavalerie des chameaux bédouins.
En plus de ces troupes de l'armée arabe, de nombreux volontaires civils et miliciens de Damas rejoignirent les forces de Youssef al-Azmeh. Une partie des unités de cette milice civile furent rassemblées et dirigées par Yasin Kiwan, marchand Damascène, Abd al-Qadir Kiwan, ancien imam de la mosquée Omeyyade, et Shaykh Hamdi al-Juwajani, un érudit musulman. Yasin et Abd al-Qadir furent tués pendant la bataille. Shaykh Muhammad al-Ashmar conduisit 40 à 50 hommes du quartier Midan de Damas. D'autres prédicateurs et érudits musulmans de Damas, parmi lesquels Tawfiq al-Darra (ex-mufti de la cinquième armée ottomane), Sa'id al-Barhani (prédicateur à la mosquée de la Tuba), Muhammad al-Fahl (érudit de la Madrasa de Qalbaqjiyya) ou Ali Daqqar (prédicateur à la mosquée de Sinan Pacha) participèrent également à la bataille.
Selon les estimations, le nombre total de soldats et d'irréguliers syriens se montait à environ hommes, même si l'historien Eliezer Tauber affirme qu'al-Azmeh n'avait recruté que soldats et volontaires, dont seulement participèrent à la bataille. Ces Syriens étaient équipés de fusils mis au rebut par les soldats ottomans lors de leur retraite pendant la Première Guerre mondiale ou utilisés par la cavalerie bédouine de l'armée chérifienne pendant la révolte arabe de 1916. Les Syriens possédaient également un certain nombre de mitrailleuses et environ 15 batteries d'artillerie. Selon diverses versions, les réserves en munitions étaient faibles, avec 120 à 250 balles par fusil, 45 balles par mitrailleuse, et 50 à 80 obus par canon. Une partie de ces munitions était, de plus, inutilisable car leur calibre correspondait pas à ceux des fusils.
Bataille de Khan Mayssaloun du 24 juillet 1920, clef de l'entrée à Damas
Myriam Harry, dans L'Illustration du , rédige un article intitulé : « Avec le général Goybet à Damas », et une citation du général Gouraud s'adresse au général Goybet et à ses troupes :
Le combat extrêmement acharné dura 8 heures dans le fameux défilé long de 6 kilomètres. Les Chérifiens avaient barré la route par un mur garni de mitrailleuses, croyant empêcher le passage des tanks, mais les tanks se sont glissés dans le ravin entre le mur et la montagne et, passant dans le bled, ils sont montés à l'assaut de la crête suivis par les fantassins du , les Algériens et les Sénégalais marocains, lancés à tout galop, enveloppaient les positions d'un mouvement débordant. Et de la haut pleuvaient les obus, cinglait la mitraille. Plusieurs heures les tanks sont restés face à face avec les batteries et c'est seulement quand ils réussirent à mettre le feu aux caisses de munitions que les chérifiens lâchèrent pied et s'enfuirent désemparés complètement par la mort du ministre de la guerre Asmy Bey, tué à son poste par un éclat d'obus...
Un colonel commandant les arrière-gardes nous donne encore quelques détails. Quand l'armée en déroute est affluée vers Damas, le désarroi était absolu. L'émir Faycal et son frère s'étaient enfuis. Hier soir est arrivé ici le nouveau ministre de la Guerre, déclarant au général Goybet que la ville était à sa merci et n'opposait aucune résistance à ses troupes.
Le général Goybet veut qu'on enterre Asmy Bey avec les honneurs militaires.
(Le témoin plus loin a rattrapé les troupes du général Goybet.)
Nous sommes arrivés à temps. Des deux côtés du Barada se développent les troupes françaises, les premières troupes européennes qui soient jamais entrées dans la capitale des Ommiades - les croisés l'ont assiégée en vain - et devant l'ancienne caserne turque, le conquérant de Damas, le général Goybet à cheval, regarde halé et rayonnant, défiler son armée victorieuse.
Citation du général Gouraud commandant l'armée du levant à la suite de la prise de Damas par Mariano Goybet :
Ordre Général
Le général est profondément heureux d'adresser ses félicitations au général Goybet et aux vaillantes troupes : 415 de ligne, tirailleurs algériens, et tirailleurs sénégalais, chasseurs d'Afrique, régiment de spahi Marocains, batteries des groupes d'Afrique, batterie de 155, 314 Compagnie de chars d'assaut, groupes de bombardement et escadrilles qui dans le dur combat du , ont brisé la résistance de l'ennemi qui nous défiait depuis huit mois. Elles ont inscrit une glorieuse page à l'histoire de notre pays.
Aley, le signé Gouraud.