La Ligue mondiale pour la liberté et la démocratie, anciennement Ligue anticommuniste mondiale jusqu'en 1990, plus connue sous son ancien nom anglais et son ancien acronyme (WACL), est à l'origine un mouvement transnational anticommuniste, rassemblant au temps de la WACL plusieurs associations autonomes qui avaient comme dénominateur commun un anticommunisme radical.
Elle a été fondée en 1966, à l'instigation notamment de la Corée du Sud et de Chiang Kaï-shek, le chef du Kuomintang et président de Taïwan jusqu'à sa mort en 1975, en vue de fédérer les adversaires du communisme à l'échelle de la planète. Elle a perduré après la guerre froide et s'est donné une autre mission, défendre la liberté et la démocratie et, plus prosaïquement, les intérêts diplomatiques de Taïwan.
La WACL a été controversée du fait de sa proximité avec des régimes autoritaires, des réseaux idéologiques et politiques d'extrême droite, ainsi que l'Église de l'Unification ou « secte Moon », au Japon notamment.
Histoire Origines et fondation Origines L'origine de la WACL se trouve dans la volonté de Taïwan et de la Corée du Sud d'étendre au reste du monde la Ligue anticommuniste des peuples d’Asie ( ou APACL).Pierre Abramovici, « The World Anti-Communist League: Origins, Structures and Activities », dans Luc van Dongen, Stéphanie Roulin et Giles Scott-Smith, Transnational Anti-Communism and the Cold War, London, Palgrave Macmillan, coll. « The Palgrave Macmillan transnational history series », 2014, , dans le contexte de la guerre du Viêt Nam et plus globalement de la guerre froide qui oppose le bloc de l'Est, communiste, au bloc de l'Ouest. Depuis sa fondation à Jinhae (Corée du Sud, alors dirigée par Syngman Rhee) en . par cinq pays (la Corée du Sud, Taïwan, les Philippines, la Thaïlande et le Sud-Vietnam) et trois territoires (Hong Kong, Macao et les îles Ryukyu), l'APACL s'est étendue à d'autres pays d'Asie de l'Est comme le Japon en 1960, malgré l'hostilité initiale de la Corée du Sud à l'égard de ce pays.Hao Chen, Resisting Bandung? Taiwan’s Struggle for ‘Representational Legitimacy’ in the Rise of the Asian Peoples’ Anti-Communist League, 1954-57, The International History Review, 43-2, p. 244-263, et a attiré des représentants de pays musulmans d'Asie et d'Afrique comme le Pakistan (1957), la Turquie (1957), l'Iran (1959), l'Arabie saoudite (1960), le Maroc ou la Jordanie ainsi que de pays chrétiens d'Océanie tels l'Australie (1957) et la Nouvelle-Zélande (1959)..
L'APACL s'est aussi rapprochée d'autres réseaux transnationaux anticommunistes, d'autres organisations internationales et de militants anticommunistes d'Amérique et d'Europe, comme le Comité international d’information et d’action sociale (CIAS, qui a succédé en 1956 au Comité international Paix et Liberté), né en Europe, le Bloc des nations anti-bolchéviques (, ABN) de l'Ukrainien Iaroslav Stetsko - l'ABN a son siège à Munich et rassemble des émigrés des (territoires non-russes de l'URSS et pays communistes du bloc de l'Est) établis en Europe, en Amérique et en Océanie -, à partir de 1955.AF ABN strength, september 1958, , la Confederación Interamericana de Defensa del Continente (Confédération interaméricaine pour la défense du continent, CIDC), association latino-américaine fondée en 1954, du Brésilien Carlos Penna Botto, amiral à la retraite, et du Mexicain Jorge P. Laurens. Laurens a organisé à Mexico en un congrès destiné à dénoncer l'intervention de l'URSS en Amérique latine, avec l'appui de la CIAPierre Abramovici, « The World Anti-Communist League: Origins, Structures and Activities », dans Luc van Dongen, Stéphanie Roulin et Giles Scott-Smith, Transnational Anti-Communism and the Cold War, London, Palgrave Macmillan, coll. « The Palgrave Macmillan transnational history series », 2014, « Ouverture du congrès anticommuniste d'Amérique latine », Le Monde, 29 mai 1954. Toutes ces organisations cherchaient à fonder une organisation mondiale fédérant les multiples associations anticommunistes, parfois rivales.
En 1955, à l'issue d'un congrès anticommuniste à Rio de Janeiro« Le congrès anticommuniste adopte une résolution contre le développement du marxisme dans les universités », Le Monde, 26 août 1955, « Le congrès de Rio demande la rupture des relations diplomatiques avec les pays communistes », Le Monde, 25 août 1955, le Taïwanais Ku Cheng-kang, cofondateur de l'APACL, appelle à la création d'une ligue anticommuniste mondialePierre Abramovici, « The World Anti-Communist League: Origins, Structures and Activities », dans Luc van Dongen, Stéphanie Roulin et Giles Scott-Smith, Transnational Anti-Communism and the Cold War, London, Palgrave Macmillan, coll. « The Palgrave Macmillan transnational history series », 2014, . La même année, il conseille à l'ABN de coopérer avec les anticommunistes d'Asie et de chercher à fonder une ligue anticommuniste des peuples du monde. En , les dirigeants de la CIDC et de l'APACL se rencontrent à Taipei pour discuter de la mise en place d'un congrès mondial et d'un programme anticommuniste. Une conférence internationale destinée à préparer ce congrès a lieu en , à Mexico. Elle réunit des représentants de la CIDC, de l'APACL, de l'ABN, du CIAS (Alfred B. Gielen délégué général du comité ouest-allemand du CIAS) ainsi que d'une organisation fondée aux États-Unis en 1953 et liée au lobby taïwanais, le Committee of one million against the admission of Red China to the United Nations, évoqua la nécessité de fonder une organisation mondiale et forma le World anticommunist congress for liberation and freedom, mort-né. Son programme oppose le communisme totalitaire au gouvernement démocratique et aux libertés et proclame le refus de toute forme de coexistence pacifiqueDes délégués de pays suivants y prirent part : Taïwan, Corée du Sud, Sud-Vietnam, Pakistan, Argentine, Brésil, Costa Rica, Salvador, Nicaragua, Guatemala, Cuba (exilés), Mexique, États-Unis et RFA. Des délégués d'organisations d'exilés d'Europe de l'Est vinrent aussi (Canadian League for Ukraine’s Liberation, Organisation for Defense of Freedoms for Ukraine Inc., Ukrainian Inter-Organisational Committee, Hungarian Liberation Movement, Latvian National Federation in Canada, Council of Free Czechoslovakia, American Friends of ABN and ABN-Canada). Les 15 hommes du comité fondateur sont le Taïwanais Ku Cheng-Kang, L. George Paik, Nguyen Huu Thong, d'Asie, Carlos Penna Botto, Jorge Prieto Laurens et le Chilien , d'Amérique latine, Charles Edison, ancien gouverneur du New Jersey, membre du Committee of one million, et Lev Dobriansky, des États-Unis, l'Allemand Fritz Cramer (président du CIAS de 1957 à 1965) et George Dalla, d'Europe, Iaroslav Stetsko et le général hongrois Ferenc Farkas de Kisbarnak (ABN). L'activiste américain , juif de New York, secrétaire du Committee of one million, qui a pris part à la conférence de l'APACL en 1957, est le secrétaire général, secondé par Francis J. McNamara (États-Unis), le Cubain Salvador Diaz Verson, Ernesto de la Fe (Cuba), Alfred B. Gielen et , du Pakistan, fondateur et secrétaire général du Congrès musulman mondial et futur fidèle des réunions de la WACL. Mais Marvin Liebman, méfiant à l'égard de Stetsko et Laurens, retire rapidement le Committee of One Million du projetCollectif, Asian American History and Culture: An Encyclopedia, Routledge, 2015Burke (Kyle), Revolutionaries for the Right: Anticommunist Internationalism and Paramilitary Warfare in the Cold War, Chapel Hill, University of North Carolina Press, 2018Torben Gülstorff, Warming Up a Cooling War: An Introductory Guide on the CIAS and Other Globally Operating Anti-communist Networks at the Beginning of the Cold War Decade of Détente, Cold war international history project, Working paper 75, février 2015 .ABN correspondence, may-june 1958, , july-august 1958, Free China review, september 1955, "Documents: Transcript of Answers Given by Mr. Ku Cheng-kang to a Questionnaire Submitted by Mr. Jaroslow Stetzko, August 23, 1955"The Ukrainian review, summer 1958, Julio Lisandro Canon Voirin, « La Confederación Interamericana de Defensa del Continente (CIDC) », dans Rubrica Contemporanea, vol. 6, décembre 2017 (Lire en ligne).
En 1960 à Paris et en 1961 à Rome eurent lieu deux nouvelles conférences internationales, organisées notamment par la Française Suzanne Labin, avec des délégués de ces fédérations.. Labin a été invitée à Taïwan dès 1957 par le chapitre local de l'APACL. Le CIAS, l'APACL et la CIDC se mettent d'accord sur un protocole d'accord mais l'APACL refuse de le signer et se retire en 1962 de l'accord. Le CIAS envoie des délégués au sommet de l'APACL de 1963 pour convaincre les dirigeants de l'APACL de la nécessité d'une nouvelle conférence et de la constitution d'un bureau de coordination mais leurs divergences ne permettent pas de le mettre en placeTorben Gülstorff, Warming Up a Cooling War: An Introductory Guide on the CIAS and Other Globally Operating Anti-communist Networks at the Beginning of the Cold War Decade of Détente, 2015, . En 1962, l'universitaire américain , président de lUkrainian Congress Committee of America et du (NCNC), appelle à l'union des mouvements anticommunistes lors d'une visite à Taïwan, à l'occasion du World freedom day organisé par Ku Cheng-kang, alors président de l'APACL Kyle Burke, Revolutionaries for the Right : Anticommunist Internationalism and Paramilitary Warfare in the Cold War, Chapel Hill: University of North Carolina Press, 2018.« Dr. Dobriansky Stresses Need for Unity of World Anti-Communist Groups », The Ukrainian weekly, february 3, 1962 ..
L'APACL fait notamment parler d'elle en 1960 lorsqu'un des jeunes membres de sa branche japonaise, Otoya Yamaguchi, assassine en public Inejirō Asanuma, le président du Parti socialiste japonais.Robert Guillain, « Inquiétude et consternation au Japon devant la renaissance du terrorisme d'extrême droite », Le Monde, 14 octobre 1960 : ..