Les élections législatives françaises de 1877 élisent la deuxième législature (1877-1881) de la République. Elles se déroulent en , au scrutin uninominal à deux tours par arrondissement en vertu de la loi organique du .
Contexte
Ces élections se déroulent les . et , à la suite de la dissolution de la précédente assemblée par le président Patrice de Mac Mahon. En effet, les élections de 1876 qui donnent une majorité aux républicains, contraignent le président de la République, de tendance légitimiste, à appeler au gouvernement un républicain modéré, Jules Simon. Ce fragile équilibre ne dure qu'un an, jusqu'à la chute du gouvernement Simon et la crise du 16 mai. Mac Mahon répond au Manifeste des 363 par la dissolution de l'Assemblée.
Campagne électorale gauche|vignette|alt=Gravure montrant trois hommes en discussion dans un wagon luxueux.|Mac Mahon s'entretenant avec deux ministres du cabinet du , Oscar Bardi de Fourtou et Eugène Caillaux, au cours d'un voyage présidentiel en . La campagne électorale officielle ne s'ouvre que trois mois après la dissolution, le ; mais les mois qui la précèdent sont très agités politiquement et cette campagne est décrite comme l'une de l'histoire de France.. Ce n'est que le que le Conseil des ministres fixe les élections au et la réunion de la Chambre au .
Candidatures officielles Au nom de , le président s'engage personnellement dans la bataille électorale et multiplie les déplacements en province. Dès le , pour emporter la décision sénatoriale sur la dissolution de la Chambre, il avait passé un accord avec les légitimistes, en échange de leur soutien, leur garantissant de nombreuses circonscriptions et s'engageant à quitter définitivement le pouvoir à la fin de son septennat. Le , le déclare que les candidats favorables au chef de l'État pourront utiliser une affiche blanche avec la mention « Candidat du gouvernement du maréchal de Mac-Mahon », à la manière des candidatures officielles du Second Empire.
Dans un communiqué, le président défend ces candidatures et laisse entendre qu'il pourrait tenter de résister si le résultat des élections lui était défavorable : . Dans ses différents discours, dénonce le radicalisme et accuse la gauche de faire courir au pays le risque d'une guerre. Il publie une nouvelle adresse aux Français le , dans laquelle il se proclame solidaire du cabinet et accuse les « 363 » de vouloir une Chambre qui serait la réplique de la Convention nationale de 1792.
Dans le même temps, le gouvernement multiplie les poursuites judiciaires contre les titres de presse ou les vendeurs de journaux et la répression des préfets s'accentue : près de de boissons sont fermés, ainsi que plusieurs loges maçonniques. La liberté de la presse ne sera instituée durablement que plus tard, après le vote de la loi de 1881.
Unité des républicains Face aux candidats officiels du président, les républicains affichent leur unité. Adolphe Thiers et Léon Gambetta se montrent les plus combatifs. Les journaux républicains lancent des souscriptions, augmentent leur tirage et s'appuient sur les cheminots et les représentants de commerce pour assurer leur diffusion à travers le pays. Un comité électoral est créé, composé de représentant toutes les tendances républicaines, de Georges Clemenceau à Jules Ferry, et d'autres comités sont créés sur le même modèle au niveau de chaque canton.
Pour financer leur campagne, les républicains s'appuient sur de nombreuses personnalités, notamment le propriétaire du grand magasin Le Bon Marché, Aristide Boucicaut, la dynastie patronale chocolatière des Menier, le banquier Henri Cernuschi ou encore le financier Emmanuel-Vincent Dubochet, qui met son hôtel particulier à la disposition de Gambetta.
Ce dernier prononce à Lille le un discours dont la péroraison est restée célèbre. Acclamé par l'auditoire, il déclare à l'attention du président et de ses fidèles : Cette formule est immédiatement reprise dans La République française et le Conseil des ministres décide de poursuivre en justice l'orateur, qui n'est plus protégé par l'immunité parlementaire, et son journal, pour offense au chef de l'État. Cette décision est critiquée jusque dans le camp conservateur qui redoute que le procès apporte une trop grande publicité au candidat républicain. Gambetta, jugé par défaut le par le tribunal correctionnel de la Seine, est condamné à trois mois de prison et d'amende. Sûr de sa réélection, il fait aussitôt appel, le second jugement ne pouvant avoir lieu qu'après le scrutin.
La mort d'Adolphe Thiers le est mise à profit par les républicains, les « 363 » se rassemblant auprès de la famille du défunt lors des obsèques auxquelles n'assiste aucun officiel le . Cette disparition soudaine tempère cependant l'optimisme des républicains qui avaient envisagé le retour de Thiers à la présidence de la République en cas de victoire électorale et de démission du maréchal. C'est le nom de Jules Grévy qui s'y substitue, malgré les désaccords qui persistent entre ce dernier et Gambetta. Fin septembre, François-Auguste Mignet publie un manifeste posthume de Thiers dans lequel l'ancien président rappelle la nécessité absolue de la République pour éviter la guerre civile.
Engagement des milieux d'affaires vignette|gauche|alt=Caricature de presse montrant une dame offusquée et un homme à l'air penaud devant le Palais Brongniart.|Un contraint de voter républicain en raison de ses actions en baisse à la Bourse de Paris. Caricature par Cham, Le Monde illustré, . Dans les premières années de la Troisième République, l'influence des milieux d'affaires dans le jeu politique est considérable : d'une part, le redressement économique du pays nécessite une collaboration étroite entre le pouvoir politique, la haute banque et les établissements de crédit ; d'autre part, les milieux d'affaires sont largement surreprésentés au sein du personnel politique, précisément parmi les groupes du centre droit et du centre gauche qui composent la plupart des cabinets ministériels de cette période.. De même que plusieurs ministres du cabinet de Broglie sont étroitement associés au monde économique, de nombreux membres du centre gauche occupent des sièges d'administrateurs dans les plus grandes entreprises des secteurs-clés de l'économie française, en particulier les banques, les chemins de fer, les mines et la métallurgie. Ces derniers, outre leur puissance financière, ont une influence d'autant plus grande qu'ils dirigent de nombreux titres de la presse libérale. Bien que ces journaux ne puissent revendiquer un fort tirage, leur impact est déterminant sur l'évolution du régime dans la mesure où ils sont lus non seulement par les politiques mais également parmi les décideurs de l'économie, banquiers, boursiers ou grands industriels.
vignette|alt=Une d'un journal imprimé.|Déplorant le limogeage massif des préfets, le Journal des débats du qualifie cette mesure d'. Au lendemain du , une partie des milieux d'affaires, en particulier la haute banque et les grands financiers qui gravitent autour de la banque Rothschild, accueille avec satisfaction la nomination du cabinet d'ordre moral du , et les semaines qui suivent l'initiative du président sont marquées par une relative stabilité boursière. Toutefois, la plupart des élites économiques s'engagent clairement en faveur des républicains car ils considèrent le coup du comme . Le Journal des débats évoque à cet égard . Tout au long de la campagne, la presse libérale se fait l'écho de l'inquiétude des milieux d'affaires quant au ralentissement de l'économie provoqué par le coup présidentiel, après plusieurs années de calme et de prospérité, et nombre de leurs représentants apportent un soutien matériel et financier aux républicains. À titre d'exemple, Léon Say offre pour la constitution du Comité électoral des gauches, tandis que de grands entrepreneurs comme Jean Dollfus, Alfred Koechlin-Schwartz ou Camille Risler siègent dans des comités électoraux locaux.
À l'inverse, des rapports de police signalent que le banquier Alphonse de Rothschild, promu au grade de commandeur de la Légion d'honneur sur proposition du ministre Eugène Caillaux le , en pleine campagne électorale, aurait financé celle du camp conservateur à hauteur de de francs.
Résultats nationaux détaillés Résultats en voix +Résultats en voix selon SalmonNombre% des inscritsInscrits9 916 000100Abstentions1 848 00018,6Votants8 068 00081,4TendancesVoix% des votantsRépublicains4 327 00054,2Ambigus9 4500,1« Conservateurs »3 648 00045,7Bulletins blancs ou nuls84 0001,0Total7 984 000100
Résultats en sièges +Résultats en sièges selon les sourcesBlocTendancesSiègesSelon CandarSelon BaquiastSelon GrondeuxSelon LévêqueRépublicainsRépublicains325323317317ConservateursMonarchistes105104199 216Bonapartistes105104Total conservateurs210208199216DiversNon-inscrits, ambigus ou non mentionnés -217 -Total533
+Résultats en sièges selon Frédéric SalmonBlocTendances SiègesRépublicainsExtrême gauche27Extrême gauche et Union républicaine11Union républicaine68Gauche républicaine152Gauche républicaine et Centre gauche6Centre gauche61Total républicains325ConservateursConstitutionnels3Centre droit orléaniste et « Conservateurs »37Bonapartistes111Légitimistes et « cléricaux »57Total conservateurs208DiversNon-inscrits, incertains et ambigus0 Total533
Résultats +Synthèse des résultatsCes résultats ont été obtenus en additionnant tous les résultats des pages des élections législatives de 1877 en date du . Ces résultats peuvent donc ne plus être à jour. Les candidats présents dans plusieurs circonscriptions sont comptés dans toutes leurs circonscriptions, comme pour les députés élus.PartiVotes au premier tour%Votes au second tour%Sièges +/-Extrême gauche5,5134 Union républicaine12,476,4681 Gauche républicaine20,7319,59139 Centre gauche12,6615,0271 Autres républicains2,967,510 Total républicains54,3248,59325 Constitutionnels9,7710,2838 Bonapartistes21,274,51114 Légitimistes14,0812,2556 Autres conservateurs0,040 Total conservateurs45,1627,03208 Non-inscrits, incertains et ambigus0,520,320 Suffrages exprimés 99,37 99,54 Votes blancs et nuls 0,63 0,33 Total 100 100 533 Abstentions 19,29 29,28 Inscrits/Participation 80,71 70,72
Analyse Au premier tour, seules 15 des ne sont pas pourvues. La victoire des républicains est incontestable, mais elle n'a pas l'ampleur prévue : ils ne comptent alors que , loin des 405 prédits par Gambetta quelques semaines plus tôt. Dans une lettre adressée le lendemain à la princesse Lise Troubetzkoy, ce dernier dénonce les . En réalité, les progrès des conservateurs, qui gagnent , s'expliquent principalement par la mobilisation de leur électorat, l'abstention passant de 25 % en 1876 à moins de 20 % en 1877.
Au second tour, le , les conservateurs remportent supplémentaires, et bien que les républicains possèdent finalement une large majorité, avec , ils ne devancent la droite que d'un peu moins de . Les bonapartistes, qui passent de à 104, constituent le premier groupe d'opposition dans la nouvelle Chambre, et si le nombre de légitimistes augmente lui aussi, passant de à 44, les orléanistes sont en net recul, de 40 à : la « droite parlementaire », qui a accepté de transiger en 1875 et d'instaurer la République, est défaite.
Conséquences Dernières tentatives de résistance du président (octobre-décembre) vignette|gauche|Le cabinet du caricaturé dans le journal satirique Le Grelot, d'après le tableau d'Alphonse de Neuville. Le gouvernement vit ses derniers instants à la suite de la défaite électorale des monarchistes aux élections d'.
Ces élections sont un échec pour le président Mac Mahon, le camp républicain remportant la majorité des sièges. Une fois les résultats des élections connus, le président songe à démissionner, poussé en ce sens par certains de ses proches comme son secrétaire Emmanuel d'Harcourt, mais il y renonce.