, dont le nom de naissance est Andō Tokutarō (安藤徳太郎), né en 1797 à Edo et mort le à Edo, est un dessinateur, graveur et peintre japonais. Il se distingue par des séries d'estampes sur le mont Fuji et sur Edo (actuel Tōkyō), dessinant de façon évocatrice les paysages et l'atmosphère de la ville, en reprenant les instants de la vie quotidienne de la ville avant sa transformation à l'ère Meiji (1868-1912).
Auteur prolifique, actif entre 1818 et 1858, il crée une œuvre constituée de plus de estampes est le nombre d'estampes en couleurs et de tous formats généralement admis, mais certains experts (Minoru Uchida notamment) avancent un chiffre qui pourrait atteindre en tout. Aucun catalogue exhaustif n'ayant été dressé, il est très difficile de vérifier ce chiffre..
Il est avec Hokusai, avec qui on le compare souvent l'un des derniers très grands noms de l’ukiyo-e et, en particulier, de l'estampe de paysage, qu'il aura menée à un sommet inégalé avant le déclin de la xylographie au Japon.
Ses séries les plus connues, les Cent vues d'Edo, Les Soixante-neuf Stations du Kiso Kaidō et surtout Les Cinquante-trois Stations du Tōkaidō, rivalisent en notoriété avec la célèbre série de Hokusai, les Trente-six Vues du mont Fuji (dont fait partie ce qui est sans doute l'estampe japonaise la plus connue, La Grande Vague de Kanagawa).
Le style d'Hiroshige est cependant bien différent de celui d'Hokusai.
Hiroshige se fait l'humble interprète de la nature, qui, à l'aide des moyens frustes de la gravure sur bois, sait exprimer comme à travers « une fenêtre enchantée » les délicates transparences de l'atmosphère au fil des saisons, dans des paysages où l'homme est toujours présentRichard Lane, L'Estampe japonaise, 1962, p. 269.. La composition de ses œuvres est saisissante, caractérisée par une maîtrise subtile des couleurs franches . Son sens du premier plan sera repris plus tard par Degas, et on le retrouvera en photographieVoir à cet égard Mochizuki, la des Soixante-neuf Stations du Kiso Kaidō, dont le sujet coupé au premier plan se retrouve chez Degas, et aussi en photographie, conférant au sujet le caractère d'un « instantané »..
Peu après la réouverture forcée du Japon aux échanges avec l'Occident, c'est principalement à travers l'œuvre d'Hiroshige que le monde découvre vers 1870 l'étonnante originalité des arts graphiques dans ce pays. Le japonisme aura une influence déterminante sur les peintres impressionnistes et ensuite sur l'Art nouveau.
Les divers noms d'Hiroshige Les artistes japonais de l’ukiyo-e utilisent en général plusieurs noms au cours de leur vie. Le peintre Hokusai en est sans doute l'exemple le plus connu, lui qui utilisera plus de cinquante-cinq noms différents tout au long de sa vie, changeant de nom d'artiste à chaque nouvelle œuvre importanteNelly Delay, L'Estampe japonaise, Hazan, 2004, p. 196..
Dans le cas d'Hiroshige, il utilise tout d'abord son véritable nom, Andō Tokutaro (où Andō est le nom de famille), fils de Andō Genuemon. Puis, comme il est d', il change plus tard de prénom, pour prendre celui de Jūemon.
Utagawa Hiroshige est ensuite le nom qu'il reçoit en 1812, un an seulement après avoir rejoint l'école Utagawa en tant qu'élève d'Utagawa Toyohiro, pour y prendre le nom d'artiste HiroshigeLe nom de l'école est placé en premier en japonais, comme on le fait pour le nom de famille.. Ce nom d’Hiroshige, sous lequel il passera à la postérité, est formé du second caractère, Hiro, du nom de son maître Toyohiro, suivi par la « lecture alternative », ShigeLes caractères japonais d'origine chinoise peuvent se prononcer selon leur lecture chinoise, ou selon leur lecture japonaise. du premier caractère Jū de son prénom Jūemon.
Mais il reçoit à cette époque une sorte de nom d'atelier, Ichiyūsai, qu'il modifiera en 1830-1831 en en changeant l'une des syllabes, pour prendre le nom de Ichiryūsai, comme son maître Toyohiro. Il abrégera parfois plus tard ce nom en Ryūsai. Ichiryūsai est le nom qu'il utilise notamment pour ses Vues célèbres de la capitale de l'Est.
Enfin, comme c'est la tradition pour l'élève le plus talentueux d'un atelier, il reprend le nom de son maître à la mort de celui-ci, et utilise donc aussi le nom de Toyohiro II.
Ces « jeux » sur les noms au sein d'une école témoignaient à la fois de la volonté de perpétuer le nom du maître, de lui rendre hommage tout en faisant montre d'humilité à son égard (en retenant le second caractère de son nom plutôt que le premierVoir à ce sujet l'exemple de Kaigetsudō Ando, dont tous les élèves ont formé leur nom d'artiste à partir du second caractère, do, du maître, sauf Kaigetsudo Anchi, dont on a d'ailleurs dit qu'il était peut-être le fils d'Ando.). Enfin, on utilisait chaque nouveau nom comme un programme que l'on pouvait modifier en fonction des différentes périodes de sa vie, ce qui était de bon augure.
Biographie Les débuts
Les éléments relatifs à sa biographie avant son entrée à l'atelier de Toyohiro sont à prendre avec précaution, les diverses biographies disponibles présentant des versions légèrement différentes.
Utagawa Hiroshige, de son vrai nom Andō Tokutaro, naît dans la caserne de pompiers de Yayosugashi, à Edo. Il est d'origine samouraï et arrière-petit-fils de Tanaka Tokuemon, qui exerçait une charge d'autorité au service du clan Tsugaru dans la province septentrionale de Mutsu ; son grand-père, Mitsuemon, était instructeur de tir à l'arc sous le nom de Sairyūken.. Son père Andō Genuemon, samouraï de rang inférieur, y était officier de brigade, charge héréditaire de pompiers. La caserne était située dans l'actuel quartier de Marunouchi, et était chargée de la surveillance du château du shogun Tokugawa et de son gouvernement, qui en était voisin. Ces hommes du feu, comme on les appelle avec respect, s'adonnent en dehors des heures de services aux délices raffinés de la cérémonie du thé et composent des vers dans des clubs de poésie très fermés. Le jeune Hiroshige fut ainsi très jeune initié aux arts.
À partir de dix ans, ce serait Okajima Rinsai (1791-1865) qui lui aurait appris la peinture traditionnelle Kanō. Un rouleau intitulé Procession des insulaires de Luchu a été retrouvé et certains experts l'ont attribué à Hiroshige. Il n'avait alors que dix ans. Ce qui est sûr, c'est que le shogunat a bien reçu en 1806 un ambassadeur des îles Luchu venu lui rendre hommage. Pour ceux qui l'ont eu entre les mains, le dessin démontre un talent particulièrement précoce.
Il perd ses parents très tôt et presque simultanément : d'abord sa mère, et un an plus tard, son père. Hiroshige a alors quatorze ans. Son père venait, après trente-cinq ans de service, de lui léguer sa charge un an avant sa mort, en 1809. Il a tenu sa fonction de pompier sans trop de difficultés dans la mesure où la caserne ne devait protéger du feu que le château du shogun. Ce qui lui laissa du temps pour sa passion : le dessin. Il a essayé d'entrer à l'école d'Utagawa Toyokuni (1769-1825), un des maîtres de l'estampe et a été refusé, car Toyokuni avait déjà trop d'élèves.
À quatorze ans, il est accepté dans l'atelier d'Utagawa Toyohiro (1773-1828), qui fut à l'origine du développement de l'estampe de paysage. Il y apprit les styles Kanō et Shijō. Un an après (en 1812), il fut honoré du nom de pinceau d'Utagawa Hiroshige. Et en 1828, à la mort de son maître, il reprit l'atelier sous le nom de Toyohiro II.
Jusqu'en 1829, il se consacre principalement aux portraits, tout comme ses prédécesseurs avant lui : femmes, acteurs, guerriers. Tatsujiro Nakamura, dans son livre Hiroshige Wakagaki (Les Premières Œuvres d'Hiroshige) de 1925, montre des estampes de 1822 nommées Uchi to soto sugata hakkei et Goku saishiki imayo utsushiye représentant des portraits de femmes. Or, son travail porte plus l'influence d'Eisen que celle de son maître Toyohiro.
Le véritable tournant de sa vie aura lieu en 1832 lorsqu'il peut léguer à son tour à Nakajiro, son fils ou son oncle (la parenté exacte n'a jamais pu être établie) la charge de pompier et se consacrer exclusivement à son art. La mort de Toyohiro en 1829, et le fait qu'Hokusai ait déjà ouvert la voie de la peinture de paysage en en faisant un genre à part entière, va lui ouvrir de nouvelles perspectives. La demande devient forte pour les représentations de paysages.
Il commence sa carrière de paysagiste avec Lieux célèbres de la capitale de l'Est, en 1831-1832, mais c'est sa série, Les Cinquante-trois Étapes de la route du Tōkaidō, qui le lance et lui vaut la célébrité immédiate en 1833-1834.
La route du Tōkaidō, un succès instantané dans la peinture de paysages
Une reconnaissance subite
Les Cinquante-trois Stations de la route du Tōkaidō, recueil de cinquante-cinq estampes, représente les cinquante-trois étapes qui reliaient Edo, la capitale du shogun, à Kyōto, la ville impériale (soit cinquante-trois étapes intermédiaires, auxquelles il convient d'ajouter Edo au départ, et Kyoto à l'arrivée).
L'édition Hōeidō des Cinquante-trois Stations du Tōkaidō est le bestseller de lukiyo-e avec un tirage de plus de et valut à Hiroshige la renommée immédiate au Japon comme peintre paysagiste (Hiroshige avait été rebaptisé par ses contemporains : « le peintre du Tōkaidō »), et plus tard, dans le monde entier. C'est son ouvrage le plus connu et il a souvent été reproduit ou imité depuis. Devant le succès, d'autres versions (une trentaine, de qualité et de longueur très différentes) verront le jour, certaines ne représentant que quelques stations.
L'origine de la série
Chaque année, une délégation se rendait à Kyoto pour rendre hommage à l'empereur en lui offrant des chevaux. Sur ordre du shogunat d'Edo, Hiroshige est chargé d'accompagner le gouvernement des Tokugawa faisant le périple, et fixe en chemin sur le papier les moments importants. En route, il fait des croquis qu'il reprend pour en faire des estampes une fois de retour à Edo.
Si l'édition Hōeidō est de loin la série du Tōkaidō gravée par Hiroshige qui acquiert la plus grande notoriété, l'artiste, devant le succès qu'il rencontre, ne se borne pas à elle seule. Il refera près d'une trentaine de versions très différentes sur ce même sujet, qui ne comportent parfois que quelques estampes d'ailleurs. Chacune de ces différentes « éditions » comporte des planches totalement différentes pour chacune des étapes, et constituent autant d'œuvres radicalement distinctes d'Hiroshige, n'ayant pour point commun que de porter sur ce même thème de la route du Tōkaidō.
Ainsi la première étape, Shinagawa, a été illustrée par Hiroshige de neuf manières différentesLes différentes « éditions » du Tōkaidō chez Hiroshige pour la station Shinagawa sur hiroshige.org.uk (consulté le 30 août 2009)., la deuxième étape, Kawasaki, connait neuf versionsLes différentes « éditions » du Tōkaidō chez Hiroshige pour la station Kawasaki sur hiroshige.org.uk (consulté le 30 août 2009)., et la troisième étape, Kanagawa, sera représentée par Hiroshige de huit façons différentes tout au long de sa carrièreLes différentes « éditions » du Tōkaidō chez Hiroshige pour la station Kanagawa sur hiroshige.org.uk (consulté le 30 août 2009)..
Les raisons du succès
À cette époque, dans les années 1830, le commerce et la circulation à travers le pays se développent rapidement. L'offre en moyens de transport tels chevaux et palanquins, ainsi que l'offre en auberges augmentent sans cesse. Les pèlerinages à Ise, à Shikoku, ainsi que les voyages d'agrément prennent de l'ampleur, d'autant plus que les contraintes gouvernementales deviennent moins pesantes. Mais surtout la ville de Kyōto fait l'objet d'une admiration grandissante. Hiroshige est donc arrivé au moment propice.
À cela, il faut rajouter l'attrait nouveau pour les peintures de paysages, et ce en partie grâce à Hokusai.