L'abbaye Notre-Dame de Saint-Rémy de Rochefort, généralement connue comme abbaye de Rochefort, est une abbaye trappiste située à du centre de la ville de Rochefort, en Belgique. Fondée en 1230, elle est sécularisée en 1792 lors de la Révolution française. L'abbaye reprend vie comme communauté monastique en 1887 avec l'installation de moines de l'abbaye d'Achel.
Elle est connue pour sa brasserie et ses bières trappistes qui portent le nom « Rochefort », ainsi que pour sa production de marbre.
Histoire Origine et premiers siècles L’acte de fondation daté du , émanant de Gilles de Walcourt comte de Rochefort, mentionne clairement que c'est à une communauté de dames pieuses, affiliée à l'Ordre cistercien, que le seigneur de Rochefort donne son alleu de Saint-Remy près de Rochefort, pour y ériger un monastère qui s’appellera le « Secours Notre-Dame » (Succursus Dominae Nostrae). En 1229-1230 et en , le prince-évêque de Liège Jean d'Eppes prend sous sa protection les moniales de Saint-Remy et leurs biens, spécifiant en 1235 que l'abbaye dispose de la dîme de la villa dite de Saint-Remy. Dans un acte daté d', le comte Henri de Luxembourg confère aux moniales la dîme de Han.
Le peu de sources conservées n'autorise aucune conclusion sur la situation matérielle et spirituelle des moniales de Secours Notre-Dame durant le , souvent décrit comme catastrophique sur le plan économique pour de nombreuses communautés religieuses, cependant aucun document n'atteste que le monastère ait gravement souffert des difficultés économiques. On sait que Thierry IV, seigneur de Rochefort, cède aux moniales en 1327 ses droits sur certains bois avoisinant le monastère.
Au , la ferveur et la discipline religieuses se détériorent. De plus, le nombre de moniales a fortement diminué. La réforme dite de l'Observance, fondée sur la stricte application de la Règle de saint Benoît et appliquée à partir de 1406 (couvent de Marche-les-Dames) dans les abbayes de l'actuelle province de Namur, touche tardivement le Secours Notre-Dame . Les abbés du JardinetJean Eustache, abbé du Jardinet. Chanoine augustin au Val-des-Écoliers (Mons) à l'origine, il a adopté la vie cistercienne à Moulins en 1428 pour en devenir prieur, puis fut envoyé par l'abbé d'Aulne au Jardinet dans le but de réformer cette maison de moniales. et de Moulins, envoyés par le chapitre général de l’ordre de Cîteaux, visitent Saint-Remy et l'abbaye de Félipré (Givet) les 28-. Ils jugent que le monastère de Félipré est dans un état convenable et situé dans un lieu agréable peu fréquenté, alors que celui de Saint-Remy, fortement endetté et délabré est soumis à la dérision scandaleuse des moniales qui y habitaient précédemment. Leur rapport sévère incite le chapitre à prendre une décision draconienne et rare : l’ensemble de la communauté ira occuper l’abbaye de Félipré, dont les moines remplaceront les moniales à Saint-Remy. Cet échange permettra aux religieuses de vivre à Félipré dans une clôture plus sûre et sans les difficultés liées tant à la dégradation matérielle de l'abbaye rochefortoise qu'à la rudesse de la terre. La restauration économique et spirituelle de Saint-Remy par des moniales s'avérait effectivement très compliquée aux yeux des abbés-visiteurs. L'échange cautionné par Louis I de La Marck, seigneur de Rochefort, devient officiel le . L'abbesse de Secours Notre-Dame, Marguerite Spangneau, résigne alors sa charge et renonce donc à tous ses droits sur Saint-Remy : elle prend le chemin de Félipré avec ses sœurs dans les six jours, et Arnould de Maison-Neuve, abbé de Félipré et sa communauté prennent possession des lieux .
L’abbaye est placée directement sous la tutelle de Cîteaux dont elle devient la Suivant le système traditionnel de filiation cistercienne. Il est possible que Saint-Remy soit la dernière fondation de Cîteaux avant la Révolution française.. Une nouvelle période de ferveur et prospérité commence pour l’abbaye. Les moines sont d’ailleurs plus à même d’exploiter les ressources de la rivière (un affluent de la Lhomme) qui traverse propriété et bâtiments de l’abbaye, de même que les carrières d’un marbre bleu-et-rouge fameux (le marbre de Saint-Remy).
Le est difficile. En 1574, Nicolas Boucherat, abbé de Cîteaux, en passage à Rochefort atteste du respect de la Règle par la communauté, même si un peu plus tôt l'abbé Léonard de Charnoy avait été déposé par l'abbé de Villers en raison de sa conduite déplorable. Les temps sont troubles, l’abbaye est pillée par des soldats calvinistes en 1568, et dix ans plus tard les troupes de Don Juan d'Autriche font de même… (1577). Aux environs de 1595, les moines se mettent à brasser la bière .
Le est encore plus désastreux. Les guerres, occupations, pillages et incendies touchent durement l'abbaye et sa région, entraînant d’autres calamités : famine, épidémie et brigandage. En 1636, la peste sévit dans la paroisse L'église paroissiale de Saint-Remy, annexée au monastère depuis le , est desservie par des religieux issus de l'abbaye.. Le , les troupes lorraines du baron de Châtelet pillent et s'établissent dans l’abbaye abandonnée l'année suivante, commettant des actes sacrilèges dans l’église. En 1653, les églises proches de Behogne et Éprave sont incendiées par les troupes de Condé. En 1652 et 1653, les moines doivent souvent se réfugier dans la ville de Marche .
La tourmente passée, les travaux de reconstruction commencent (1664) et l’église est consacrée en 1671. Philippe Fabry en est le de 1654 à 1684. Sa devise, gravée en 1664 sous son blason dans une pierre sculptée enchâssée au-dessus de la porte de l'écurie, devient et reste jusqu'à ce jour la devise de l’abbaye : Curvata Resurgo (« Courbée, je me relève »). thumb|left|upright=1.2|Intérieur de l'église abbatiale de Rochefort.
S'il faut regretter les pillages lors de passages de troupes armées, c'est surtout la discipline chancelante qui interpelle du point de vue de la spiritualité cistercienne. Un important conflit oppose l'abbé Hugues de la Croix à Joseph de la Naye qui contestait son élection. Hugues est confirmé dans sa charge en 1699, mais, accusé de mener une gestion désastreuse en plus de négliger la discipline du monastère, il doit démissionner en 1726. Les bâtiments sont là : une belle et élégante abbaye, achevée avec tourelles, église, quartier abbatial, quartier des hôtes, moulin à eau, etc., mais l’esprit n’y est plus. Une nouvelle décadence s’installe. Dom Guyton, moine de Clairvaux, qui visite l’abbaye en 1744, trouve la bibliothèque dans un état déplorable : . Les dispositions prises en 1755 par l'abbé Henri de Villegia tentent de redresser la discipline : . En vain.
Sécularisation Les moines sont fatigués de porter la coule. De plus ils sont influencés par les idées de la Révolution française et - géographiquement plus proche mais partageant les mêmes idéaux - de la révolution liégeoise en .
Le , l'abbaye de Rochefort adresse une supplique au prince-évêque de Liège Hoensbroeck lui demandant la sécularisation. Le , le prince-évêque approuve la supplique et demande l'accord du pape Pie VI et de l'empereur Joseph II puis Léopold II. Le , les huit moines survivants sont enfin installés comme chanoines séculiers et se partagent à l’amiable les biens de l’abbaye dans laquelle ils continuent à résider (chacun avec son domestique). Ce nouveau statut de l’abbaye – ses biens étant partagés et devenus privés – protège, semble-t-il, les bâtiments lors de la visite des soldats républicains en 1794, même si les nouveaux chanoines séculiers se sont empressés de fuir. Au départ des soldats, cependant, la population locale achève le travail. Comme les autres abbayes, Saint-Rémy connaît le pillage et la destruction, à la grande amertume de l’abbé : « les ouvriers et manœuvres, ceux que nous avons nourris de pères en fils, étaient les plus acharnés au pillage : quelle reconnaissance ! ».
Les chanoines séculiers perdent tous leurs biens malgré la sécularisation. Les bâtiments de l’abbaye sont vendus en vertu d'une loi de 1796. Un commissaire républicain, Louis-Joseph Poncelet, acquiert le monastère en 1805, dont il fait démolir l’église et la plupart des bâtiments monastiques. Les matériaux ainsi récupérés sont utilisés pour construire des immeubles à Rochefort.
Le dernier abbé, Armand de la Pierre, né en Bretagne en 1732, docteur en théologie de l'Université de Paris, devient curé-doyen de Rochefort en 1803 et décède le .
Restauration La propriété passe par différentes mains pour aboutir en celles d’un prêtre séculier, l’abbé Seny, qui en fait donation aux moines cisterciens-trappistes de l’abbaye d'Achel, dans le LimbourgL’abbé Seny lui-même se fera moine à Rochefort, dès que la vie monastique y aura repris. En 1887 un groupe de moines d’Achel descend à Rochefort pour prendre possession de l'ancien domaine de l’abbaye et y rétablir la vie monastique en y installant un prieuré. Exprimant leur désir de continuité ils adoptent le même blason épargné par les révolutionnaires et la même devise : Curvata resurgo.
Ainsi, après un siècle d’interruption, la vie monastique reprend à Rochefort. Sous le nouvel abbé Anselme Judong, dès 1892 de nouveaux bâtiments sont érigés et sont restaurés ceux qui peuvent l’être : le porche du , la ferme du et les grange et moulin à eau du . Suit la construction de l'abbatiale néo-gothique en 1900-1902, elle-même remplacée en 1991-1993 par l'actuelle église néo-romane.
En 1912, le prieuré est élevé au rang d'abbaye.
Des objets de dévotions, à grande valeur historique et spirituelle, sauvés de la tourmente révolutionnaire par des habitants de la région sont rendus par leurs descendants aux moines : une statue de l'Enfant-Jésus, un tableau de valeur, etc .
Le se déclare vers 18 h 30 un incendie, causé par une déficience des générateurs électriques installés pour pallier les problèmes électriques dus aux abondantes chutes de neige du mois. Le feu ravage quatre corps de bâtiments, détruisant de toitureIncendie à l’abbaye de Rochefort: peu de conséquences économiques, La Meuse, quotidien belge, 30 décembre 2010., mais sans atteindre ni la bibliothèque ni la brasserieL'incendie à l'Abbaye de Rochefort est sous contrôle, La Meuse, quotidien belge, 29 décembre 2010..
Aspects patrimoniaux L'abbaye se distingue par son portail du , son palais abbatial de 1705, sa grange de 1701 et d'autres bâtiments du contrastant avec l'église néo-ogivale construite en 1900. Un étang et des jardins agrémentent le siteJoseph Delmelle, Abbayes et béguinages de Belgique, Rossel Édition, Bruxelles, 1973, ..
La liste non exhaustive des pièces majeures du mobilier conservé de l'ancienne abbaye est la suivante : Autel majeur (1681) et deux autels latéraux (1677), grands meubles en bois peint (appartenant au premier décor de l'abbatiale mis en place par l'abbé Fabry), deux beaux reliquaires de caractère rocaille, des antependia, un aigle-lutrin en bois (1679). Le tout vendu au curé Jean-Pierre Arnoldy qui en a orné son église Notre-Dame de l'Assomption de Bra (Lierneux), reconstruite entre 1720 et 1764 . Maître-autel en marbre de Saint-Remy, remonté en 1884, à droite du chœur, dans la chapelle Saint Wilfrid de l'église du Cœur immaculé de Marie de Londres (London Oratory ou Brompton Oratory) . Deux autels latéraux en marbre jaspé de Saint-Remy, œuvres de Laurent-Benoît Dewez remontés l'un en l'église Sint-Stefaan de Val-Meer (Riemst), l'autre en l'église Sint-Pieter de Maastricht rive gauche. Une Vierge à l'Enfant flanquée des saints Remy et Bernard, belle peinture de composition d'allure médiévale (début du ?), huile sur bois d'un anonyme wallon, conservée au cloître de l'abbaye . Vera effigies de saint Bernard, peinture à l'huile sur bois d'un anonyme flamand du , conservée à l'abbaye . Chandelier pascal en laiton et marbre noir, de style gothique tardif (ca.1500), exposé aux Musées royaux d'art et d'histoire de Bruxelles . Statue en bois décapé de Notre-Dame de Saint-Remy, du , conservée à l'abbaye .