vignette|Emmanuel Kant : Was ist Aufklärung?
L Prononciation en allemand standard retranscrite selon la norme API. (en allemand : Aufklärung ; en français : les lumières ; en anglais : Enlightenment ; en italien : Illuminismo ; en espagnol : Ilustración) est un mouvement de pensée rationaliste qui se développe en Allemagne durant une période identifiée sommairement à l'Âge des lumières. Elle prend place dans le mouvement international dit des Lumières en Europe et s'étend approximativement des années 1720 – 1730 aux années 1775 – 1785.
Le terme Aufklärung est utilisé en Allemagne à partir de 1770 et recouvre des notions historiques, philosophiques et culturelles particulièrement complexes : ainsi, au contact de la Popularphilosophie (Nicolai, Mendelssohn, Lessing), les débats sur la question « Was ist Aufklärung? », aboutissant au célèbre écrit de Kant en 1784, vont-ils amener lAufklärung à devenir autre chose que le rationalisme de la philosophie savante proprement dite, ce sera également une idéologie dans le domaine pratique comme dans celui de l'éthique.
Parmi les correspondances et divergences (notamment dans les années 1775-1800) entre lAufklärung et les Lumières françaises, on peut relever que la radicalisation matérialiste au tournant du siècle en France a été peu prise en compte par les Allemands. Un homme de lettres et philosophe comme Hermann Samuel Reimarus défend la religion naturelle contre le matérialisme de La Mettrie, en même temps qu'il s'élève contre le panthéisme spinoziste. Beaucoup de wolffiens considèrent qu'il n'y a pas de contradiction entre la théologie dogmatique et la religion selon la raison. Pour le pasteur Johann Augustus Eberhard, nommé professeur à Halle par Frédéric II, le Christ apparaît comme le continuateur de Socrate. Lessing reprend cette conception selon laquelle la religion n'est qu'une étape d'un progrès de l'humanité vers les Lumières.
Avec lAufklärung, la religion se trouve historicisée ; lAufklärung défend la sécularisation de la raison. À cet égard, le siècle des Lumières serait aussi en Allemagne le « siècle de la révolution ».
Origine et définition du mot La formation de mot allemand « Aufklärung », substantif féminin (die Aufklärung), apparaît en tant que terme philosophique au Duden. Etymologie (Der Grosse Duden, Band 7), « klar », Bibliographisches Institut Mannheim, Dudenverlag, 1963, .. Dans le Vocabulaire européen des philosophies. Dictionnaire des intraduisibles (sous la direction de Barbara Cassin), Pascal David y voit . Dès lors, Aufklärung correspond au pluriel français les lumières (1665), dont l'acception philosophique apparaît aussi au ; le Dictionnaire historique de la langue française réfère à l'écrit de Voltaire intitulé les lumières d'un siècle éclairé (1761). Le terme allemand Aufklärung correspond également au terme anglais Enlightenment, tandis qu'en France, l'expression de siècle des lumières .
En allemand, Aufklärung provient de l'adjectif klar (du latin clarus, « clair » en français). L'expression (sans alternance vocalique pour le verbe aufklaren), souvent employée sous la forme réflexive, es klart sich auf, se dit pour le temps, le ciel qui s'éclaircit (« ça s'éclaircit »), et ce . David précise : . Le dictionnaire Duden ajoute dans le vocabulaire du l'emploi du mot composé Aufklärungsflugzeug pour un « avion éclaireur ».
LAufklärung et « l'âge des lumières » D'après Olivier Juilliard, est .. C'est une période assez mal délimitée et mal définie : elle commencerait avec Wolff (1679-1754), ou même avec Christian Thomasius (1655-1728) pour se terminer avec Kant, alors que ce dernier pourtant .
Au , la situation culturelle de l'Allemagne diffère de celles de l'Angleterre et de la France, dans la mesure où pour les intellectuels allemands de l'époque, il n'y a pratiquement pas d' : le renouveau philosophique, d'abord spéculatif, , la logique et la métaphysique s'y trouvent privilégiées.
Aufklärung (Allemagne), Lumières (France), mouvement européen des « Lumières » Le germaniste et philologue allemand, intitule l'un de ses livres (« LAufklärung allemande »), Extraits (sommaire) : .. Il y étudie comment lAufklärung devient un « concept » (Begriff) et un « problème », « le déploiement historique de ce problème » (die historische Entfaltung des Problems) au travers de l'histoire de la religion, de celle de la philosophie, de l'histoire spirituelle, de la culture, de l'histoire nationale et sociale, un dernier chapitre étant consacré à la « déconstruction [du concept] de lAufklärung en tant qu'il s'est radicalisé » (Dekonstruktion als radikalisierte Aufklärung). Dans son compte-rendu d'une autre publication de Pütz comme éditeur de trois séries d'études allemandes consacrées aux « Lumières » (avec parmi elles, Dialektik der Aufklärung de Max Horkheimer et de Theodor W. Adorno, en 1947), le romaniste belge Roland Mortier considère que les Lumières y sont Roland Mortier, « Peter Pütz e.a., Erforschung der deutschen Aufklärung. In: L'antiquité classique » [compte-rendu], Tome 49, 1980, , . Dans son ouvrage Faire bouger l'Église catholique, qui cherche à , le prêtre jésuite et théologien français Joseph Moingt parle, , des « Lumières germaniques », des Lumières autrichiennes, « italiennes », « anglaises »... Moingt rappelle en effet que , que . Alors que , les Lumières d'autres pays européens évoquées .
Aufklärung en Autriche et dans le sud catholique de l'Allemagne
Concernant l'Autriche, le germaniste autrichien utilise en allemand le terme österreichische Aufklärung (Aufklärung autrichienne), « Für eine Literaturgeschichte der österreichischen Aufklärung. Überlegungen zu einem immer noch vernachlässigten Thema ». In: Austriaca : Cahiers universitaires d'information sur l'Autriche, , 1997. Aspects de la philosophie en Autriche, , . Au début de son étude, il cite l'historien Hans-Ulrich Wehler : Traduction modifiée pour Aufklärung que la traduction automatique en français remplace par « les Lumières » : ..
D'autres histoires littéraires récentes décrivent également Das 'Vordringen' der Aufklärung in den katholisch-süddeutschen Raum (la traduction automatique en français, ici modifiée, remplace Aufklärung par « [les] Lumières »). avec de nettes réserves. thumb|left|upright=0.8|Le Saint-Empire romain germanique en 1789
« Aufklärung catholique » Le terme « Aufklärung catholique () » désigne Sylvaine Reb-Gombeaud, « Aufklärung catholique », dans Dictionnaire du monde germanique, sous la direction de Élisabeth Décultot, Michel Espagne et Jacques Le Rider, Paris, Bayard, 2007, .. Selon Sylvaine Reb-Gombeaud, il est à distinguer de lAufklärung dans les pays catholiques et du joséphisme, où s'exerce : il s'inscrit dans deux contextes différents à la fois : celui de et celui, européen, de . thumb|upright=0.6|Le couvent de Banz (par Cölestinus Stöhr (1766-1836). Le mouvement de lAufklärung catholique a été largement encouragé par les bénédictins. Toute qu'elle soit, lAufklärung catholique entend . C'est (avec des penseurs et des écrivains comme Kant et Lessing) . En tant que , lAufklärung catholique a été beaucoup encouragée par les bénédictins (couvent de Banz, université bénédictine de Salzbourg) et soutenue , en même temps que ce même mouvement s'est trouvé également . Selon Reb-Gombeaud, .
Toutefois, en plus du problème posé par la réception du kantisme, lAufklärung catholique dut aussi . En 1803, le recès d'Empire mit un terme aux réformes. Pour Sylvaine Reb-Combeaud, en dépit de la qu'elle représente, .
Qu'est-ce que l'Aufklärung ? (Kant)
thumb|Kant, Was ist Aufklärung ?, 1784 En 1784, Emmanuel Kant écrit cette phrase célèbre :
Aline Le Berre voit dans ces lignes un glissement du théocentrisme vers l'anthropocentrisme :
Elle voit aussi apparaître chez Kant les premiers signes de l'abandon des principes optimistes de l'Aufklärung. Pour lui, l'homme est prisonnier de sa subjectivité et ne peut donc atteindre à la vérité. En cela il se démarque de l'optimisme leibnizien sur l'acquisition de la connaissance.
, s'interroge le philosophe et germaniste français Gérard RauletGérard Raulet, « Aufklärung », dans Dictionnaire du monde germanique, sous la direction de Élisabeth Décultot, Michel Espagne et Jacques Le Rider, Paris, Bayard, 2007, .. Pour Wilhelm Dilthey et Ernst Troeltsch, il est à la fois et . Dans cette introduction à l'article Aufklärung du Dictionnaire du Monde germanique, Gérard Raulet poursuit : . Il écrit :
Approche historique de lAufklärung Selon Gérard Raulet, l'histoire de lAufklärung pourrait s'écrire en commençant par l'étude des influences françaises et anglaises, telles que celles-ci en le transformant .
Dans une Histoire de la littérature de langue allemande française de base des années 1980, comme celle de Chassard et Weil, les auteurs écrivent à propos des « Origines et caractéristiques » du « Siècle des Lumières » : Jean Chassard et Gonthier Weil, Histoire de la littérature de langue allemande, Paris, Hachette, 1981, . thumb|left|upright=0.5|Christian Thomasius Christian Thomasius Christian Thomasius (1655-1728), semble . Théologien, philosophe, juriste et pédagogue, il allie piétisme et éclectisme : l'homme ne peut pas se passer de l'aide de Dieu pour découvrir le vrai et . Toutefois, il . Sa pensée inaugure . thumb|upright=0.5|Christian Wolff Christian Wolff Christian Wolff (1679-1754) s'inscrit dans une pensée directement issue de celle de Leibniz concernant la perfection de Dieu et l'existence du mal. Dans sa Theologia naturalis de 1736, il écrit : . Leibniz : causes et effets s'enchaînent comme dans une machinerie parfaitement réglée d'avance ; sa théorie « optimiste » d'un est confirmé par la science, soit les découvertes des physiciens, naturalistes, mathématiciens, astronomes (Copernic, Galilée, Kepler, Newton).
Les Popularphilosophen Dans lAufklärung berlinoise, Christoph Friedrich Nicolai, Moses Mendelssohn et Gotthold Ephraim Lessing , du fait de leur réception de l'influence anglaise et . Il faut tenir compte aussi d'. C'est ainsi que s'accomplit . Et c'est ainsi, complète Gérard Raulet, que lAufklärung a cette qualité Gérard Raulet, « Aufklärung », dans Dictionnaire du monde germanique, sous la direction de Élisabeth Décultot, Michel Espagne et Jacques Le Rider, Paris, Bayard, 2007, ..
Lessing Lessing (1729-1781) est, d'après Édouard Sans, : il est (G. Bianquis)Édouard Sans, « Lessing, Gotthold Ephraïm », dans Dominique Folscheid (dir.), La philosophie allemande — de Kant à Heidegger , Paris, PUF, Collection Premier Cycle, 1993, . Issu du protestantisme, il est , influencés par le rationalisme français en même temps que par le sensualisme anglais, qui auront préparé . C'est , dont la réflexion se rattache au piétisme. Le mouvement des Lumières demande en effet à la raison des philosophes d', telle est .
Également , Lessing pense que . Il prône la tolérance (Nathan le Sage, 1779 ; Dialogues maçonniques, 1778-1780) ; L'Éducation du genre humain, 1780).
thumb|upright=0.6|C'est dans la Berlinische Monatsschrift qu'eurent lieu en 1783-1784 les débats sur la question Was ist Aufklärung ?
Kant et la Popularphilosophie : Qu'est-ce que lAufklärung ? (1783-1784) Une question va motiver l'essai de Kant : Was ist Aufklärung ?. Elle se rapporte à .
Pasteur Zöllner : Qu'est-ce que lAufklärung ? (décembre 1783) En 1783 paraît dans le numéro de septembre de la Berlinische Monatsschrift l'écrit d'un auteur anonyme en faveur du mariage civil, . En décembre, le pasteur et Popularphilosoph Johann Friedrich Zöllner, en prenant la défense du mariage religieux, pose la question : « Qu'est-ce que les Lumières ? » Cette question, , montre . Et ce sont ces doutes des Popularphilosophen qui déclenchent la parution de deux « réponses » à cette question, celle de Mendelssohn et celle de Kant.
En fait, pense Gérard Raulet, : ce qui importait à Kant, c'était de .
Réponse de Mendelssohn : Qu'entend-on par éclairer ? (septembre 1784)