L'hôtel du Châtelet est un bâtiment néoclassique situé au 127, rue de Grenelle, dans le de Paris.
Construit entre 1770 et 1776 pour le duc du Châtelet, il est successivement le siège de l’École nationale des ponts et chaussées, la résidence des intendants de la maison de et de Louis , l'ambassade de l'Empire ottoman, celle de l'empire d'Autriche, le siège de l'archevêché de Paris jusqu'en 1905 avant de devenir, l'année suivante, celui du ministère du Travail qui vient d'être créé.. En , il héberge le ministère du Travail et la résidence officielle du ministre.
Il est souvent utilisé par le cinéma pour sa ressemblance à la fois avec le palais de l’Élysée et l’hôtel de Matignon.
Histoire Origines des lieux Quartier de Grenelle thumb|left|alt=Dessin à la plume de la rue de Grenelle au niveau des numéros 57 et 59 (1789).|La rue de Grenelle ; dessin de 1789.
L'hôtel du Châtelet est situé rue de Grenelle, dans le de Paris. À l'origine, ce terrain peu peuplé, faisant partie d’un domaine correspondant à une partie des actuels et , était . Au s'élève sur cette plaine le château de Grenelle, ainsi que des fermes environnantes. Les bâtiments appartiennent alors à l'abbaye Sainte-Geneviève, qui les vend en 1751 pour que Louis XV fasse ériger l'École royale militaire, sur les plans de Ange-Jacques Gabriel. Plus loin, à l'endroit de l'actuel faubourg Saint-Germain, sont situées les terres de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés qui y laisse prospérer des ..
La rue de Grenelle en elle-même reliait Paris à l'ancien village de Grenelle mais, dès le , la rue existait en tant que chemin, appelé le « chemin Neuf », et était indiquée sur l'arpentage de 1529. Elle était aussi mentionnée avec les noms de « chemin aux Vaches », « chemin de la Justice », « chemin du Gibet » ou « petit chemin du Port ». Au , elle prend de l'importance et les noms de « grand chemin des Vaches » ou « grand chemin de Garnelle », puis au « chemin de la Forest » ou « petit chemin de Grenelle ». Enfin, on l'a plus tard désignée sous les noms « rue Garanella », « chemin de Guarnelles » ou « rue de Guernelles ». Au , la rue sera appelée « rue de Grenelle-Saint-Germain ». En 1830, la commune de Grenelle est créée ; en 1860, elle est fusionnée avec la ville de Paris alors que le château qui s'y trouvait est détruit.
« Mode » des hôtels particuliers Après la mort de Louis , en 1715, dont la fin de règne rime avec une certaine austérité, le Régent du royaume, Philippe d'Orléans, délaisse Versailles au profit de Paris, entraînant avec lui la Cour, qui dès lors s'y fait construire comme les membres de la bourgeoisie divers palais et hôtels particuliersVéronique Rampazzo et Patrick Lesieur (dir.), Philippe Abergel (photographies) et Fabienne Casta-Rosaz (textes), L'Élysée, la vie et les métiers de la première maison de France, Le Cherche Midi, 2010, p. 6.. Le quartier du Marais, désormais bondé et insalubre, est délaissé au profit du faubourg Saint-Honoré rive droite et du faubourg Saint-Germain rive gauche, ainsi que les alentours. Entre 1720 et 1750, on passe d'un nombre de vingt hôtels particuliers à plus de 200.
Depuis le , le site exact de l'hôtel du Châtelet fait l'angle du boulevard des Invalides et de la rue de Grenelle. Ce terrain appartient alors à l'ordre monastique des Carmes-Billettes, dont le siège se trouve dans le Marais. Le , le prieur Joachim Mainguy cède solidairement en usufruit par un bail emphytéotique les 1601 toises de terrain marécageux (soit ) au comte Louis Marie Florent du Châtelet et à sa femme Diane-Adélaïde de Rochechouart. Le contrat est signé devant Maître Laideguive. Il prévoit que l'ordre religieux assure la construction de l'hôtel (sauf la décoration intérieure et les jardins, à la charge du comte et de son épouse), dont les plans ont été tracés par l'architecte néoclassique Mathurin Cherpitel, élève de Gabriel et grand prix de Rome en 1758 ; le comte avait rencontré Cherpitel à Rome, où il préparait les plans d'une demeure viennoise pour le prince Esterházy.. En échange, le comte remet aux religieux d'avance, puis étalées en quatre échéances. En outre, une redevance annuelle de est fixée, jusqu'à la mort du comte, date à laquelle la bâtisse doit revenir à l'ordre monastique..
Hôtel du Châtelet Construction Chargé par le comte de superviser les travaux, Mathurin Cherpitel table sur une période de deux ans pour accomplir sa tâche. L'entrepreneur Lécluse prend en charge la création des fondations de l'hôtel ainsi que l'érection des murs. On compte de multiples professions sur le chantier : , qui sont régulièrement payés alors que Cherpitel se réserve un salaire de 1000 livres, somme modique au vu de ce que demandaient les autres architectes de l'époque.
Le chantier prend en définitive six ans. Trois ans après le début de la construction, le , un notaire censé évaluer l'avancée des travaux note le dépassement important des frais prévus à l'origine. Ne pouvant plus supporter financièrement la construction de l'édifice, l'ordre des Carmes-Billettes décide finalement de le quitter, et vend au comte l'hôtel ainsi que le terrain, pour la somme de .
Ancien Régime et Révolution 150px|thumb|right|alt=Toile d’Élisabeth Vigée-Lebrun représentant Aglaé de Polignac, fille de Gabrielle de Polignac (1794).|Aglaé de Polignac, par Élisabeth Vigée-Lebrun, 1794. La jeune femme loge un temps à l’hôtel avec son mari. Le comte est devenu duc, et vit avec son épouse Diane-Adélaïde dans l'hôtel. Ils n'ont pas d'enfants jusqu'en 1773, date à laquelle ils adoptent leur nièce, Diane-Adélaïde de Damas d'Antigny, aussi connue sous son nom mondain, Madame de Simiane. Jusqu'à la veille de la Révolution, des rencontres politiques informelles y sont organisées. Aglaé de Polignac (fille de la protégée de la reine Marie-Antoinette, la duchesse de Polignac) et son époux le duc de Guiche y logent également quelque temps.
Le , le duc est pourchassé par le peuple en colère, mais il est sauvé par ses soldats des Gardes françaises, qu'il commandait.. Trois ans plus tard, il est arrêté en Picardie, condamné à la peine de mort le pour « conspiration contre la République » et guillotiné le lendemain. Son hôtel est inscrit sur la liste des bâtiments civils en 1794. Le , alors que Bonaparte est Premier consul, un arrêté restitue l’hôtel aux héritiers légaux du duc. Il est ensuite racheté par les Domaines nationaux de l'Intérieur de Paris..
De la Révolution à 1906 thumb|left|alt=Gravure représentant l’ingénieur Gaspard de Prony (date inconnue).|Gaspard de Prony, premier directeur de l’École des ponts et chaussées après la Révolution. École des ponts et chaussées L’École nationale des ponts et chaussées est fondée en 1747 ; son siège est situé rue Saint-Lazare, dans de petits locaux. En 1794, le Comité de salut public forme une Commission des travaux publics, dont la mission est de créer une École centrale des travaux publics, qui de facto reprendra les fonctions de l'École des ponts et chaussées. Finalement, les deux écoles subsistent, la seconde prenant le nom d'École polytechnique sous le Directoire. De son côté l'École des ponts et chaussées est définie comme « école d'ingénieur » en 1795 ; une loi du en fixe le siège à l'hôtel du Châtelet. Jacques-Élie Lamblardie dirige les deux écoles jusqu'à sa mort, en 1797. En 1798, Gaspard de Prony lui succède et permet la création de trois classes de vingt élèves, remplaçant la classe de 36 élèves existant alors. Le rez-de-chaussée accueille différents cours : .. L'École est profondément modifiée sous le Premier Empire : en 1804, l'Empereur militarise l'École polytechnique et transfère dans des lieux à vocation purement militaire les sièges de ces deux institutions..
Le , la poudrière de Grenelle avait explosé et fait énormément de dégâts matériels dans tout le quartier, sans compter le millier de morts que l'accident avait causé. L'École des ponts et chaussées avait alors fait faire un devis par son ministère de tutelle, celui de l'Intérieur, qui évalua les travaux de rénovation (charpente, menuiserie, pavage, couverture et vitrerie) à francs, travaux qui sont confiés à Claude Jean-Baptiste Jallier de Savault, alors que Mathurin Cherpitel essaie en vain de se les voir attribuer..
La Maison de l’Empereur L’Empire puis le retour de la monarchie voient l'hôtel affecté à la Maison de l’Empereur, puis à la Maison du Roi, de 1807 à 1830. Pierre Daru dirige cette institution sous le Premier empire et loge de fait à l'hôtel du Châtelet, qui reste jusqu'en 1835 la demeure de l'Intendant général (également ministre de la Maison du Roi, ministère disparu en 1830 avec l’avènement de Louis-Philippe , alors que l'Intendance demeure). Il est alors notamment habité par le duc de Cadore, le duc de Blacas d'Aulps, le comte de Montalivet ou le baron Fain..
Des ambassades au siège de l’archevêché thumb|alt=Photographie représentant le cardinal Richard assis (fin du dix-neuvième siècle, début du vingtième).|Le cardinal Richard, archevêque de Paris, dernier occupant de l’hôtel du Châtelet avant la loi de 1905. vignette|L'hôtel du Châtelet, alors palais archiépiscopal (fronton). Il abrite ensuite l'ambassade de Turquie en France (et loge son ambassadeur, Moustapha Rechid Bey-Effendi) puis l'ambassade d'Autriche (de 1838 à 1849 ; dont les réceptions fastueuses sont qualifiées de ). En 1849, sous la République, le président Louis-Napoléon Bonaparte offre l’hôtel du Châtelet à l’archevêque de Paris (transformé donc en résidence archiépiscopale) dont le palais situé à côté de la cathédrale Notre-Dame a été pillé et brûlé en 1831, remplacé par l'hôtel de Chenizot lequel reste .. Le président, par ce geste (signé par un décret en date du ), s'attire les bonnes grâces du haut clergé catholique. C'est Marie Dominique Sibour qui y loge à titre gracieux ; il célèbre le mariage du président devenu empereur et d'Eugénie, le . Situé relativement loin de la cathédrale, l'hôtel est surnommé ..
Une rénovation entreprise par l'État est menée avant l'arrivée de l'archevêque : elle est menée par Victor Baltard, architecte de la Ville de Paris, qui adapte les lieux à son nouvel habitant : la salle à manger devient une chapelle privée et un boudoir du second étage un oratoire privé. L'hôtel est confisqué, après la promulgation de la loi de séparation de 1905. C'est en fait un an plus tard, le , que le commissaire de police du quartier des Champs-Élysées donne l'ordre au cardinal Richard de partir et à son secrétariat d'évacuer les lieux, chose qu'il effectue deux jours plus tard.
Siège du ministère du Travail thumb|left|alt=Photographie de presse de l'agence Meurisse représentant l’homme politique René Viviani (1912).|René Viviani, le premier ministre du Travail.
En 1906, le ministère du Travail et de la Prévoyance sociale est créé ; René Viviani est le premier titulaire du poste. Les bureaux du ministre sont d'abord situés dans l'ancien immeuble de la Direction des cultes, rue de Bellechasse ; un décret en date du accorde l'hôtel du Châtelet au ministère.. Des travaux de restauration ont lieu en 1908, ayant été alloués par un article de loi ; un état des lieux établi vers 1910 note à propos de l'hôtel .. L'architecte du gouvernement Guillaume Tronchet est chargé des travaux, lesquels durent jusqu'en 1911 et visent notamment les .
L'hôtel proprement dit, avec les boiseries sculptées qu'il renferme, la porte d'entrée et les murs limitant les communs sur la cour d'honneur, fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques à compter du ..
Les accords de Grenelle y sont signés en 1968. Ils sont négociés les 25 et , en pleine crise de Mai 1968, par les représentants du gouvernement Pompidou, des syndicats et des organisations patronales dans ce que l'on appelle aujourd'hui la « salle des Accords ».
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