vignette|Semis direct dans un couvert végétal sur le plateau de Valensole. L'agriculture de conservation (AC) ou agriculture de conservation des sols (ACS) est un ensemble de techniques culturales simplifiées destinées à maintenir et améliorer le potentiel agronomique des sols, tout en conservant une production régulière et performante sur les plans technique et économique.

Elle est définie par la Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture comme étant un « système cultural qui peut empêcher la perte de terres arables tout en régénérant les terres dégradées »..

Cet ensemble de techniques vise une meilleure rentabilité économique à long terme en réduisant le besoin en intrants (engrais, produits phytosanitaires et carburants) sans pour autant les interdire.

Ces techniques culturales reposent sur trois piliers fondamentaux que sont la réduction du travail du sol, la diversification des espèces végétales ainsi qu'une couverture permanente du sol par des cultures, des plantes compagnes et des couverts végétaux..

Historique et développement Origine L’agriculture de conservation est née dans des régions de forte érosion hydrique ou par érosion éolienne et avait pour but initial de protéger les sols contre cette érosion, essentiellement par la couverture des sols. La première des trois composantes de l’agriculture de conservation qui s’est développée est la couverture des sols, en réponse à de graves phénomènes d’érosion des sols, apparus en particulier aux États-Unis dans les années 1930. L’alternance de sécheresse et de pluie, conjuguée à des vents violents, a provoqué le désastreux phénomène connu sous le nom de Dust Bowl (« bassin de poussière »), décrit par John Steinbeck dans Les Raisins de la colère paru en 1939. Ceci a conduit les agriculteurs américains à faire évoluer leurs pratiques de manière très rapide, encouragés par des programmes gouvernementaux. Les techniques d’implantation des cultures en semis direct sous couvert ont commencé à apparaître dans les années 1950 : les agriculteurs enfoncent directement les semences dans le sol à travers les couverts sans labourer et contrôlent les adventices par des herbicides. Cela a nécessité la mise au point de semoirs adaptés. La mise en œuvre de ces pratiques de protection des sols a permis de réduire drastiquement l’érosion des sols aux États-Unis. D’autres avantages de ces systèmes de culture sont vite apparus aux agriculteurs, particulièrement dans les grandes exploitations : économie de carburant, simplification du travail et gain de temps. Le semis direct sans labour est aujourd’hui largement utilisé pour le maïs et le soja aux États-Unis, mais aussi au Brésil, en Argentine, au Canada, en Australie..

Reconnaissance mondiale La première mention de l'agriculture de conservation remonte à 1997 lors d'une conférence de la Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) sur les techniques culturales simplifiées au Mexique, mais ne sera définie officiellement qu'en 2008 par la FAODon C. Reicosky, « », Journal of soil and water conservation, septembre/octobre 2015, 106A .

La surface cultivée dans le monde selon cette méthode était estimée à 106 millions d'hectares en 2008/2009 et a atteint environ 180 millions d'hectares en 2015/2016, soit environ 12,5 % des terres cultivées dans le mondeA. Kassam, T. Friedrich & R. Derpsch (2019) Global spread of Conservation Agriculture, International Journal of Environmental Studies, 76:1, 29-51, DOI: https://doi.org/10.1080/00207233.2018.1494927. La Fédération Européenne d'Agriculture de Conservation estime à environ 5 % la part des terres cultivée en agriculture de conservation, sans cependant la distinguer des surfaces en semis-direct..

En 2020, l'APAD a mis en place un label "Au Cœur des Sols". afin de valoriser les fermes faisant la démarche de l'agriculture de conservation.

Trois piliers fondamentaux synergiques L'objectif principal de l'agriculture de conservation est de lutter contre la dégradation des sols agraires, ou de favoriser la régénération des sols dégradés.. Pour cela, elle cherche à augmenter la biodiversité, à stimuler et favoriser les processus biologiques naturels tout en augmentant la quantité de matière organique dans le sol. Ces trois éléments sont des facteurs essentiels pour assurer la fertilité des sols et la séquestration du carbone.. L'agriculture de conservation s'appuie principalement sur les trois piliers suivants afin de réparer ou entretenir cette fertilité.

Réduction du travail du sol L'objectif des techniques culturales simplifiées est de permettre de freiner l’érosion des sols et de conserver le stock de matière organique nécessaire à son bon fonctionnement. La réduction, voire la suppression du travail mécanique du sol permet de conserver en surface la couche d'humus créée par les débris végétaux en décomposition, qui protègent également le sol contre l'érosion et la battance.. Le but de cette réduction est de limiter le plus possible la déstructuration et la perte de porosité verticale naturelle du sol..

Diversification des espèces cultivées La diversification des espèces cultivées, à travers des séquences de rotations et d'associations de cultures impliquant au moins trois cultures différentes, favorise la conservation de la biodiversité du sol et des espèces végétales et permet, par un choix judicieux, l'emploi successif d'espèces aux atouts mécaniques, physiques et biologiques différents et complémentaires ; atouts liés à leur vitesse d'installation, la qualité de leur partie végétale ou partie racinaire. La diversification des espèces végétales et le rallongement de la rotation culturale, permettent l'intégration de cultures non productives mais ayant des intérêts agronomiques, comme la restructuration du sol ou la réduction des maladies et des parasites grâce aux effets complémentaires des espèces entre elles.

Couverture permanente du sol Par couverture permanente du sol, on entend aussi bien les résidus végétaux que les couverts durant l'interculture. Son objectif est de fournir un écran permanent afin de limiter les adventices, l'érosion du sol lors d'intempéries et la perte excessive des réserves hydriques nécessaires à la vie du sol et des plantes. Le couvert permet entre autres un apport de matières organiques, et en fonction des espèces implantées, d'autres bénéfices comme la restructuration du sol, le stockage d'azote, ou l'activation biologique du sol stimulée par les restitutions de biomasse..

L'agriculture de conservation, se basant sur ces trois bases fondamentales, est considérée comme faisant partie du concept d'agroécologie.

Vers de terre et agriculture de conservation Les vers de terre épigés, endogés et anéciques ont chacun une fonction naturelle de mélange des horizons de surface ou profond. Ils sont des acteurs de la fertilité des sols. L'absence de travail du sol, et notamment du labour favorise leur maintien, l'augmentation de leur population et favorise leur activité bénéfiqueBaldivieso Freitas, Paola & Blanco-Moreno, José & Gutiérrez, Mónica & Peigné, Joséphine & Pérez-Ferrer, Alejandro & Trigo, Dolores & Sans, F.. (2017). Earthworm abundance response to conservation agriculture practices in organic arable farming under Mediterranean climate. Pedobiologia. 10.1016/j.pedobi.2017.10.002.. La présence d'un couvert permanent et varié permet de pérenniser l'apport de nourriture pour l'ensemble de la faune du sol et en particulier des vers de terre.

Intérêts et limites Pour être comprise, adoptée et intégrée, l'agriculture de conservation doit présenter la valeur ajoutée, les intérêts et ses limites susceptibles d’attirer des agriculteurs, mais aussi plus largement des horticulteurs et jardiniers.

Intérêts Ces avantages sont de trois ordres.. :

Sociaux-économiques L’allègement du temps de travail et donc la réduction des besoins en main-d'œuvre ; La réduction des dépenses engagées, par exemple, pour l’achat de carburants d'origine fossile en particulier, l’exploitation et l’entretien des machines, ainsi que la main-d'œuvre ; Une augmentation de l’efficience, puisque la production augmente avec une quantité d’intrants plus faible.

Agronomiques une augmentation du taux de matière organique ; la rétention en eau du sol : l'activation biologique du sol favorise la macroporosité qui contribue à une meilleure infiltration de l'eau. et réduit le ruissellement et l'érosion... ; une amélioration de la structure du sol et donc de la zone d'enracinement.

Environnementaux la réduction de la consommation d’énergie fossile ; la réduction de l'érosion du sol, et donc la diminution des coûts d'entretien des routes, des barrages et des installations hydroélectriques ; l’amélioration de la qualité de l'eau ; l’amélioration de la qualité de l'air ; l’augmentation de l'activité biologique du sol et sa biodiversité ; la séquestration du carbone associée à la réduction d’émission de gaz à effet de serre.

De par ses intérêts environnementaux (réduction de l'érosion et du lessivage, stockage de carbone, augmentation de la biodiversité, maintien ou amélioration de la productivité), l'agriculture de conservation répond aux besoins actuels définis dans les pistes de réflexion proposées dans le rapport du GIEC d'.. L'initiative "4 pour 1000" lancée lors de la COP21 promeut également ce type d'agriculture..

Limites et solutions L’adoption partielle des principes de l’agriculture de conservation varient selon les pays et les contextes et sont susceptibles de remettre en cause la pérennité de son adoption. Par exemple, un agriculteur réduit ou supprime le labour, afin de réduire le temps de travail et les charges liées aux carburants à court terme, mais sans nécessairement introduire de couverts végétaux ni allonger les rotations culturales ; il supprime alors de la conjonction synergique des effets du couvert végétal permanent, de l’allongement cultural et du non-labour. L'accès au matériel nouveau de semis direct en particulier peut être un frein à la transition.

L'apport au sol de couverts pauvres en azote (par exemple, la paille qui a un C/N élevé, proche de 100) provoque une faim d'azote..

Une communauté de soutien, d'échange et d'accompagnement permet d'en limiter ou supprimer les effets. En France, le risque économique est majeur durant la phase de transition.. Le réseau APAD Association Pour la promotion d'une Agriculture Durable en partenariat avec le ministère de l’agriculture permet cette dynamique de limitation des risques..

Différences et complémentarités Agriculture de conservation et Techniques culturales simplifiées (TCS) Il existe très souvent une confusion entre les techniques culturales simplifiées (TCS), le semis direct et l'agriculture de conservation en elle-même aussi bien dans les milieux scientifiques que pour les agriculteurs.centré|vignette|600x600px|diagramme présentant les catégories de pratiques culturales en fonction du type de travail du sol

Bien que la réduction du travail du sol soit un des piliers de l'agriculture de conservation, les objectifs des TCS ne sont pas les mêmes que ceux de l'agriculture de conservation.

Agriculture de conservation et agroforesterie Bien que sa définition soit relativement récente, on retrouve des principes similaires dans d'autres méthodes de cultures antérieures, comme dans l'agroforesterie par exemple...

Techniques et matériels Travail limité du sol en bande vignette|Unité Strip-till Pluribus (Dawn Equipment Company)