Le prince Sisowath Sirik Matak , né le à Phnom Penh et mort le , est un homme d'État cambodgien.
Membre de la branche royale des Sisowath, il est le cousin de Norodom Sihanouk. Ministre à de multiples reprises dans les et 1960, il était proche de la droite cambodgienne et reprochait au monarque le manque de libéralisme de sa politique.
Vice-premier ministre au début de 1970, il est considéré comme un des principaux acteurs des événements qui amenèrent à la déposition de Norodom Sihanouk le et à la mise en place de la République khmère. Premier ministre entre 1971 et 1972, il sera exécuté par les troupes khmères rouges, peu après la prise de Phnom Penh, en .
Biographie Sisowath Sirik Matak fait partie de la branche des Sisowath par son père Sisowath Rothary (1878-1946), lui-même neveu de Sisowath Monivong par son père Sisowath Essaravong. Il grandit dans une fratrie de dix enfants, cinq garçons (ses frères étant colonel et lieutenant-colonel) et cinq filles.
Comme la plupart des futurs dignitaires du royaume khmer, il étudia au Lycée Chasseloup-Laubat de Saïgon où il côtoya un certain Lon Nol.
En 1941, il aurait été un des candidats potentiels au trône, mais les autorités coloniales françaises lui auraient préféré son cousin Norodom Sihanouk.
En 1949, il conduira, avec succès, les négociations avec le dirigeant indépendantiste Dap Chhuon de la région de Siem Reap, qui amèneront son ralliement ainsi que celui de 400 de ses hommes au gouvernement royal au terme d'une cérémonie grandiose à Angkor Thom.
Ministre d’État dans le premier gouvernement que Norodom Sihanouk préside à partir de , il se voit confier par le roi en les portefeuilles de la défense nationale et des postes et télécommunications. Ministre des Affaires étrangères d’un gouvernement dirigé par Penn Nouth (), il a la charge de la défense nationale de janvier à , poste qu’il conservera en 1957-1958 en même temps que celui de l’éducation nationale. De 1962 à 1964, il est ambassadeur en Chine, avant de diriger en 1966 et 1967 la mission diplomatique à Tokyo.
Proche de Monique Izzi qu’il avait hébergée quand elle était jeune, il était en désaccord avec Sihanouk sur l’indulgence de ce dernier pour la corruption et sur le domaine économique. Matak avait aussi des accointances avec les milieux d’affaires sino-khmers de Phnom Penh et avait affirmé son opposition au programme de nationalisation des exportations mis en place en 1963.
Vice-Premier ministre du cabinet Lon Nol en , il est responsable de l’intérieur, de la sécurité, de l’éducation nationale et des affaires religieuses. Il assure l’intérim du Président du Conseil pendant que ce dernier séjourne en France pour raisons de santé jusqu’en .
Durant cette période, Sirik Matak décide de ne transmettre qu’une partie des documents officiels à Norodom Sihanouk et incite les ambassadeurs à lui adresser directement leurs correspondances plutôt qu’au chef de l’État. Il prend également une série de mesures à l’opposé de la politique menée depuis des années et qui vont à l’encontre des intérêts des proches du monarque. Il autorise la réouverture des banques à capitaux privés au Cambodge, dévalue le riel de près de 70 % et privatise certains monopoles de l’État. Le but était de rassurer les marchés financiers internationaux, encourager les investissements étrangers et dynamiser les exportations, des initiatives que Sihanouk avait toujours différées, doutant de leur utilité.
Un congrès national du Sangkum Reastr Niyum, seul parti représenté à l’assemblée et dont font partie Sirik Matak, est convoqué en novembre et . Durant les débats, Sihanouk tente de dénigrer les mesures économiques prises par Sirik Matak et obtient un vote demandant l’abrogation du décret autorisant les banques étrangères à revenir s’implanter au Cambodge. Pour montrer leur solidarité, les quatre ministres sihanoukistes du gouvernement démissionnent de leurs postes. Mais le coup eu l’effet inverse de ce qu’ils escomptaient. Sirik Matak nomma des personnes proches de lui à leurs places et Sihanouk se retrouvait privé de tout soutien au sein du gouvernement. L’amour-propre du monarque sortait entamé de cette épreuve, surtout après que l'Assemblée nationale eut récusé le vote du congrès et confirmé l’autorisation faite aux banques privées de rouvrir.
Lorsqu’en , Norodom Sihanouk part à son tour suivre un traitement dans le sud de la France, Sirik Matak et ses partisans avaient une occasion unique de mettre en place les mesures libérales qu’ils souhaitaient depuis longtemps et de s’opposer plus fermement à l’occupation vietnamienne des zones frontalières. Le gouvernement était alors prêt à mettre à bas les fondements de la politique suivie jusque-là par Sihanouk et à réorganiser l’armée en une véritable force de combat. Il espérait par ces mesures pouvoir redynamiser les entrepreneurs du pays. Malheureusement pour eux, une telle politique nécessitait le soutien des États-Unis dont Sirik Matak se considérait proche, mais les Américains étaient engagés dans un retrait de l’Asie du Sud-est. De tels objectifs auraient sûrement pu être atteints sans la guerre du Viêt Nam et les pressions internationales qui en découlaient. De plus, les nouveaux dirigeants avaient sous-estimé plusieurs éléments et ces erreurs allaient s'avérer fatales à eux et au Cambodge. D’abord, ils avaient cru que Sihanouk allait se faire déposséder de ses prérogatives et se cantonner dans un rôle de figuration sans broncher ; ensuite, ils escomptaient que devant une pression militaire accrue, les différentes guérillas allaient rapidement abandonner le combat et rentrer dans le droit chemin ; ils avaient également pensé que les forces vietnamiennes stationnée près de la frontière allaient, sur la seule injonction du nouveau gouvernement cambodgien, abandonner leurs refuges en territoire khmer pour se mettre sous le feu des artilleries saïgonnaise et américaine. Enfin, le postulat que la république du Viêt Nam et les États-Unis allaient continuer à composer avec un Cambodge neutre et non-aligné s’avéra rapidement utopique. Ces erreurs d’appréciation paraissent a posteriori considérables, mais Sihanouk, de son côté croyait aussi pouvoir contrôler à sa guise les élites de son pays, les troupes du Việt Cộng et leurs alliés khmers rouges. En ce début de l’année 1970, Sirik Matak et ses proches étaient sûrs de leur jugement et rien ne les laissait présager la catastrophe dans laquelle le pays allait être plongé.
En janvier, le bureau d’aide mutuel mis en place quelques années auparavant par Sihanouk pour fournir diverses assistances fut fermé. Ces recettes provenaient de celles des films du monarque, des droits d’entrée au casino et de de hauts fonctionnaires. Les fonds ainsi récoltés servaient à dédommager les victimes des bombardements et de la guérilla ainsi qu'à l’achat de cadeaux de toutes sortes. Si la raison évoquée était un déficit chronique, il semble bien qu’en fait le gouvernement voulait ainsi limiter l’influence de Sihanouk.
À la mi-février, Lon Nol était de retour. Avant de rentrer, il avait eu un entretien avec Sihanouk, où, d’après certaines rumeurs, une stratégie antivietnamienne aurait été élaborée, mais rien ne permet d’affirmer cette thèse avec certitude . Sitôt rentré, le général adoptait une série de mesures antivietnamiennes qui aboutirent, le , à des manifestations devant les ambassades de la république démocratique du Viêt Nam et du Front national de libération du Sud Viêt Nam. Les émeutiers entrèrent dans les bâtiments et les mirent à sac. Les diplomates présents eurent juste le temps de prendre leurs jambes à leur cou. La police, aux ordres d’Oum Manorine, le beau-frère de Sihanouk, ne fit rien pour réprimer ces actes de violence. Depuis Paris, Sihanouk affirmaient que ces manifestations découlaient d’un complot visant à et promit de rentrer dans les plus brefs délais. Le , Sirik Matak annulait l’accord de commerce avec Hanoï et Lon Nol donnait 3 jours aux troupes vietnamiennes stationnées au Cambodge pour quitter le pays.
Le Norodom Sihanouk était destitué par un coup de force dont la paternité est régulièrement attribuée à Sirik Matak .
Depuis Pékin où il avait trouvé refuge, Norodom Sihanouk lançait un appel aux armes et invitait tous les Cambodgiens à rejoindre le Front uni national du Kampuchéa qu’il allait créer prochainement qui outre ses partisans devait aussi comporter ses ennemis khmers rouges de la veille .
Si dans un premier temps le nouveau gouvernement semblait désireux de préserver la neutralité du Cambodge, il dut rapidement déchanter. Les communistes vietnamiens avaient comme on pouvait s'y attendre refusé d’obtempérer à la demande de quitter le territoire et la faible armée cambodgienne n’avait pas les moyens de les déloger. Lon Nol dut donc demander l’aide des forces américano-sud-vietnamiennes qui ne pouvait qu’approuver une requête qui servait leurs intérêts .
Quand la République khmère est proclamée le , la popularité de Lon Nol et Sirik Matak était à son paroxysme auprès des élites urbaines et l’armée. Ils en profitèrent pour s’adjuger chacun une étoile supplémentaire à leur grade de général.
À partir de 1971, deux tendances politiques se dessinaient au sein des dirigeants de Phnom Penh. La première, menée par In Tam, était décrite par l’ambassade américaine comme un régénérescence du parti démocrate, soutenu notamment par les Sangha bouddhistes et Son Ngoc Thanh. L’autre groupe était parfois appelé parti républicain par analogie au système politique américain et se rangeait derrière la bannière de Sirik Matak ; Lon Nol, pour sa part, se plaçait au-dessus de ces partis. Ces joutes étaient par contre inconnues du grand public et seuls les milieux intellectuels et le parlement s’y intéressaient. À la campagne et pour les réfugiés qui venaient s’entasser dans la capitale les préoccupations se portaient plus sur les bouleversements qu’ils vivaient, à la suite des exactions commises alternativement par les troupes républicaines, khmères Krom, sud-vietnamiennes, Việt Cộng, et khmères rouges qui passaient dans des cycles de poursuites, destructions puis retraites. À la même époque, Lon Nol fut victime d’une paralysie qui affectait tout le côté gauche de son corps et fut évacué vers l’hôpital militaire d’Honolulu. La charge de premier ministre par intérim échut à nouveau à Sirik Matak jusqu'en , quand Lon Nol rentra d’Hawaï, mais n’avait manifestement pas retrouvé l’ensemble de ses facultés.
Encore en pleine convalescence, Lon Nol démissionna finalement de son poste de Premier ministre, ouvrant une crise qui allait mettre en lumière l’antagonisme qui l’opposait à Sirik Matak et celui du parlement envers les deux premiers nommés. Lon Nol nommait Sirik Matak à la position de Premier ministre-délégué, lui demandant d’agir . Toutefois, toutes les tentatives pour former un nouveau gouvernement furent vouées à l'échec, en partie contrariées par Lon Non, le jeune frère de Lon Nol qui jouait de l'opposition entre les différentes factions pour le maintenir au pouvoir. Au bout d'un mois, Lon Nol apparaissant comme le seul à même de se positionner au-dessus de la mêlée, réintégrait ses fonctions . Alors que c'était développé le marasme, l’opinion publique en arrivait à regretter la versatilité de Sihanouk, et la popularité du nouveau régime, au plus haut en 1970, commençait à décliner.